Tapduk Emre
| Derviche |
|---|
| Naissance |
1210-1215 Khorassan |
|---|---|
| Décès |
Inconnue |
| Nom de naissance |
تابدوك امره |
| Époque | |
| Activité |
| Religion |
Islam |
|---|---|
| Élève |
Yunus Emre |
Tapduk Emre est un derviche turkmène qui vécut au XIIIe siècle et fut le guide spirituel (Murshid) et le maître de Yunus Emre.
Biographie
On dispose de peu d'informations sur l'année de naissance et de mort mais aussi sur le passé et la jeunesse de Tapduk Emre également mentionné sous les noms de Tapduk Sultan, Tapduk Dede, Şeyh Tapduk et Tapduk Yunus dans les documents historiques[1]. D'après l'historien Aşıkpaşazade et le Saltukname, Tapduk Emre vécut à la même période qu'Orhan[2]. Il n'y a aucun doute qu'en au fait que Tapduk Emre ait vécu au XIIIe siècle selon Haşim Şahin[2]. Pour Mustafa Tatci, les informations qui nous sont parvenues nous permettent d'affirmer qu'il est né au début du XIIIe siècle, mais ne nous renseignent pas sur sa date de décès[3].
Un autre sujet de débat se porte sur ses lieux de naissance et de vie. Selon les récits, Tapduk Sultan aurait émigré de la région de Turkestan et du Grand Khorassan vers la région d'Anatolie, alors appelée Rum (endonyme), en raison des invasions Mongols[2]. Selon les sources historiques ainsi que les registres de cadastre et de fondations de l'époque ottomane, Tapduk Emre a vécu dans le village d'Emrem Sultan rattaché à Nallıhan[4],[5],[6]. D'après Taşköprizade (historien ottoman du XVIe siècle), il se serait établi à Sakarya (province)[7] tandis que suivant l'Histoire de Nişancı Mehmet, il aurait fait sa demeure dans un lieu proche de la Sakarya (fleuve)[8]. Selon les registres de cadastres et de fondations de l'époque ottomane, Tapduk Emre a vécu et est décédé dans le village d'Emrem Sultan, rattaché à Nallihan[6]. Selon ces mêmes documents, Tapduk Emre, s'étant marié, a continué de vivre dans ce village et y a eu des enfants et des neveux[6]. Ils nous apprennent également que l'État ottoman a protégé la fondation de Tapduk ainsi que des cheikhs issus de la lignée de Tapduk Emre[9].
Personnalité
D'après l'ouvrage intitulé Vakiat d'Aziz Mahmud Hüdayi, Tapduk Emre était un chef religieux qui jouait d'un Saz à six cordes et le simple fait de l'entendre jouer de son instrument incitait les gens à le rejoindre et devenir son disciple[10]. Niğdeli Kadı Ahmed, qui a vécu au XIVe siècle, a qualifié les derviches rattachés à Tapduk Emre de déviants ne respectant pas la Charia[11].
Tapduk Emre et les confréries soufies
À l'époque où vivait Tapduk Emre, les confréries soufies commençaient à peine à s'organiser en Anatolie. C'est pourquoi, il n'est pas possible de dire à quelle confrérie il appartenait ni selon quel rite il a été formé[12]. Il existe par conséquent de nombreuses opinions à ce sujet. Des hypothèses suggérant les confréries Naqshbandiyya[13], Qadiriyya[14], Bektachi[15] et l'Ordre mevlevi[16] ont été avancées. Parmi celles-ci, l'hypothèse Khalwatiyya[17] est la moins probable, car cet ordre ne s'est répandu en Anatolie qu'au XVe siècle.
D'après ce que nous savons de Yunus Emre, celui-ci a reçu les enseignements de Tapduk Emre, Barak Baba et Sari Saltik[18]. Or selon le Tarih-i Ali Selçuk[19] et le Menakıbül Arifin[20], Barak Baba est l'élève de Sari Saltik. Dans la tradition Bektachi, Barak Baba est considéré comme le successeur de Hacı Bektaş Veli[21], mais d'un point de vue historique, cela est impossible ; c'est pourquoi Abdülbaki Gölpınarlı soutient que Barak Baba, Tapduk Emre et Sarı Saltuk n'étaient pas Bektachis, mais Babais[22].
Selon le Saltukname, Sarı Saltuk et Tapduk Emre se sont rencontrés[23], mais d'après le récit qui y est conté, Sarı Saltuk ne le connaissait pas auparavant et ne l'avait jamais vu, ce qui signifie qu'il ne l'a pas formé[24]. Alors que pour Ebu'l Hayr Rumi, l'auteur du Saltukname, Sarı Saltuk était un saint sunnite, Ibn Battuta souligne quant à lui que les idées de Sarı Saltuk sont contraires à la charia[25]. Enfin, selon Franz Babinger, Sarı Saltuk est un baba chiite bâtinite[26], et selon Ahmet Yaşar Ocak, Barak Baba est un cheikh Qalandariyya-Haydari[27].
Tapduk Emre et le bektachisme
Le nom de Haci Bektaş n'apparaît pas dans les poèmes de Yunus Emre, disciple de Tapduk[28]. Malgré cela, pour des chercheurs comme Esad Coşan, il est impossible de nier le lien entre Hacı Bektaş et l'élève de Tapduk, Yunus Emre[29]. Alors que dans la tradition bektachie, Tapduk Emre est présenté comme un Bektachi et que la Vilayetname avance que Hacı Bektaş et Tapduk Emre se sont rencontrés, ces écrits ne prouvent pas qu'il était un successeur de Hacı Bektaş, et la Vilayetname de Hacı Bektaş-ı Veli ne soutient pas explicitement une telle opinion[30]. Pour Abdülbaki Gölpınarlı, ni le maître spirituel de Yunus, soit Tapduk, ni Yunus Emre, ni Barak Baba, ni Saru Saltuk ont un lien avec le bektashisme[31]. Selon le Professeur Haşim Şahin également, Tapduk Emre n'était pas Bektachi, mais il a été intégré ultérieurement à la tradition bektachie[32]. Quant à Barak Baba, disciple de Tapduk Emre, il est selon Şahin un derviche babaï-haydari[33].
Tapduk Emre et Yunus Emre
Selon le Vakiat d'Aziz Mahmud Hüdayi, Yunus Emre a servi durant 30 ans dans le couvent de Tapduk Emre et s'est marié avec sa fille[34]. D'après d'autres sources, Bacim Sultan, la fille de Tapduk Emre, n'avait pas pour époux Yunus Emre mais un derviche portant le nom de Hulbiye Sultan[35]. Outre Aziz Mahmud Hüdayi, de nombreuses hagiographies soulignent le lien entre Yunus Emre et Tapduk Emre[36],[37]. Selon le Vilayetname de Hacı Bektaş Veli, Yunus Emre a d'abord souhaité être son disciple mais celui-ci l'a renvoyé vers Tapduk Emre[38]. Yunus Emre lui-même a reconnu dans ses dires que Tapduk Emre était son guide spirituel[39] et s'est désigné comme Tapduki Yunus dans certains de ses poèmes[40].
Compagnons et disciples de Tapduk
Également appelés Tapdukiler ou Tapduklar en turc, les compagnons et disciples de Tapduk Emre ont été présentés par Kadı Ahmed de Niğde, qui a vécu au XIVe siècle, comme des hérétiques adorateurs d'arbres et ne respectant pas la charia. De plus, ils ont fait l'objet de calomnies semblables à celle du "mumsöndü" (la bougie éteinte) qui est aujourd'hui encore dirigée contre les Alévis[11],[41]. Outre Yunus Emre, les compagnons et disciples de Tapduk Emre dont nous connaissons le nom sont Şeyh Ömer, Şeyh Cafer et Yunus-ı Güyende[42].
Tombeaux de Tapduk Emre
Selon les registres des fondations de l'époque ottomane, bien que Tapduk Emre soit enterré à Nallıhan, de nombreux tombeaux lui sont attribués à travers l'Anatolie. On en trouve notamment dans les villages d'Emre Manisa, de Çay à Afyon et de Dutçu à Erzurum. Outre ces localités, des sépultures existent également à Bursa, Karaman, Sivas, Aksaray et Isparta[43].
Signification de son nom
Le terme Tapduk est un nom qui existait déjà au sein des communautés turques pré-islamiques. Dans les mythologies turque et altaïque, Tapduk est un héros légendaire. On le rencontre également sous les formes Tapdık, Taptık ou Taptuk. Selon de nombreux points de vue, il est probable que le nom de Tapduk Emre, le maître spirituel de Yunus Emre, tire son origine de là. Certains chercheurs vont même jusqu’à avancer que Tapduk Emre n'est pas une figure historique, mais que ce héros légendaire ancien a été adapté au récit de vie de Yunus Emre par la culture populaire et la mémoire collective. Selon Celal Beydili, le nom Tapduk signifie "trouvé par hasard" (en azerbaïdjanais, le mot "tapmak" signifie trouver)[44] et se rattache au motif de l'enfant trouvé, envoyé par une puissance divine. Quant au terme Emre, il est admis qu'il est lié au concept d'Imre. "Amramak / Emremek / İmremek" signifie tomber amoureux, et le mot Emre porte ainsi le sens d'amoureux[45].
Référénces
- ↑ Mustafa Tatcı, Yunus Emre'nin Mürşidi Tapduk Emre, H. Yayınları, 3ème Édition, Juin 2022, İstanbul, page 5.
- Ahmet Yaşar Ocak, Yunus Emre, T.C Kültür ve Turizm bakanlığı, 2015, Haşim Şahin, page 206.
- ↑ Mustafa Tatcı, Yunus Emre'nin Mürşidi Tapduk Emre, H. Yayınları, 3ème Édition, Juin 2022, İstanbul, page 4.
- ↑ Halim Baki Kunter, Yunus Emre Belgeler, Eskişehir 1990, page 89.
- ↑ Mustafa Tatcı, Yunus Emre'nin Mürşidi Tapduk Emre, H. Yayınları, 3ème Édition, Juin 2022, İstanbul, page 45.
- Mustafa Tatcı, Yunus Emre'nin Mürşidi Tapduk Emre, H. Yayınları, 3ème Édition, Juin 2022, İstanbul, page 74.
- ↑ Mecdi, Şakayık Tercemesi, İstanbul 1269, page 78.
- ↑ Nişancı Mehmet Tarihi, İstanbul 1279, page 78.
- ↑ Mustafa Tatcı, Yunus Emre'nin Mürşidi Tapduk Emre, H. Yayınları, 3ème Édition, Juin 2022, İstanbul, page 86.
- ↑ Aziz Mahmud Hüdayi, Vakıat-ı Üftade, Selimağa Ktp, Hüdayi Yz. Nu.574, page 237.
- Niğdeli Kadı Ahmed, El-Veledü’ş-Şefîk, manuscrit, Fatih Millet Kütüphanesi (tr) (Istanbul), ms. no 4518, fol. 21b.
- ↑ Mustafa Tatcı, Yunus Emre'nin Mürşidi Tapduk Emre, H. Yayınları, 3ème Édition, Juin 2022, İstanbul, page 104.
- ↑ Vehbi Cem Aşkun, Eskişehir ve Uluları, Eskişehir, 1978, page 35.
- ↑ Osmanlı Müellifleri, C.1, İstanbul, 1333, page 193.
- ↑ Mustafa Tatcı, Yunus Emre'nin Mürşidi Tapduk Emre, H. Yayınları, 3ème Édition, Juin 2022, İstanbul, page 105.
- ↑ Kul Sadi, İrfan ve Yunus Emre, İstanbul, 1983, page 5.
- ↑ Ayvansarayi, Vefeyat-ı Meşayıh-ı Ayvansarayi, İstanbul Ünv. Ktp. Ty. 2664, page 193.
- ↑ Mustafa Tatcı, Yunus Emre'nin Mürşidi Tapduk Emre, H. Yayınları, 3ème Édition, Juin 2022, İstanbul, page 106.
- ↑ Yazıcızade, Tarih-i Ali Selçuk, Topkapı Revan Ktp. Nu.1391, vr.375a, 377a, 414a, 415b, 444a, 444b.
- ↑ Eflaki Ahmed Dede, Menakıbül Arifin, Neşr. Tahsin Yazıcı, Ankara 196f, C.II, pages 484.
- ↑ Mustafa Tatcı, Yunus Emre'nin Mürşidi Tapduk Emre, H. Yayınları, 3ème Édition, Juin 2022, İstanbul, page 110.
- ↑ Abdülbaki Gölpınarlı, Yunus Emre Risalata'l-Nushiyya ve Divan, s.XII.
- ↑ Mustafa Tatcı, Yunus Emre'nin Mürşidi Tapduk Emre, H. Yayınları, 3ème Édition, Juin 2022, İstanbul, page 109.
- ↑ Mustafa Tatcı, Yunus Emre'nin Mürşidi Tapduk Emre, H. Yayınları, 3ème Édition, Juin 2022, İstanbul, page 115.
- ↑ Ahmet Yaşar Ocak, Sarı Saltık'ın kimliği ve tarihsel rolü, Toplumsal Tarih, Janvier 97, Istanbul 2002, page 29.
- ↑ (Babinger, Encyclopedie d'islam, Saru Saltuk mad.)
- ↑ Ahmet Yaşar Ocak, Sarı Saltık-Popüler İslam'ın Balkanlardaki Destani Öncüsü, Ankara 2002, pages 78-84.
- ↑ Mustafa Tatcı, Yunus Emre'nin Mürşidi Tapduk Emre, H. Yayınları, 3ème Édition, Juin 2022, İstanbul, page 127.
- ↑ Esad Coşan, Haci Bektaş-ı Veli le Bektaşi, Arts de Coppodoce, Geneve, 1971, page 191.
- ↑ Mustafa Tatcı, Yunus Emre'nin Mürşidi Tapduk Emre, H. Yayınları, 3ème Édition, Juin 2022, İstanbul, page 124.
- ↑ Mustafa Tatcı, Yunus Emre'nin Mürşidi Tapduk Emre, H. Yayınları, 3ème Édition, Juin 2022, İstanbul, page 129.
- ↑ Mustafa Tatcı, Yunus Emre'nin Mürşidi Tapduk Emre, H. Yayınları,3ème Édition, Juin 2022, İstanbul, page 179.
- ↑ Mustafa Tatcı, Yunus Emre'nin Mürşidi Tapduk Emre, H. Yayınları, 3ème Édition, Juin 2022, İstanbul, page 181.
- ↑ Aziz Mahmud Hüdayi, Vakıat-ı Üftade, Selimağa Ktp, Hüdayi Yz. Nu.574, page 91.
- ↑ Ali Nusret Mutlu, Her Yönüyle Nallıhan, Nallıhan, Ankara 2007, pages 60,61.
- ↑ Lamii Çelebi, Nefahat Tercemesi, İstanbul 1270, page 91.
- ↑ Vilayetname, Menakıb-ı Hacı Bektaş-ı Veli, (Neşr. Abdülbaki Gölpınarlı), İstanbul 1958, s.XXII-XXV.
- ↑ Vilayetname, Menakıb-ı Hacı Bektaş-ı Veli, (Neşr. Abdülbaki Gölpınarlı), İstanbul 1958, page 48.
- ↑ Abdülbaki Gölpınarlı, Yunus Emre Divanı, İstanbul 1943, s.116, page 199.
- ↑ Abdülbaki Gölpınarlı, Yunus Emre Divanı, İstanbul 1943, page 71.
- ↑ Abdülbaki Gölpınarlı, Alevi Bektaşi Nefesleri, İstanbul 1992, pages 272,273.
- ↑ Mustafa Tatcı, Yunus Emre'nin Mürşidi Tapduk Emre, H. Yayınları, 3ème Édition, Juin 2022, İstanbul, page 196.
- ↑ Mustafa Tatcı, Yunus Emre'nin Mürşidi Tapduk Emre, H. Yayınları, 3ème Édition, Juin 2022, İstanbul, page 189.
- ↑ Türk Mitolojisi Ansiklopedik Sözlük, Celal Beydili, Yurt Yayınevi.
- ↑ Büyük Larousse, Milliyet Gazetesi Yayınları, Cilt-7, "Emre".
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