Tau Pegasi

τ Pegasi
Salm
Description de cette image, également commentée ci-après
Courbe de lumière de Tau Pegasi, obtenue à partir des données du satellite Hipparcos[1].
Données d'observation
(époque J2000.0)
Ascension droite 23h 20m 38,246 23s[2]
Déclinaison +23° 44 25,278 2[2]
Constellation Pégase
Magnitude apparente 4,60[3]

Localisation dans la constellation : Pégase

(Voir situation dans la constellation : Pégase)
Caractéristiques
Stade évolutif séquence principale[4]
Type spectral A5 Vp[3]
(A8V(n)kA5mA5 (λ Boo)[5])
Indice U-B +0,10[3]
Indice B-V +0,17[3]
Indice R-I +0,09[3]
Variabilité δ Sct[6]
Astrométrie
Vitesse radiale +11,48 ± 0,34 km/s[2]
Mouvement propre μα = +36,270 mas/a[2]
μδ = −2,505 mas/a[2]
Parallaxe 20,714 5 ± 0,113 8 mas[2]
Distance 48,275 ± 0,265 pc (∼157 al)[7]
Magnitude absolue +1,10[8]
Caractéristiques physiques
Masse 2,14 ou 1,80 M[4],[9]
Rayon 2,8 R[10]
Gravité de surface (log g) 3,88[9]
Luminosité 32 L[4]
Température 7 709 K[4]
Métallicité [Fe/H] = −0,28[8]
Rotation 149 km/s[4]
Âge 879 Ma[9]

Désignations

Salm, τ Peg, 62 Peg, HD 220061, HIP 115250, HR 8880, BD+22°4810, FK5 880, SAO 91186[7]

Tau Pegasi (en abrégé τ Peg) est une étoile de magnitude 4,6 de la constellation de Pégase. Son nom, approuvé par l’Union astronomique internationale (UAI), est Salm. D'après la mesure de sa parallaxe annuelle par le satellite Gaia, l'étoile est située à environ 157 années-lumière de la Terre. Environ deux fois plus massive que le Soleil et 30 fois plus lumineuse que lui, il s'agit d'une variable de type Delta Scuti dont la luminosité ne change que de quelques centièmes de magnitude sur environ une heure.

Nomenclature et histoire

τ Pegasi, latinisé Tau Pegasi, est la désignation de Bayer de l'étoile. Elle porte également la désignation de Flamsteed de 62 Pegasi[7].

Du ciel des Arabes aux catalogues internationaux

Les étoiles الكرب al-Karab, « la Corde du Puits », appartenant à la figure de الدلو al-Dalw, « le Dalou (le Seau de cuir du Puits) », dans le ciel arabe traditionnel.

Salm est le nom de l'étoile aujourd’hui retenu par l’UAI[11]. Il dérive de Salma, que note Johann Bayer dans son Uranometria (1603)[12]. On pourrait imaginer qu’il s’agit de l’arabe al-Salm, « le Seau de cuir », nom qui conviendrait pourtant à cet endroit dans le ciel arabe traditionnel dont où bien des objets sont liés au puits, mais ne ce serait que pure reconstruction[13]. Le terme étant repris par Richard Allen (1899)[14], il est raccourci en Salm chez Harley Barlow Rumrill[15] et chez Jack W. Rhoads[16], ce qu’a repris l’UAI.

Cette étoile a également d'autres noms :

Markab, qui n’a pas la même origine que l'autre Markab, nom de α Peg venant lui de l’arabe الفرس منكب Mankib al-Faras, « l’Épaule du Cheval ». Il s’agit en fait ici de l’arabe الكرب al-Karab donné au couple τ et υ Peg dans le ciel arabe traditionnel pour une scène qui se passe autour d'un puits[17],[18]. Il apparaît sous cette forme pour τ Peg chez Hugo Grotius (1600) qui le fait dériver par erreur de l’arabe المركب al-Markab, « la Selle », dans le cadre de la figure du Pégase gréco-arabe[19]. Repris par Johann Bayer (1603)[20], il est encore noté par Richard Allen (1899)[21].

El Kerb est, comme le nom précédent, issu de l’arabe الكرب al-Karab donné au couple τ et υ Peg dans le ciel arabe traditionnel. Figurant chez al-Tizīnī (1533) pour τ et υ Peg[22], il est transcrit ‘AlKerb vel AlKereb’, dans sa traduction du زيجِ سلطانی Zīğ-i Sulṭānī ou « Tables sultaniennes » d’Uluġ Bēg, par Thomas Hyde (1665)[23]. Puis, par l’intermédiaire du philologue Friedrich Wilhelm Lach (1796) qui retranscrit ’el-kerb’[24], nous lisons le nom El Kerb, toujours pour le couple τ et υ Peg dans l’Uranographia de Johann Elert Bode (1801)[25], nom donné cette fois comme Al Karab par Richard Allen (1899) qui le spécialise à τ Peg[14]. C’est sous ces deux formes avec de multiples variantes que le nom El Kerb figure dans les catalogues[26].

Sad al Naamah est aussi un nom porté par τ Peg. C'est, au départ, l’arabe نيّر سعد النعام Nayyir Saᶜd al-Naᶜām, « la Propice de la Poutrelle [du Puits] », dans le cadre du ciel arabe traditionnel, nom qu’al-Tīzīnī (1533) affecte à ζ Peg'[27],[28]. Dans la traduction du زيجِ سلطانی Zīğ-i Sulṭānī ou « Tables sultaniennes » d’Uluġ Bēg, par Thomas Hyde (1665), le nom est transcrit ‘Lucida τῦ Sa’d AlNaâm’[29]. Nous apprenons d'un autre côté par ᶜAbd al-Raḥmān al-Ṣūfī que le couple formé par la 5e et la 6e étoile se nomme النعام al-Naᶜām[30],[31]. Or, en se référant à al-Ṣūfī, Richard Allen (1899) note ‘Sa’d AlNaâm’ en l’affectant par erreur au couple formé par la 15e et la 16e étoile, soit τ et υ Peg au lieu de σ et ζ Peg[14]. C’est ainsi que le nom Sad al Naamah se retrouve attribué à τ Peg dans les catalogues, notamment chez Christian Nitschelm (1989)[32],[33]

En Chine

En astronomie chinoise traditionnelle, τ Peg est connue comme 离宫五, soit « la 5e étoile » de l'astérisme 离宫 (pinyin : Lígōng), « Partir (?) du Palais »[34].

Environnement stellaire

Tau Pegasi présente une parallaxe annuelle de 20,71 ± 0,11 mas mesurée par le satellite Gaia, ce qui indique qu'elle est distante de 48,28 ± 0,27 pc (∼157 al) de la Terre[2]. Elle s'éloigne du Système solaire à une vitesse radiale de +11 km/s[2]. Elle apparaît être une étoile seule, car on ne lui connaît pas de compagnon stellaire avec qui elle serait physiquement associée au sein d'un système[35].

Propriétés

Tau Pegasi est une étoile blanche de la séquence principale de type spectral A5 Vp[3], avec la lettre « p » indiquant que son spectre présente des particularités chimiques. Il s'agit en effet d'une étoile de type Lambda Bootis (λ Boo), un type d'étoile chimiquement particulière caractérisée par des raies spectrales inhabituellement faibles des éléments du pic du fer[5].

Tau Pegasi est une variable de type Delta Scuti multipériodique, avec des périodes de pulsation signalées allant de 0,94 à 1,30 heures[36],[37],[38], et dont la magnitude apparente varie selon une amplitude de 0,02 autour de 4,60[6]. Elle tourne rapidement sur elle-même, montrant une vitesse de rotation projetée de 149 km/s[4]. L'étoile est approximativement deux fois plus massive que le Soleil[4],[9] et on estime qu'elle est âgée de 880 millions d'années[9]. Son rayon est 2,8 fois plus grand que le rayon solaire[10], elle est 32 fois plus lumineuse que le Soleil et sa température de surface est de 7 709 K[4].

Notes et références

  1. (en) « Light Curve », sur Hipparcos, ESA (consulté le )
  2. (en) A. Vallenari et al. (Gaia collaboration), « Gaia Data Release 3 : Summary of the content and survey properties », Astronomy & Astrophysics, vol. 674,‎ , article no A1 (DOI 10.1051/0004-6361/202243940, Bibcode 2023A&A...674A...1G, arXiv 2208.00211). Notice Gaia DR3 pour cette source sur VizieR.
  3. (en) D. Hoffleit et W. H. Warren, « Bright Star Catalogue, 5e éd. », Catalogue de données en ligne VizieR : V/50. Publié à l'origine dans : 1964BS....C......0H, vol. 5050,‎ (Bibcode 1995yCat.5050....0H, lire en ligne)
  4. (en) J. Zorec et F. Royer, « Rotational velocities of A-type stars. IV. Evolution of rotational velocities », Astronomy & Astrophysics, vol. 537,‎ , article no A120 (DOI 10.1051/0004-6361/201117691, Bibcode 2012A&A...537A.120Z, arXiv 1201.2052, lire en ligne)
  5. (en) R. E. Griffin, R. O. Gray et C. J. Corbally, « The composite-spectrum binary hypothesis does not explain the λ Bootis stars », Astronomy & Astrophysics, vol. 547,‎ , article no A8 (DOI 10.1051/0004-6361/201219112 Accès libre, Bibcode 2012A&A...547A...8G)
  6. (en) N. N. Samus', E. V. Kazarovets et al., « General Catalogue of Variable Stars: Version GCVS 5.1 », Astronomy Reports, vol. 61, no 1,‎ , p. 80-88 (DOI 10.1134/S1063772917010085, Bibcode 2017ARep...61...80S, lire en ligne, consulté le )
  7. (en) * tau Peg -- delta Sct Variable sur la base de données Simbad du Centre de données astronomiques de Strasbourg.
  8. (en) E. Anderson et Ch. Francis, « XHIP: An extended Hipparcos compilation », Astronomy Letters, vol. 38, no 5,‎ , p. 331 (DOI 10.1134/S1063773712050015, Bibcode 2012AstL...38..331A, arXiv 1108.4971, lire en ligne)
  9. (en) Trevor J. David et Lynne A. Hillenbrand, « The Ages of Early-Type Stars: Strömgren Photometric Methods Calibrated, Validated, Tested, and Applied to Hosts and Prospective Hosts of Directly Imaged Exoplanets », The Astrophysical Journal, vol. 804, no 2,‎ , p. 146 (DOI 10.1088/0004-637X/804/2/146, Bibcode 2015ApJ...804..146D, arXiv 1501.03154, lire en ligne)
  10. (en) C. Allende Prieto et D. L. Lambert, « Fundamental parameters of nearby stars from the comparison with evolutionary calculations: Masses, radii and effective temperatures », Astronomy & Astrophysics, vol. 352,‎ , p. 555–562 (Bibcode 1999A&A...352..555A, arXiv astro-ph/9911002, lire en ligne)
  11. (en) IAU, « Star Names », 2021. ».
  12. (la) Johann Bayer, Uranometria, omnium asterismorum continens schemata, nova methodo delineata…, Augusta Vindelicorum : C. Mangus, 1603, fol. 19r.
  13. (de) Paul Kunitzsch, Arabische Sternnamen in Europa, Wiesbaden : Otto Harrassowitz, 1959, p. 202-203.
  14. (en) Richard Hinkley Allen, « Star-names and their meaning, New York & al., G. E. Stechert, 1899, p. 329. ».
  15. (en) Harley Barlow Rumrill, « Star Name Pronunciation», in Publications of the Astronomical Society of the Pacific, vol. 48, n° 283 (1930), p. 152 ».
  16. (en) Jack W. Rhoads, « A Reduced Star Catalog Containing 537 Named Stars, Pasedana : Jet Propultion Laboratory, California Institute of Technology, November 15, 1971, p. 17 ».
  17. (de) Paul Kunitzsch, Arabische Sternnamen..., op. cit. p. 74.
  18. Roland Laffitte, Le ciel des Arabes. Apport de l’uranographie arabe, Paris : Geuthner, 2012, p. 107.
  19. (la) Hugo Grotius, « Syntagma arateorum : Opus poeticae et astronomiae studiosis utilissimum, quo quae contineantur versa pagella indicabit, Lugduno Batavae », Ex officina Plantiniana : apud C. Raphelengium, 1600, « Notae ad imagines », p. 50. »
  20. (la) Johann Bayer, Uranometria…, op. cit., fol. 19r.
  21. (en) Richard Hinkley Allen, Star-names..., op. cit., p. 329.
  22. Roland Laffitte, Le ciel des Arabes..., op. cit., p. 183.
  23. (la) Thomas Hyde, « Tabulae Long. ac Lat. Stellarum Fixarum ex Observatione Ulugh Beighi, Tamerlanis Magni Nepotis, Oxonii : Henry Hall, 1665, Commentarii, p. 27 ».
  24. (de) Friedrich Wilhelm Lach, « « Beitrag zur orientalischen Sternkunde », in Algemeine Bibliotek der biblischen Litteratur, Bd. VII, Stück 4, 577-651, Leipzig : Weidmann, 1796, p. 443. »
  25. (la) Johann Elert Bode, Uranographia, sive astrorum descriptio viginti tabulis aeneis incisa ex recentissimis et absolutissimis astronomorum observationibus, Berlin : apud autorem, 1801, pl. X.
  26. Roland Laffitte, Héritages arabes. Des noms arabes pour les étoiles, Paris : Geuthner, 2001, p. 194.
  27. (de) Paul Kunitzsch, Arabische Sternnamen in Europa, Wiesbaden : Otto Harrassowitz, 1959, p. 102.
  28. Roland Laffitte, Héritages arabes..., op. cit., p. 183.
  29. (la) Thomas Hyde, « Tabulae Long. ac Lat. Stellarum Fixarum ex Observatione Ulugh Beighi, Tamerlanis Magni Nepotis, Oxonii : Henry Hall, 1665, Catalogus, p. 75 ».
  30. (ar) ᶜAbd al-Raḥmān Abū l-Ḥusayn b. ᶜUmar al-Ṣūfī, «  Kitāb Ṣuwar al-kawākib al-ṯābita, 960, ms. arabe 5036 : Copie anonyme et non datée réalisée pour Zāhir al-Dīn Ulūġ Beg Kūrakan, petit-fils de Tamerlan, probablement à Samarqand, ca., 1430-1449, fol. 92v. »
  31. (ar/fr) Hans Karl Frederik Christian Schjellerup, Description des étoiles fixes composée au milieu du Xe siècle de notre ère par l'astronome persan Abd-al-Rahman Al-Sûfi. Traduction littérale de deux manuscrits arabes de la Bibliothèque royale de Copenhague et de la Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg…, Saint-Pétersbourg : Eggers et Cie, 1874, repr. Fuat Sezgin, Islamic mathematics and Astronomy, vol. XXVI, Frankfurt am Main : Institut für Geschichte der arabisch-islamischen Wissenschaft an der Johann Wolfgang Goethe-Universität, 1997, p. 122 (fr.), 123(ar).
  32. (en/fr) Christian Nitschelm, Catalogue des étoiles nommées : noms et caractéristiques = Catalogue of named stars : names and characteristics, Geneva : Geneva Observatory, 1989, p. 45.
  33. Roland Laffitte, Héritages arabes. Des noms arabes pour les étoiles, Paris : Geuthner, 2001, p. 194, n.375.
  34. (en) Sun Xiachun Sun & Jacob Kistemarker, The Chinese Sky During the Han, Leiden / Köln : Brill, 1997, p. 105 et 219.
  35. (en) P. P. Eggleton et A. A. Tokovinin, « A catalogue of multiplicity among bright stellar systems », Monthly Notices of the Royal Astronomical Society, vol. 389, no 2,‎ , p. 869–879 (DOI 10.1111/j.1365-2966.2008.13596.x, Bibcode 2008MNRAS.389..869E, arXiv 0806.2878)
  36. (en) E. J. Kennelly et al., « The Oscillations of Tau Pegasi », The Astrophysical Journal, vol. 495, no 1,‎ , p. 440–457 (DOI 10.1086/305268 Accès libre, Bibcode 1998ApJ...495..440K)
  37. (en) « VSX : Detail for tau Peg », sur The International Variable Star Index, AAVSO (consulté le )
  38. (en) L. A. Balona et W. A. Dziembowski, « Excitation and visibility of high-degree modes in stars », Monthly Notices of the Royal Astronomical Society, vol. 309, no 1,‎ , p. 221–232 (DOI 10.1046/j.1365-8711.1999.02821.x Accès libre, Bibcode 1999MNRAS.309..221B)

Liens externes

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