Théisme philosophique

Léonard de Vinci : ô, vous qui regardez notre machine, ne soyez pas tristes qu'avec vos semblables vous êtes destinés à mourir, mais réjouissez-vous puisque notre Créateur nous a doté d'un excellent instrument qu'est l'intellect.

Le théisme philosophique est la croyance selon laquelle Dieu existe (ou doit exister) indépendamment de l'enseignement ou de la révélation d'une quelconque religion en particulier[1]. Il représente la croyance en Dieu entièrement sans doctrine, si ce n'est que ce qui peut être discerné par la raison et la contemplation des lois naturelles. Certains théistes philosophiques sont persuadés que Dieu existe par des arguments philosophiques, tandis que d'autres se considèrent croyants, ayant une foi n'ayant pas besoin d'être, ou ne pouvant pas être soutenue par un argument rationnel.

Le théisme philosophique possède des similitudes avec la philosophie déiste du XVIIIe siècle.

Relation à la religion organisée

Kurt Gödel, le logicien mathématique éminent, ayant rédigé un argument formel pour l'existence de Dieu.

Le théisme philosophique conçoit la nature comme étant le résultat d'une activité intentionnelle, et, par conséquent, comme un système intelligible ouvert à la compréhension humaine, bien que n'étant jamais possiblement complètement compréhensible. Il implique la croyance selon laquelle la nature est ordonnée selon une sorte de plan cohérent et manifeste une volonté ou une intention singulière, or, incompréhensible ou inexplicable. Cependant, les théistes philosophiques ne soutiennent pas ou n'adhèrent pas à la théologie ou aux doctrines d'une quelconque religion ou église. Ils peuvent accepter les arguments ou les observations concernant l'existence d'un dieu avancés par des théologiens travaillant dans une certaine tradition religieuse, mais rejettent la tradition elle-même. (Par exemple, un théiste philosophique pourrait croire certains arguments chrétiens à propos de Dieu tout en rejetant néanmoins le christianisme.)

Théistes philosophiques notables

  • Thalès était un philosophe présocratique ainsi qu'un mathématicien grec de Milet en Asie mineure. Beaucoup, plus notoirement Aristote, le considérèrent comme le premier philosophe de la tradition grecque. Selon Henry Fielding, Diogène Laërce affirma que Thalès posa "la préexistence indépendante de Dieu de toute éternité, déclarant "que Dieu était le plus âgé de tout être, car il existait sans cause antérieure, même en matière de génération, que le monde était le plus beau de tout élément, puisqu'il a été créé par Dieu."
  • Socrate était un philosophe antique grec athénien, il est le premier partisan connu de l'argument téléologique, bien que cela soit contestable s'il avait abandonné le polythéisme[2].
  • Aristote découvrit que ce que l'on appelle actuellement les "arguments cosmologiques" réfèrent à Dieu (ou à une "cause première")[3],[4].
  • Chrysippe de Soles était un philosophe stoïcien grec. Chrysippe cherchait à prouver l'existence de Dieu, faisant l'usage d'un argument téléologique : "Si des choses qui sont au-dessus de l’homme existent, il faut qu’elles soient produites par une nature supérieure à l’homme. Or il existe des choses que l’homme ne peut produire : donc, il existe une nature supérieure à l’homme. Et cette nature, c’est Dieu[5]."
  • Cicéron était un philosophe, homme d'État, avocat, théoricien politique et constitutionnaliste romain.
  • Plotin était un philosophe majeur du monde ancien. Voici les trois principes fondamentaux de sa philosophie : l'Un, l'Intellect, l'Âme.
  • Léonard de Vinci était un génie universel italien et est largement considéré comme étant l'un des plus grands peintres de tous les temps. Selon la biographe Diane Apostolos-Cappadona, "Il trouva la preuve de l'existence et de l'omnipotence de Dieu dans la nature (la lumière, la couleur, la botanique, le corps humain) et dans la créativité[6]." Marco Rosci, l'auteur de "Hidden Leonardo Da Vinci" constate que pour Léonard, "l'homme est l'œuvre d'un Dieu qui conserve peu de liens avec l’orthodoxie traditionnelle. Mais l'homme n'est pas un simple 'instrument' de son Créateur. Il est lui-même une 'machine' d'une qualité extraordinaire et d'une compétence et donc la preuve d'une rationalité de la nature."
  • Christian Huygens était un mathématicien et scientifique néerlandais important. Huygens fut le premier à avoir formulé ce que nous connaissons désormais comme étant la deuxième des lois du mouvement de Newton sous forme quadratique. Il considérait la science comme une forme d'"Adoration", autrement dit, une pouvant servir Dieu en étudiant ainsi qu'en admirant ses œuvres : "Et nous adorerons, nous révérerons Dieu, Créateur de toutes choses ; nous admirerons pareillement et adorerons sa divine Providence, et sa sagesse ineffable, déployées et rendues visibles en tout cet Univers, à la confusion de ceux qui ont osé soutenir que la Terre et tout ce qu’elle renferme sont l’ouvrage d’un aveugle concours d’atomes, ou qu’elles n’ont point eu de commencement[7]."
  • Isaac Newton était un mathématicien anglais éminent, souvent considéré comme étant l'un des trois meilleurs mathématiciens qui ont jamais vécu. Newton était célèbre pour l'intérêt qu'il portait à l'égard de la théologie biblique et déclara ceci à propos des Saintes Écritures : "Nous pensons les Saintes Écritures de Dieu comme étant la philosophie la plus sublime. Je trouve la Bible bien plus authentique que n'importe quelle histoire profane[8]." Newton rejeta la doctrine de la Trinité et nia avoir reconnu la divinité de Jésus dans ses ouvrages, qui n'ont été découverts que plus tard par Keynes[8].
  • Gottfried Wilhelm Leibniz était un génie universel allemand important, considéré comme le père de l'informatique numérique. En tant que philosophe, il plaida en faveur de l'existence de Dieu pour des raisons purement philosophiques. Leibniz rédigea : « Même si le monde avait toujours existé, il faudrait néanmoins expliquer pourquoi il y a quelque chose plutôt que rien. Cette explication ultime, fondement de toute existence, ne peut se trouver qu’au‑delà du monde, c’est-à-dire en Dieu[9]. »
  • Émilie du Châtelet était une mathématicienne et physicienne française, sa réalisation la plus célèbre est considérée comme étant sa traduction ainsi que son commentaire sur l'ouvrage d'Isaac Newton Principia Mathematica. Voici ce que déclara Du Châtelet : « L’étude de la Nature nous élève à la connaissance de l’Être suprême ; cette grande vérité est encore plus nécessaire, s’il est possible, à la bonne Physique qu’à la Morale, & elle doit être le fondement & la conclusion de toutes nos recherches[10]. »
  • Thomas Jefferson était un Père Fondateur américain ayant été le principal auteur de la Déclaration d'indépendance des États-Unis. Il plaida en faveur de l'existence de Dieu pour des raisons téléologiques sans appel à la révélation.
  • Ludwig van Beethoven était une personnalité cruciale dans la transition entre les ères classique et romantique dans la musique artistique occidentale, il demeure l'un des compositeurs les plus célèbres et influents de tous. Beethoven n'affirma jamais qu'il était chrétien, néanmoins, il affirma que « si l’on discerne dans l’univers l’ordre et la beauté, alors l’existence de Dieu ne peut être niée[11]. »
  • Sadi Carnot était un ingénieur militaire et physicien français, souvent décrit comme le "père de la thermodynamique". En tant que déiste, il croyait en la causalité divine, déclarant que « Ce qui semble être le hasard pour l’ignorant révèle sa nécessité à l’œil de celui qui connaît. », en revanche, il ne croyait pas au châtiment divin. Il critiqua la religion établie, bien qu'à la même époque, il plaida en faveur de "la croyance en un être tout-puissant, qui nous aime et veille sur nous".
  • Carl Friedrich Gauss, parfois surnommé le "Princeps mathematicorum" ("Prince des mathématiciens" en latin) ainsi que le "plus grand mathématicien depuis l'antiquité". Selon le biographe Dunnington, la religion de Gauss se basait sur sa recherche de la vérité. Il croyait en "l'immortalité de l'individualité spirituelle, en une permanence personnelle après la mort, en un dernier ordre de choses, en un Dieu éternel, droit, omniscient et omnipotent[12]."
  • Richard Owen était un zoologiste et paléontologue anglais. Il a produit une vaste gamme de travaux scientifiques, mais il est probablement mieux connu aujourd'hui pour avoir inventé le mot Dinosauria (signifiant "Reptile effrayant" ou "Reptile redoutablement grand"). Owen est également connu pour son opposition déclarée à la théorie de l'évolution de Darwin par la sélection naturelle. Il écrivit : "Un esprit bien formé ne peut qu’éprouver une grande satisfaction en voyant à quel point chaque partie est parfaitement adaptée à sa fonction… Les actions prévoyantes de la Cause unique à l’origine de toute organisation apparaissent alors de façon saisissante à notre intelligence limitée[13]."
  • Abraham Lincoln était le seizième président des États-Unis, de à son assassinat en . Selon James W. Keyes, « L’une des raisons qu’il invoquait pour croire en un “Créateur de toutes choses” était que, face à l’ordre et à l’harmonie que l’on observe partout dans la nature, il aurait été bien plus miraculeux que tout cela surgisse par hasard plutôt que d’avoir été créé et orchestré par une puissante intelligence. »
  • Alfred Russel Wallace était un naturaliste, biologiste et découvreur de la sélection naturelle britannique. Wallace commença à douter de sa propre théorie de la sélection naturelle et prôna une forme téléologique de l'évolution, dans une lettre qu'il adressa à James Marchant, il écrivit : "L'esprit entièrement matérialiste de ma jeunesse et de mes premières années d'adulte a été lentement façonné par les idées socialistes, spiritualistes et religieuses que je défends aujourd'hui."
  • Charles Sanders Peirce était un philosophe, logicien, mathématicien, et scientifique américain ayant esquissé, pour la réalité de Dieu, un argument à l'hypothèse de Dieu en tant qu'être nécessaire[14].
  • Alfred North Whitehead était un mathématicien et philosophe anglais ayant découvert que suite au développement d'une philosophie innovante a conduit à l'inclusion de Dieu dans le système.
  • Henry Truro Bray était un prêtre, philosophe, et physicien anglo-américain ayant prôné un type de théisme philosophique dans son ouvrage The Living Universe.
  • John Evan Turner était un philosophe idéaliste écossais célèbre pour avoir défendu un théisme idéaliste dans ses ouvrages Personality and Reality et The Nature of Deity[15],[16].
  • Alfred Cyril Ewing était un philosophe anglais ayant écrit Value and Reality: The Philosophical Case for Theism en 1973[17],[18].
  • Kurt Gödel était le logicien mathématique prééminent du XXe siècle qui décrivit sa croyance religieuse comme étant indépendante de la théologie. Il composa également un argument formel pour l'existence de Dieu connu comme la preuve ontologique de Gödel.
  • Martin Gardner était un écrivain de vulgarisation mathématique et scientifique ayant défendu le théisme philosophique tandis qu'il niait la révélation et le miraculeux. Gardner pensa que de nombreux prédicateurs protestants libéraux, tel que Harry Emerson Fosdick et Norman Vincent Peale, étaient en réalité des théistes philosophes sans l'admettre (ou le réaliser)[19].

Articles connexes

Références

  1. (en) Richard Swinburne, « Philosophical theism », dans Philosophy of Religion in the 21st Century [« Philosophie de la religion au XXIe siècle »], Palgrave Macmillan, , 308 p. (ISBN 978-0-333-80175-8)
  2. (en) James Franklin, The Science Of Conjecture : Evidence And Probability Before Pascal [« La science de la conjecture : preuves et probabilités avant Pascal »], Johns Hopkins University Press, , 520 p. (ISBN 978-0-8018-6569-5)
  3. Aristote, Métaphysique
  4. Aristote, Physique
  5. Cicéron, De natura deorum
  6. (en) « Leonardo: His Faith, His Art » [« Léonard : sa foi, son art »] Accès libre
  7. (la) Christian Huygens, Cosmotheoros
  8. (en) John Maynard Keynes, Newton : The Man [« Newton : l'homme »],
  9. Gottfried Wilhelm Leibniz, De l'origine radicale de toutes choses [« De Rerum Originatione Radicali »], Hatier, (1re éd. 1697)
  10. Émilie du Châtelet, Institutions de physique, Paris,
  11. (en) Patrick Kavanaugh, Spiritual Lives of the Great Composers [« Vies spirituelles des grands compositeurs »], Zondervan,
  12. (en) Guy Waldo Dunnington, Carl Friedrich Gauss : Titan of Science [« Carl Friedrich Gauss : Titan de la science »], Mathematical Association of America, , 595 p. (ISBN 9780883855478)
  13. (en) Richard Owen, On the Nature of Limbs : A Discourse [« Sur la nature des membres : un discours »], University of Chicago Press, (ISBN 978-0226641935)
  14. (en) Charles Sanders Peirce, A Neglected Argument for the Reality of God [« Un argument négligé en faveur de la réalité de Dieu »], (lire en ligne)
  15. (en) John Stuart Mackenzie, « Personality and Reality : A Proof of the Reality of a Supreme Self in the Universe By J. E. Turner », Philosophy,‎ , p. 516–517
  16. (en) William George de Burgh, « Reviewed Work: The Nature of Deity: A Sequel to "Personality and Reality" by J. E. Turner », Philosophy,‎ , p. 392–395
  17. (en) Thomas McPherson, « Reviewed Work: Value and Reality, The Philosophical Case for Theism. by A. C. Ewing », Mind,‎ , p. 625–628
  18. (en) Michael Tooley, « Reviewed Work: Value and Reality: The Philosophical Case for Theism by A. C. Ewing », The Philosophical Review,‎ , p. 115–121
  19. (en) « Martin Gardner on Philosophical Theism, Adventists and Price » [« Martin Gardner sur le théisme philosophique, les adventistes et Price »] Accès libre,
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