Suicide d'Hermann Göring

Göring lors du Procès de Nuremberg

Le suicide d'Hermann Göring est survenu le dans la prison de Nuremberg quelques heures avant son exécution prévue à l’issue du Procès de Nuremberg. Condamné à mort par pendaison pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, Göring se donna la mort la veille de son exécution en ingérant une capsule de cyanure de potassium, échappant ainsi à sa condamnation à mort.

Capture et emprisonnement

Göring est capturé le , un jour après la capitulation allemande. Il se rend volontairement aux forces américaines près de Radstadt en actuel Autriche, accompagné de sa famille et d'un convoi de véhicule[1].

Il tente alors de se rapprocher des forces alliés pour éviter d'être capturé par les Soviétiques, qu'il craint particulièrement. Lors de sa capture, il est en uniforme, avec plusieurs objets personnels et aurait même déclaré aux Américains vouloir parler au commandement, se considérant comme une figure importante[1].

Au moment de sa capture, Göring possédait plus de 20 000 comprimés de paracodéine, dont il était fortement addict[1].

Il est d'abord emprisonné dans le Palais de Fischhorn. Le jour suivant, il est emmené à Kitzbuhel, avant d'être transporté en Allemagne où il devra finalement être remis a la justice de Nuremberg.

Procès et condamnation

Dès l’ouverture du procès, le devant le Tribunal militaire international, Göring apparaît immédiatement comme la figure dominante parmi les accusés, étant un ancien Reichsmarschall, chef de la Luftwaffe, fondateur de la Gestapo et successeur désigné d'Adolf Hitler, il incarne à lui seul une large part de l’appareil étatique et criminel du Troisième Reich. Selon les comptes rendus du tribunal et les analyses de l’United States Holocaust Memorial Museum, il adopte dès les premières audiences une attitude assurée, presque théâtrale, cherchant à se présenter non comme un criminel mais comme un homme d’État agissant dans le cadre de la souveraineté nationale allemande. Il reconnaît certains faits matériels mais en conteste systématiquement la qualification pénale, notamment en ce qui concerne les crimes contre l’humanité, une notion encore juridiquement nouvelle à l’époque[2].

L’accusation, dirigée notamment par le procureur américain Robert H. Jackson, construit son dossier en démontrant que Göring n’était pas seulement un exécutant, mais un acteur clé de la planification et de la mise en œuvre des politiques agressives et criminelles du régime nazi. Il est ainsi directement lié à la création du système concentrationnaire, à la spoliation économique des territoires occupés, et à la coordination de la Solution finale[3].

Göring fait preuve d’une remarquable habileté rhétorique. Il tente de retourner certaines accusations, met en avant le contexte de guerre totale, et cherche à discréditer la légitimité morale des vainqueurs en évoquant les bombardements alliés, une stratégie analysée par de nombreux historiens comme une tentative de relativisation des crimes nazis plutôt qu’une véritable défense juridique[3]. Néanmoins, face aux preuves documentaires, dont des ordres signés, procès-verbaux, témoignages, sa ligne de défense s’effrite progressivement, bien qu’il conserve jusqu’au bout une posture de défi[2]. Les sources issues du projet « Nuremberg Trials » de la faculté de droit de l’Université du Missouri-Kansas City et les archives du tribunal montrent également qu’il exerce une influence notable sur les autres accusés, tentant de maintenir une certaine cohésion et de donner une ligne de conduite commune, ce qui renforce l’impression qu’il demeure, même en captivité, une figure d’autorité[3].

Il est inculpé de quatre chefs principaux, dont crimes de guerres et crimes contre l'humanité. Le tribunal souligne explicitement qu’il fut l’un des principaux architectes du régime nazi, et qu’à ce titre sa responsabilité est particulièrement lourde.

Le , il est reconnu coupable sur tous les chefs d’accusation et condamné à mort par pendaison. Il demande à être fusillé, demandant une "mort digne d'un soldat". La requête est refusé par le tribunal[4],[5].

Suicide et crémation

Après sa condamnation, Göring est transféré dans une cellule du complexe pénitentiaire de Nuremberg, où il est soumis à une surveillance constante organisée par l’armée américaine[6]. Selon les archives du tribunal et les analyses du United States Holocaust Memorial Museum, les détenus sont fouillés régulièrement, leurs effets personnels limités au strict nécessaire, et des gardes se relaient jour et nuit pour prévenir toute tentative de suicide[6].

Corps de Göring après son suicide.

Il parvient à obtenir une capsule de cyanure de potassium dans la soirée du , quelques heures avant l’exécution programmée des condamnés[7].

Göring, qui a passé la journée à écrire et à recevoir la visite d’un aumônier, se retrouve seul dans sa cellule. Il parvient alors à mordre ou briser la capsule dissimulée, libérant le poison qu’il avale immédiatement, un geste délibéré interprété par de nombreux historiens[7] comme une volonté ultime de reprendre le contrôle de son destin et d’échapper à ce qu’il considérait comme l’humiliation de la pendaison, avec le fait que sa requête pour qu'il soit fusillé soit refusé[5]. Lorsque les corps des dix condamnés exécutés sont descendus des potences, le corps d'Hermann Göring fut rajouté.

Les dépouilles sont transportées discrètement vers Munich, dans un crématorium du cimetière de l’Ostfriedhof. Le corps de Göring fut incinéré sous le pseudonyme d'un soldat américain et ses cendres dispersées dans la rivière de l'Isar.

Les cendres sont dispersées et débarrassées pour éviter que les tombes deviennent des lieux de pèlerinage pour les néo-nazis et un point de rassemblement idéologique.

Enquête et théories

La question de savoir comment Hermann Göring a pu se procurer la capsule de cyanure qui lui permit de se suicider à la veille de son exécution demeure l’un des aspects les plus débattus et les plus obscurs liés au procès, donnant lieu à une série d’enquêtes officielles et d’hypothèses historiques parfois contradictoires. Selon les analyses et archives compilées par le National WWII Museum et le projet universitaire « Famous Trials » de l’université du Missouri-Kansas City, une première hypothèse avancée dès 1946 suggère que Göring aurait réussi à dissimuler une capsule de poison depuis sa capture en , possiblement dans un objet personnel soigneusement caché. Certains témoignages évoquent des contenants anodins comme des stylos, des flacons de médicaments ou même des tubes de crème, qui auraient échappé aux inspections initiales, lesquelles, bien que rigoureuses, n’étaient pas infaillibles dans les premiers jours de sa détention[2].

Une seconde théorie, qui a gagné en notoriété au début du XXIe siècle, repose sur le témoignage tardif d’un ancien garde américain, Herbert Lee Stivers, qui déclare en 2005 avoir, sans le savoir, introduit la capsule dans la prison en la remettant à Göring dissimulée dans un stylo que lui aurait confié une femme allemande. Ce récit, relayé par plusieurs médias et analysé par des historiens, reste cependant controversé, car il repose sur une mémoire tardive et n’a jamais pu être corroboré par des preuves matérielles ou des documents contemporains aux faits, ce qui amène des institutions comme le United States Holocaust Memorial Museum à le considérer avec prudence[2],[6].

D’autres spéculations, plus marginales, ont suggéré l’existence d’une aide volontaire de la part d’un membre du personnel ou d’un autre détenu, mais aucune preuve solide ne vient étayer ces scénarios, et ils sont généralement considérés comme peu crédibles par la majorité des historiens[6].

Notes et références

  1. Lessia Orlova et Andreï Soukhanov, « Il ne s’est pas rendu vivant », sur Nuremberg. Casus pacis, (consulté le )
  2. « Cross Examination of Hermann Goering 1 », sur famous-trials.com (consulté le )
  3. « Les minutes du procès Nuremberg », sur mrsh.unicaen.fr (consulté le )
  4. ↑ (en) James Osborne, « The Truth About Hermann Göring: Hitler’s Drug-Fuelled Enforcer | HistoryExtra », sur www.historyextra.com (consulté le )
  5. « GÖRING Hermann - Tombes Sépultures dans les cimetières et autres lieux », sur www.tombes-sepultures.com (consulté le )
  6. Le Monde, « DEVANÇANT LA JUSTICE HUMAINE GOERING S'EST SUICIDE HIER SOIR L'ex-Reichsmarschall a avalé le contenu d'une ampoule de cyanure de potassium LES DIX AUTRES CONDAMNÉS A MORT ONT ÉTÉ PENDUS entre 1 heure et 3 heures ce matin »
  7. Le Monde, « Le suicide de Gœring fait l'objet d'une enquête sévère Les corps des suppliciés seront-ils inhumés dans un lieu secret, ou immergés ? », sur Le Monde,
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