Testament de Pierre le Grand

Pierre Ier par Carel de Moor

Le Testament de Pierre le Grand est un faux de propagande politique publié en français en 1812 à la veille de la campagne de Russie[1],[2].

Origines

En 1744, le chancelier russe Alexis Bestoujev-Rioumine qualifia sa doctrine de politique étrangère de «système de Pierre le Grand». Pour lui donner plus de poids et espérer obtenir le soutien de l'impératrice Élisabeth, fille de Pierre le Grand, il lui donna le nom de l'empereur décédé près de vingt ans auparavant. Bestoujev-Rioumine considérait que l'objectif de la politique étrangère russe était la domination de l'Europe. Pour y parvenir, il espérait exploiter la conjoncture internationale favorable de son époque. Il proposa notamment de s'appuyer sur une alliance avec les «États maritimes», la Grande-Bretagne et les Pays-Bas, afin de maintenir des relations amicales avec l'Autriche face à la Prusse et de renforcer son contrôle sur la République des Deux Nations[3].

En 1797 Michel Sokolnicki, général polonais en exil à Paris, transmet un document en quatorze points, Aperçu sur la Russie, décrivant un prétendu « plan légué par Pierre » au Directoire qui demeure cependant sceptique[2].

En 1812, à la veille de la Campagne de Russie, Charles-Louis Lesur publie anonymement Des progrès de la puissance russe, depuis son origine jusqu'au commencement du XIXe siècle[4],[5] qui contient le « Testament de Pierre le Grand », reprenant les thèses de Sokolnicki et les prétendus plans stratégiques secrets de la Russie pour conquérir l'Europe.

Ce testament a servi de justificatif à la propagande anti-russe tout au long du XIXe siècle et jusqu'à la Première Guerre mondiale. La preuve a été apportée au début du XXe siècle que Pierre Ier n'a pas laissé de testament et que le Testament de Pierre le Grand est un faux écrit par Michel Sokolnicki et que, par la suite, en 1812, Napoléon Ier avait ordonné qu'il soit intégré dans le livre de Lesur[5].

Le testament

Dans ce testament, l'empereur Pierre écrit[6] :

« J'ai reçu la Russie à l'état de ruisseau, je laisse à présent un fleuve ; mes successeurs en feront une mer qui fertilisera l'Europe appauvrie... »

« Il importe de proposer séparément, et sous le sceau du secret, à Versailles puis à Vienne, de partager avec eux l'empire mondial. Si l'un des deux accepte, ce qu'il est facile d'obtenir en flattant les ambitions et l'amour propre, il conviendra de l'utiliser pour anéantir l'autre, avant d'écraser celui qui restera... L'issue du combat ne fait pas de doute, car la Russie possède déjà tout l'Orient et la majeure partie de l'Europe. »

Notes et références

  1. (ru) « Testament imaginaire de Pierre Ier, son histoire et sa signification », sur historichka.ru (consulté le ).
  2. Simone Blanc, « Histoire d'une phobie : Le Testament de Pierre le Grand », Cahiers du monde russe et soviétique, vol. 9, nos 3-4,‎ , p. 265-293 (lire en ligne).
  3. Архив князя Воронцова. Книга 2: Бумаги графа Михаила Илларионовича Воронцова / [сост. Бартенев П. И.]. М., 1871, p.21
  4. Charles-Louis Lesur, Des progrès de la puissance russe, depuis son origine jusqu'au commencement du XIXe siècle sur data.bnf.fr.
  5. Heller 2015, p. 684-689.
  6. Testament de Pierre le Grand, ou Plan de domination européenne laissé par lui à ses successeurs au trône de Russie, déposé dans les archives de Péterhoff, près Saint-Pétersbourg sur data.bnf.fr

Voir aussi

Bibliographie

  • Michel Heller, Histoire de la Russie et de son empire, Paris, Perrin, coll. « Tempus », (1re éd. 1995), 1100 p. (ISBN 2081235331), Deuxième partie, « Le testament de Pierre le Grand ».
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