Synagogue d'Ostie

Intérieur des ruines de la synagogue

La synagogue d'Ostie est un édifice de culte juif situé dans les faubourgs de la ville romaine d'Ostie en Italie, près de la rive du Tibre, à l'extrémité du decumanus parallèle à la Via Severiana[1].

Construction

Historique

La première phase de construction de l'édifice se situe dans la seconde moitié du Ier siècle de l'ère commune[2]. Le temple fut embelli au IIe siècle et, au début du IVe siècle, il fut entièrement reconstruit et agrandi. Selon les résultats des fouilles, la synagogue semble être restée en usage jusqu'au IVe siècle, période à laquelle la ville antique d'Ostie a été abandonnée. Des vestiges de la synagogue sont aujourd'hui conservés au Musée juif de Rome.

Flavius Josèphe, estime à 30 000 ou 40 000 le nombre de Juifs à Rome et aux alentours au Ier siècle[3]. Les rites pratiqués par ces Juifs, encore en partie observé par leurs descendants et dénommé minhag italki, comprennent des réminiscences du rite pratiqué par les Juifs de l'époque du Second Temple. Ces Juifs intallés autour de Rome devaient parler le grec car la majorité des tombes porte des inscriptions grecques, ce qui conforte l'hypothèse de leur origine alexandrine. La plupart vivent de négoce et beaucoup sont pauvres mais les ruines de cette synagogue montrent que, quelques décennies plus tard, certains commerçants sont relativement aisés[4]. Parmi la population juive, il y a des artisans, des peintres, des acteurs et même des poètes mais aussi des mendiants selon Juvénal[5]. Les navigateurs juifs qui font du commerce laissent leurs empreintes dans tous les ports autour de la Méditerrannée, Ostie en fait partie.

Localisation

La synagogue est située à 200 mètres à l'extérieur des remparts de la ville antique, au-delà de la Porte de la Mer, près du littoral. Il faut prendre en considération que la plage est considérée par les Juifs de l’Antiquité comme un lieu pur, éloigné des temples païens de la ville. Bien que cette synagogue soit, malgré tout, située sur la principale voie romaine, en face d'un grand complexe thermal et non loin d'une somptueuse villa, dans l'un des quartiers les plus animés des faubourgs de la ville antique d’Ostie[6].

Fouilles archéologiques

Les vestiges de la synagogue ont été mis au jour en 1961 lors de la construction d’une voie express entre Rome et l'aéroport de Fiumicino. Les fouilles du site se sont poursuivies de 1961 à 1977 sous la direction de Maria Floriani Squarciapino, surintendante de la direction des recherches archéologiques d'Ostie de 1966 à 1974[7].

Description

La synagogue s'étend sur 850 mètres carrés et contient plusieurs pièces qui ont des fonctions différentes : de la cuisson du pain sans levain, au lavage des corps avant l'enterrement, en passant par la grande salle de réunion pour les prières[8].

Dans sa forme primitive, la synagogue comprend la salle principale avec des bancs le long de trois murs ; un portail monumental ou propylée, orné de quatre colonnes de marbre ; et une salle à manger, ou triclinium, ou, avec des lits de repos le long de trois murs. Le puits et un bassin pour les ablutions rituelles se trouvent près de l’entrée. La porte principale de la synagogue est orientée au sud-est, c’est-à-dire vers Jérusalem.

La chapelle spécifique, ou édicule, destinée à abriter l’Arche sainte, n’est ajouté qu’au IVe siècle. L’inscription posée par le donateur suggère qu’il remplaça une plateforme en bois plus ancienne, offerte une première fois au IIe siècle, puis remplacée elle-même par une niche plus récente, offerte par un fidèle du nom de Mindus Faustus au IIIe siècle[9].

Rayonnement

C'est l'une des synagogues antiques connues les plus importantes de la diaspora en raison de sa date précoce et de son utilisation continue jusque dans l'Antiquité tardive. De plus, elle est la synagogue la plus ancienne d'Italie, précédant la synagogue de Bova Marina[10]. Ce monument a fait l'objet d'une controverse d'interprétation des vestiges entre L. M. White et A. Runesson, le premier soutenant qu'il s'agit, comme dans beaucoup de synagogues antiques, d'un cas de réaménagement d'une demeure particulière pour les besoins cultuels de la communauté juive, tandis que le second, en accord avec la thèse défendue par le fouilleur, Maria Floriani Squarciapino, défend l'hypothèse d'une construction monumentale ad hoc de la synagogue[11].

Dispersion de la communauté

Le judaisme est présent en Sardaigne au moins depuis Tibère en l’an 19. Tibère envoie 4 000 Juifs de Rome dans l’insalubre Sardaigne où règnent la malaria et les bandits, pour travailler dans les mines de sel du mont Albo à Sos Enattos, près de Nuoro, au centre de l'île, comme le rappellent Flavius Joseph au Ie siècle, Tacite dans un écrit en 114, Suétone au IIe siècle et Dion Cassius au IIIe siècle, qui font mention de ces juifs[12]. La petite île de Sant'Antico possède les traces d'une synaguogue de l'époque romaine et des catacombes présentant des inscriptions hébraïques du IVe siècle[13].

Notes et références

  1. Paul Salmona, Philippe Blanchard, Amélie Sagasser, Archéologie du judaïsme en Europe, CNRS editions, , 388 p. (ISBN 978-2-2711-4824-7)
  2. Paul Salmona, Laurence Sigal, Archéologie du judaïsme en France et en Europe, La Découverte, , 363 p. (ISBN 978-2-3480-5703-8)
  3. Suzanne Collon, « Remarques sur les quartiers juifs de la Rome antique [article] », sur Persé, (consulté le ), p. 72-94
  4. J. Fourniol, « L'Ostie antique, Le complexe portuaire d'Ostie », (consulté le )
  5. Geoffrey Wigoder, Dictionnaire encyclopédique du judaïsme, Paris, Le Cerf, , 1771 p. (ISBN 978-2-2040-4541-1[à vérifier : ISBN invalide])
  6. J. Fourniol, « L'Ostie antique », Internet Group Ostia, (consulté le )
  7. Maria Floriani Squarciapino, « I culti orientali ad Ostia » Accès libre, (consulté le ), p. 367-369
  8. (it) Mary Jane Cuyler, « Uno spazio sacro lungo il mare: la Sinagoga di Ostia » Accès libre, (consulté le )
  9. (en) Donald Binder, « Plan de la synagogue d'Ostie », (consulté le )
  10. Françoise Van Haeperen, Dieux et hommes à Ostie, port de Rome, CNRS editions, , 218 p. (ISBN 978-2-2711-3145-4)
  11. Hachlili 1998, 226.
  12. Didier Long, « Histoire des Juifs de Sardaigne », (consulté le )
  13. Le Guide cultuel des Juifs d'Europe, « SantAntioca, patrimoine juif » Accès libre, (consulté le )

Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie

  • (en) R. Hachlili, Ancient Jewish Art and Archaeology in the Diaspora, Leiden, 1998, 64-67 ;
  • (en) A. Runesson, « The Oldest Original Synagogue Building in the Diaspora : A Response to L. Michael White », The Harvard Theological Review (1999) 409-33 ;
  • (en) A. Runesson, D. Binder et B. Olsson, The Ancient Synagogue from its Origins to 200 C.E., Brill, 2008, 241-243 ;
  • Paul Salmona, Philippe Blanchard, Amélie Sagasser, Archéologie du judaïsme en Europe, CNRS editions, 2023, 388 p. (ISBN 978-2-2711-4824-7)
  • Françoise Van Haeperen, Dieux et hommes à Ostie, port de Rome, CNRS editions, 2020, 218 p. (ISBN 978-2-2711-3145-4)
  • (en) L. M. White, The Social Origins of Christian Architecture, Harvard Theological Studies 42, Johns Hopkins University Press :
    • Vol. 1, Building God's House in the Roman World : Architectural adaptation among Pagans, Jews and Christians (Valley Forge 1990) ;
    • Vol. 2, Texts and Monuments for the Christian Domus Ecclesiae in its environment (Valley Forge 1997)
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