Suillus mediterraneensis
Bolet méditerranéen, Bolet jaune marbré
Suillus mediterraneensis, le Bolet méditerranéen, est une espèce de champignon (Fungi) basidiomycète du genre Suillus. Il est caractérisé par son chapeau décolorés par plages jaunâtres, sa chair jaune vif au moins dans la base, son mycélium rose et sa tendance très méditerranéenne.
Taxonomie
Le nom correct complet (avec auteur) de ce taxon est Suillus mediterraneensis (Jacquet. & J. Blum) Redeuilh, 1992[1].
L'espèce a été initialement classée dans le genre Boletus sous le basionyme Boletus mediterraneensis Jacquet. & J. Blum, 1969[1].
Synonymes
Suillus mediterraneensis a pour synonymes[2] :
- Boletus granulatus var. mediterraneensis Jacquet. & J. Blum, Bull. trimest. Soc. mycol. Fr. 81: 484 (1965)
- Boletus mediterraneensis (Jacquet. & J. Blum) J. Blum, Bull. trimest. Soc. mycol. Fr. 85(1): 42 (1969)
- Suillus mediterraneensis f. xanthus Estadès & Hurtado
Étymologie
L'épithète spécifique mediterraneensis fait référence à son aire de répartition à tendance méditerranéenne.
Noms vulgaires et vernaculaires

Ce taxon porte en français les noms vernaculaires ou normalisés suivants : bolet méditerranéen[3], bolet jaune marbré[4].
Il porte aussi le nom vernaculaire populaire de "Pissacan", du Provençal Pissa-can, signifiant une plante ou un champignon sur lequel les chiens urinent, en réfèrence à l'aspect gluant et à la comestibilité médiocre de cette espèce (et des espèces proches). Ce terme est souvent utilisé de façon vague et inexacte, il est aussi utilisé pour faire réfèrence à n'importe quel Suillus de la section Granulati (S. granulatus, S. collinitus, S. bellinii, S. mediterraneensis), ou encore à n'importe quelle espèce du genre Suillus, c'est-à-dire la plupart des bolets à l'aspect gluant et flasque. Néanmoins, il s'agit du nom sous lequel cette espèce et ses proches sont recherchées dans le Sud de la France à des fins de consommation.
Description du sporophore

Les bolets sont des champignons dont l'hyménophore, constitué de tubes et terminés par des pores, se sépare facilement de la chair du chapeau. Ce chapeau d'abord rond, recouvert d'une cuticule, devient convexe à mesure qu’il vieillit. Ils ont un pied (stipe) central assez épais et une chair compacte. Les caractéristiques morphologiques de S. mediterraneensis sont les suivantes :
Son chapeau mesure jusqu'à 10 cm[5], à surface visqueuse à très visqueuse, brillante, lisse, sans fibrilles. Il est jaune terne, rapidement brun orangé à orangé cuivré par plages, initialement blanchâtre ou jaunâtre, ocre brun par zones, sur fond jaune ou avec des nuances orangées, pouvant finalement devenir totalement ocre orangé ou brun orangé, le bord enroulé peut s'étendre tardivement et dépasser[6],[7].
L'hyménophore présente des tubes jaunes, de 4 à 8 mm, adnés à uncinés, de couleur d'abord blanchâtre-jaune, puis jaune, olivâtre à maturité. Les pores sont petits, de même couleur que les tubes. Certains spécimens présentent des exsudations de gouttelettes jaunâtres ou même, dans certains cas, de couleur orange cuivré (probablement dues au dessèchement)[6],[7]. La sporée est ocre à jaune olive[8].
Son stipe mesure 4 à 7 x 1 à 2 cm. Il est cylindrique, légèrement courbé, s'amincissant vers la base[5], plus ou moins jaunâtre, sans anneau, recouvert de nombreux gros points glandulaires brunâtres. Il est blanc ou de couleur jaune citron dans la partie médiane et supérieure, jaune chrome vers la base. Sa surface est couverte (ou grossièrement ponctuée), surtout dans les 2/3 supérieurs, de granules ou de pustules brunes, orange pâle, brun grenat à brun foncé dans les sporophores mûrs, plus nombreuses dans la moitié supérieure[7]. À la fin ces granules sont brun pourpre à noirâtres sur toute la longueur du stipe[9],[6]. La base réagit à l'iode en devenant de couleur vert bouteille[9].
La chair devient rapidement molle, de couleur blanchâtre jaunâtre, plus jaune près des tubes et sur le chapeau, plus intense lorsque les sporophores sont imbibés d'eau, jaune chrome vif au moins vers la base du stipe, voire orange rougeâtre dans les cavités des parasites. Le mycélium basal est rosâtre à rose, parfois peu évident à déceler[7].
Caractéristiques microscopiques
Ses spores mesurent 9 à 12 x 4 à 5 µm[7]. Elles sont elliptiques ou fusiformes, gutulées, lisses, à parois épaisses, de couleur ocre jaunâtre. Les cystides mesurent 40 à 60 x 5 à 10 μm, en forme de massue, claviformes, fasciculées, avec une pigmentation brune. Les caulocystides mesurent 40 à 65 x 7 à 14 μm, elles sont en forme de massue, fasciculées, avec un pigment de couleur ocre ou brun. Le pileipellis est en ixotricodermis à hyphes entrelacées, gélifiées, longues, minces, cylindriques, septées, jointes sans fibules. Les articles terminaux sont cylindriques, à apex arrondi, de calibre 40 à 100 x 2 à 6 μm, Q = 10-20, avec de fines incrustations granuleuses, pigmentées de brun[6].
Galerie
Variétés et formes

- Suillus mediterraneensis f. xanthus est une forme xanthoïde décolorée au chapeau entièrement jaune.
Habitat et distribution
Il s'agit un champignon ectomycorhizien, méditerranéen[9], poussant exclusivement sous les pins à deux aiguilles[7], surtout sous le Pin d'Alep (P. halepensis), le Pin parasol (P. pinea) et le Pin maritime (P. pinaster), en automne et notamment en début hiver en zone méditerranéenne, de préfèrence sur terrain calcaire, près du littoral. Il est en général peu commun mais abondant localement[6],[9],[5].
Statut de conservation
Régional
- Auvergne-Rhône-Alpes : classement de cette espèce en catégorie EN (En danger) au niveau régional[10].
Comestibilité
En Provence, le Bolet méditerranéen est très recherché, comme les autres bolets du même groupe (S. granulatus, S.collinitus, S. bellinii), sous le nom de "pissacans", il faut néanmoins le consommer avec modération car il est laxatif
. Le genre Suillus ne comprend que des espèces comestibles qui varient à la fois en termes de prévalence et de pertinence pour la consommation alimentaire, et en termes de fréquence à laquelle elles peuvent provoquer des troubles gastro-intestinaux chez les consommateurs. Des effets laxatifs peuvent se produire chez des individus prédisposés ou à la suite d'une consommation importante, parfois à la limite d'une véritable intoxication gastro-intestinale. Cet effet laxatif semble plus prévalent chez les espèces de Suillus de la section Granulati, dont S. mediterraneensis fait partie. Il est plus ou moins laxatif selon la tolérance individuelle, la quantité consommée et le degré de maturité des spécimens consommés. Pour cela il est préconisé de ne cueillir que des jeunes spécimens, de retirer le pied fibreux, de peler la cuticule et de consommer une quantité modeste la première fois pour évaluer sa propre tolérance aux effets laxatifs[11].
Confusions possibles

Le Bolet de Bellini (Suillus bellinii) se décolore comme S. mediterraneensis, mais la décoloration est blanchâtre, pas jaunâtre, ses granules sont plus rouges et son mycélium n'est pas rose.
Le Bolet de Bellini (Suillus bellinii), mais qui possède un pied plus clair, au mycélium basal non-rose, des pores blancs dans sa jeunesse, une chair moins jaune et des granules rougeâtres. De plus, ses décolorations par plages sur le chapeau ne se font pas en jaune mais plutôt en blanc[9]. Comestible jeune, bien cuit, en quantité limitée, après évaluation de sa tolérance aux effets laxatifs.
Le Bolet à base rose (Suillus collinitus), mais qui possède un chapeau plus terne et uniforme, marron, avec des fibrilles, une chair moins jaune et il n'est pas forcément méditerranéen[9]. Comestible jeune, bien cuit, en quantité limitée, après évaluation de sa tolérance aux effets laxatifs.
Le Bolet granulé (Suillus granulatus), mais qui possède un chapeau brun orangé terne à orangé, de couleur uniforme, des granules plutôt blancs, une chair moins jaune et un mycélium non rosé, il n'est pas forcément méditerranéen. Comestible réputé jeune, bien cuit, en quantité limitée, après évaluation de sa tolérance aux effets laxatifs.
Voir aussi
Bibliographie
- Guillaume Eyssartier & Pierre Roux : Guide des champignons – France et Europe – 4ᵉ édition, Belin, 2017.
- Régis Courtecuisse & Bernard Duhem : Champignons de France et d'Europe, Delachaux, 2013.
- Thomas Læssøe & Jens H. Petersen : Les champignons d’Europe tempérée, volume 1 et 2, Biotope, 2020.
- Jean-Claude Gerber & Nicolas Schwab : Champignons, guide de terrain : 2ᵉ édition revue et augmentée, Rossolis, 2023.
Articles connexes
Liens externes
- (en) Catalogue of Life : Suillus mediterraneensis (Jacquet. & J. Blum) Redeuilh (consulté le )
- (fr + en) EOL : Suillus mediterraneensis (Jacquet. & J. Blum) Redeuilh 1992 (consulté le )
- (en) Index Fungorum : Suillus mediterraneensis (Jacquet. & J. Blum) Redeuilh (consulté le )
- (fr + en) GBIF : Suillus mediterraneensis (Jacquet. & J.Blum) Redeuilh (consulté le )
- (fr) INPN : Suillus mediterraneensis (Jacquet. & J.Blum) Redeuilh, 1992 (TAXREF) (consulté le )
- (en) MycoBank : Suillus mediterraneensis (Jacquet. & J. Blum) Redeuilh (consulté le )
- (en) NCBI : Suillus mediterraneensis (taxons inclus) (consulté le )
- (en) OEPP : Suillus mediterraneensis (Jacquetant & Blum) Redeuilh (consulté le )
- (en) Taxonomicon : Suillus mediterraneensis (Jacquet. & J.Blum) Redeuilh (1992) (consulté le )
Notes et références
- V. Robert, G. Stegehuis and J. Stalpers. 2005. The MycoBank engine and related databases. https://www.mycobank.org/, consulté le 24 février 2024.
- ↑ « Species Fungorum - GSD Species », sur www.speciesfungorum.org (consulté le )
- ↑ MNHN & OFB [Ed]. 2003-présent. Inventaire national du patrimoine naturel (INPN), Site web : https://inpn.mnhn.fr, consulté le 24 février 2024.
- ↑ UICN Comité Francais, « La Liste rouge des espèces menacées en France » [PDF], sur uicn.fr, (consulté le )
- « S. mediterraneensis « boletales.com », sur boletales.com (consulté le )
- (es) jose-micologica, « Suillus mediterraneensis », sur Sociedad Micológica Barakaldo, (consulté le )
- Patrice Tanchaud, « Mycocharentes - Suillus mediterraneensis »
- ↑ « CROmushrooms - Suillus mediterraneensis », sur www.cromushrooms.eu (consulté le )
- « MycoDB : Fiche de Suillus mediterraneensis », sur www.mycodb.fr (consulté le )
- ↑ VAN VOOREN N., BIDAUD A., COCHARD H., FAVRE A., MOREAU P.-A. & RIVOIRE B, « LISTE ROUGE des champignons menacés d’Auvergne-Rhône-Alpe »
[PDF], sur biodiversite-auvergne-rhone-alpes.fr, Annemasse, (ISBN 978-2-900201-02-2)
- ↑ (it) Nicola Sitta, Paolo Davoli, Marco Floriani, Edoardo Suriano, « GUIDA RAGIONATA ALLA COMMESTIBILITÀ DEI FUNGHI »
[PDF], sur regione.piemonte.it,
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