Tapis de Guergour

Tapis de Guergour
Tapis de Guergour présenté à l’Exposition universelle de Paris de 1889. Le nom de son commanditaire, Bou Hafs ben Mansour (Benabid), y est inscrit. Il est conservé à Zemmoura
Provenance
Monts du Guergour, Algérie
Type de nœud
Nœud ghiordès
Type de travail
Tapis traditionnel
Velours
Laine
Chaîne et trame
Laine
Densité des nœuds
Jusqu’à 500 nœuds par dm²
Formats
Jusqu’à 6,15 × 2,10 m

Le tapis de Guergour est un type de tapis traditionnel algérien apparu dans la seconde moitié du XIXe siècle, dans la région montagneuse des monts du Guergour, située entre les wilayas de Sétif et de Béjaïa. Réalisé essentiellement par des femmes artisanes, il se distingue par ses motifs floraux et son esthétique influencée par les modèles orientaux, en rupture avec les formes géométriques berbères traditionnelles.

Étymologie

Le tapis dit « Guergour » tire son nom du massif du même nom, une formation rocheuse de grès rose située entre Sétif et la Méditerranée. Ce territoire, au cœur de la petite Kabylie, est reconnu pour son savoir-faire textile ancestral. Le tissage qui y est né reflète à la fois la force montagnarde et l’élégance inspirée de traditions orientales. Symbole identitaire de la région, le tapis du Guergour perpétue une mémoire culturelle profondément liée à ce paysage singulier[1].

Histoire

L’apparition du tapis de Guergour est attribuée à Bouazza Méziane, originaire d’Arassa, dans le massif du Guergour. Selon les traditions locales, il aurait conçu ce nouveau style après avoir observé un tapis turc ramené par un notable sétifien, Mohamed ben Lekhloufi, à la suite de son service militaire[2],[3],[4].

Avec l’appui de Si Salah ben Laabed et Mohamed Said El Yahiaoui, Bouazza s’inspire des décors anatoliens (notamment les tapis Ghiordès à double niche) pour créer un produit local original. Ce modèle, rapidement adopté par les familles aisées du Guergour et de Sétif, connaît un essor entre 1880 et 1915[5].

Après la mort de Bouazza (vers 1915), la production décline progressivement, jusqu’à disparaître presque totalement dans les années 1930[6].

Caractéristiques

Tapis de Guergour, XIXe siècle de la collection du Musée national des antiquités et des arts islamiques d'Alger, (Numéro d'inventaire:II.T.96).

Les tapis de Guergour se distinguent par leurs dimensions imposantes, pouvant atteindre jusqu’à 6,15 x 2,10 m, ce qui les destine principalement aux grands salons. Ils présentent un décor floral central accompagné de bordures dentelées, s’inspirant directement de modèles orientaux[7]. Leur confection repose sur une trame particulièrement dense, atteignant parfois 500 nœuds par dm², réalisée selon la technique du nœud ghiordès. Enfin, ils se caractérisent par des coloris vifs, tels que le rouge, le noir, le vert et l’ocre, obtenus à partir de colorants naturels[2],[6]. Ces éléments esthétiques et techniques les différencient nettement des autres tapis algériens, généralement décorés de motifs géométriques d’inspiration berbère[3],[8].

Diffusion et conservation

Timbre émis par la poste algérienne représentant le tapis de Guergour.

Le tapis de Guergour était considéré comme un produit de luxe, réservé à une clientèle aisée. Il ornait les salons des notables et servait à affirmer un statut social élevé. Sa production est restée limitée et concentrée dans quelques villages du Guergour[6].

La production traditionnelle cesse dans les années 1930. Quelques exemplaires subsistent dans des collections privées, des musées algériens et dans les archives de l’Artisanat. L’ethnologue Lucien Golvin a documenté ces tapis dans ses travaux sur les arts populaires algériens dans les années 1950[6],[3].

Des initiatives académiques récentes visent à reconstituer l’histoire et le savoir-faire du tapis de Guergour[5],[9],[10],[11].

La wilaya de Sétif œuvre à la renaissance du tapis de Guergour, un artisanat en voie d’extinction après avoir connu, ces dernières années, un déclin progressif jusqu’à frôler l’oubli. Cette disparition s’explique avant tout par l’absence de transmission de ce savoir-faire ancestral aux jeunes générations, alors même que ce tapis figure parmi les plus anciens modèles tissés en Algérie[12].

Références

  1. « Guide touristique et de découverte sur Sétif et sa région : Le tapis de Guergour » (consulté le )
  2. « Sur les traces du tapis du Guergour », sur lemroudj.blog4ever.com (consulté le )
  3. Gérard Boëly, Pierre Guichard et Mahmoud Ourabah, « Autour d’un « tapis du Guergour » présenté à l’exposition universelle de Paris de 1889 », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, no 149,‎ (lire en ligne, consulté le )
  4. Lucien Golvin, « Le legs des Ottomans dans le domaine artistique en Afrique du Nord », Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée, no 39,‎ , p. 201-226 (lire en ligne, consulté le )
  5. « Tapis du Guergour : textes de référence », sur formationprofessionnelle.blog4ever.com (consulté le )
  6. « Les tapis du Guergour », sur forsem.fr (consulté le )
  7. « Tapis et Tissages en Algérie, un héritage à préserver », (consulté le )
  8. (ar) « زربية قرقور.. ألوان طبيعيّة وزخارف نباتيّة تسحر العقول », sur Oman news agency,‎ (consulté le )
  9. Pierre Guichard et Abdenour Sebbah, « Les tapis d’Algérie et du Guergour dans l’histoire objets artisanaux ou œuvres d’art ? », Revue des recherches historiques, vol. 2, no 1,‎ , p. 206-245 (lire en ligne, consulté le )
  10. (ar) Nawel Bensegheir, « حرفة وصناعة الزرابي والانسجة في الجزائر بين استراتيجية الحفظ والتثمين...السرقة والاندثار نموذج زربية قرقور المعروضة بمتحف سطيف دراسة اثرية، وصفية، فني », Revue Al-‘Ibr des études historiques et archéologiques en Afrique du Nord, vol. 7, no 2,‎ (lire en ligne, consulté le )
  11. (ar) Hamida Madjor, « زربية قرقور بمدينة سطيف وآفاقها المستقبلية », Revue algérienne des études et recherches, vol. 2, no 4,‎ , p. 143-154 (lire en ligne, consulté le )
  12. (ar) « السعي الى اعادة احياء زربية القرقور بسطيف بعد اندثارها »,‎ (consulté le )

Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie

  • Lucien Golvin, Les Arts populaires en Algérie: Les Tapis de Guergour, vol. 5, Imprimerie "La typo-litho" et Jules Carbonel réunies, (lire en ligne)

Liens externes

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