Théodore Lebreton

Théodore Lebreton
Gravure de Belloni pour la Galerie des représentants du peuple (1848).
Fonction
Député de la Seine-Maritime
-
Biographie
Naissance

Rue des Charrettes (d) (Rouen)
Décès
Nom dans la langue maternelle
Théodore-Éloi Lebreton
Nom de naissance
Éloy Théodore Le Breton
Surnom
Le poète-ouvrier
Nationalité
Domicile
Activités
Autres informations
Membre de
Distinction
signature de Théodore Lebreton
Signature au bas d’une lettre adressée à Jean Girardin.

Théodore Lebreton, né le 9 frimaire an XII à Rouen où il est mort le , est un poète, chansonnier et bibliothécaire français.

Biographie

Né d’un père journalier et d’une mère blanchisseuse, Lebreton entre à l’âge de sept ans dans une fabrique d’indiennes de sa ville natale, où il doit étendre, en qualité de tireur, de la couleur dans les châssis, quoique grêle, chétif et souffreteux, pendant quatorze heures par jour, pour un salaire de centimes par jour[1], au fond d'une imprimerie chauffée sans cesse à vingt-cinq degrés, quelle que soit la température extérieure[2].

Sachant à peine épeler, il apprend, à force de persévérance, à lire et à écrire et, au bout de quelques années, il éprouve le désir de tracer ce qu’il ressent. À quatorze ans, il parvient à être un ouvrier excellent et instruit dans son atelier. Le gout de la poésie se révélant en lui, il se laisse entrainer par l’inspiration et exhale, sans trop se préoccuper de l'orthographe, en vers les impressions de son âme, ses douleurs, ses joies, ses espérances et ses amours[3].

Économisant sur son salaire pour compléter son éducation en allant au spectacle, il choisit tout d’abord la forme dramatique pour tenter d’exprimer ses pensées, puisant dans l’histoire sainte, dans laquelle il avait appris à lire, le sujet d’Esther et d’Athalie, dont il parvient à construire, sans autre guide que lui-même, le plan. Il avait déjà écrit en vers le premier acte d’Esther, et quelques parties d’Athalie, lorsqu’il tombe, un jour, devant l’étalage d’un bouquiniste, sur des extraits d’Esther et d’Athalie de Racine, qui le découragent et le persuadent de renoncer pour toujours à ses projets de tragédies. Toujours poursuivi par l’envie d’écrire pour le théâtre, il s’essaie à la comédie, en faisant jouer, en 1832, à Rouen, sur le théâtre du Grand-Cours, un vaudeville de sa façon : le Jardin des artistes. Puis, il commet un drame romantique en cinq actes, l’Amour et l’échafaud[2]. Il écrira également, en collaboration avec Charles Beuzeville, Corneille chez le savetier, scène historique de la vie de Pierre Corneille représentée au Théâtre des Arts de Rouen le [3].

Patronné par Marceline Desbordes-Valmore, à laquelle il avait envoyé deux de ses strophes, intitulées l’Impiété, le Délire poétique, dans les mains de celle-ci les fait publier dans le Journal de Rouen[4], après quoi elle s’occupe de lui trouver des parrains et surtout des souscripteurs pour la publication de son premier volume, Heures de repos d’un ouvrier. En 1837, un éditeur s'offre, et le recueil sort, peu de temps après[5]. Elle le recommande à Béranger, à Chateaubriand et à son ami Antoine de Latour[6]. Bientôt Victor Hugo et Lamartine témoignent leur sympathie au poète prolétaire, et dès lors, sa réputation est faite[1].

En 1836, l’homme de lettres rouennais, Charles Richard[a], attire l’attention sur lui en traçant une esquisse de sa vie d’ouvrier et de penseur et en concourant à la publication d’un recueil de ses poésies[8]. Ainsi tiré de l’obscurité, il publie d’antres recueils, mais jusqu’alors il était resté dans son atelier. En 1840, la ville de Rouen ayant fait l’acquisition de la collection des livres de Constant Leber, il obtient la place nouvellement créée de sous-bibliothécaire à la Bibliothèque publique pour l’administrer[3].

En 1848, il est élu quatrième sur vingt, avec 150 000 suffrages, pour représenter le département de la Seine-Inférieure à l’Assemblée constituante, où il vote habituellement avec le partı démocratique modéré mais il n’est pas réélu à l’Assemblée législative[9].

Les conseils de quelques amis, et surtout ceux de Desbordes-Valmore, lui ayant révélé sa véritable vocation, il se passionne, dès lors, pour la poésie lyrique[2]. Poète religieux, de santé chétive, Lebreton, dans ses premiers vers, se comparant à un oiseau en cage, a peint la misère du travailleur, sans y voir d’autre remède que la résignation sur la terre et le repos dans le ciel ; plus tard, son indignation a pris un accent plus vif sans aller plus loin. Membre de plusieurs sociétés savantes, cet honnête homme modeste a également publié différents recueils de chansons pleines dé verve et de gaité, qui ont été publiées en deux recueils, dans sa ville natale, bien qu’il ait été beaucoup plus connu à Paris[3]. Son recueil Heures de repos d’un ouvrier, a été acheté à Paris par les personnages éminents[2].

Le grand œuvre de Lebreton est sa Biographie normande ; recueil de notices biographiques et bibliographiques sur les personnages célèbres nés en Normandie et sur ceux qui se sont seulement distingués par leurs actions et par leurs écrits et sa Biographie rouennaise ; recueil de notices biographiques et bibliographiques sur les personnages célèbres nés à Rouen qui se sont rendus célèbres ou qui se sont distingués à des titres différents[3]. Ses Heures de repos ont eu trois éditions : Nouvelles heures de repos d’un ouvrier (Rouen, 1842, in-8º), Espoir, recueil de nouvelles poésies (Rouen, 1845, in-18)[1].

Récompensé par les autorités municipales de Rouen, l’Association normande lui a, à son tour, accordé une médaille d’argent[10]. Membre correspondant de l'Académie des sciences, arts et belles-lettres de Caen[11], il est également membre ou correspondant de plusieurs sociétés savantes[12]. Il a édité, de 1843 à 1848, la revue la Fraternité, revue maçonnique, recueil mensuel de la franc-maçonnerie rouennaise[13].

Il repose au cimetière monumental de Rouen[14].

Hommages

Rue Théodore-Lebreton (aujourd’hui disparue), où il est mort.

La rue des Maitresses, où il est mort, à Rouen, et qui avait reçu son nom, a disparu, en 1972, au profit de la construction de l’ensemble immobilier situé derrière les jardins de l’Hôtel de ville.

Iconographie

  • Espérance Langlois a dessiné son portrait en 1840.
  • Belloni a gravé son portrait pour la Galerie des représentants du peuple à l’Assemblée nationale, en 1848.
  • David d'Angers a moulé son médaillon en bronze.

Publications

  • Biographie normande : recueil de notices biographiques et bibliographiques sur les personnages célèbres nés en Normandie et sur ceux qui se sont seulement distingués par leurs actions et par leurs écrits, Rouen, Le Brument, 1857-1861, 3 vol. 23 cm (OCLC 905789612, lire en ligne).
  • Biographie rouennaise : recueil de notices biographiques et bibliographiques sur les personnages célèbres nés à Rouen qui se sont rendus célèbres ou qui se sont distingués à des titres différents, Rouen, A. Le Brument, , 360 p. (OCLC 794213892, lire en ligne).
  • À la France ! : cantate chantée au théâtre du cirque impérial à l’occasion du centenaire de Napoléon Ier, Rouen, Orville et Joignant, , 2 p., in-4º (OCLC 457767435).
  • Baptême de S. A. R. Mgr le comte de Paris : cantate [25 avril 1841], Paris, Nicétas Périaux, , in-8º (pages totales=8).
  • Candidature de Théodore Lebreton, ouvrier-poète, actuellement attaché à la Bibliothèque de Rouen : aux électeurs du Département de la Seine-Inférieure, Rouen, s.n., , 12 p., 21 cm (OCLC 52544241, lire en ligne sur Gallica).
  • Corneille chez le savetier : scène historique de la vie de Pierre Corneille, Rouen, Nicétas Périaux, , 15 p., in-8º (OCLC 457767460, lire en ligne sur Gallica).
  • Amélie Bosquet (éd.), Espoir : poésies nouvelles, Paris, Comptoir des imprimeurs unis, , xxxvi-317 p., in-12 (OCLC 1441573815, lire en ligne sur Gallica).
  • Géricault, dithyrambe, Rouen, Nicétas Périaux, , 7 p., in-8º (lire en ligne sur Gallica). — Extrait de la Revue de Rouen et de la Normandie, juin 1842.
  • Heures de repos d'un ouvrier, Rouen, E. Le Grand, (réimpr. 1840), 3e éd., 7-[1 bl.]-ii-410 p., in-12º (OCLC 916491692, lire en ligne sur Gallica)..
  • Hommage au grand Corneille, Rouen, F. Baudry, 1834.
  • Jeanne d'Arc et Pierre Corneille, Rouen, I.-S. Lefèvre, 1841.
  • La Marseillaise des travailleurs : chant national, s.l.], Lecointe frères, 4 p., 21 cm (OCLC 52905116).
  • La Mort de Mgr le duc d’Orléans : Juillet 1842, Rouen, Nicétas Périaux, , 3 p., in-8º (OCLC 457767519).
  • La Paix de Villafranca (1859), Rouen, Giroux et Renaux, 4 p., in-8º (OCLC 457767531).
  • Les Inondations : Pèlerinage à Fécamp, Yport, Vaucotte et Étretat. Pièces de vers, Rouen, Nicétas Périaux, , 30 p., in-8º (OCLC 1044696960). — Extrait de la Revue de Rouen et de la Normandie, octobre 1842.
  • L’Oiseau captif. Souffrances d’hiver (signé « Édouard Turquety »), Paris, L. Boitel, , 8 p., in-8º (OCLC 458429139).
  • Nouvelles heures de repos d’un ouvrier, Rouen, Nicétas Périaux, , xvi-379 p., portr., fig. ; in-8º (OCLC 457767500, lire en ligne).
  • Ode sur la mort de Boïeldieu : par son compatriote Théodore Lebreton, Rouen, F. Baudry, , 4 p., fig. ; in-8º (OCLC 457767526).
  • Un jardin et une église de Rouen, Rouen,,, D. Brière, , 3 p., in-8º (OCLC 457767549, lire en ligne sur Gallica).

Notes et références

Notes

  1. Conservateur des archives municipales de Rouen, secrétaire perpétuel de l'Académie de Rouen, auteur des Recherches historiques sur Rouen [7].

Références

  1. Gustave Vapereau, « lebreton] (Theodore) », dans Dictionnaire universel des contemporains : contenant toutes les personnes notables de la France et des pays étrangers, Paris, L. Hachette, , 2e éd., iii-1840 p. (OCLC 7120022, lire en ligne sur Gallica), p. 166-7.
  2. « L’Ouvrier-poête de Rouen », Gazette des salons, Paris, t. 6,‎ , p. 1003-7 (ISSN 2506-4258, lire en ligne sur Gallica).
  3. Ferdinand Höfer, « Lebreton (Théodore) », dans Nouvelle biographie générale : depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours, t. XXX Lavoisier-Lettsom, Paris, Firmin-Didot frères, , 528 p., 37 vol. ; in-8º (lire en ligne sur Gallica), p. 128-9.
  4. Octave Marais (d), « Étude sur Théodore Lebreton », dans Précis analytique des travaux de l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen, Rouen, Espérance Cagniard, (ISSN 2540-4342, lire en ligne sur Gallica), p. 25-46.
  5. Arthur Pougin, La Jeunesse de Mme Desbordes-Valmore, Paris, C. Lévy, , 377 p., in-18 (lire en ligne sur Gallica), p. 236.
  6. Charles-Augustin Sainte-Beuve, Madame Desbordes-Valmore : sa vie et sa correspondance, Paris, Michel-Lévy frères, , 246 p., in-18 (OCLC 156109590, lire en ligne sur Gallica), p. 132.
  7. Jules Quicherat, « Recherches historiques sur Rouen », Bibliothèque de l'école des chartes, Paris, t. 7,‎ , p. 178 (lire en ligne).
  8. Maurice Alhoy, « Lebreton (Théodore), né à Rouen, en 1805 : Élection : Seine-Inférieure », dans Biographie parlementaire des représentants du peuple à l'Assemblée Nationale Constituante de 1848, L. Janet, , 510 p. (lire en ligne), p. 319.
  9. « Éloi, Théodore Lebreton », dans Adolphe Robert et Gaston Cougny, Dictionnaire des parlementaires français, Edgar Bourloton, 1889-1891 [détail de l’édition] [texte sur Sycomore]
  10. Association normande, « Il n’est… », Annuaire des cinq départements de la Normandie, Caen, no 9,‎ , p. 711 (ISSN 2390-254X, lire en ligne sur Gallica).
  11. « LEBRETON Théodore-Éloi », sur Comité des travaux historiques et scientifiques,
  12. Noémi Noire-Oursel, « Lebreton (Théodore-Eloi », dans Nouvelle biographie normande, t. second, [L-Z], Paris, A. Picard, , [3]-583-2 p., in-8º (OCLC 799545298, lire en ligne), p. 73.
  13. Annales de Normandie, vol. 36, Paris, CNRS, (ISSN 0003-4134, OCLC 1481276, lire en ligne), p. 143.
  14. Jean-Pierre Chaline (dir.) et Michel Benoist, Mémoire d'une ville : le Cimetière monumental de Rouen, Rouen, Société des Amis des monuments rouennais, , 128 p., illustr. ; 30 cm (ISBN 978-2-95098-041-0, OCLC 50823332).

Liens externes

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