Testament de saint François d'Assise
Le testament de saint François est un texte spirituel dicté par François d'Assise peu avant sa mort, au début de l'automne [1]. Ce document est fondamental pour la reconstitution de son expérience religieuse et de sa proposition chrétienne, tout en constituant une référence clé pour l'identité de l'Ordre des Frères mineurs. Selon les mots mêmes de François, le Testament ne doit pas être considéré comme une nouvelle règle, mais comme un « souvenir, une admonition et une exhortation », destinée à aider les frères à observer plus fidèlement la Règle de saint François et à vivre conformément au modèle de l'Évangile [2].
Contexte historique
Le testament a été dicté durant les derniers mois de la vie de François d'Assise, alors qu'il n'exerçait plus de fonctions de gouvernement au sein de la fraternité franciscaine. Le texte s'adresse tant aux frères de sa génération qu'aux générations futures, afin de préserver l'esprit originel du mouvement franciscain. Le document prend la forme d'un legs spirituel personnel plutôt que d'un texte normatif au sens juridique, et a été conçu pour accompagner durablement la Règle[1],[2].
Le testament
François commence son Testament en rappelant que sa conversion est l'œuvre directe de la grâce divine [1]. Il décrit sa rencontre avec les lépreux comme le moment décisif de sa transformation intérieure : ce qui lui semblait auparavant amer s'est alors changé en une douceur de l'âme et du corps. Cette expérience l'a conduit à « sortir du monde » pour entreprendre une vie fondée exclusivement sur les valeurs de l'Évangile[1].
Le testament exprime une adhésion absolue à l'Église catholique et aux prêtres vivant selon les préceptes de l'Église romaine [1],[3]. François affirme vénérer les prêtres comme ses propres seigneurs, même lorsqu'ils sont pauvres ou moralement indignes, en raison de leur fonction sacramentelle [3]. La centralité de l'Eucharistie y occupe une place fondamentale : François déclare ne pas voir corporellement le Fils de Dieu dans ce monde, si ce n'est à travers son très saint corps et son sang. Cette foi eucharistique fonde le respect envers les membres du clergé ainsi qu'envers les paroles sacrées, lesquelles doivent être conservées dans des lieux dignes [4].
François rappelle que l'arrivée des premiers frères fut un don de Dieu et qu'initialement, personne ne lui avait indiqué comment structurer la [5]. Il affirme que c'est le Très-Haut lui-même qui lui a révélé qu'il devait vivre « selon la forme du saint Évangile ». La vie franciscaine se caractérise par une pauvreté radicale, l'itinérance, le travail manuel et la condition d'« étrangers et de pèlerins » dans le monde[6]. Le travail est présenté comme un moyen de subsistance et de témoignage, et non comme une source de profit économique. Lorsque le fruit du travail ne suffit plus, les frères doivent recourir à l'aumône, définie comme la « table du Seigneur »[7].
Le testament insiste sur l'obéissance due au ministre général et aux gardiens, ainsi que sur le respect de la prière liturgique conformément à la Règle [8]. François manifeste une vive préoccupation face aux éventuelles déviances liturgiques ou doctrinales ; il établit ainsi des procédures strictes pour les frères qui ne resteraient pas fidèles à la foi catholique [9]. Les frères considérés come « non catholiques » doivent être remis aux autorités de la fraternité, puis au cardinal protecteur de l'Ordre, empêchant ainsi les membres de la communauté d'exercer eux-mêmes des fonctions judiciaires[1].
François précise explicitement que le testament ne constitue pas une nouvelle Règle, mais se veut une mémoire, une remontrance et une exhortation visant à favoriser une observance plus fidèle de la Règle promise au Seigneur. Il ordonne en outre qu'aucune glose ni interprétation n'y soit ajoutée, et prescrit que le Testament soit systématiquement lu aux côtés della Règle lors des chapitres de la fraternité [10].
Le « Petit Testament »
Le « Petit Testament » de saint François d'Assise, également connu sous le nom de « Testament de Sienne », fut dicté par le saint à Frère Benoît au cours du printemps 1226. À cette époque, François était déjà gravement malade, souffrant d'hémorragies et de douleurs intenses. Dans ce texte, il transmet à ses frères trois exhortations fondamentales : l' amour fraternel, l'observance de la sainte pauvreté ainsi que la fidélité et la soumission aux prélats et clercs de l'Église catholique. L'amour fraternel implique d'accueillir les frères comme des dons de Dieu, de les corriger avec charité et de pardonner leurs fautes ; l'observance de la pauvreté exige, quant à elle, de se détacher de ses propres biens, d'accompagner les pauvres et d'aimer les exclus. L'obéissance et la « minorité » soulignent la fidélité à l'Église, même en période de crise morale, en acceptant ses membres avec humilité et sans juger leurs péchés. Ce bref testament reflète les valeurs essentielles de la vocation franciscaine et constitue une synthèse de la vie et des enseignements de saint François au cours des derniers mois de son existence[11].
Valeur et interprétation
Le testament possède une valeur quasi normative, bien que François nie explicitement qu'il revête un caractère législatif [2]. Son autorité découle de son statut d'ultime témoignage spirituel du fondateur, ainsi que de sa volonté expresse que ce texte accompagne en permanence la Règle[12] . L'historiographie a souligné le caractère exigeant de ce legs, souvent défini comme un « héritage difficile », marqué par l'obéissance, la pauvreté extrême et une adhésion totale à l'orthodoxie catholique garantie par l'Église romaine [12].
La bulle Quo elongati (es), promulguée entre septembre et , réaffirme le caractère non contraignant du Testament de François d'Assise. Elle établit que les seules normes obligatoires sont celles contenues dans la Regula bullata de 1223. Cette dernière avait été rédigée suite à la Regula non bullata de 1221, dont l'étendue et l'absence de formalisation juridique avaient empêché l'approbation officielle. La participation décisive d'Ugolino d'Ostie à la rédaction de la Regula bullata souligne son rôle central dans la structuration juridique et organisationnelle de l'Ordre franciscain naissant. Celui-ci n'est plus conçu comme une communauté restreinte, mais comme un ordre institutionnellement lié à l'Église catholique par l'intermédiaire du cardinal protecteur. L'octroi du Privilegium paupertatis à Claire en 1228 — deux ans après la mort de François et suite à sa canonisation — par la bulle Mira circa nos (es) illustre la manière dont la sainte a défendu l'idéal de pauvreté franciscaine face aux tentatives de normalisation d'Ugolino et du pape Grégoire IX. Elle parvient ainsi à imposer la vision de François lors d'une phase décisive pour la consolidation de l'Ordre[13].
Bibliographie
- (it) Giovanni Merlo, Il testamento di frate Francesco : Ricodo, Ammonizione, esortazione, Milano, Italia, (lire en ligne)
Références
- Merlo 2016, p. 6.
- Merlo 2016, p. 12.
- Merlo 2016, p. 7.
- ↑ Merlo 2016, p. 7–8.
- ↑ Merlo 2016, p. 8.
- ↑ Merlo 2016, p. 9–10.
- ↑ Merlo 2016, p. 10.
- ↑ Merlo 2016, p. 10–11.
- ↑ Merlo 2016, p. 11–12.
- ↑ Merlo 2016, p. 12–13.
- ↑ (it) fra Alberto Tortelli, « Il testamento di S. Francesco », sur Vocazione Francescana, (consulté le ).
- Merlo 2016, p. 12-13.
- ↑ (it) Ovidio Capitani, « Gregorio IX », Enciclopedia dei Papi, sur Treccani (consulté le ).
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