Théâtre indien

Artiste- Mani Madhava Chakyar
Le théâtre indien traditionnel est entièrement codifié et symbolique, et intimement lié à la danse et à la musique.
Tout comme la comédie et la tragédie dans l'antiquité grecque, le théâtre indien trouve son origine dans divers rituels religieux.
Histoire
L'art dramatique remonte probablement à la période la plus ancienne de l'Inde védique. Par la suite, comme pour la tragédie grecque, le drame indien tire une partie de ses sujets des légendes héroïques. C'est de l'épopée que le drame se rapproche le plus étroitement par ses origines. Les antiques déclamations des rhapsodes (itihâsas) aboutissent simultanément à deux genres voisins, l'épopée savante (mahâkâvya) et la comédie héroïque (nâțaka)[1],[2].
Jan Gonda voit l'origine des représentations théâtrales effectuées à l'occasion des fêtes annuelles (yātrā) dans divers rituels destinés à assurer la prospérité de l'année à venir : le sacrifice à Rudra Tryambaka ; le mahâvrata, fête du solstice d'hiver célébrée en l'honneur d'Indra, mais qui ritualise des réjouissances populaires[3]. Au centre de ce rituel, on trouve la danse - origine de l'art dramatique dit nâțakam « danse » - et le feu, en l'occurrence celui du solstice[2]. Le Chant de l'Année du mahâvrata serait ainsi le prototype de la nândī « bénédiction, strophe chantée formant partie intégrante du prologue dans le drame classique »[4],[5]
Le Nâtya-shâstra, traité antique donnant les bases du théâtre indien, assimile ainsi la représentation théâtrale à un sacrifice. Liée au mahâvrata, celle-ci commémore le combat des dieux contre les asuras. Le déroulement du spectacle apporte diverses confirmations, notamment avec l'identification des principaux personnages à des dieux : le directeur (sūtradhāra) à Brahmā, le héros (nāyaka) à Indra, le bouffon (Vidūṣaka) à Varuna, l'héroïne (nāyikā-) à Sarasvati, Vāc et Sri[2],[6].
L'auteur supposé du Nâtya-shâstra se nomme Bharata et l'acteur Bhārata, forme dont est issu le nom actuel de la caste des rhapsodes dite Bhât. Les Bhārata constituent un des grands peuples de l'Inde védique et leur ancêtre éponyme est Agni[7]. Or, Agni que désigne fréquemment cette forme dans le Rig-Véda est mentionné comme le « protecteur des prêtres, poètes, chanteurs et voyants »[8]. Sous le nom de Narāśaṃsa « barde », Agni Bharata était ainsi un patron naturel pour les acteurs dramatiques et les acteurs[2].
Pourtant, dans l'Inde classique, ce n'est pas Agni qui préside à l'art dramatique. Dieu typiquement brahmanique, il a été remplacé par deux dieux issus des cultes populaires, Rudra-Shiva et Krishna[2].
Pour sa part, Paul Thieme opte pour l'antériorité du théâtre d'ombres[9]
Caractéristiques
Il n'y a que très peu de décor et l'intrigue n'est qu'un prétexte à la représentation par l'acteur des émotions et des sentiments humains. L'art dramatique indien recherche à mener le spectateur vers un état de sérénité et de jouissance esthétique. Les dialogues entre les personnages, ou plus généralement les prises de parole de l'acteur, combinent tantôt des parties en prose, tantôt des parties en vers, sans jamais laisser une de ces méthodes d'énonciation prendre le dessus sur l'autre, et la refouler complètement, comme ce fut le cas en Europe. Les sources d'inspiration traditionnelles se trouvent dans la mythologie et la religion. Le Mahābhārata et le Rāmāyaṇa, par exemple, constituent un réservoir d'épisodes souvent mis en scène.
Il existe, en dehors des formes codifiées perpétuées depuis des siècles, un théâtre contemporain dont les orientations sont des plus diverses : adaptation et recréation à partir des modèles anciens, inspiration occidentale ou mélange des deux.

L'Abhinaya (l'art de la représentation) est divisé en quatre techniques de jeu :
- Angikabhinaya (stylisation de la gestuelle)
- Vachikabhinaya (modulation de la voix parlée ou chantée)
- Aharyabhinaya (habillage, maquillage et décoration)
- Sattvikabhinaya (expression muette des sentiments).
Traductions
- Le théâtre de Kālidāsa (« Śakuntalā au signe de reconnaissance », « Urvaśī conquise par la vaillance », « Mālavikā et Agnimitra »), traduit du sanskrit et du prākrit, présenté et annoté par Lyne Bansat-Boudon, Connaissance de l'Orient, Gallimard, 1996.
Notes et références
- ↑ Sylvain Lévi 1963.
- Jean Haudry, La Triade pensée, parole, action, dans la tradition indo-européenne, Milan, Archè, 2009, p. 298-299.
- ↑ (de) Jan Gonda, Zur Frage Nach Dem Ursprung und Wesen des Indischen Dramas, In: Selected Studies of Jan Gonda, Volume 4 History of Ancient Indian Religion, 1975, p. 350–474
- ↑ Pierre Rolland, Le Mahāvrata. Contribution à l'étude d'un rituel solennel védique, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1973, p. 52-78.
- ↑ Louis Renou, Littérature sanskrite, Fascicule V, Paris, A. Maisonneuve, 1946, p. 80.
- ↑ (en) Franciscus Bernardus Jacobus Kuiper, Varuṇa and vidūṣaka: on the origin of the Sanskrit drama, Amsterdam et Londres, North-Holland Publishing Company, coll. « Verhandelingen der Koninklijke Nederlandse akademie van wetenschappen. Afd. Letterkunde : nieuwe reeks » (no 100), p. 236-240.
- ↑ Madeleine Biardeau, Thierry Marchaisse (dir.), Le Mahabharata, un récit fondateur du brahmanisme et son interprétation, Paris, Éditions du Seuil, 2002, I : 205
- ↑ (de) Karl Friedrich Geldner (traducteur), Der Rig-Veda, aus dem Sanskrit ins Deutsche übersetzt. Vierter Teil. Namen- und Sachregister zur Übersetzung, dazu Nachträge und Verbesserungen, Cambridge (Mass.) / Londres / Oxford, Harvard University Press / Oxford University Press, coll. « Harvard Oriental Series » (no 36), , p. 25 -37.
- ↑ (de) Paul Thieme, Das indische Theater, Kröner, 1966, 99 p.
Bibliographie
- Sylvain Lévi (préf. Jean Filliozat, Louis Renou), Le théatre indien, Paris, Honoré Champion / Collège de France, coll. « Bibliothèque de l'Ecole des hautes études. Quatrième section, Sciences historiques et philologiques » (no 83), , 2 tomes en 1 vol. (XLIII-432, 122 p.) (lire en ligne)Réédition commentée de l'édition de 1863 ; « publié à l'occasion du centenaire de la naissance de Sylvain Lévi ».
- Jean Jacquot (dir.), Les Théâtres d'Asie, Paris, Éditions du Centre national de la recherche scientifique, , VIII-309 p.Réunit des études et communications de Jeannine Auboyer, A. A. Bake, Jeanne Cuisinier, Anne-Marie Esnoul, lors des Conférences du Théâtre des nations, 1958-1959, et des Journées d'études de Royaumont, 28 mai-1er juin 1959.
- (en) Farley P. Richmond, Darius L. Swann et Phillip B. Zarrilli, Indian theatre : traditions of performance, Honolulu, University of Hawaii press, , XIV-487 p. (ISBN 0-8248-1190-9).
- Milena Salvini, « Inde (le théâtre en) », dans Michel Corvin (dir.), Dictionnaire encyclopédique du théâtre à travers le monde, Paris, Bordas, (ISBN 9782047312957), p. 701-708.
Voir aussi
Articles connexes
Liens externes
- Notice dans un dictionnaire ou une encyclopédie généraliste :
- Mani Madhava Chakyar, le théâtre dansé du Kerala
- L'Inde sur le site du Théâtre du Soleil
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