Target Malaria

Target Malaria est un consortium international de recherche à but non lucratif qui vise à développer conjointement et à partager des technologies génétiques innovantes afin de contribuer à la lutte contre le paludisme en Afrique. Le consortium rassemble des instituts de recherche et des universités d'Afrique, d'Europe et d'Amérique du Nord.

Ce projet vise à développer des moustiques génétiquement modifiés porteurs d'un gène qui permettrait de réduire les populations de moustiques vecteurs du paludisme. La diminution du nombre de moustiques susceptibles de transmettre le parasite du paludisme entraînerait une baisse des cas de paludisme. Cette approche génétique novatrice se veut complémentaire aux interventions existantes de lutte contre le paludisme. Les recherches menées dans le cadre de ce projet n'en sont qu'à leurs débuts et, malgré des résultats prometteurs à ce jour, le chemin à parcourir est encore long.

Le fardeau du paludisme en Afrique

Chaque année, le paludisme tue un demi-million de personnes et en infecte plus de 200 millions ; un tiers de la population mondiale est exposée au risque de contracter cette maladie transmise par les moustiques. La majorité des victimes sont des enfants de moins de cinq ans vivant en Afrique. Bien que toutes les régions du monde aient réalisé d’énormes progrès dans la lutte contre le paludisme et son élimination, l’Afrique représente 94 % des décès dus au paludisme dans le monde[1].

D’après le Rapport mondial sur le paludisme 2020[2] publié par l’ Organisation mondiale de la Santé, malgré d’énormes progrès dans la réduction du paludisme à travers le monde, ces progrès ont ralenti depuis 2015, pour stagner au cours des trois dernières années. Les interventions actuelles, telles que les traitements médicamenteux, les moustiquaires et la pulvérisation d’insecticides, ont contribué à réduire le fardeau du paludisme, mais n’ont pas permis d’éliminer la maladie dans de nombreux pays. L’OMS avertit que la riposte mondiale au paludisme est arrivée à un « tournant » : si de nouveaux outils ne sont pas trouvés, les objectifs clés de la stratégie mondiale de l’OMS contre le paludisme risquent de ne pas être atteints.

L'impulsion génétique comme moyen de lutte contre le paludisme

Target Malaria adapte un mécanisme naturel appelé « impulsion génétique »[3] ou forçage génétique. Les moustiques génétiquement modifiés sont porteurs d’un trait qui cible leur capacité à se reproduire. L’impulsion génétique garantit que cette modification est transmise à un taux plus élevé que la normale, réduisant ainsi la fertilité des populations de moustiques au fil du temps et, à terme, leur nombre. Les technologies d’impulsion génétique promettent d’être une méthode durable et économique pour contribuer à la lutte contre le paludisme en réduisant la population de moustiques vecteurs de la maladie. L'OMS a déclaré  dans sa Déclaration de position sur l'évaluation et l'utilisation des OVM pour la lutte contre les maladies à transmission vectorielle publiée le  : « Dans un esprit de promotion de l'innovation, l'OMS estime que toutes les nouvelles technologies potentiellement bénéfiques, y compris les OVM, devraient faire l'objet d'études afin de déterminer si elles pourraient être utiles dans la lutte continue contre les maladies préoccupantes pour la santé publique. Ces recherches devraient être menées par étapes et s'appuyer sur des mécanismes de gouvernance clairs afin d'évaluer les implications sanitaires, environnementales et écologiques[4]

Historique et financement

Le projet Target Malaria a débuté en 2005 en tant que programme de recherche universitaire. Depuis 2012, il s'est étendu et rassemble des scientifiques, des spécialistes des sciences sociales, des experts en engagement des parties prenantes, des experts en affaires réglementaires, des équipes de gestion de projet, des spécialistes de l'évaluation des risques et des professionnels de la communication d'Afrique, d'Europe et d'Amérique du Nord. Le projet bénéficie d'un financement de base de la Fondation Gates et d'Open Philanthropy, un fonds conseillé de la Silicon Valley Community Foundation. Les laboratoires participants ont également reçu des financements complémentaires de diverses sources pour soutenir leurs travaux, notamment : le DEFRA, la Commission européenne, le MRC, le NIH, le ministère de la Santé de l'Ouganda, le Conseil national ougandais pour la science et la technologie, le Wellcome Trust et la Banque mondiale.

Liste des institutions partenaires

Voir aussi

Références

  1. ↑ (en) « World malaria report 2025 », sur www.who.int (consulté le )
  2. ↑ (WHO) World Malaria Report 2020 https://www.who.int/teams/global-malaria-programme/reports/world-malaria-report-2020
  3. ↑ Redford, K.H., Brooks, T.M., Macfarlane, N.B.W. et Adams, J.S., Frontières génétiques pour la conservation : une évaluation de la biologie de synthèse et de la conservation de la biodiversité, Gland, Suisse, UICN, , xiv + 182pp. (ISBN 978-2-8317-2023-4, lire en ligne), p. 3
  4. ↑ (en) The Lancet Commission on Malaria Eradication, « Malaria eradication within a generation: ambitious, achievable, and necessary »

Sources

  • Organisation mondiale de la Santé (OMS), Groupe consultatif sur la lutte antivectorielle, Cinquième réunion - 2017 http://apps.who.int/iris/bitstream/handle/10665/255824/WHO-HTM-NTD-VEM-2017.02-eng.pdf;jsessionid=2E6C156B21FBFC7C1C42ACB251E6DCD8?sequence=1
  • Stratégie technique mondiale de l’OMS contre le paludisme 2016-2030 – 2015 http://apps.who.int/iris/bitstream/handle/10665/176712/9789241564991_eng.pdf?sequence=1
  • Jennifer Khan () Le dilemme du forçage génétique : pouvons-nous modifier des espèces entières, mais le devrions-nous ? The New York Times Magazine
  • Ryan, Jackson (). « Les machines CRISPR capables d'anéantir des espèces entières ». CNET. Consulté le .
  • Stein, Rob (). « Des scientifiques relâchent des moustiques génétiquement modifiés controversés dans un laboratoire de haute sécurité ». WBUR-FM. Consulté le .
  • Arie, Sophie (). « Moustiques génétiquement modifiés : un jeu dangereux ou le seul moyen d’éradiquer le paludisme ? ». The Daily Telegraph. Consulté le .
  • Zhang, Sarah (). « Personne ne sait exactement ce qui se passerait si les moustiques disparaissaient ». The Atlantic. Consulté le .
  • Molteni, Megan (). « Voici le plan pour éradiquer le paludisme grâce à des moustiques modifiés génétiquement par CRISPR ». Wired. Consulté le .
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