Syndrome de tension musculaire

Syndrome de tension musculaire

Symptômes Mal de dos, cervicalgie, faiblesse musculaire (en), paresthésie et crampe

Traitement
Médicament Psychothérapie
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Le syndrome de tension musculaire (STM), également connu sous le nom de syndrome de tension myoneurale ou syndrome corps-esprit, est un diagnostic élaboré par John E. Sarno pour ce qu'il considérait comme une affection psychogène provoquant des symptômes musculo-squelettiques et nerveux, notamment des douleurs dorsales[1],[2],[3]. Sarno a décrit le STM dans quatre ouvrages[4],[5],[6],[7] et a affirmé que cette affection pouvait être impliquée dans d'autres troubles douloureux[2]. Le protocole de traitement du STM comprend l'éducation du patient, l'écriture sur les problèmes émotionnels, la reprise d'un mode de vie normal et, pour certains patients, des groupes de soutien et/ou une psychothérapie[1],[8].

Le diagnostic et le protocole de traitement du STM ne sont pas reconnus par la communauté médicale[9],[10].

Fondements conceptuels

Selon Sarno, le STM est une affection dans laquelle des problèmes émotionnels inconscients (principalement la colère, bien que d'autres praticiens incluent d'autres facteurs émotionnels subconscients comme l'anxiété, les traumatismes et la peur) déclenchent un processus qui provoque des douleurs physiques et d'autres symptômes. Sa théorie suggère que l'inconscient utilise le système nerveux autonome pour diminuer l'afflux sanguin vers les muscles, les nerfs ou les tendons, entraînant une privation d'oxygène (ischémie temporaire) et une accumulation de métabolites, ressentie comme une douleur dans les tissus affectés[2],[8],[11]. Sarno suggérait que le déplacement des douleurs dorsales rapporté par les patients — se déplaçant le long de la colonne vertébrale ou d'un côté à l'autre — indique que la douleur pourrait ne pas résulter d'une déformation ou d'une blessure physique[7].

Sarno affirmait que la cause sous-jacente de la douleur est le mécanisme de défense de l'esprit contre le stress et les émotions inconscientes telles que la colère, l'anxiété et la rage narcissique. L'esprit conscient est distrait par la douleur physique, tandis que le processus de refoulement psychologique maintient la colère et la rage dans l'inconscient, les empêchant ainsi d'accéder à la conscience[12],[13]. Sarno pensait que lorsque les patients reconnaissent que les symptômes ne sont qu'une distraction, ceux-ci n'ont plus de raison d'être et disparaissent. Le STM peut être considéré comme une affection psychosomatique et a été qualifié de « syndrome de douleur de distraction »[14].

Sarno était un critique virulent de la médecine conventionnelle concernant le diagnostic et le traitement des douleurs dorsales, qui sont souvent traitées par le repos, la kinésithérapie, l'exercice et/ou la chirurgie[5].

Symptômes

Les douleurs dorsales sont fréquemment mentionnées comme symptôme du STM[1],[8],[15],[12], mais Sarno définissait les symptômes du STM de manière beaucoup plus large :

  • Type de symptômes : Les symptômes du STM incluent la douleur, la raideur, la faiblesse, les fourmillements, les engourdissements, les contractures musculaires, les crampes et d'autres sensations négatives, selon Sarno.
  • Localisation des symptômes : En plus du dos, Sarno affirmait que les symptômes du STM peuvent survenir au niveau du cou, du genou, des bras, des poignets et d'autres parties du corps[2]. Schechter indique que les symptômes ont tendance à se déplacer vers d'autres parties du corps. Il considère ce déplacement des symptômes comme un indicateur important que la douleur provient du STM[1].

Diagnostic

Voici une liste des critères de diagnostic du STM, selon Schechter et Sarno :

  • Absence de cause physique connue : Schechter et Sarno indiquent qu'un examen clinique, des tests et des examens d'imagerie sont nécessaires pour exclure des affections graves, comme les tumeurs[1],[5]. Sarno considérait les hernies discales comme généralement inoffensives, car selon lui, la localisation des symptômes ne correspond même pas à celle de la hernie[5].
  • Points sensibles[1]. Alors que les médecins utilisent onze des dix-huit points sensibles comme critères diagnostiques de la fibromyalgie, Sarno déclarait utiliser six points sensibles principaux pour diagnostiquer le STM : deux points sensibles dans les muscles trapèzes supérieurs, deux dans les muscles paravertébraux lombaires et deux dans la partie latérale supérieure des fesses. Il affirmait que ces points se retrouvent chez 99 % des patients atteints de STM[7].
  • Antécédents d'autres troubles psychosomatiques : Schechter et Sarno considéraient des antécédents de troubles psychosomatiques comme une indication que le patient pourrait être atteint du STM. Ils citaient le syndrome de l'intestin irritable et les céphalées de tension comme exemples de troubles psychosomatiques[1],[7].

Schechter et Sarno indiquaient que si un patient ne peut pas consulter un médecin formé au STM, il devrait consulter un médecin conventionnel pour exclure des troubles graves, tels que les fractures, les tumeurs et les infections[16],[14].

Traitement

Sarno recommandait d'ignorer les douleurs musculo-squelettiques chroniques et de vivre le quotidien comme s'il n'y en avait pas[17].

Dans son ouvrage traduit en français, Le meilleur anti-douleur c'est votre cerveau, Sarno propose un programme à suivre chez soi pour diminuer ses douleurs. Cette approche repose sur la psychoéducation autour de la douleur, permettant de comprendre que le corps est en bonne santé et que la douleur n'est que le résultat d'un processus psychologique. Il suggère également un travail émotionnel de fond via l'écriture quotidienne d'un journal (journaling)[18].

Patients notables

Parmi les personnalités ayant été traitées pour le STM, on trouve :

  • L'animateur de radio Howard Stern a attribué au traitement du STM le soulagement de ses « douleurs atroces au dos et à l'épaule »[19], ainsi que de son trouble obsessionnel compulsif[20].
  • John Stossel, coprésentateur de l'émission 20/20, a été traité par Sarno pour ses douleurs dorsales chroniques invalidantes[3]. Dans un reportage de 20/20 sur son ancien médecin, Stossel a déclaré que le traitement du STM avait « guéri » ses douleurs dorsales, tout en admettant qu'il continue à avoir des rechutes[10].
  • Janette Barber (en), scénariste et productrice de télévision, a déclaré que pendant trois ans, elle avait été de plus en plus incapable de marcher et avait fini par utiliser un fauteuil roulant en raison de douleurs sévères à la cheville, initialement diagnostiquées comme une tendinite[21]. Elle a ensuite été diagnostiquée et traitée pour le STM. Selon Barber, elle était « sans douleur une semaine après la conférence [de Sarno] » et capable de marcher et courir quelques mois plus tard[10],[21], malgré des rechutes « occasionnelles »[21].
  • L'actrice Anne Bancroft a déclaré avoir consulté plusieurs médecins pour des douleurs dorsales, mais que seul le traitement du STM de Sarno l'avait aidée[9],[10].
  • Le réalisateur Terry Zwigoff a déclaré avoir été au bord du suicide en raison de ses douleurs dorsales invalidantes jusqu'à ce qu'il se tourne en dernier recours vers la méthode de Sarno ; celle-ci lui a « sauvé la vie » ainsi que celle d'une femme à qui il en avait parlé[22].

Réception

La communauté médicale ne reconnaît pas le diagnostic et le protocole de traitement du STM[23],[9],[10]. Sarno lui-même déclarait dans une interview de 2004 avec Medscape Orthopaedics & Sports Medicine que « 99,999 % de la profession médicale n'accepte pas ce diagnostic »[2]. Bien que la plupart des médecins ne reconnaissent pas la validité du STM, certains le font. Andrew Weil, promoteur de la médecine alternative, recommande le traitement du STM pour les douleurs dorsales[24],[25]. Mehmet Öz, administrateur républicain des Centers for Medicare & Medicaid Services sous la seconde administration Trump, chirurgien cardiothoracique (bien que non praticien)[26] et ancien professeur à l'université Columbia, inclut le traitement du STM dans ses quatre recommandations pour traiter les douleurs dorsales[27]. Richard E. Sall, médecin auteur d'un ouvrage sur l'indemnisation des accidents du travail, inclut le STM dans une liste de conditions qu'il considère comme des causes possibles de douleurs dorsales entraînant des journées de travail perdues qui augmentent les coûts des programmes d'indemnisation[28].

Les patients consultent généralement leur médecin lorsque la douleur est à son paroxysme, et les scores de douleur s'améliorent statistiquement avec le temps, même sans traitement ; la plupart des personnes se remettent d'un épisode de douleur dorsale en quelques semaines sans aucune intervention médicale[29]. La théorie du STM a également été critiquée comme étant trop simpliste pour rendre compte de la complexité des syndromes douloureux[10]. James Rainville, médecin au New England Baptist Hospital, a déclaré que si le traitement du STM fonctionne pour certains patients, Sarno utilise à tort le diagnostic de STM pour d'autres patients qui ont de véritables problèmes physiques[30].

En France, des praticiens utilisent la thérapie de reconditionnement de la douleur (Pain Reprocessing Therapy ou PRT) développée par le centre de psychologie de la douleur des États-Unis, ainsi que les théories développées par le Dr Sarno sur le lien entre les émotions et la douleur chronique[18].

Ouvrages en français

Deux ouvrages de John Sarno ont été traduits en français :

  • Guérir le mal de dos : Une relation corps-esprit, Macro Éditions
  • Le meilleur anti-douleur c'est votre cerveau, Thierry Souccar Éditions, 2015[31]
  • Le mal de dos démystifié (trad. Daniel Moreau et Sylvain Auclair), Québec Amérique, coll. « Santé », 1989 (ISBN 978-2-89037-435-5)

Références

  1. (en) D. Schechter, A. P. Smith, J. Beck et J. Roach, « Outcomes of a Mind-Body Treatment Program for Chronic Back Pain with No Distinct Structural Pathology – A Case Series of Patients Diagnosed and Treated as Tension Myositis Syndrome », Alternative Therapies in Health and Medicine, vol. 13, no 5,‎ , p. 26-35 (PMID 17900039)
  2. (en) Pippa Wysong, « An Expert Interview With Dr. John Sarno, Part I: Back Pain Is a State of Mind », sur Medscape Orthopaedics & Sports Medicine, (consulté le )
  3. (en) Mike McGrath, « When Back Pain Starts in Your Head: Is repressed anger causing your back pain? », sur Prevention.com, Rodale Inc., (consulté le )
  4. ↑ (en) John E. Sarno, Mind Over Back Pain, Berkley Books, (ISBN 0-425-08741-7)
  5. (en) John E. Sarno, Healing Back Pain: The Mind-Body Connection, Warner Books, (ISBN 0-446-39230-8)
  6. ↑ (en) John E. Sarno, The Divided Mind: The Epidemic of Mindbody Disorders, HarperCollins, (ISBN 0-06-085178-3)
  7. (en) John E. Sarno, The Mindbody Prescription: Healing the Body, Healing the Pain, Warner Books, (ISBN 0-446-52076-4)
  8. (en) I. G. Rashbaum et J. E. Sarno, « Psychosomatic concepts in chronic pain », Archives of Physical Medicine and Rehabilitation, vol. 84, no 3 Suppl 1,‎ , S76-80; quiz S81-2 (PMID 12708562, DOI 10.1053/apmr.2003.50144)
  9. (en) Liz Neporent, « Straightening Out Back Pain », The New York Times,‎ (lire en ligne)
  10. (en) « Dr. Sarno's Cure », 20/20, sur ABC,
  11. ↑ (en) R. A. Ruden, « Encoding States: A Model for the Origin and Treatment of Complex Psychogenic Pain », Traumatology, vol. 14, no 1,‎ , p. 119-126 (DOI 10.1177/1534765608315625)
  12. (en) S. J. Coen et J. E. Sarno, « Psychosomatic avoidance of conflict in back pain », The Journal of the American Academy of Psychoanalysis, vol. 17, no 3,‎ , p. 359-76 (PMID 2530198, DOI 10.1521/jaap.1.1989.17.3.359)
  13. ↑ (en) René Cailliet, Low Back Disorders: A Medical Enigma, Wolters Kluwer Health, (ISBN 0-7817-4448-2), p. 14
  14. (en) D. Schechter et A. P. Smith, « Back pain as a distraction pain syndrome (DPS): A window to a whole new dynamic in integrative medicine », Evidence-Based Integrative Medicine, vol. 2, no 1,‎ , p. 3-8 (DOI 10.2165/01197065-200502010-00002)
  15. ↑ (en) Jerome Greenberg, « Back Pain: An Unconventional Approach », sur UCLA Department of Medicine, (consulté le )
  16. ↑ (en) Molly Martin, « Minding the Back », The Seattle Times,‎ (lire en ligne)
  17. ↑ (en) Harriet Hall, « Chronic Pain: A Disease in its Own Right », sur Science-Based Medicine, (consulté le )
  18. « La douleur chronique et les émotions: John Sarno et les TMS », sur Douleur-chronique.net (consulté le )
  19. ↑ (en) John E. Sarno, The Mindbody Prescription: Healing the Body, Healing the Pain, Warner Books, (ISBN 0-446-52076-4), quatrième de couverture
  20. ↑ (en) Howard Stern, Miss America, HarperCollins, (ISBN 0-06-109550-8), chapitre 3
  21. (en) « How Can Chronic Back Pain Be Cured? », CNN, sur Larry King Live,
  22. ↑ (en) « TERRY ZWIGOFF », sur Vice, (consulté le )
  23. ↑ (en) Julia Belluz, « America's most famous back pain doctor said pain is in your head. Thousands think he's right. », sur Vox, (consulté le )
  24. ↑ (en) Andrew Weil, « Help for an Aching Back? » (consulté le )
  25. ↑ (en) Andrew Weil, Spontaneous Healing: How to Discover and Enhance Your Body's Natural Ability to Maintain and Heal Itself, Ballantine Books, (ISBN 0-449-91064-4)
  26. ↑ (en) Virginia Chamlee, « Dr. Oz Stopped Seeing Patients Years Before Senate Run but Still Teaches at Columbia », sur People.com, (consulté le )
  27. ↑ (en) Mehmet Oz, « 4 Treatments for Low Back Pain », sur Oprah.com, (consulté le )
  28. ↑ (en) Richard E. Sall, Strategies in Workers' Compensation, Hamilton Books, (ISBN 0-7618-2771-4), p. 91
  29. ↑ (en) L. H. Pengel, R. D. Herbert, C. G. Maher et K. M. Refshauge, « Acute low back pain: systematic review of its prognosis », BMJ, vol. 327, no 7410,‎ , p. 323 (PMID 12907487, PMCID 169642, DOI 10.1136/bmj.327.7410.323)
  30. ↑ (en) Michael Lasalandra, « Gettin back to basics; Doctor believes tension, trauma to blame for pain », The Boston Herald,‎ (lire en ligne)
  31. ↑ « Soulager la douleur chronique : les leçons du Dr John Sarno », sur Thierry Souccar Éditions (consulté le )
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