Tarte en quemeu
| Lieu d’origine | Chaumont |
|---|---|
| Date | XIIIe ou XIVe siècle |
| Place dans le service | Dessert |
| Ingrédients | Pâte levée, sucre, œuf, farine et lait |
La tarte en quemeu, parfois appelée tarte au quemeu, est une tarte à la crème et ancienne spécialité culinaire de Chaumont en Haute-Marne, cuisinée jusqu'au milieu du XIXe siècle lors de carnaval ou de la fête patronale. Au cours du XXe siècle, sa préparation va migrer vers le sud du département et évoluer. Désormais, le quemeu peut aussi se faire avec du fromage de Langres. De 1983 à 2001 est organisée à Brevoines, faubourg de Langres, la « fête du quemeu » afin de financer la restauration de l'église du lieu et plusieurs centaines de tartes y sont vendues chaque année. La spécialité se retrouve depuis associée à la ville de Langres.
Étymologie et prononciation
Le nom de quemeu vient du patois local et signifierait « écume » selon le Dr Guillaume de la Société d'histoire, d'archéologie et des beaux-arts de Chaumont, de par le fait qu'« écume » se prononce cueume en patois de Clairvaux. Ici le eu final fait partie de ces e muets prononcés en patois. Néanmoins, il faut mettre un accent tonique sur la première syllabe. Ainsi, quemeu se prononce « queûmeu » et non « q'meu »[1]. Le terme de quemeu peut se rapprocher de spécialités des localités avoisinantes : en Bourgogne, la tarte au quemeau, ou cion (çion, shion, chion, scion) est une tarte au fromage blanc sucrée de la Bresse louhannaise ; en Bresse, l'appellation tarte au quemô peut selon les localités à la fois désigner une tarte à base de fromage blanc ou à base de crème pâtissière ; en Franche-Comté, la tarte au goumeau (appelée aussi commeau, kemeau, gomeau) dont la composition peut varier est généralement constituée d’œufs et de crème ou de beurre[2].
Origine et évolution
Cette recette remonte au XIIIe siècle ou XIVe siècle. Traditionnellement, la tarte en quemeu est cuisinée le jeudi du carnaval ou lors de la Saint-Jean, fête patronale de Chaumont, afin de fêter Tante Françage qui représente les membres de la famille étrangers à la localité[3],[4],[5]. Un couplet d'une chanson populaire du Grand Pardon témoigne[6],[1] :
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Texte original
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Traduction littérale
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Par ailleurs, l'historien Émile Jolibois se souvient de carême : « on allait à Saint-Roch[Note 1], on allait à Condes, [...] on étendait la nappe sur le gazon, et au dessert, tandis que la jeunesse dansait sur la pelouse voisine, les parents devisaient autour de la tarte en quemeu, le gâteau obligé des repas chaumontais. »[4]

Cependant, depuis le milieu du XIXe siècle, la coutume a disparu[4]. En 1856, Jolibois définit le quemeu comme « une crème faite de lait, d’œuf et de farine » sur laquelle « on y ajoute souvent du sucre en poudre et des amandes »[4]. De même, Arthur Daguin propose en 1887 une définition similaire[7]. Au cours du XXe siècle, la recette va se déplacer vers le sud du département et connaître des changements[5]. Cette tarte se présente aujourd'hui de deux façons : l'une avec un quemeu jaune, constitué d’œufs, de lait, de sucre avec ou sans crème, et parfois avec une purée de potiron ; l'autre avec un quemeu blanc se présentant comme une tarte à base de fromage frais de Langres[2], qui peut être salée ou sucrée[5]. Le Larousse gastronomique sorti en 1996 et sa nouvelle édition anglaise de 2018 assimilent la tarte en quemeu à la tarte au quemeau géographiquement associé à la Franche-Comté avec une composition d’œufs battus, sucre, lait et crème[8],[9]. En outre, dans son Encyclopédie culinaire des territoires de France, le chef Jean-François Piège présente la tarte comme une « spécialité de la ville de Langres » et y décrit une version salée de la recette à base du fromage associé à la ville[10].
En 2018, 11 % des habitants de la région Grand Est parviennent à associer correctement la tarte en quemeu à leur région, parmi 14 spécialités issues des différentes régions de la métropole[11],[Note 2].
Fête du quemeu
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Organisée annuellement dans le faubourg de Brevoines à Langres depuis sa première édition le jusqu'à sa dernière le , la « fête du quemeu » est un événement créé par l'association des Amis de Notre-Dame de Brevoines afin de financer les travaux de restauration de l'église du faubourg, dégradée par les problèmes d'étanchéité de la toiture et l'explosion de la poudrière en 1943. L'événement se tient lors de la fête patronale le , ou le dimanche suivant, et plusieurs centaines de tartes salées ou sucrées y sont chaque année vendue au public[12].
La consommation de quemeu dans la localité remontrait à la reprise du café surnommé au 20-100-0[Note 3] par Pierre Girard, rue Hubert-Gillot, où cette tarte aurait été servie jusqu'à la veille de la Seconde Guerre mondiale[13]. C'est avec l'initiative du curé de Langres, le père Luc Richard, que la fête patronale est de nouveau mise en avant. L'idée d'organiser une fête basée sur le quemeu est née des célébrations du dimanche , où les membres renouèrent avec la tradition de consommer la tarte pour accompagner l'apéritif, à la sortie de la messe. C'est ainsi que la première « fête du quemeu » a lieu l'année suivante. L'évènement rencontre un succès malgré un temps maussade, ce qui conduit à réitérer l'opération[14]. Environ 120 personnes se retrouvent mobilisées à chaque célébration, jusqu'à la fin des travaux de l'église en 1998 et la dernière édition de la fête en 2001[15],[12]. Depuis lors, la tradition perdure au sein du vide-grenier « Brevoines en fête » établi à la même période[16].
Notes et références
Notes
- ↑ Lieu situé à l'ouest de Chaumont, en hauteur de la Suize.
- ↑ Enquête réalisée sur un échantillon de personnes issues de Grand Est parmi 9 126 personnes représentatives de la population nationale française âgées de 18 ans et plus. Sondage effectué en ligne, sur le panel propriétaire Buzzpress France, selon la méthode des quotas, durant la période du 19 au 22 juin 2018.
- ↑ Lire « Au vin sans eau ».
Références
- Dr Guillaume, « Notes sur le patois Haut-marnais », dans Société d'histoire, d'archéologie et des beaux-arts, Annales de la Société d'histoire, d'archéologie et des beaux-arts de Chaumont, (lire en ligne), p. 28.
- Delphine Balvet, La consommation de productions locales en Bresse de l'Ain : Pratiques et représentations alimentaires (thèse de doctorat en sociologie et anthropologie), Lyon, , 471 p. (lire en ligne), p. 266.
- ↑ Le livre d'or de la cuisine Françoise, 48 p. (lire en ligne), p. 37, supplément de la revue Les Annales politiques et littéraires, Paris, no 1540, .
- Jolibois 1856, p. 418
- Catherine Coutant et François Schmidt, Atlas du patrimoine gastronomique de Champagne-Ardenne, éditions de l'Effervescence, , 190 p. (ISBN 2952538654), p. 175.
- ↑ Jolibois 1856, p. 420
- ↑ H. Labourasse, Glossaire abrégé du patois de la Meuse, notamment celui des Vouthons, (lire en ligne), p. 449.
- ↑ Larousse Gastronomique, Hachette, , 1216 p. (ISBN 2-03-507300-6, lire en ligne), p. 1027.
- ↑ (en) New Larousse Gastronomique, Hachette UK, , 1216 p. (ISBN 0600635872, lire en ligne).
- ↑ Jean-François Piège, Encyclopédie culinaire des territoires de France, Hachette cuisine, , 720 p. (ISBN 9782019327071, lire en ligne), p. 364.
- ↑ « Les spécialités régionales et les Français, une connaissance approximative », sur 7detable.com, (version du sur Internet Archive)
- Service Patrimoine de la Ville de Langres, « Laissez-vous conter Notre-Dame De Brevoines » [PDF], sur langres.fr
- ↑ Rocrouge et Hubert 1999, p. 36
- ↑ Rocrouge et Hubert 1999, p. 135
- ↑ Rocrouge et Hubert 1999, p. 141
- ↑ Roman Kennel, « Une tradition qui perdure à Brevoines », JHM, (lire en ligne, consulté le )
Bibliographie
- Émile Jolibois, Histoire de la ville de Chaumont, Paris, J.-B. Dumoulin, , 472 p. (lire en ligne)
- Georges Rocrouge et Guy Hubert (préf. Léon Taverdet), Brevoines : un village et son église, Langres : Association des Amis de Notre-Dame de Brevoines, , 142 p. (ISBN 2-9514216-0-5)
Voir aussi
Articles connexes
Liens externes
- Recette présentée via Gallica sur Le livre d'or de la cuisine Françoise,
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