Tamo daleko

Tamo daleko (en serbe cyrillique: Тамо далеко; en français: Là-bas, au loin) est une chanson traditionnelle serbe, qui a été composée sur l'île grecque de Corfou en 1916 en mémoire de la retraite de l'armée serbe à travers l'Albanie pendant la Première Guerre mondiale. Il existe plusieurs versions des paroles de la chanson, qui se terminent toutes par Vive la Serbie!.
La chanson est devenue très populaire parmi les émigrés serbes après la Première Guerre mondiale, et elle a même été jouée au violon lors des funérailles de l’inventeur serbe Nikola Tesla le , conformément à son dernier souhait.
Symbole de la culture et de l’identité nationale serbes, elle a commencé à être perçue comme une sorte d’hymne national par la diaspora serbe pendant la guerre froide. Certains de ses vers ont été interdits, ainsi que plusieurs autres chansons, dans la Yougoslavie communiste, car ils exprimaient la renaissance du sentiment national serbe.
Histoire
Pendant la Première Guerre mondiale, l’armée serbe s’est retirée à travers l’Albanie après l’invasion du Royaume de Serbie par les puissances centrales durant l’hiver 1915. Épuisée par la faim, les maladies et les attaques de groupes armés, elle s’est finalement regroupée sur l’île grecque de Corfou, grâce à la marine française, où de nombreux soldats serbes ont trouvé la mort[1]. Les défunts furent enterrés en mer, et les survivants appelèrent ces eaux le «Tombeau bleu»[2],[3].
Chanson
Tamo daleko est une chanson traditionnelle serbe[4]. Interprétée en trois parties, elle commence solennellement en mineur, avant de passer au majeur relatif de la dominante au troisième vers du premier couplet, symbolisant l’espoir, puis revient au mineur dès le début de la reprise[5].
L’historien Andrej Mitrović décrit l’air de la chanson comme empreint de nostalgie et de mélancolie. Il affirme que cela offre un excellent aperçu de la psychologie collective et du moral général de l’armée serbe durant l’hiver 1915. Il précise que, bien que la chanson soit nostalgique, son idée fondamentale reste optimiste[6].
La chanson reste populaire parmi les Serbes, tant au pays que dans la diaspora, et plusieurs versions contemporaines ont été enregistrées, dont une par Goran Bregović[7].
Texte
Il existe plusieurs versions de la chanson Tamo Daleko[8]. L’une des versions courtes et populaires est[4] :
Tamo daleko, daleko od mora,
Tamo je selo moje, tamo je ljubav moja.
Tamo je selo moje, tamo je ljubav moja.
O zar je morala doć', ta tužna nesretna noć,
Kada si dragane moj, otiš'o u kravav boj.
Tamo daleko, gde cveta limun žut,
Tamo je srpskoj vojsci jedini bio put.
Tamo je srpskoj vojsci jedini bio put.
Tamo daleko, daleko od mora,
Tamo je selo moje, tamo je Srbija.
Tamo je selo moje, tamo je Srbija.
Bez otadžbine, daleko, daleko živim ja,
al' opet ponosno kličem, živela Srbija!
al' opet ponosno kličem, živela Srbija!
Traduction en français
Là-bas, loin, loin de la mer,
Là-bas est mon village, là-bas est mon amour.
Là-bas est mon village, là-bas est mon amour.
Ô, fallait-il que vienne cette nuit triste et malheureuse,
Quand toi, mon cher, es parti pour ce sanglant combat.
Là-bas, loin, là où fleurit le citron jaune,
Là-bas était le seul chemin pour l’armée serbe.
Là-bas était le seul chemin pour l’armée serbe.
Là-bas, loin, loin de la mer,
Là-bas est mon village, là-bas est la Serbie.
Là-bas est mon village, là-bas est la Serbie.
Sans patrie, loin, loin je vis,
Mais je crie encore fièrement: Vive la Serbie!
Mais je crie encore fièrement: Vive la Serbie!
Références
- ↑ Bock-Luna 2007, p. 59–60.
- ↑ Judah 2000, p. 101.
- ↑ Bock-Luna 2007, p. 60.
- Bock-Luna 2007, p. 59.
- ↑ Hudson 2007, p. 166.
- ↑ Mitrović 2007, p. 165.
- ↑ Iordanova et Makavejev 2006, p. 29.
- ↑ Bock-Luna 2007, p. 57.
Annexes
Voir aussi
- Golgotha albanais
- Tombeau bleu
Littérature
- (en) Birgit Bock-Luna, The Past in Exile: Serbian Long-distance Nationalism and Identity in the Wake of the Third Balkan War, LIT Verlag Münster, (ISBN 978-3-8258-9752-9, lire en ligne)
- (en) Roger Cohen, Hearts Grown Brutal: Sagas of Sarajevo, Random House, (ISBN 978-0-679-45243-0, lire en ligne)
- (en) Robert Hudson, Music, National Identity and the Politics of Location: Between the Global and the Local, Ashgate, (ISBN 978-0-7546-4055-4, lire en ligne), « Popular Music, Tradition and Serbian Nationalism »
- (en) Dina Iordanova et Dusan Makavejev, The Cinema of the Balkans, Wallflower, (ISBN 978-1-904764-80-9, lire en ligne)
- (en) Tim Judah, The Serbs: History, Myth, and the Destruction of Yugoslavia, Yale University Press, (ISBN 978-0-300-08507-5, lire en ligne)
- (en) Mirjana Laušević, Retuning Culture: Musical Changes in Central and Eastern Europe, Duke University Press, (ISBN 978-0-8223-1847-7, lire en ligne), « The Ilahiya as a Symbol of Bosnian Muslim National Identity »
- (en) Richard March, The Tamburitza Tradition: From the Balkans to the American Midwest, University of Wisconsin Pres, (ISBN 978-0-299-29603-2, lire en ligne)
- (en) Sabrina Petra Ramet, Balkan Babel: The Disintegration Of Yugoslavia From The Death Of Tito To The Fall Of Milosevic, Fourth Edition, Avalon Publishing, (ISBN 978-0-8133-4618-2, lire en ligne)
- (en) Andrej Mitrović, Serbia's Great War, 1914—1918, Purdue University Press, (ISBN 978-1-55753-476-7, lire en ligne)
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