Suzanne Malherbe

Suzanne Malherbe
Biographie
Naissance
Décès
(à 79 ans)
Beaumont, Jersey
Sépulture
Autres noms
Marcel Moore
Nationalité
Domiciles
Saint-Brélade (à partir de ), Paris, Nantes
Formation
Activités
Père
Autres informations
Membre de
Mouvement
Influencée par
Plaque à Paris.
Vue de la sépulture.

Suzanne Malherbe, née le à Nantes et morte le [1] à Jersey, est une artiste française aussi connue sous le nom de Marcel Moore (utilisé entre 1913 et 1930). Elle est la compagne de Claude Cahun, également artiste originaire de Nantes.

Biographie

Origine et enfance

Suzanne Malherbe naît le à Nantes. Elle est la fille d'Albert Malherbe (1845-1915), médecin, directeur de l'école de médecine de Nantes et adjoint au maire, et de Marie Eugénie Rondet (née en 1859), « propriétaire »[2]. Son frère, Jean, naît en 1890. Elle étudie au Lycée Gabriel-Guist'hau de Nantes[3].

Relations avec la famille Schwob

Albert Malherbe est un ami de Maurice Schwob, directeur du principal quotidien de la ville, Le Phare de la Loire[4]. Suzanne Malherbe rencontre Lucy Schwob, sa fille, connue sous le nom de Claude Cahun[5], dès le début des années 1900. Leur rencontre est qualifiée de foudroyante par Cahun[4].

Au cours de l'année scolaire 1908-1909, après un séjour de Lucy Schwob en Angleterre, les deux jeunes filles entament une relation amoureuse, clandestine puis semi-clandestine jusqu'en 1917[6]. En 1917, Marie Rondet, devenue veuve, et Maurice Schwob, divorcé, se marient ; leurs filles, dès lors sœurs par alliance, vivent ensemble dans un appartement de l'immeuble du Phare, place du Commerce[7].

Suzanne Malherbe suit les cours de l'école des beaux-arts de Nantes de 1915 à 1918. Lucy Schwob commence ses études en 1918 à la Sorbonne et Suzanne Malherbe la rejoint à Paris en 1920[8].

Durant cette période, les deux jeunes femmes contribuent au Phare de la Loire[4]. Suzanne Malherbe illustre les chroniques de mode rédigées par Lucy Schwob. Malherbe commence à utiliser son pseudonyme de Marcel Moore ou Moore, et Schwob celui de Claude Cahun, dès 1917[9].

Paris

Suzanne Malherbe réalise, sous le nom de Marcel Moore, les illustrations de Vues et visions (1919) et, sous le nom de Moore, les dix planches de collages des Aveux non avenus (1930) à partir de photographies de Claude Cahun. Claude la photographie souvent, notamment en 1928 devant un miroir[10].

Jersey

Photographie couleurs d'une plage de sable bordée par des bâtiments et des arbres
Plage de St Brélade à Jersey, avec l'église près de la maison.

Marcel Moore et Claude Cahun s'installent sur l'île de Jersey en 1937 dans une belle et ancienne demeure, à Saint-Brélade, à proximité de la plage. L'île est occupée par l'armée allemande en 1940, comme toutes les îles anglo-normandes. Les deux femmes s'engagent dans des actions de résistance, sous le nom de code du « soldat sans nom »[11]. Elles diffusent en quatre ans plusieurs milliers de documents de contre propagande dans l'île[12]. Probablement dénoncées, elles sont arrêtées par la Gestapo le , enfermées et condamnées à mort[13]. Leur libération n'arrive qu'après la fin de l'occupation de l'île, en [14].

Photographie couleurs d'un ensemble de pierres tombales avec une église en arrière-plan
Église et cimetière de St Brelade, Jersey.

Après la mort de Claude Cahun en 1954, Marcel Moore s'installe dans une autre résidence. Elle se suicide le [15]. Elle repose avec Claude Cahun dans une tombe commune, dans le cimetière de St Brélade, à proximité de leur ancienne demeure[13].

Leurs archives personnelles sont consultables aux Archives de Jersey[16].

Collaboration avec Claude Cahun

Suzanne Malherbe est surtout connue pour avoir été la compagne de Claude Cahun – artiste plus notoire qu'elle, qui a créé des poèmes et autoportraits encore célèbres aujourd’hui. Cependant, des exemples montrent que Suzanne (Moore) a contribué à la réalisation de plusieurs œuvres de Cahun[17].

Vues et visions - 1919

Ce recueil de poèmes en prose écrits par Claude Cahun est illustré par Moore. Ce livre est publié pour la première fois en 1914, sans les illustrations, mais lors de sa publication en 1919, Cahun dédie le livre à Moore en écrivant : « À Marcel Moore. Je te dédie ces proses puériles afin que l’ensemble du livre t’appartienne et qu’ainsi tes dessins nous fassent pardonner mon texte. »[18].

Aveux non avenus - 1930

Cet essai composite mêle l'autobiographie, la fiction et la critique, avec des accents ironiques, transgressifs (narcissisme, androgynie, confusion des identités et des genres) et provocateurs. Les photomontages, « composés par Moore » d'après les dessins et les photographies de Claude Cahun ouvrent chaque chapitre. Les collages réalisés par Moore et Cahun mettent en relief les thématiques majeures du livre. Par exemple, dans le deuxième chapitre du roman, Cahun explore le concept d’image de soi, et dans le collage de Moore on voit les visuels qui illustrent ce concept : des miroirs et une image de Cahun dans un œil[19].

Hommages

Stolperstein dédié à Marcel Moore.

En 2005, l'exposition Acting Out: Claude Cahun & Marcel Moore au musée Judah L. Magnes de Berkeley, organisé par Tirza True Latimer, revient sur le travail commun des deux artistes, de même qu'un documentaire de Barbara Hammer, Lover Other[8].

La ville de Nantes met en valeur ce travail artistique commun[20].

En 2018, le Conseil de Paris décide de nommer « allée Claude-Cahun-Marcel-Moore » une allée du 6e arrondissement de Paris[21], près de la rue Notre-Dame-des-Champs où les deux femmes résidaient à Paris.

En 2011, une grande exposition rétrospective Claude Cahun s'est tenue au Jeu de Paume, à Paris. (commissaires: F.Leperlier, J.V. Aliaga). En 2022 l'exposition Claude Cahun, Under the Skin, proposée par le Kunsthal de Rotterdam, donne une large place à la collaboration entre les deux artistes durant leur vie commune[22].

En , parmi les vingt Stolpersteine posés sur l'île de Jersey, deux ont été pavés à la mémoire de Marcel Moore et Claude Cahun devant leur domicile à Saint-Brélade[23].

Bibliographie

  • (en) Louise Lynn Downie, Don't kiss me: the art of Claude Cahun and Marcel Moore, London, Tate publ, , 240 p. (ISBN 978-1-85437-679-4 et 1854376799, OCLC 470487655, BNF 40184221, lire en ligne).
  • (en) Tirza True Latimer, Women together/women apart: portraits of lesbian Paris, New Brunswick, N.J., Rutgers University Press, , 211 p. (ISBN 978-0-8135-3594-4 et 978-0-8135-3595-1, OCLC 493026308, lire en ligne).
  • Ève Gianoncelli, « « La poudre à canon et la mèche allumée » : Claude Cahun/Lucy Schwob et Marcel Moore/Suzanne Malherbe, un couple de femmes avant-gardiste: », Les Études Sociales, vol. n° 170, no 2,‎ , p. 179–202 (ISSN 0014-2204, DOI 10.3917/etsoc.170.0179, lire en ligne, consulté le ).
  • Emmanuelle Hutin, Les Francs-tireuses, Anne Carrière, , 250 p. (ISBN 2380823499 et 9782380823493, lire en ligne).
  • François Leperlier, Claude Cahun : l'exotisme intérieur, Paris, Fayard, coll. « Biographies », , 504 p. (ISBN 978-2-213-62881-3 et 2213628815, OCLC 421294438, lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article.
  • Chloé Maillet, « La parenté comme méthode (des portraits de famille à la génération artistique) », Images Re-vues. Histoire, anthropologie et théorie de l'art, no 9,‎ (ISSN 1778-3801, DOI 10.4000/imagesrevues.1687, lire en ligne, consulté le ).
  • Léa Nicolas-Teboul, Résistances surréalistes, Claude Cahun et la Main à plume, éditions Terres de Feu, 2026.

Notes et références

  1. Date du décès : février et non janvier. Cf. inscription sur la pierre tombale (Fichier:Chînm'tchiéthe Saint Brélade Jèrri Schwob Malherbe Claude Cahun.jpg).
  2. « Archives de Nantes : Archives en ligne : état civil » [archive du ], sur www.archives.nantes.fr (consulté le )
  3. Adresse : Où ? Lycée gabriel Guist'hau 3 rue Marie Anne du Boccage Nantes44000 47.21636200 -1.56846595, « Écrire avec Marcel Moore, après Claude Cahun en 2020 - Journées du Patrimoine 2021 », sur Le Parisien Etudiant
  4. « La « rencontre foudroyante » avec Suzanne Malherbe », Le Monde,‎ (lire en ligne Accès payant, consulté le )
  5. « Paris expose les autoportraits révolutionnaires de Claude Cahun », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le )
  6. (en) Miranda DeBrine, « The Exploration of a Nonbinary Gender Identity in the Visual Work of Claude Cahun », Honors Undergraduate Theses,‎ (lire en ligne, consulté le )
  7. « Fille de Cahun », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le )
  8. Film-documentaire.fr, « Lover/Other », sur www.film-documentaire.fr (consulté le )
  9. Film-documentaire.fr, « Lover/Other », sur www.film-documentaire.fr (consulté le )
  10. (en) Tirza True Latimer, « Acting Out : Claude Cahun and Marcel Moore » [archive du ], sur www.queerculturalcenter.org (consulté le )
  11. (en) Jeffrey H. Jackson, Paper Bullets: Two Artists Who Risked Their Lives to Defy the Nazis, Little, Brown, (ISBN 978-1-64375-112-2, lire en ligne)
  12. {François Leperlier, Claude Cahun. "L'exotisme intérieur", Fayard, 2006
  13. Elisabeth Lebovici, « A la vie, à la Moore » Accès limité, sur Libération (consulté le )
  14. Christine Bernard (Coordination) Veronique Lamendour (Réalisation), « Série « Claude Cahun et Marcel Moore : une résistance surréaliste » Épisode 2/2 : L'incroyable vérité », sur Radio France - France Culture,
  15. Louise Downie, « Sans Nom: Claude Cahun and Marcel Moore », Heritage Magazine,‎
  16. (en) « Claude Cahun, Collection HighLights, Jersey Heritage », sur Jersey Heritage
  17. Andrea Oberhuber, « Aimer, s’aimer à s’y perdre? Les jeux spéculaires de Cahun-Moore », Intermédialités : histoire et théorie des arts, des lettres et des techniques / Intermediality: History and Theory of the Arts, Literature and Technologies, no 4,‎ , p. 87–114 (ISSN 1705-8546 et 1920-3136, DOI 10.7202/1005478ar, lire en ligne, consulté le )
  18. (en) Tina True Latimer, Women Together/Women Apart: Portraits of Lesbian Paris, p. 68-104
  19. Claude Cahun, Aveux non avenus,
  20. Site Nantes Patrimonia, « Claude Cahun et Marcel Moore », sur patrimonia.nantes.fr
  21. « Délibération du Conseil de Paris »
  22. (en) « Claude Cahun - Kunsthal », sur www.kunsthal.nl
  23. (en-GB) « Stones laid to remember Jersey victims of Nazism », sur www.bbc.com, (consulté le )

Voir aussi

Sources

  • État civil (archives municipales de Nantes) :
    • Acte de naissance de Suzanne Alberte Eugénie Malherbe : Nantes, 1892, 5e canton, , vue 29 (née deux jours avant)
    • Acte de naissance de Lucy Renée Mathilde Schwob : Nantes, 1894, 5e canton, , vue 39 (née la veille)

Liens externes

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