Temple funéraire de Montouhotep II

Temple funéraire de Montouhotep II
Vue des ruines du temple
Temple de l’Égypte antique
Nom en égyptien ancien
Akh-sout-neb-hepet-Re, ȝḫ s.wt Nb-ḥpt-Rˁ (« Les places du Nebheteprê sont utiles »)
Époque
Constructeur
Ville
Coordonnées
25° 44′ 15″ N, 32° 36′ 22″ E
Carte

Le temple funéraire de Montouhotep II est le lieu de sépulture de Montouhotep II, roi d'Égypte antique, sous la XIe dynastie. Il se situe sur la rive ouest de Thèbes, plus précisément à Deir el-Bahari, tout près des tombeaux-saff des ancêtres de Montouhotep situés à El-Tarif. Monument d'une grande importance historique et architecturale, il témoigne de la transition entre les complexes pyramidaux de l'Ancien Empire et les temples des millions d'années du Nouvel Empire.

Le temple funéraire de Montouhotep II est le seul édifice monumental du Moyen Empire à avoir été relativement bien conservé. Il servit également de modèle pour le temple funéraire d'Hatchepsout, construit plus de cinq siècles plus tard. Son mauvais état de conservation est dû à des usages ultérieurs et à un glissement de terrain qui recouvrit les ruines sous la XXe dynastie.

Historique des fouilles

Les ruines du temple de Montouhotep étant entièrement recouvertes de décombres au début du XIXe siècle, les voyageurs de l'époque ignoraient l'existence d'un autre temple enfoui à proximité du temple d'Hatchepsout. En 1858, les ouvriers d'Auguste Mariette, lors des fouilles du temple d'Hatchepsout, mirent au jour près de la chapelle d'Hathor la cachette des prêtres de Montou des XXIIe à XXVIe dynasties, contenant une collection de soixante-douze sarcophages de momies[1],[2].

En 1859, Lord Dufferin et ses assistants, le docteur Lorange et Cyrill C. Graham, entreprirent des fouilles dans la zone du temple de Montouhotep. Ils commencèrent par l'angle sud-ouest de la salle hypostyle, recouverte d'une énorme quantité de décombres, et découvrirent rapidement le tombeau presque entièrement pillé de la reine Tem. Ils progressèrent graduellement vers le sanctuaire, où ils trouvèrent une statue assise d'Amon-Rê et un autel en granit de Montouhotep. D'autres découvertes suivirent, comme le tombeau de Néférou II (TT319).

En 1898, Howard Carter découvrit le tombeau. Il fit dégager l'immense cénotaphe et découvrit ainsi la statue noire du roi assis, d'une grande importance tant pour l'art que pour l'histoire religieuse[3].

Entre 1903 et 1907, Henri Édouard Naville explora le site pour le compte de l'Société d'exploration de l'Égypte. Sous sa direction, le temple fut entièrement fouillé et exploré systématiquement pour la première fois[4]. Entre 1920 et 1931, Herbert Eustis Winlock mena cinq autres campagnes de fouilles sur le site de Montouhotep pour le Metropolitan Museum of Art, dont les résultats ne furent publiés que de manière sommaire, sous forme de rapports préliminaires[4].

Entre 1967 et 1971, Dieter Arnold, mandaté par l'Institut archéologique allemand, a effectué un nettoyage et une remise en état du site et a publié ses résultats en trois volumes[5].

Architecture

Chaussée et parvis

À l'instar des pyramides de l'Ancien Empire qui l'ont précédé, le complexe comprenait un temple de la vallée – creusé dans des terres fertiles – et une chaussée de 1,2 kilomètre de long et quarante-six mètres de large, désormais à ciel ouvert. Cette chaussée menait à un vaste parvis qui enserrait le bassin intérieur de Deir el-Bahari et était orné de plusieurs rangées d'arbres et de statues du roi. Des fouilles archéologiques ont mis au jour les fosses racinaires d'au moins cinquante-sept tamaris et six sycomores, ainsi que de longs parterres rectangulaires plantés de diverses variétés de fleurs[6]. Grâce à ces vestiges, il est possible de reconstituer le jardin du temple, rarement documenté archéologiquement[6]. Plusieurs jardiniers ont dû entretenir ce complexe élaboré avec un dévouement constant, ne serait-ce que pour gérer l'irrigation depuis la vallée du Nil, située à un kilomètre, et ainsi cultiver un espace vert au cœur du désert.

Au moins vingt-deux statues du roi assis étaient érigées de part et d'autre de la voie processionnelle, probablement couronnées de la Couronne blanche de Haute-Égypte au sud et de la Couronne rouge de Basse-Égypte au nord. L'une de ces sculptures en grès a été découverte par Herbert Winlock en 1921/1922 et est aujourd'hui exposée au Metropolitan Museum of Arts de New York.

Partie avant du temple

Vestiges du déambulatoire et d'un angle du bâtiment principal sur la terrasse du temple

À l'ouest de la chaussée se trouve le sanctuaire proprement dit, conçu comme un temple à terrasses et composé de deux parties. La partie avant était dédiée à Montou-Rê, fusion de Montou, dieu thébain de la guerre, particulièrement vénéré sous la XIe dynastie, et du dieu solaire . Sur la façade orientale du temple, de part et d'autre de la rampe d'accès, s'étendent des colonnades, chacune constituée d'une double rangée de piliers rectangulaires, évoquant un tombeau-saff[7]. Une rampe, reconstruite en 1905 par Édouard Naville, mène à la terrasse supérieure du temple, le long de son axe central. Elle recouvre les vestiges de la rampe d'origine, désormais visibles uniquement à deux endroits : les deux couches inférieures du parement latéral en calcaire[8].

La terrasse du temple s'élèvent en une plateforme de soixante mètres de large, quarante-trois mètres de profondeur et cinq mètres de haut. Elle est composée en son centre d'une structure centre, puis d'une colonnade interne, puis d'un mur et d'une colonnade externe. La colonnade interne, ou déambulatoire, entoure la structure centrale sur les quatre côtés et est composée de cent-quarante piliers octogonaux disposés en trois rangées. Le mur intermédiaire entoure de la colonnade interne sur les quatre côtés et mesure près de cinq coudées d'épaisseur, soit un peu plus de 2,5 mètres. On accède à la partie interne par deux portes situés au centre du mur est, communiquant avec la rampe d'accès, et du mur ouest, communiquant avec la partie arrière du temple. La colonnade externe est composée de deux rangées de piliers carrés, soit cent-vingts piliers en tout, et entoure le mur intermédiaire sur trois côtés, à l'exception du côté ouest, soit la partie arrière du temple. De l'ensemble de ces piliers, il n'en reste que par endroits que les bases[9].

La structure centrale, mise au jour par Édouard Naville en 1904-1905, est un édifice factice carré de vingt-deux mètres de côté et de onze mètres de haut. Elle constitue le centre de la partie avant du temple et pourrait avoir représenté le tertre primitif, rappelant peut-être les superstructures des tombeaux royaux d'Abydos. Édouard Naville et Herbert E. Winlock ont reconstitué cette structure centrale comme étant surmontée d'une pyramide. Cependant, Dieter Arnold réfute cette hypothèse pour des raisons structurelles[10].

Partie arrière du temple

Détail d'un bloc de calcaire peint provenant du programme décoratif (fouilles de Naville de 1907, aujourd'hui conservé au Metropolitan Museum of Art).

La partie arrière du temple, dédiée au culte du roi divinisé, était partiellement creusée dans le massif montagneux, avec une cour ouverte et une salle hypostyle abritant la chapelle des statues. Durant les dernières années du règne du roi, le culte d'Amon-Rê y fut intégré, avec l'ajout d'un sanctuaire devant la salle des statues, transformant ainsi le complexe en un véritable temple des millions d'années[11].

La cour centrale se situe à l'ouest du déambulatoire. Elle est bordée au nord et au sud par six colonnes de chaque côté, tandis qu'à l'est se trouve une colonnade à deux rangées de huit colonnes. Au centre de cette cour se trouve un dromos descendant vers le tombeau royal. Parmi les objets découverts dans la cour centrale figurent un autel en calcaire, une stèle en granit de Sésostris III et six statues en granit de Sésostris III[12].

À l'ouest de la cour centrale se trouve la salle hypostyle, qui compte 8 × 10 colonnes. Elle est séparée de la cour centrale par un mur et se situe à un niveau plus élevé, accessible par un escalier[13]. Le sanctuaire jouxte la salle hypostyle à l'ouest et se compose d'un spéos creusé dans la montagne et d'une longue salle construite devant lui. Les trois murs extérieurs et les quatre murs intérieurs du sanctuaire portaient des inscriptions et des représentations en haut-relief peint[14]. Une vingtaine d'images individuelles étaient visibles sur les murs intérieurs de la chapelle, et deux panneaux de texte ont été découverts sur le mur d'entrée. Sur des fragments de relief, le roi est représenté comme un dieu recevant un culte en présence d'autres dieux. Le roi est divinisé car il est dépeint comme l'égal des dieux. Il n'est pas celui qui rend le culte, mais celui qui le reçoit[15].

Dans la chambre des statues, une statue de Montouhotep II plus grande que nature et une statue d'Amon-Rê assis ont été découvertes. Là encore, le roi est assimilé à un dieu[16].

Dépôts de fondation

En 1921-1922, H. E. Winlock découvrit des dépôts de fondation intacts sous les quatre angles de la terrasse du temple. Creusées dans le sol, ces dépôts avaient été remplis d'offrandes lors du rituel de fondation, rite de pose des pierres angulaires des temples et des tombeaux. Parmi ces offrandes figuraient un crâne de taureau, des offrandes de nourriture (cruches et bols contenant du pain, des fruits et de l'orge) et des briques de fondation portant le nom de Montouhotep II[17].

En 1970, d'autres ensembles d'offrandes furent mis au jour sous les quatre angles de la structure principale. Il s'agissait notamment d'offrandes de nourriture (pain et côtes de taureau), de figurines en bronze, d'un sceptre en faïence et de linges servant de support aux offrandes. Ces linges portaient des inscriptions à l'encre aux angles : sept linges au nom de Montouhotep et trois au nom d'Antef II[18].

Tombeau du Roi

Depuis la cour de la partie arrière du temple, un couloir de cent-cinquante mètres de long descend en diagonale le long de l'axe principal du temple, traverse le dromos (entrée) et mène à une chambre de granit, sans aucun doute le tombeau du roi. Contrairement à Bab el-Hosan, ce couloir est rectiligne et se termine dans une chambre orientée au sud, entièrement revêtue de granit rose et coiffée d'un toit pointu. À l'intérieur se trouvait une chapelle d'albâtre en forme de sanctuaire per-our de Haute-Égypte. Cette chapelle était autrefois fermée par une double porte. Elle contenait un cercueil en bois et les pots à onguents du roi, dont les empreintes sont restées sur le sol. La plupart des objets funéraires ont disparu lors de pillages, mais les quelques fragments restants permettent de reconstituer le viatique funéraire, qui comprenait de nombreuses maquettes de navires, de greniers, de boulangeries et d'autres structures, ainsi que des sceptres, des flèches et d'autres objets de culte[19].

Bab el-Hosan

L'entrée du Bab el-Hosan (« Porte du Cheval »), située au nord de la chaussée, fut découverte par hasard en 1898 par Howard Carter, lorsque lui et son cheval tombèrent à travers la paroi rocheuse à cet endroit. La structure fut par la suite nommée d'après le cheval de Carter. Il s'agit d'un tombeau que l'on peut considérer comme la sépulture secondaire du roi. Un dromos, d'environ quarante mètres de long et incliné en diagonale d'est en ouest, s'enfonce dans le sol. À dix-sept mètres de profondeur, derrière une porte, un couloir descend sur cent-cinquante mètres dans la montagne. Dans la chambre funéraire, Carter découvrit la célèbre effigie noire du roi assis, ainsi qu'un cercueil vide. Il mit également au jour un autre puits dans la chambre, qui descend sur trente mètres et débouche sur une pièce contenant trois barques en bois, des poteries et un vase[20].

Dieter Arnold interprète le Bab el-Hosan comme le tombeau d'Osiris :

« Il serait donc pertinent d'examiner si l'inhumation de la statue dans le Bab el-Hosan n'a pas, pour ainsi dire, créé un tombeau d'Osiris transporté à Thèbes, destiné à garantir magiquement au souverain thébain la résurrection d'Osiris [...]. Un tel tombeau d'Osiris aurait donc été une structure liée au destin du roi dans l'au-delà, scellée et oubliée après son unique usage et n'ayant par conséquent nullement vocation à devenir le noyau d'un culte public thébain d'Osiris[21]. »

Tombeau de Tem

Dans l'angle sud-ouest de la salle hypostyle se trouve le tombeau de la reine Tem, épouse principale. Contrairement aux autres tombeaux du complexe, il a été délibérément intégré à la conception du temple et est parallèle au tombeau royal. La chambre funéraire, accessible par un couloir descendant, est en grande partie occupée par un imposant sarcophage d'albâtre. Lors de travaux de nettoyage en 1968, un fragment d'un plateau d'offrandes en calcaire ayant appartenu à la reine y a également été découvert[22].

Tombeaux des reines et d'une princesse

Le long du mur arrière ouest du déambulatoire se trouvent six chapelles ornées de statues, chacune abritant des tombeaux souterrains pour cinq épouses royales et une princesse. Il s'agit des épouses secondaires Ashayet, Sadeh, Kaouit, Kemsit et Henhenet, ainsi que de la princesse Mayet. Ces femmes sont probablement toutes décédées simultanément lors d'une épidémie, au début de la construction du temple, car les tombeaux sont presque identiques et situés côte à côte. Leurs puits furent scellés très tôt, et les colonnes du déambulatoire furent par la suite partiellement construites par-dessus.

Les chapelles funéraires attenantes furent ultérieurement intégrées à la maçonnerie du déambulatoire, prenant la forme de niches. Seuls des fragments de ces chapelles subsistent, et leurs faces extérieures étaient ornés de reliefs représentant les femmes avec le roi, seules ou buvant du lait. Les sarcophages d'Ashayet et de Kaouit, ornés de magnifiques scènes en relief, sont aujourd'hui conservés au Musée égyptien du Caire, tandis que le sarcophage plus sobre d'Henhenet se trouve au Metropolitan Museum of Art[23].

Tombeaux de Néférou II et de la Cour

Le tombeau de la reine Néférou II (TT319), qui se distingue de ceux des autres épouses royales par ses dimensions et son mobilier, fut construit à l'extrémité nord de la partie avant du temple et intégré plus tard au temple funéraire d'Hatchepsout[24].

Comme sous l'Ancien Empire, les tombeaux des hauts dignitaires étaient construits à proximité du complexe funéraire royal. Ainsi, de grands tombeaux en pierre sèche furent aménagés sur les pentes rocheuses environnantes et dans la plaine à l'est du complexe, à l'emplacement actuel d'El-Assasif. Leur identification précise est difficile en raison de leur mauvais état de conservation. Des tentatives ont été faites pour les situer en regard du temple funéraire de Montouhotep et de la chaussée. Les plus grands tombeaux sont ceux du vizir Dagi (TT103), du trésorier Khéty (TT311) et de l'intendant Henou (TT313)[25].

Reconstitution de la structure centrale

Reconstitution d'Édouard Naville

Contrairement à la plupart des autres parties du temple, la reconstitution de la structure centrale représente un défi de taille et fait l'objet d'un débat égyptologique permanent. Ceci s'explique par la rareté des fragments architecturaux informatifs, l'absence de structures comparables et la compréhension encore incertaine de la fonction et de la signification de l'édifice.

Édouard Naville et Herbert E. Winlock ont reconstitué une structure centrale de sept à huit mètres de haut, surmontée d'une pyramide. Cette reconstitution est confortée par le fait que le Papyrus Abbott, un papyrus datant du règne de Ramsès IX et contenant des documents relatifs au pillage de tombes, mentionne explicitement la structure de Montouhotep II comme une pyramide. Cependant, il est possible que ce papyrus désigne également d'autres tombes comme des pyramides qui n'en étaient pas réellement. Sur la stèle Toutou de la XIIe dynastie, le nom du temple est déterminé par le symbole de la pyramide, tandis que dans deux graffitis thébains, la désignation évoque davantage une terrasse ornée d'obélisques[26].

Dieter Arnold réfute l'hypothèse d'une pyramide comme reconstruction, car aucune trace de pierres permettant d'en établir une n'a été trouvée, ce qui serait pourtant attendu compte tenu des dimensions d'une telle structure. Il s'interroge également sur sa solidité :

« Le revêtement relativement mince de la structure centrale, constitué de remblai meuble, n'aurait probablement pas suffi à résister à la poussée d'une telle masse. »

De plus, une pyramide serait plus vraisemblablement située dans la partie arrière du complexe, dédiée au culte funéraire du roi, plutôt que dans la partie avant, architecturalement distincte[27].

Dieter Arnold propose une représentation stylisée du tumulus originel comme reconstruction : un bâtiment massif à plan légèrement rectangulaire et à toit-terrasse plat. Une autre version de cette reconstruction est celle de Rainer Stadelmann, qui ajoute à la structure un monticule de sable planté d'arbres, représentant le tumulus funéraire originel[28].

La découverte du tombeau de Noubkheperrê Antef par Daniel Polz en 2000, grâce aux indices contenus dans le Papyrus Abbott, a relancé le débat sur l'existence d'une superstructure pyramidale au temple de Montouhotep. Le tombeau de Noubkheperrê Antef était autrefois recouvert d'une petite pyramide dont la base mesurait onze mètres et la hauteur estimée à environ treize mètres. Par ailleurs, un pyramidion a pu être attribué au complexe funéraire de Sekhemrê-Oupmaât Antef-Âa. Dès lors, la désignation de ce tombeau comme pyramide dans le Papyrus Abbott doit être prise au sérieux. Malgré l’absence de preuves archéologiques, Gunnar Sperveslage conclut que les preuves indirectes et les analogies soutiennent l’idée d’une pyramide comme élément sommital de la structure centrale :

« L’architecture de la structure centrale combine ainsi la tradition thébaine locale des rangées de piliers devant les tombeaux-saff et la tradition memphite de la construction pyramidale. Avec la pyramide, Montouhotep s’est consciemment inscrit dans la tradition de l’Ancien Empire et, en adaptant la forme traditionnelle du tombeau royal, a ainsi consolidé sa légitimité en tant que souverain de toute l’Égypte[29]. »

Culte

La nature extrêmement complexe et multiforme du complexe, son mauvais état de conservation et le manque de matériel inscrit suffisant rendent les interprétations difficiles et ne permettent d'appréhender que des aspects partiels[30].

Compte tenu de la grande vénération dont jouissait Montou sous Montouhotep II, il n'est pas surprenant qu'une grande partie du temple lui ait été dédiée ; en effet, il serait difficile d'imaginer une autre divinité à laquelle un sanctuaire de l'importance et des dimensions du temple de Montouhotep II aurait pu être dédié à cette époque dans la région thébaine[31]. Le dieu apparaît associé au dieu Rê, à tête de faucon et avec un disque solaire orné de deux serpents, sous le nom de Montou-Rê.

Le culte d'Amon-Rê était pratiqué par le clergé de Karnak, et le lieu de culte d'Amon-Rê dans le temple de Montouhotep II n'était qu'une annexe du temple d'Amon plus vaste de Karnak[32].

La déesse Hathor acquit une importance particulière sous la XIe dynastie. De ce fait, elle est omniprésente dans l'iconographie du temple, bien qu'aucun sanctuaire ne lui fût dédié au sein du temple de Montouhotep II. Ceci suggère l'existence d'un autre sanctuaire d'Hathor à proximité, ce qui reste toutefois à prouver. Le culte d'Hathor dans les temples funéraires voisins du Nouvel Empire témoigne également de l'origine de ce culte en ce lieu[33].

Le temple possédait son propre collège de lecteurs et de prêtres purificateurs, chargés du culte du roi défunt ou vivant[30]. Les aspects osiriens jouaient un rôle significatif et étaient particulièrement présents à Bab el-Hosan[34].

La Belle fête de la vallée, une fête nécropolistique durant laquelle la statue d'Amon-Rê est transportée en procession du temple de Karnak au temple funéraire du roi défunt sur la barge royale et divine, est également mentionnée pour la première fois sous Montouhotep II[35].

Histoire du temple

Développement de la construction

Le complexe du temple se caractérise par différentes phases de modification de sa conception. Dieter Arnold divise la construction du temple en quatre phases. Il attribue uniquement le mur d'enceinte oriental le plus ancien à la phase A, antérieure à la réunification du pays. Ce mur fut probablement remplacé avant son achèvement par un nouveau projet (phase B), impliquant un important rehaussement du terrain et la construction d'une muraille de pierre en forme de bouclier encerclant tout le bassin de la vallée de Deir el-Bahari. Durant cette phase, les six chapelles des reines consorts, avec leurs puits funéraires, étaient probablement déjà construites, la chaussée fut édifiée et l'un des principaux travaux consistait en la construction de Bab el-Hosan, conçu comme le tombeau royal originel. Apparemment, une structure inspirée des tombeaux rupestres traditionnels, les tombeaux-saff des ancêtres de Montouhotep, était prévue[36], mais la structure à ce stade combine déjà manifestement des éléments du tombeau à cour de Haute-Égypte avec ceux du tombeau royal « memphite »[37].

Après le premier jubilé du roi, un complexe de temples au plan fondamentalement modifié fut probablement construit lors des phases C et D : le déambulatoire avec sa structure centrale, ainsi que la cour centrale, la cour ouest et la salle hypostyle avec le spéos à l’ouest, furent érigés, et la porte Bab el-Hosan fut abandonnée au profit du tombeau royal[36].

Utilisation ultérieure du temple

Après la mort de Montouhotep II, le temple fut transformé en sanctuaire d’Amon-Rê, conformément aux nouvelles tendances religieuses. Bien que les pratiques cultuelles aient été manifestement maintenues, aucun élément datant des 120 années qui suivent n'a été découvert. C'est sous le règne de Sésostris III que datent les premiers témoignages d'une utilisation ultérieures : le roi a montré son attachement au temple en faisant don d'une stèle et de six statues en granit. Le temple continua de recevoir des donations durant la Deuxième Période intermédiaire.

Lorsque la période de construction intense à Thèbes reprit sous Amenhotep Ier au Nouvel Empire, Deir el-Bahari redevint immédiatement un centre névralgique. Amenhotep Ier y fit ériger un petit sanctuaire et placer des statues près de la rampe menant à la terrasse du temple de Montouhotep II. Sous le règne de la reine Hatchepsout, ce centre de culte acquit une telle importance religieuse que la construction du temple funéraire de la reine relégua le temple de Montouhotep II à la périphérie de la vallée, dans l'ombre de cette nouvelle construction. Dans le petit espace ouvert entre les deux temples, le successeur d'Hatchepsout, Thoutmôsis III, fit également construire un temple funéraire.

Amenhotep Ier y fit ériger un petit sanctuaire et placer des statues près de la rampe menant à la terrasse du temple de Montouhotep II. Hormis une brève interruption sous le règne d'Akhenaton, le culte se maintint jusqu'à la XXe dynastie. Sous Ramsès IV ou Ramsès VI, la démolition du temple de Montouhotep II commença, vraisemblablement pour réutiliser les matériaux de construction pour un temple plus vaste situé en contrebas de la chaussée. Du temple de Thoutmôsis III, également en cours de démantèlement, d'énormes masses de décombres glissèrent lors de la démolition des murs de soutènement, provoquant un glissement de terrain. Le temple de Montouhotep II fut ainsi enseveli sous un immense amas de débris[38].

Notes et références

  1. Moret 1913, p. VII.
  2. Gauthier 1913, p. III.
  3. Carter 1901.
  4. Arnold 1974, p. 70.
  5. Arnold 1974-1981.
  6. Arnold et Winlock 1979, p. 21.
  7. Arnold 1974, p. 11.
  8. Arnold 1974, p. 16.
  9. Arnold 1974, p. 21.
  10. Arnold 1974, p. 27.
  11. Arnold 1974, p. 141.
  12. Arnold 1974, p. 33.
  13. Arnold 1974, p. 34.
  14. Arnold 1981, p. 15.
  15. Arnold 1981, p. 16.
  16. Arnold 1981, p. 33.
  17. Arnold 1981, p. 49.
  18. Arnold 1974, p. 52.
  19. Arnold 1974, p. 44.
  20. Arnold 1974, p. 51.
  21. Arnold 1974, p. 82.
  22. Arnold 1974, p. 53.
  23. Kühn 2010, p. 23.
  24. Kühn 2010, p. 25.
  25. Kühn 2010, p. 27.
  26. Arnold 1974, p. 28.
  27. Arnold 1974, p. 30.
  28. Stadelmann 1997, p. 232.
  29. Sperveslage 2009, p. 68.
  30. Arnold 1974, p. 72.
  31. Arnold 1974, p. 75.
  32. Arnold 1974, p. 78.
  33. Arnold 1974, p. 83.
  34. Arnold 1974, p. 80.
  35. Schott 1953, p. 94.
  36. Arnold 1974, p. 62.
  37. Stadelmann 1997, p. 231.
  38. Arnold 1974, p. 67.

Bibliographie

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