Théorie engagée

La théorie engagée (Engaged Theory) est un cadre méthodologique et théorique développé par Paul James (philosophe)[a], Manfred Steger (politologue)[b] et leurs collaborateurs pour analyser les processus sociaux mondiaux, en particulier la mondialisation et le développement urbain[1]. Elle prolonge la Théorie Critique mais est orientée vers la résolution de problèmes concret comme le changement climatique, la pauvreté ou l'urbanisation rapide. Le terme « engagée » souligne une volonté de lier les préoccupations explicatives (dimension théorique : comprendre ce qui se passe) et normatives (dimension pratique : chercher ce qui est juste ou bénéfique)[1],[2].

Modes d'analyse

L'Engaged Theory propose une analyse multidimensionnelle de la réalité sociale à travers quatre niveaux de sens, chacun correspondant à un niveau d'analyse et un niveau de la réalité sociale[3],[4]:

Les niveaux du social par rapport aux niveaux d'analyse théorique
Objets de sens social Niveau d'analyse (théorie) Niveau de la réalité sociale (pratique)
Idées Empirique Le faire (doing)
Idéologies Conjecturel L'agir (acting)
Imaginaires Intégrationnel La mise en relation (relating)
Ontologies Catégoriel L'être (being)

Le premier niveau, l’analyse empirique, constitue le socle de toute affirmation sur le monde, nécessite de recueillir des données sur les idées et de s’attacher aux détails conceptuels du changement[5]. L'analyse s’oriente vers l’étude des idéologies en tant qu’elles s’inscrivent dans des conjonctures historiques, et relie ces idéologies à des modèles de pratique et de sens en termes de « manières d’agir » (second niveau)[6]. Afin d’étudier les idéologies dans le contexte de schémas d’interrelations subjectives, il s'agit d'examiner des modèles de sens social plus profonds et pré-réflexif, d’où l'intérêt pour les imaginaires sociaux (troisième niveau) : l’analyse intégrationnelle, où il s'agit de cartographier la compréhension de l’arrière-plan social[7]. Enfin, le niveau le plus profond (quatrième niveau), exige de considérer les ontologies ou les catégories fondamentales de l’existence : le temps, l’espace, l’incarnation (embodiment), etc.[7] Chacune de ces quatre facettes de la subjectivité vécue est constituée par des pratiques sociales à un degré toujours croissant de généralité, de durabilité et de profondeur[7].

Application pratique : les Cercles de la durabilité

Dans le domaine de l'urbanisme, cette théorie sous-tend la méthode des « Cercles de la durabilité » (Circles of Sustainability). Cette méthode évalue la santé d'une ville à travers quatre domaines sociaux : l'écologie, l'économie, la politique et la culture[2].

Notes, références et bibliographie

Notes

Référence

Bibliographie

  • Manfred Steger et Paul James, Globalization Matters: Engaging the Global in Unsettled Times, Cambridge, Cambridge University Press, (lire en ligne)
  • Paul James, Liam Magee, Andy Scerri et Manfred B. Steger, Urban Sustainability in Theory and Practice: Circles of Sustainability, London, Routledge, (ISBN 978-1-315-76574-7, lire en ligne)
  • Paul James, Globalism, Nationalism, Tribalism: Bringing Theory Back In—Volume 2 of Towards a Theory of Abstract Community, London, Sage Publications, (lire en ligne)
  • Liam Magee, Andy Scerri, Paul James et James A. Thom, « Reframing social sustainability reporting: Towards an engaged approach », Environment, Development and Sustainability, vol. 15, no 1,‎ , p. 225–43 (DOI 10.1007/s10668-012-9384-2, lire en ligne)
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