Théorie de l'escalier vers le terrorisme

La Théorie de l'escalier vers le terrorisme (en anglais, Staircase to Terrorism) est un modèle psycho-sociologique développé par Fathali Moghaddam (en), professeur de psychologie à l'Université de Georgetown. Ce modèle cherche à expliquer comment des individus ordinaires sont amenés à commettre des actes terroristes violents. Il est schématisé par un escalier de cinq marches qui sont les paliers de la radicalisation violente. Il décrit les étapes vers cette radicalisation, partant d'une perception d'injustice et aboutissant à l'acte terroriste. Il se caractérise par un processus progressif avec une réduction continue des options perçue permettant d'éviter la violence. Il met en exergue l'influence du groupe sur le processus de radicalisation de l'individu et l'importance de la doctrine.

Une théorisation de la violence idéologisée

Le modèle de Moghaddam est une des théorisations majeures de la violence idéologisée[1],[2]. Il est représenté soit par la métaphore d'un escalier dont les cinq marches[a] se rétrécissent au cours de l'ascension, soit sous forme de pyramide[1].

Les cinq paliers du modèle

Au premier palier, l'individu a la perception d'un traitement injuste qui l'affecte et se coupe des interlocuteurs nuancés pour se tourner vers des sources d’information polarisées qui renforcent ses perceptions négatives[1],[4]. Il s'agit de la perception d'une privation relative qui dérive vers une crise identitaire[5]. Au second palier, l'individu acquiert une vision fortement sélective parfois conspirationniste[4]. Le troisième palier est celui de la déshumanisation du camp adverse[4]. Le quatrième palier est celui du « nous » contre « eux » où les individus sont désormais peu nombreux[2]. Enfin le cinquième pallier est celui du passage à l'acte violent[1],[2].

Caractéristiques de la radicalisation

Le modèle décrit les effets d'une exposition sélective à l'information qui se poursuit par la mise en place de perceptions de plus en plus biaisées[6],[4]. Le passage par les différents palliers sont imperceptibles par l'individu [4] qui distingue de moins en moins d'alternatives disponibles[2]. À chaque palier, le nombre d'individus susceptible d'accéder au palier suivant diminue[1]. Les leaders repèrent les individus susceptibles de franchir les deux derniers paliers, les isolent et les conduisent à alimenter leur auto-radicalisation[2].Fathali Moghaddam met en exergue l'influence du groupe sur l'individu qui se radicalise[2]. Le modèle allie ainsi les facteurs environnementaux et les caractéristiques individuelles dans le processus de violence idéologisée[1].

Place dans les conceptions de la radicalisation

Développé en 2005, ce modèle s’inscrit dans les recherches du début des années 2000 qui étudient, après les attentats du 11 septembre 2001, les aspects psychologiques et psychiatriques dans le phénomène de radicalisation[1]. L'approche cherche à prendre en cause la singularité de la motivation des individus dans la le cadre de la cognition sociale[5]. Le modèle, comme les travaux de M. Saegan relatifs aux terroristes d'Al Qaida ou ceux d'Ariel Merari dans le cadre du conflit israélo-palestinien, considère que les individus concernés ne souffrent pas, majoritairement, de troubles psychiatriques[2],[4],[5]. Les travaux d'Émilie Corner et de Paul Gill nuancent cette position: comparés aux terroristes agissant en groupe, les « loups solitaires » sont plus susceptibles de souffrir de troubles psychiatriques et se radicalisent plus rapidement[1],[2],[7].

Des critiques méthodologiques ont été émises[5]. La sélection, pour établir le modèle, d'individus dont le processus de radicalisation est déjà achevé pourrait constituer un biais[5],[8].

Publication originale

(en) Fathali M. Moghaddam, « The Staircase to Terrorism: A Psychological Exploration. », American Psychologist, vol. 60, no 2,‎ , p. 161–169 (ISSN 1935-990X et 0003-066X, DOI 10.1037/0003-066X.60.2.161, lire en ligne, consulté le )

Notes et références

Notes

  1. ↑ Le terme anglais utilisé par F. Moghaddam est floor, littéralement étage [3] mais la littérature francophone emploie marche ou palier.

Références

  1. Pr. Michel Botbol, Nicolas Campelo, Dr Catherine Lacour Gonay, Dr Danièle Roche-Rabreau, Dr Roger Teboul, Dr Jean Chambry, Dr Michel David, « Psychiatrie et Radicalisation : Rapport du Groupe de Travail de la Fédération Française de Psychiatrie » Accès libre [PDF], sur Fédération française de psychiatrie, (consulté le )
  2. D. Cohen, N. Campelo et G. Bronsard, « Phénomène de radicalisation à l’adolescence : comment intégrer les recherches de ces dernières années ? », Bulletin de l'Académie Nationale de Médecine, vol. 205, no 7,‎ , p. 782–791 (ISSN 0001-4079, DOI 10.1016/j.banm.2021.02.031, lire en ligne, consulté le )
  3. ↑ (en) Fathali M. Moghaddam, « The Staircase to Terrorism: A Psychological Exploration. », American Psychologist, vol. 60, no 2,‎ , p. 161–169 (ISSN 1935-990X et 0003-066X, DOI 10.1037/0003-066X.60.2.161, lire en ligne [archive du ], consulté le )
  4. (en-US) Antoine Marie, « Meurtre de Quentin Deranque : quels mécanismes conduisent à la violence politique ? », sur The Conversation, (consulté le )
  5. Serge GARCET, « Une approche psychocriminologique de la radicalisation : le modèle de « transformation cognitivo-affective de la définition de soi et de la construction du sens dans l’engagement radical violent » » Accès libre, sur Université de Liège, Revue de la Faculté de droit de l'Université de Liège (Imprimé), (ISSN 1780-5511, consulté le ), p. 570-585
  6. ↑ « Mort de Quentin Deranque : comment déradicaliser les militants violents ? », sur L'Express, (consulté le )
  7. ↑ (en) Michael King et Donald M. Taylor, « The Radicalization of Homegrown Jihadists: A Review of Theoretical Models and Social Psychological Evidence », Terrorism and Political Violence, vol. 23, no 4,‎ , p. 602–622 (ISSN 0954-6553 et 1556-1836, DOI 10.1080/09546553.2011.587064, lire en ligne, consulté le )
  8. ↑ Tinka Veldhuis et Jørgen Staun, Islamist radicalisation: a root cause model, Netherlands Institute of International Relations Clingendael, coll. « Clingendael security paper », (ISBN 978-90-5031-146-5)

Articles connexes

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