Taxon Lazare

Taxon Lazare
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Le Takahé est une espèce que l'on a cru disparue. C'est aussi l'un des taxons Lazare les plus connus par le public avec le Cœlacanthe.

Un taxon Lazare est un taxon, le plus souvent une espèce ou un groupe animal mais parfois une espèce ou un groupe végétal, qu'on a cru éteint mais qu'on redécouvre vivant, ou bien un taxon qui n'apparaît pas dans le registre fossile pendant une période significative de l'histoire de la Terre et qui semble réapparaître à un moment donné.

Cette appellation est donnée en référence au personnage de Lazare, ressuscité par Jésus dans le Nouveau Testament.

Description et type de taxon Lazare

Il s'agit d'un terme qui s'applique à toute espèce animale ou végétale considérée comme éteinte à la fois dans la nature et en captivité mais qui est redécouverte et se révèle être en vie « de façon miraculeuse ». Les populations d'animaux considérés comme n'existant plus qu'en captivité (comme l'Ara de Spix ou le Cerf du Père David) mais qui sont redécouvertes dans la nature pourraient techniquement compter comme telles, et ce, dans une zone plus large de la définition du terme, mais ce dernier est officiellement et universellement accepté comme n'étant exclusif qu'aux espèces « disparues » de manière totale.

Il existe deux types de taxon Lazare :

  • celui où il est question d'un organisme déjà une fois découvert, décrit ou non, par l'homme du vivant de l'organisme en question puis qui disparaît d'une manière ou d'une autre, et est redécouvert de nouveau une seconde fois par l'homme qui l'a cru disparu. À savoir que les espèces disparues depuis un certain temps (au moins depuis 50 ou 30 ans environ selon les standards, période de temps où l'on considère que, faute d'observations confirmées et officielles de l'espèce, elle n'existe plus) et considérées officiellement comme espèces éteintes au niveau mondial sont techniquement les seules à pouvoir être éligibles. Les autres espèces disparues en apparence et redécouvertes après un laps de temps relativement court ne sont généralement pas acceptées ou considérées comme pouvant en faire partie ;
  • celui où il est question d'un organisme découvert tout d'abord à partir de fossiles ou subfossiles (pouvant dater de plusieurs milliers ou millions d'années suivant les cas) par l'homme, qui le classifie par voie logique comme éteint puisque aucune preuve ne vient corroborer la possibilité de la survie de l'espèce, mais qui plus tard est redécouvert comme étant vivant bien qu'on ait cru d'abord à son extinction (extinction d'origine humaine lointaine ou extinction naturelle). Il s'agit alors souvent moins d'une espèce que d'une famille, voire d'un ordre entier, comme celui des coelacanthes (dont les espèces actuelles ne sont pas les mêmes que celles du registre fossile). Dans ce cas là, les organismes se voient aussi le plus souvent attribués le terme de fossiles vivants, qu'ils aient beaucoup ou très peu évolué entre la date des ossements premièrement découverts et la redécouverte de l'espèce en vie.

Les taxons Lazare sont très importants dans le domaine scientifique, de la biologie, de la nature, de l'écologie et de la conservation puisqu'ils rendent compte de l'importance des conséquences et de l'impact de l'homme sur Terre, sur l'environnement, sur l'évolution des populations animales et végétales à travers le temps. Il est également primordial de rappeler au public l'importance de la sauvegarde des espèces menacées, qu'elles soient vulnérables ou en danger (critique ou non) d'extinction et de la diversité génétique et biologique.

Caractérisation des périodes d'absence

Fuligule de Madagascar.

Taxons fossiles

Le terme est à la base utilisé en paléontologie. La période d'absence d'un taxon se traduit par un manque dans les enregistrements fossiles, c'est-à-dire qu'on ne connaît que des preuves de vie ancienne et des preuves de vie récente, mais qu'il n'en existe aucune pour les périodes intermédiaires. Comme il est impossible qu'un groupe évolutif puisse réapparaître après avoir disparu, ce phénomène s'explique le plus souvent par le fait qu'aucun fossile intermédiaire n'a été retrouvé[1]. La période d'absence se traduit aussi par le manque, voire la quasi absence, d'individus observés dans la nature.

C'est par exemple le cas des coelacanthes : ils disparaissent du registre fossile en même temps que les dinosaures, mais deux espèces d'eaux profondes ont survécu jusqu'à nos jours, alors que les espèces fossiles connues étaient des espèces de faible profondeur. Ce genre de cas de figure n'est évidemment pas possible avec des animaux devant respirer à la surface comme les dinosaures.

Espèces éteintes

Par extension de sens, le terme peut aussi s'appliquer à des espèces considérées comme « éteintes », faute d'individus observés pendant plusieurs années ou décennies, voire siècles, mais redécouvertes vivantes, tels le Petaurus gracilis, le Takahé du Sud ou le Fuligule de Madagascar, ou encore le Rat-chinchilla du Machu-Picchu. Cependant, il faut que la redécouverte et l'existence des créatures impliquées soit prouvée. En effet, certaines espèces, comme le Pic à bec ivoire, peuvent soi-disant avoir été vues par des personnes et ces témoignages en question, non confirmés, ne peuvent pas suffire à prouver l’existence d'animaux disparus vivant encore aujourd'hui (cela relève alors de la cryptozoologie). Certaines espèces classées comme éteintes peuvent cependant être reclassées comme espèces en « danger critique » à la suite de certains de ces témoignages, suivant les conditions, comme la Nette à cou rose.

Espèces menacées

Cependant, malgré la redécouverte d'animaux, qui implique que des individus vivants de ces espèces existent, les grands organismes de conservation comme l'UICN considèrent que ces espèces sont le plus souvent toujours menacées de disparaître, le nombre d'individus observés étant faible, ou à un stade proche de l'incapacité de renouveler les générations. Malgré cela, certaines espèces ont pu vivre sans être observées pendant plusieurs décennies, tel que le Potoroo de Gilbert, présumé éteint pendant 120 ans.

Le plus souvent, ces espèces « ré-apparues » sont pour la majorité des animaux de petite taille, qui nécessitent moins de place et de nourriture pour survivre, et qui peuvent de fait passer inaperçues durant plusieurs années, au contraire des animaux de taille moyenne ou grande, qui peuvent difficilement ne pas laisser de traces de leur présence et survivre avec peu de ressources. Les mœurs et habitudes de certains animaux, souvent très discrets et craintifs de nature, peuvent aussi favoriser et inciter les organismes à les considérer comme éteints.

Le plus souvent, les espèces disparues redécouvertes sont localisées et ne subsistent que dans des lieux isolés où l'homme ne met presque jamais les pieds, là où leurs aires de répartitions, pour les espèces non endémiques des îles, étaient autrefois grandes pour la plupart, mais chassés jusqu'à l'extinction dans ces zones. Les espèces redécouvertes sont donc aussi le plus souvent des espèces dite « relique ». Au vu des recherches et expéditions scientifiques un peu partout dans le monde, surtout depuis la fin du XIXe siècle et de nos jours, de nombreuses espèces qu'on pensait éteintes sont redécouvertes et peuvent la plupart du temps bénéficier d'une protection ainsi que des efforts de sauvegarde afin de les mettre hors de danger.

Réapparition d'espèces

Réapparition d'espèces présentes sur la liste rouge de l'UICN

Plantes

Mammifères

Oiseaux

Insectes

  • Dryococelus australis, un phasme de l'île Lord Howe présumé éteint dans les années 1920-1930 mais redécouvert en 2001 sur le massif volcanique de la pyramide de Ball. Également nommé tree lobster (« homard des arbres ») en raison de sa taille, c'est un des taxons Lazare les plus connus, emblématique de la protection, de la réintroduction et de la conservation des insectes en Australie.

Reptiles

Autres espèces redécouvertes

Mammifères

Oiseaux

Insectes

  • Nothomyrmecia macrops, fourmi australienne décrite en 1934, à partir de spécimens d’ouvrières collectées fin 1931, redécouverte en 1977.
  • Megachile pluto (abeille de Wallace), espèce d'abeille indonésienne décrite en 1858, puis plus observée durant un siècle jusqu'en 1981 avec la description de six nids, puis redécouverte en 2019 lors d'une expédition parrainée par le Global Wildlife Conservation visant à retrouver des espèces non observées et considérées comme éteintes.
  • Thyreophora cynophila, une espèce de mouche d'Europe occidentale dont la larve nécrophage est spécialisée dans la moelle osseuse de grands mammifères. Récoltée jusqu'en 1850, puis considérée comme disparue, elle est redécouverte en 2007 en Espagne, puis en 2019 en France.
  • Adapsilia coarctata, une espèce de mouche paléarctique très rare en Europe. Rencontrée uniquement à trois reprises durant le XXe siècle, elle est considérée comme éteinte en Pologne en 2002. Elle y est redécouverte en 2007 ainsi que dans d'autres pays deux ans plus tôt.

Reptiles

Amphibiens

Annélides

  • Driloleirus americanus (Ver de terre géant de Palouse), espèce de lombrics de la famille des Megascolecidae, éteinte en 1980 et redécouverte en 2006.

Poissons

  • Décrit à partir d'un seul exemplaire en 1973, le requin Gogolia filewoodi a été redécouvert près de 50 ans après, en 2020 puis 2022[23].

Autres

Réapparition de taxons fossiles

Animaux

  • Laonastes aenigmamus (Rat de roche laotien ou Kha-nyou), espèce rongeur de la famille des Diatomyidae identifiée seulement sous la forme de fossiles en Asie, découvert au Laos, trouvée dans la région de Khammouan, découverte sur un marché, en 1996 et décrite pour la première fois en 2005 et décrite comme une nouvelle espèce la même année. Dans ce cas, il est considéré comme un rongeur appartenant à une nouvelle famille, les Laonastidae, créée pour lui, puis replacé dans l'ancienne famille Diatomyidae, disparu depuis 11 millions d'années.
  • Cuscomys oblativa (Rat-chinchilla du Machu-Picchu), espèce de rongeurs de la famille des Abrocomidae endémique du Pérou, identifiée en 1916 par des restes Subfossiles datés de 1450-1532, trouvés dans des cryptes incas du Machu Picchu, dans la province de Cuzco, et découverte en 2012.
  • Latimeria chalumnae, espèce actuelle de cœlacanthe connue par des fossiles et retrouvée en Afrique du Sud en 1938. C'est l'un des fossiles vivants et taxons lazare les plus connus[2],[21].
  • Latimeria menadoensis, deuxième espèce actuelle de cœlacanthe connue par des fossiles et retrouvée en 1997 près de l'île de Manado Tua au large de Célèbes (Indonésie). C'est également un fossile vivant.
  • Catagonus wagneri (Pécari du Chaco), espèce de pécari découverte par des fossiles en 1930 et initialement considéré comme éteint, découverte en 1971.
  • Dromiciops gliroides (Monito del monte), mammifère marsupial, le seul représentant vivant de l'ordre des Microbiotheria, endémique du Chili et de Argentine, ses fossiles furent découverts en Cordillère des Andes, datés de 11 millions d'années, date du Miocène.
  • Alytes muletensis (Alyte de Majorque), une espèce d'amphibiens de la famille des Alytidae, nommée sous le nom Baleaphryne muletensis comme fossile en 1977, puis découverte vivante plus tard en 1979. L'espèce est aussi appelée « Crapaud accoucheur de Majorque ».
  • Speothos venaticus (Chien des buissons), canidé de la famille de la sous-tribu des Cerdocyonina (incluse dans la tribu des Canini, qui inclut la sous-tribu des Canina, la sous-tribu incluant les loups et relatifs), appelés aussi les « loups-renards » car phylogénétiquement entre les Canina et la tribu des Vulpini, la tribu des renard vrais. Vivant en Amérique du Sud et au sud de l'Amérique Centrale, comme tous les autres membres de sa sous-tribu, plus connu sous le nom de « renards d'Amérique du sud » ou « renards sud-américains », il s'agit d'un animal vivant en groupe et de petite taille, en plus d'être semi-aquatique avec les pattes semi-palmée, chose rare voire exceptionnelle pour un canidé. Il fut décrit pour la première fois en 1842 à partir de fossiles trouvés dans une caverne du Brésil par Peter Wilhelm Lund et des spécimens vivants furent découverts bien plus tard. C'est le plus proche parent du fameux Loup à Crinière et du Renard des Malouine/Loup des Falkland, ce dernier étant une espèce éteinte par l'homme.
  • Les oursins mous, de l'ordre des Echinothurioida, ont été décrits au XIXe siècle à partir de fossiles européens datant du Jurassique au Crétacé, notamment du genre Echinothuria, et donc considérés comme typiquement mésozoïques. Mais la découverte à la fin du XIXe siècle du genre tropical Asthenosoma, puis de nombreux autres vivant dans les abysses, a permis de le réhabiliter comme ordre contemporain[24].
  • La classe des monoplacophores est l'une des formes les plus archaïques de mollusques, probable ancêtre de toutes les autres, connus par des fossiles du Silurien. On pensait ce groupe éteint jusqu'à la découverte par une équipe danoise en 1952 de Neopilina galatheae par 3 500 mètres de fond près du Costa Rica[25]. Un Monoplacophore a été observé vivant pour la première fois en 2017 par l'expédition Okeanos Explorer de la NOAA, à plusieurs milliers de mètres de fond au large des Samoa[26].

Végétaux

Notes et références

  1. Cnrs.fr- Glossaire
  2. Ouest-France, « On croyait ces espèces disparues depuis des centaines d’années, elles étaient seulement bien cachées », sur MSN, (consulté le )
  3. (en) George A. Feldhamer, Lee C. Drickamer, Stephen H. Vessey, Joseph F. Merritt et Carey Krajewski, Mammalogy : Adaptation, Diversity, Ecology [« Mammalogie : adaptation, diversité et écologie »], Baltimore, JHU Press, , 4e éd., 747 p. (ISBN 978-1-4214-1588-8 et 1421415887, OCLC 927405350, BNF 44285915, lire en ligne), p. 266.
  4. (en) Karen McGhee, « Back from the dead: Gilbert's potoroo », Australian Geographic (en), (consulté le ).
  5. « L’incroyable saga de la tortue «Phantasticus», survivante de la préhistoire », Le Temps,‎ (ISSN 1423-3967, lire en ligne, consulté le )
  6. « Tortue aux Galapagos : l'espoir de nouvelles découvertes », Sciences et Avenir, (consulté le )
  7. « "On la croyait éteinte depuis 100 ans", une tortue géante découverte aux Galapagos », Paris Match, (consulté le )
  8. avec AFP, « La tortue géante découverte aux Galápagos appartient bien à une espèce déclarée éteinte », Geo, (consulté le )
  9. Céline Deluzarche, « Une tortue géante des Galápagos que l’on croyait disparue depuis 100 ans est réapparue ! », sur Futura (consulté le )
  10. « Portée disparue depuis 100 ans, une tortue géante refait surface », Ça m'intéresse, (consulté le )
  11. (en) « Ecuador confirms Galapagos tortoise is from species thought extinct », sur France 24, (consulté le )
  12. Ouest-France, « On croyait ces espèces disparues depuis des centaines d’années, elles étaient seulement bien cachées », sur MSN, (consulté le )
  13. « Faune. En Australie, la résurrection d’un rongeur “éteint depuis 150 ans” », Courrier international, (consulté le ).
  14. « Une souris que l’on pensait éteinte il y a plus de 150 ans découverte en Australie », sur CNews (consulté le ).
  15. « Découverte de choc: la souris serait éteinte depuis plus de 150 ans toujours en vie », sur hebergementwebs.com (consulté le ).
  16. (en) Amanda Kooser, « Scientists are blown away by the rediscovery of a rare volcano mouse thought to be extinct », sur CNET (consulté le ).
  17. (en) « Rediscovery of the 'extinct' Pinatubo volcano mouse », sur phys.org (consulté le ).
  18. (en-US) « Rediscovery of an Bat Species “Lost” for 40 Years - Hills Horseshoe Bat », sur Bat Conservation International (consulté le )
  19. Maëlle Benisty, « Supposée éteinte depuis 40 ans, une chauve-souris menacée a été identifiée au Rwanda », sur POSITIVR, (consulté le )
  20. Chloé Gurdjian, « Rwanda : découverte d'une chauve-souris que l'on pensait éteinte depuis 40 ans », Geo, (consulté le )
  21. Lisa Guyenne, « Invisible depuis 172 ans, un oiseau rare réapparaît à Bornéo », sur France Culture, (consulté le )
  22. « AmphibiaWeb - Gastrotheca cornuta », sur amphibiaweb.org (consulté le )
  23. « Disparu depuis 50 ans, ce requin rarissime considéré comme "perdu" redécouvert dans le Pacifique », Geo, (consulté le )
  24. (en) Christopher Mah, « Echinothurioid Sea Urchins », sur Echinoblog, (consulté le )
  25. (en) C. M. Yonge, « Reflexions on the monoplacophoran, Neopilina galatheae Lemche », Nature, vol. 179, no 4561,‎ , p. 672-673 (lire en ligne)
  26. (en) Christopher Mah, « Highlights from the recent NOAA Okeanos Explorer Samoa Expedition », sur Echinoblog, .

Voir aussi

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