Thermes de Saint-Gervais-les-Bains

Thermes de Saint-Gervais-les-Bains
Histoire
Fondation
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45° 53′ 47″ N, 6° 42′ 20″ E
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Les thermes de Saint-Gervais-les-Bains sont un établissement thermal situé dans la vallée de l'Arve, au hameau du Fayet, commune de Saint-Gervais-les-Bains en Haute-Savoie

Histoire

Fondation des bains de Saint-Gervais

Les thermes de Saint-Gervais Mont Blanc ont été créés en 1805.

En 1805, Saint-Gervais[1] est une commune rurale de 1 756 habitants[2], rythmée par les travaux de la terre, les foires, le marché de Sallanches, les fêtes religieuses. Les bergers amènent leurs animaux paître au fond des gorges du Bonnant[3] autour d’une source d'eau chaude[4] ; la végétation y démarre plus tôt qu’ailleurs[5].

En 1806, le notaire Joseph-Marie Gontard fait analyser cette eau par des scientifiques. Au vu des résultats, il achète l’ensemble des terrains où jaillit la source. La même année, il fait creuser une galerie au-dessus des sources, installe quatre baignoires de bois et ouvre les premiers bains de Saint-Gervais[6].

En 1807, il fait surélever le bâtiment d’un étage et ajoute deux tourelles.

Premiers thermes (1806-1838)

Dès 1806, les bains de Saint-Gervais connaissent la notoriété. Ils deviennent un établissement hôtelier prestigieux, ouvert aux touristes, excursionnistes et voyageurs. Pendant trois décennies, Joseph-Marie Gontard agrandit, modifie et transforme son domaine. Jusqu’en 1815, des soins sont donnés à des malades atteints de pathologies diverses : rhumatismes, névralgies, épilepsie, scorbut, désordres utérins…

Gravure des thermes de Saint-Gervais au XIXe siècle.

L'efficacité des eaux sur la peau, par le docteur Mattey (1815)

En 1815, le docteur genevois Mattey[7] est nommé « médecin inspecteur des Bains de Saint-Gervais ». Il suit le traitement des curistes, catalogue les maladies, codifie les différents usages : prise d’eau en boisson, bains, douches, bains de vapeur.

Il en tire un constat : l'eau guérirait dartres, eczéma et ulcères. Ce constat est, encore aujourd'hui, discuté dans la communauté scientifique.

Les bains de Saint-Gervais ont trouvé leur spécificité, leur essor se poursuit jusqu’en 1838.

Direction du docteur De Mey (1838-1870)

En 1838, Joseph-Marie Gontard vend son établissement à un médecin belge, le docteur Aloysius-François de Mey. Le docteur de Mey poursuit le développement des bains : il entreprend des rénovation, consolide les structures fragiles, remplace les matériaux traditionnels par du granit et ajoute deux ailes. En 1860, quatre cents curistes peuvent séjourner aux bains ; l’établissement est une réussite. Les infrastructures sont plébiscitées, l’ambiance rigoriste du lieu ne plaît pas à tous.

Le rattachement de la Savoie à la France en 1860 favorise le tourisme dans la région. Cette même année, les bains de Saint-Gervais passent sous la tutelle de la « commission permanente des eaux minérales de l’Académie impériale de médecine ». Jusqu’à la fin du XIXe siècle, l’utilisation des eaux reste inchangée, sauf pour les soins aux jeunes enfants.

Problèmes et renouveau (1870-1892)

Après la mort du docteur de Mey en 1870, l’établissement stagne pendant treize ans. Les bains sont légués à son neveu de 13 ans, élève des dominicains. L'Ordre des dominicains a une gestion hasardeuse, la notoriété des Bains décline.

En 1883, il est cédé à la « Compagnie générale des eaux minérales et de bains de mer », propriétaire de sept établissements thermaux. Les soins sont plus ciblés, mieux adaptés aux pathologies des patients ; ’hydrothérapie apparaît, avec plusieurs nouveautés : les pulvérisations, les compresses ou l’utilisation de l’azote. Le médecin inspecteur Deligny insiste sur les mérites des eaux thermales dans les soins aux enfants. Grâce aux progrès de la médecine dans la seconde moitié du XIXe en matière de thérapie thermale, les Bains connaissent un renouveau.

Catastrophe dans la vallée de Montjoie (1892)

Thermes de Saint-Gervais après la catastrophe naturelle du 12 juillet 1892.

Dans la nuit du au , une poche d'eau accumulée sous le glacier de Tête Rousse se rompt. Vers une heure du matin, un torrent de boue de glace et de roches dévale la montagne jusqu'à la plaine de l’Arve. Les hameaux de Saint-Gervais sont ravagés, l'établissement thermal est détruit. Plus de cent soixante-quinze victimes sont dénombrées.

Depuis, les glaciers sont régulièrement surveillés, et purgés, si nécessaire[8].

Nouvel établissement thermal après la catastrophe (1894-1914)

Le , trois guides de Chamonix remontent la coulée jusqu’à 3 310 mètres d’altitude et découvrent l’origine de la catastrophe. Près de 200 000 mètres cubes d’eau s’étaient accumulés dans le petit glacier de Tête Rousse, a fait exploser sa partie frontale et s'est engouffrée dans la vallée de Montjoie. Le glacier est mis sous surveillance. L’administration des eaux et forêts commence des travaux pour drainer les eaux et dès novembre, les sources sont dégagées et purifiées. Dans le même temps, la Compagnie générale des eaux minérales et de bains de mer reconstruit les thermes, à près d’un kilomètre en aval des anciens.

En 1894, le nouvel établissement thermal est inauguré : d’architecture moderne, il propose des technologies à la pointe du progrès technique. L’accent est mis sur l’hydrothérapie : cabines de bains de vapeur, douches de gorge et nasales, souches en pulvérisation, douches ascendantes… D’autres pôles médicaux et hôteliers complètent l’établissement . Dès 1895, avec l’arrivée du chemin de fer, la construction du tramway du Mont Blanc, la construction d’hôtels et de villas, Saint-Gervais se transforme en lieu de villégiature.

Échec du nouvel établissement thermal (1918-1930)

La Première Guerre mondiale interrompt ces développements. La fréquentation des Thermes baissera pendant la décennie suivante : concurrence des thermes d’Évian, perte d’efficacité des eaux du nouvel établissement de 1894 due à la précipitation des travaux. Personne ne s’est alarmé de l’augmentation du débit des sources depuis la catastrophe, de la modification de la minéralisation des eaux ou de leur refroidissement sur les huit cents mètres des canalisations de cuivre. En décembre 1925, la « Compagnie générale des eaux minérales et de bains de mer » cède l’établissement à la « Société immobilière et thermale de Saint-Gervais-les-Bains ».

La Seconde Guerre mondiale (1939-1958)

Pendant le conflit, l’établissement, encore occupé par quelques curistes, accueille une infirmerie alpine et un centre de soins pour soldats. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’établissement thermal est en mauvaise situation financière. La commune de Saint-Gervais vend son bien à un hôtelier de Chamonix, M. Roy en 1946 . Ce propriétaire ne respecte pas le cahier des charges et empochera les montants des rénovations pendant l'année qui suit.

Nouveau départ (1958-1980)

Un nouveau maire, Maurice Martel, est élu en 1953. En 1958, la commune rachète pour 20 millions de francs (l'équivalent d'à peu près 3 millions d'euro) l’établissement qu’elle avait vendu douze ans plus tôt pour 1 million. Le docteur Lépinay est arrivé aux thermes en 1949, et poursuit ses recherches : après les eczémateux lourds, il constate les effets des eaux thermales de Saint-Gervais sur les problèmes de cicatrisation, dont les grands brûlés. En 1959, la gestion de l’établissement est confiée à Armand Califano et à sa « Société nouvelle des thermes de Saint-Gervais Le Fayet ». Près de 20 ans seront nécessaires pour redresser les thermes. Ils retrouvent leur aura.

Janine Charrat en 1961

En 1961, Janine Charrat, personnage phare du monde de la danse, est victime d’un accident, lors de l’enregistrement d’une émission télévisée ; une bougie embrase son tutu et l’artiste est brûlée de moitié. Sauvée de la mort à l’hôpital Cochin, elle se rend quatre saisons aux thermes de Saint-Gervais ; elle y est suivie par le docteur de Lépinay. Elle revient à la danse en 1964. Cette réussite multiplie la renommée des traitements pour les grands brûlés prodigués à Saint-Gervais.

Nouvel établissement : thermalisme et bien-être (1980-1997)

Thermes de Saint-Gervais de nuit.

À partir de 1980, le nouveau directeur Bernard Califano explore une nouvelle piste : celle du thermalisme de confort. Un nouvel établissement, dessiné par l’architecte B. Ferrari, est inauguré en 1992, avec une capacité d’accueil de 10 000 curistes. En 1993, l’entreprise ne peut plus rembourser sa dette. Le , la commune de Saint-Gervais décide de créer une Société d’Économie Mixte dont elle détient les trois quarts du capital. Jusqu’en 2009, elle dépensera 2 millions de francs (305 000 euros) par an pour éponger la dette. En 1996, l’Académie Nationale de Médecine reconnaît l’eau de Saint-Gervais comme l’une des neuf eaux thermales actives sur la peau, pour ses vertus cicatrisantes, réparatrices et apaisantes.

Aujourd'hui

Modernisation par les laboratoires Rivadis (1997-2016)

Les thermes de Saint-Gervais après rénovation, en 2018.

En 1997, la commune cède la totalité de ses titres aux laboratoires Rivadis, en restant propriétaire du bâtiment et des locaux. Le groupe va moderniser les thermes : réfection en inox du réseau transportant l’eau thermale, transformation de l’institut de beauté, maintenance d’un laboratoire interne veillant sur l’hygiène des installations. En 2000, les thermes obtiennent la norme ISO 9001. En 2010, Rivadis poursuit le développement du pôle consacré au bien-être et inaugure son premier bassin extérieur à l’eau thermale . En 2012, la gamme de soins Saint-Gervais Mont Blanc est créée[9].

Rachat par L'Oréal (depuis 2016)

En 2016, L'Oréal se porte acquéreur de la société de gestion des thermes de Saint-Gervais-les-Bains et de la licence de marque associée aux soins Saint-Gervais Mont Blanc[10].

L’Oréal transforme la licence en une marque thermale « à un prix accessible pour les consommateurs du monde entier », déclare en 2017 le PDG du groupe Jean-Paul Agon à l'assemblée générale du groupe[11]. La marque sera lancée en Chine en 2019[réf. nécessaire].

Propriétés des eaux

L’eau thermale de Saint-Gervais Mont Blanc fait partie des 770 recensées en France. En 2017, un article déclare que l'eau de la station thermale de Saint-Gervais met 6500 ans[réf. à confirmer][12] pour arriver jusqu'à sa source à une température de 39 °C.

Issue des pluies tombées sur la montagne, elle parcourt les souterrains du massif alpin jusqu’à 3 000 mètres de profondeur, où elle circule à une température de 100 °C. Durant son trajet, elle traverse les massifs gypseux, à forte teneur en calcium et sulfates, entre au contact de roches cristallines et de roches sédimentaires alliant quartzite, calcaire, gypse et dolomies. Elle se charge en minéraux et oligo-éléments, comme le soufre ou le manganèse.

L’eau thermale de Saint-Gervais est jusqu’à trente fois plus riche en minéraux qu’une eau minérale. Ses taux élevés en sodium, sulfates et chlorure lui permettent de maintenir l’homéostasie cellulaire, c’est-à-dire l’équilibre de la peau. Sa teneur en calcium et magnésium accélère la formation de la fonction barrière de la peau, le strontium inhibe les irritations et réduit les démangeaisons ; le bore et le manganèse ont respectivement des effets bénéfiques sur la cicatrisation de la peau et de sa défense vis-à-vis du stress oxydatif.

Cette eau thermale est exploitée en dermatologie ; elle est utilisée pour soigner les brûlures depuis les années 50.

L'académie de Médecine

Depuis 1996, l’Académie Nationale de Médecine a reconnu l’eau de Saint-Gervais Mont Blanc comme l’une des eaux thermales actives sur la peau, pour ses propriétés cicatrisantes, réparatrices et apaisantes[13] : « Les caractéristiques physico-chimiques de l’eau se prêtent à une exploitation thermale en dermatologie (du fait de son isotonique et de ses propriétés hémostatiques et cicatrisantes), pour toutes les dermatoses et allergies cutanéo-muqueuses et les séquelles cicatricielles de brûlures, d’accidents ou d’autres origines ».

En France, neuf eaux ont obtenu ce label dans la section dermatologie, avec des bienfaits différents selon les roches traversées lors de leur périple.

Étude clinique

Une série d’observations cliniques ont été menées en 2017. Une première étude a été réalisée sur l’eau de Saint-Gervais Mont Blanc, sur 51 femmes de 23 à 65 ans à la peau réactive (pulvérisation d’eau thermale pendant 4 semaines, 2 fois par jour). Elle a démontré cliniquement les propriétés apaisantes et adoucissantes de l’eau : baisse significative des sensations de démangeaisons, rougeurs, sécheresse, tiraillement et d’échauffement[14].

Une seconde étude a été menée pour évaluer les effets cliniques d’une cure à la station thermale, sur 106 patients (traités par bains, douches, pulvérisations, massages) affectés de problèmes dermatologiques (cicatrices, eczéma, psoriasis). Le corps médical a constaté une amélioration de la peau dans 100% des cas[15].

Une étude de 2018 écrit[16] : « Dans le cas des grands brûlés, la crénothérapie à base d’eau thermale de Saint-Gervais a montré des effets bénéfiques, non seulement sur les séquelles cicatricielles, mais aussi sur les troubles résiduels de la sensibilité cutanée, tels que le prurit et les hyperesthésies ».

Parc thermal

L'entrée du parc thermal et des thermes au Fayet.

Le parc thermal s'étend sur dix hectares le long du Bon-Nant. Il regroupe diverses activités pour enfants et pour adultes : un rocher d'escalade (mur naturel), parcours aventure, terrains de tennis, gymnase, stade, piscine, jeux pour les enfants, terrains de pétanque, et le Petit Train du Parc Thermal. Sur le rocher d'escalade du Fayet, a lieu tous les étés la fête de la compagnie des guides de Saint-Gervais.

Le parc expose des statues : un cerf par Pierre-Louis Rouillard, une statue allégorique La Source ou Thétis par Louis Sauvageau ainsi qu'une fontaine.

L'ancienne locomotive à vapeur du tramway du Mont-Blanc exposée à l'entrée du parc thermal jusqu'en 2010 est alors déplacée au cœur du Fayet, près de la gare de départ du TMB, et face à la gare SNCF. Les nombreux voyageurs peuvent la voir dès leur sortie de la gare.

Au fond du parc, se situe le départ d'un chemin de randonnée qui longe le Bon-Nant puis monte dans les gorges. Équipé de passerelles, d'escaliers et de rampes métalliques, il permet de passer par-dessus la cascade de Crépin et de monter jusqu'à Saint-Gervais en trois quarts d'heure. Le promeneur peut également, à l'entrée du parc, prendre le chemin du Berchat le long de la voie ferrée du tramway du Mont-Blanc et ainsi rejoindre Saint-Gervais de façon directe, en moins d'une demi-heure. Depuis 2024, l'ascenseur des Thermes (un ascenseur incliné) permet de relier rapidement le parc au bourg.

Bibliographie

  • Jean-Paul Gay, 1806-2006 - Saint-Gervais, deux siècles de thermalisme, éditions Les Savoisiennes, la Fontaine de Siloé, Montmélian, 2006. (ISBN 9782842063306) - 220 pages, nombreuses illustrations.

Notes et références

  1. ↑ Site de la commune de Saint-Gervais
  2. ↑ Saint-Gervais : Deux siècles de thermalisme 1806-2006, Jean-Paul Gay, 2006, éd. La Fontaine de Siloé, p. 10
  3. ↑ Gorges du Bonnant sur le site de Saint-Gervais
  4. ↑ Notre Savoir
  5. ↑ Journal Le magasin pittoresque, 1860
  6. ↑ Les Bains du Mont Blanc
  7. ↑ Docteur Mattey
  8. ↑ Tristan Vey, « Mont Blanc : une poche d'eau glaciaire menace les vallées », sur Le Figaro, (consulté le )
  9. ↑ « Saint-Gervais Mont Blanc », sur Saint-Gervais Mont Blanc (consulté le )
  10. ↑ « L'Oréal s'est porté acquéreur de la société de gestion des thermes de Saint-Gervais-les-Bains », Les Echos, 20 juillet 2016.
  11. ↑ « L’Oréal veut faire de Saint-Gervais Mont Blanc une marque thermale grand public », sur premiumbeautynews.com,
  12. ↑ « L'eau Thermale de Saint-Gervais Mont-Blanc » [archive du ], sur thermes-saint-gervais.com (consulté le ).
  13. ↑ Bulletin de l’Académie Nationale de Médecine (1996, 180, n°2, 419-436, séance du 13 février 1996)
  14. ↑ L’eau thermale de Saint-Gervais, une composition unique, des effets dermatologiques avérés, ibid., p.6-8
  15. ↑ L’eau thermale de Saint-Gervais, une composition unique, des effets dermatologiques avérés, ibid., p.8-13
  16. ↑ L’eau thermale de Saint-Gervais, une composition unique, des effets dermatologiques avérés, M. Nielsen, B.A. Bernard, V. Rasmont, L. Cordier, Dr R. Bachvarova, Dr S. Panteleeva, Dr D. Stefan. Dermatologie pratique, septembre 2018.

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