Théorie des fragments

La théorie des fragments, ou hypothèse des fragments, est un modèle utilisé en exégèse biblique depuis le XIXe siècle pour rendre compte de la formation des textes de la Bible et de leur date probable de composition.

Présentation

Dans l'ancien testament

Alors que depuis le XVIe siècle, de plus en plus d'auteurs jugent que l'écriture du Pentateuque, qu'elle soit ou non attribuée à Moïse, provient de plusieurs sources. La distinction se fait surtout grâce au nom qui est donné à Dieu soit YHVH, soit Elohim. Au XVIIIe siècle, cette hypothèse n'est pas jugée satisfaisante par certains commentateurs. C'est surtout l'anglais Alexander Geddes et l'allemand Johann Severin Vater qui vont proposer un autre modèle, celui des fragments. Selon cette théorie, il aurait existé de nombreux textes indépendants les uns des autres et un auteur les aurait rassemblés pour former le Pentateuque[1]. Elle est antérieure au système de Graf-Wellhausen, qui l'a supplantée jusqu'aux années 1970 en ce qui concerne l'exégèse de l'Ancien Testament[2]. Depuis les années 1980, cependant, elle retient de nouveau l'attention des chercheurs, en association avec la théorie des compléments.

Dans le nouveau testament

Dans le domaine des études néotestamentaires, la théorie des fragments, qui voit dans la rédaction des évangiles le résultat d'une « collection de petits récits indépendants les uns des autres », suppose que, peu après la mort de Jésus de Nazareth, ses paroles et ses actions ont été mises par écrit dans de brefs récits[3]. Schleiermacher donne le nom de « diégèses » à ces comptes rendus, en reprenant le terme employé dans l'Évangile selon Luc (Lc 1:1) : « Puisque beaucoup ont entrepris de composer un récit (diêgêsis) des événements[3]... » Daniel Marguerat note que cette hypothèse est confirmée dans le cas des synoptiques, dont le matériau d'origine est diversifié et fragmentaire, comme le révèle la Formgeschichte[3]. Ce modèle montre toutefois ses limites en ce sens que, s'il peut éclairer les divergences des péricopes, il ne parvient pas à en expliquer les convergences ni les parallèles[3].

Notes et références

  1. Pury et Rhomer 2002, p. 18.
  2. Thomas Römer, Jean-Daniel Macchi et Christophe Nihan (dir.), Introduction à l'Ancien Testament, Labor et Fides, 2009 (ISBN 978-2-8309-1368-2), p. 140.
  3. Daniel Marguerat (dir.), Introduction au Nouveau Testament : Son histoire, son écriture, sa théologie, Labor et Fides, 2008 (ISBN 978-2-8309-1289-0), p. 36-37.

Voir aussi

Bibliographie

  • Hans Conzelmann et Andreas Lindemann, Guide pour l'étude du Nouveau Testament, Labor et Fides, 1999 (ISBN 2-8309-0943-7)
  • Bart D. Ehrman, Jésus avant les Évangiles : Comment les premiers chrétiens se sont rappelé, ont transformé et inventé leurs histoires du Sauveur, Bayard, 2017 (ISBN 978-2-227-48913-4)
  • Daniel Marguerat (dir.), Introduction au Nouveau Testament : Son histoire, son écriture, sa théologie, Labor et Fides, 2008 (ISBN 978-2-8309-1289-0)
  • Thomas Römer, Jean-Daniel Macchi et Christophe Nihan (dir.), Introduction à l'Ancien Testament, Labor et Fides, 2009 (ISBN 978-2-8309-1368-2)
  • Albert de Pury et Thomas Römer. Le Pentateuque en question. Labor et Fides, 2002. ISBN ! 2-8309-1046-X

Articles connexes

Liens externes

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