Tête d'Auguste de Méroé

La Tête d'Auguste de Méroé
Artiste
Inconnu
Date
Matériau
Hauteur
46,2 cm
Lieu de découverte
No d’inventaire
1911,0901.1
Localisation

La tête d'Auguste de Méroé est un fragment de statue de bronze plus grande que nature, représentant le premier empereur romain Auguste. Elle a été découverte en 1910 sur le site nubien antique de Méroé, dans l'actuel Soudan. Longtemps admirée pour son aspect saisissant, elle fait aujourd'hui partie de la collection du British Museum[1],[2]. Elle fut pillée en Égypte romaine en 24 av. J.-C., probablement par les troupes de la candace Amanirenas de Koush, et ramenée à Méroé où elle fut enfouie sous le seuil d'un temple.

Découverte

C'est l'archéologue britannique John Garstang qui découvre la tête d'Auguste en décembre 1910 à Méroé, ancienne capitale du royaume de Koush pendant plusieurs siècles. Elle se trouve alors près d'un tumulus (M292), sous ce qui avait été un escalier de temple[3]. La statue semble avoir été intentionnellement enfouie deux millénaires plus tôt. Les conditions climatiques, en particulier la chaleur et la sécheresse, ont permis une conservation remarquable[4]. Le rapport de fouilles de Garstang indique : « Juste à l'extérieur de l'entrée de cette chambre, enfouie dans une poche de sable propre [à deux mètres et demi sous la surface], se trouvait une tête de portrait romaine en bronze de taille héroïque »[3]. Désireux de partager sa découverte avec le monde, Garstang l'expédie à Londres[3]. Le Comité des fouilles du Soudan, avec le soutien du Fonds national des collections d'art, offre la tête au British Museum en 1911[5].

La découverte intervient dans le contexte d'une importante campagne, dont le but est de fouiller l'ensemble de la ville antique de Méroé. Le projet est financé par le Comité des fouilles du Soudan, composé entre autres du Musée national d'Écosse, de la Glyptothèque Ny Carlsberg et des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique[3]. Il comporte des professionnels de musées, des universitaires et des particuliers fortunés, unis par le désir de participer à l'aventure archéologique et de profiter des découvertes potentielles[3]. La contribution financière la plus importante est le fait de riches mécènes, dont l'entrepreneur britannique Henry Solomon Wellcome et le collectionneur et érudit allemand von Bissingen[3].

Identification du modèle

L'hypothèse de Garstang

La tête est immédiatement reconnue comme d'origine romaine au moment de la découverte, et attribuée à l'époque augustéenne[3]. Garstang, qui est spécialiste de l'art du Moyen-Orient et d'Égypte, correspond avec ses collègues à Liverpool. Il conclut, à tort, que la statue représente Germanicus, petit-neveu d'Auguste[3].

L'attribution à Auguste

Le professeur allemand Franz Studniczka, spécialiste de statuaire romaine, se voit proposer de publier la tête[3]. Lui, comme les conservateurs du British Museum de Londres, suggèrent qu'il s'agit du portrait d'Auguste lui-même[3]. De fait, le visage est le même que celui de l'Auguste de Prima Porta[3],[5].

Origine de la statue

Il apparaît comme évident que la tête a été arrachée d'une grande statue de grande taille érigée en l'honneur de l'empereur romain Auguste. L'historien grec Strabon mentionne dans ses chroniques que de nombreuses villes de Basse-Égypte étaient ornées de statues d'Auguste, avant qu'une armée koushite, lors de son invasion, n'en pille un grand nombre. L'événement se déroule en 24 av. J.-C., alors que les forces romaines sont engagées dans la campagne d'Arabie[6],[7],[8]. Ces statues servent aux Romains à rappeler à la population des territoires conquis la toute-puissance impériale[9]. Bien que l'armée romaine de Pétrone ait envahi avec succès le territoire koushite et récupéré de nombreuses statues, elle ne parvient pas à atteindre la capitale koushite elle-même, où la statue a été transférée[7],[8]. La tête d'Auguste est enfouie par les Méroïtes sous un escalier monumental menant à un podium interprété comme un autel de la victoire. Ce placement permet de discréditer symboliquement Auguste aux yeux de l'aristocratie méroïtique et de la reine koushite de l'époque, probablement la candace Amanirenas[10].

Mur du temple de M292 de Méroé ; détail de la fresque peinte du repose-pieds. Parmi les ennemis représentés figure un captif ligoté (à l’extrême gauche) qui porte une tunique de style romain aux couleurs vives et peut-être un casque romain.
Mur du temple M292 de Méroé ; scène reconstituée d'après les aquarelles de Shliephack ; détail des captifs enchaînés

Les peintures murales du temple M292 ainsi que d'autres monuments méroïtiques vont dans le sens de cette hypothèse. Bien que les fresques du temple soient aujourd'hui complètement effacées, la scène peut être reconstituée grâce à une série d'aquarelles réalisées par Shliephack, l'assistant allemand de Garstang[3]. Sur le mur est figuraient deux personnages en trône, dont le repose-pieds comportait des représentations de prisonniers étrangers ligotés[1]. Les ennemis sont ainsi représentés sous les pieds des personnages principaux de la représentation, divinités ou couple royal.

Il est possible que le bâtiment ait servi de sanctuaire commémoratif. Il comporte, en effet, des graffiti de visiteurs, dont le plus ancien, représentant un pied, atteste que le temple méroïtique a servi de lieu de pèlerinage[11]. Chaque personne entrant dans le temple était, de manière symbolique, invitée à fouler du pied la tête d'Auguste enterrée sous le seuil, renouvelant le triomphe de Méroé sur l'empereur.

Autres théories

D'autres théories suggèrent des origines différentes pour la tête d'Auguste de Méroé. Il a été proposé qu'elle ait été offerte aux Méroïtes par Gallus[12]. C'est cependant peu probable, car Gallus semble avoir préféré installer des statues de lui-même, plutôt que d'Auguste, en Égypte[12]. Une autre hypothèse suggère que la tête aurait appartenu à une statue située dans le fort romain de Qasr Ibrim et placée sur un podium identifié à l'intérieur du fort[12]. Cette thèse a été réfutée depuis, des datations au carbone 14 et des analyses architecturales indiquant que le podium date de l'époque ptolémaïque et qu'il n'a donc, en tout cas, pas été construit pour cet usage[12].

Technique

Les yeux incrustés de la statue

La tête d'Auguste de Méroé est plus grande que nature et répond aux canons de l'art grec, représentant Auguste selon des proportions classiques. Elle est manifestement conçue pour idéaliser et flatter l'empereur[13]. La plupart des portraits augustéens, en particulier les plus anciens, soulignent la jeunesse du modèle et utilisent les techniques grecques, longtemps admirées, de représentation des jeunes hommes[13],[9]. Réalisée en alliage cuivreux, elle présente des yeux aux pupilles de verre et aux iris de calcite. L'excellente conservation des yeux, souvent perdus sur les statues de bronze antiques, confère à cette statue un aspect saisissant. La tête de l'empereur est tournée vers la droite et son regard fixe se porte au loin. Ses cheveux retombent sur son front en ondulations caractéristiques des portraits d'Auguste[10]. Les trois mèches de cheveux, deux séparées au centre et une troisième à droite, rappellent celles du type Prima Porta[1]. Le British Museum possède plusieurs autres têtes en bronze remarquables d'empereurs romains, dont une représentation de Claude. On pense que les têtes ont été fabriquées localement mais à partir de moules créés à Rome[10].

Un objet considéré comme emblématique

La tête de Méroé est le trente-cinquième objet montré dans la série documentaire A History of the World in 100 Objects. Cette série de BBC Radio 4, diffusée pour la première fois en 2010, retrace l'histoire de la civilisation humaine à travers cent objets emblématiques choisis dans les collections du British Museum.

Voir aussi

Références

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Meroë Head » (voir la liste des auteurs).
  1. British Museum Highlights
  2. ↑ (en) « British Museum Collections »
  3. Thorsten Opper, The Meroë Head of Augustus (Objects in Focus), British Museum Press, (ISBN 978-0714150918), p. 8–17
  4. ↑ « BBC - A History of the World - Object : Head of Augustus », sur www.bbc.co.uk (consulté le )
  5. (en) « Image and portraiture of Augustus, the Meroë Head. Archived at the Wayback Machine, CityLit.ac.uk, retrieved 21 July 2014 », sur www.citylit.ac.uk (consulté le )
  6. ↑ L. P. Kirwan, « Rome beyond The Southern Egyptian Frontier », The Geographical Journal, vol. 123, no 1,‎ , p. 13–19 (ISSN 0016-7398, DOI 10.2307/1790717, lire en ligne, consulté le )
  7. Derek Welsby, The Kingdom of Kush, Markus Wiener Publishers, , p. 68–69
  8. « The Land of Nubia », The Met
  9. Neil MacGregor, A History of the World in 100 Objects, Penguin Books, (ISBN 978-0143124153)
  10. (en-GB) « BBC - A History of the World - About: Transcripts - Episode 35 - Head of Augustus », sur www.bbc.co.uk (consulté le )
  11. ↑ British Museum Collection
  12. Matić, « Headhunting on the Roman frontier: (Dis)respect, mockery, magic and the head of Augustus from Meroe », The Edges of the Roman World,‎
  13. Stewart, Peter, 1971–, Roman art, Cambridge University Press, (ISBN 978-0198520818, OCLC 781059606)
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