The Female Quixote

The Female Quixote or, The Adventures of Arabella (en français Le Quichotte féminin ou les Aventures d'Arabella) est un roman de l'autrice écossaise Charlotte Lennox publié en 1752. Comme son titre l'indique, il s'agit d'une variation sur le Don Quichotte de Cervantès, qui fait du personnage principal, Arabella, une femme qui confond la réalité avec les romans-fleuves précieux français. Publié en deux volumes à Londres chez A. Millar[1], le roman est un succès.
Sources et modèles
Lennox utilise le canevas de Don Quichotte, qui est un modèle important pour la littérature anglaise du XVIIIe siècle : Henry Fielding en fait par exemple en 1734 le sujet d'une pièce (Don Quixote in England) et un des modèles de son roman de 1742 Joseph Andrews (« écrit à la manière de Cervantès ») The Female Quixote change cependant la cible de Cervantes, en attaquant les romans français du XVIIe siècle, en particulier la Clélie et Artamène de Scudéry, ou Cléopâtre de La Calprenède.
La réflexion de Lennox repose sur la distinction alors émergente en Angleterre entre Romance et Novel. Les romans français sont du côté du Romance, c'est-à-dire d'un romanesque assumé qui raconte des épisodes invraisemblables et met en scène des personnages historiques idéalisés. Le Novel correspond à une veine réaliste, qui raconte des événements contemporains et examine la place de l'individu dans la société : ce genre se développe depuis les années 1720 et les romans-mémoires de Defoe (Robinson Crusoe, Heurs et malheurs de la fameuse Moll Flanders). Samuel Johnson, dans un article du Rambler publié en 1750, voit ce nouveau genre comme « la comédie du roman héroïque », et en souligne la valeur éducative :
Dans les « romances » d'hier, chaque échange et chaque sentiment était si éloigné de ce qui arrive chez les hommes que le lecteur courait très peu le risque d'en faire application pour lui-même ; les vertus et les crimes étaient de même au delà de la sphère commune ; et il s'amusait de héros et de traîtres, de sauveurs et de bourreaux, comme s'ils étaient d'une autre espèce, dont les actions étaient réglées selon des motifs qui leur étaient propres, et qui n'avaient de défauts ou de qualités en commun avec lui. Mais quand un aventurier est mis au même niveau que le reste du monde, et joue dans des scènes de la comédie de l'univers, comme peut le faire n'importe quel jeune homme, alors les jeunes spectateurs le regardent avec plus d'attention, et espèrent, en observant son comportement et ses réussites, de régler leurs propres pratiques, quand ils se trouveront dans les mêmes rôles[2].
C'est à partir de ces termes et de ce débat sur la valeur morale de la fiction que Lennox construit son roman : dans le cadre réaliste de la société mondaine des années 1750, Arabella cherche à appliquer les idéaux moraux du roman précieux et voit dans leurs intrigues extravagantes des exemples historiques de comportement.
Cette attaque contre les romans précieux n'est pas nouvelle : en 1670, Subligny publie La Fausse Clélie, qui parodie Scudéry[3]. L'avant-dernier chapitre de The Female Quixote reprend d'ailleurs un épisode déjà parodié chez Subligny, celui du saut de Clélie dans le Tibre. Amanda Gilroy souligne d'ailleurs que la traduction du texte de Subligny en anglais porte en 1678 le sous-titre de Madame Quixote et que Fielding considère à la parution du roman de Lennox que la mode des « romances » françaises est révolue[4].
Intrigue et structure
Arabella, fille d'un riche marquis, grandit recluse dans son château en passant le plus clair de son temps à lire des romans français, qui constituent sa principale éducation. À partir de son adolescence, elle commence à reproduire la manière des héroïnes comme Clélie, et persuade sa domestique Lucy d'entretenir l'illusion. Le roman repose sur la confrontation d'Arabella à son cousin Glanville, qui cherche à l'épouser, conformément aux vœux de la famille, et dont les tentatives de séduction se heurtent aux codes précieux et galants qu'Arabella lui impose. Un deuxième poursuivant est Sir George Bellmour, qui essaye de séduire Arabella en lui montrant sa connaissance des romans héroïques.
Dans les trois dernières parties du roman, Arabella et les Glanville partent à Bath, ville alors très prisée de la haute société anglaise, puis à Londres. Ces épisodes permettent à Lennox de mettre en scène la rencontre entre le personnage fantasque et les codes contemporains de sociabilité : Arabella se fait alors observatrice satirique de la société anglaise.
Le dénouement repose sur l'affrontement comique entre Glanville et Bellmour, parallèlement au saut d'Arabella dans la Tamise, afin d'échapper à des hommes qu'elle pense être des ravisseurs. Pendant sa convalescence, une discussion avec un docteur « pieux et érudit »[5] lui fait voir l'absurdité de ses prétentions romanesques, en lui montrant le caractère invraisemblable et fictif des romans héroïques. Le roman se conclut par le mariage d'Arabella et de Glanville.
Réception et postérité
À la publication du roman, Henry Fielding en propose une critique dans son Covent Garden Journal, en comparant The Female Quixote à la version de Cervantès. Il remarque notamment la pertinence du choix d'un personnage féminin, qui serait plus enclin à succomber au charme des romans. Fielding note aussi que si le roman de Lennox est moins drôle, il présente cependant une intrigue mieux construite et moins épisodique, et rend son personnage principal plus attachant au lecteur[6].
The Female Quixote sera un des modèles importants de Jane Austen pour Northanger Abbey, publié en 1817. On y retrouve une héroïne prise de passion par les romans, cette fois les récits gothiques d'Ann Radcliffe, et qui en applique erronément les ressorts à la réalité. Le décor de Bath y est aussi utilisé.
Une première traduction française est publiée en 1773 par Isaac-Matthieu Crommelin[7]. Une deuxième édition française est publiée à Paris en 1801, chez Bertrandet[8].
Éditions
- The Female Quixote, or the Adventures of Arabella, Londres, A. Millar, 1752.
- The Female Quixote, or the Adventures of Arabella, éd. Margaret Dalziel et Duncan Isles, Londres, Oxford University Press, 1970.
- The Female Quixote, éd. Amanda Gilory et Wil Verhoeven, Londres, Penguin Classics, 2006.
Références
- ↑ Charlotte Lennox, « The Female Quixote », sur Project Gutenberg (consulté le )
- ↑ Nous traduisons d'après Samuel Johson, The Rambler, no 4, 1750, consultable en ligne sur https://www.johnsonessays.com/the-rambler/no-4-the-modern-form-of-romances-preferable-to-the-ancient-the-necessity-of-characters-morally-good/
- ↑ Une édition de 1712 est consultable sur Gallica https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1040209p/f7.item.r=la%20fausse%20clélie
- ↑ "Introduction", dans Charlotte Lennox, The Female Quixote, éd. A. Gilroy, Londres, Penguin Classics, 2006, p. xix.
- ↑ pious and learned, dans The Female Quixote, op. cit., p. 408.
- ↑ The Covent Garden Journal, éd. G. E. Jense, New Haven, Yale University Press, 1915, p. 279-282.
- ↑ Le Donquichotte femelle, traduction libre de l'anglais par I.-M. Crommelin, Lyon, Les libraires associés, 1773.
- ↑ Arabella, ou le Don Quichotte Femelle, Paris, Bertrandet, 1801. Nous relevons ici les deux traductions signalées par la BNF dans la bibliographie proposée à l'occasion de la mise au programme du texte de Lennox à l'agrégation d'anglais 2024. voir https://www.bnf.fr/sites/default/files/2023-11/biblio_agregation_anglais_2024_lennox_female_quixote.pdf
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