Thermes romains de Santa Laurina
| Type |
Thermes romains, structure archéologique romaine (d) |
|---|---|
| Propriétaire |
Corse (depuis ) |
| Patrimonialité |
| Localisation |
|---|
| Coordonnées |
42° 06′ 19″ N, 9° 30′ 56″ E |
|---|

Les thermes romains de Santa Laurina sont les vestiges d'un établissement de bains de l'époque romaine situé à Aléria en Haute-Corse.
L'histoire de ces thermes, implantés au pied de la colline sur laquelle est construite la ville antique et à proximité du fleuve Tavignano, est mal connue : ils sont peut-être construits vers la fin du IIe siècle apr. J.-C. pour être abandonnés un siècle après, au plus tard. Le débat reste ouvert quant à leur possible réutilisation comme basilique paléochrétienne. Ils sont fouillés partiellement au tournant des années 1950 et 1960 mais il est possible d'identifier la plus grande partie des salles qui les composaient.
Leurs vestiges, parfois conservés sur une hauteur de plus de 5 m, sont inscrits au titre des monuments historiques en 2007.
Localisation

Les thermes romains de Santa Laurina sont situés dans une boucle du Tavignano, au pied de la pente accentuée qui limite le plateau où est localisée la ville antique d'Aléria, au nord-est de cette dernière[1],[2]. À l'altitude de seulement 3 m au-dessus du niveau de la mer à l'époque contemporaine, ils se trouvent en limite de, et partiellement sous, la route royale no 198 devenue la route territoriale 10. La construction de cette artère majeure du réseau corse s'est faite à partir de 1839[3] sur un remblai de plusieurs mètres qui a enseveli une partie des thermes ; des matériaux provenant de ce monument ont en outre été prélevés pour l'édification du remblai[4].
Ces thermes sont peut-être en relation avec le port[5] ; selon Olivier Jehasse et Frédérique Nucci, ils seraient ceux d'une mansio établie en bordure de la voie reliant Mariana à Pallas dont le trajet aux abords d'Aléria est toutefois mal connu[6].
Description
Le site dégagé a une superficie d'environ 350 m2 mais sa partie occidentale reste ensevelie sous la route territoriale 10[7],[5]. Le bâtiment principal fait 45 m de long sur près de 20 m de large[8]. Il est particulièrement bien conservé, protégé par les éboulements d'une falaise ; certains murs atteignent une hauteur de 5 ou 6 m[5],[8],[1]. Les maçonneries font appel à de l'opus incertum ou de l'opus mixtum incluant des rangés de galets alternant avec des lits de terres cuites architecturales[9]. Certains murs sont ornés d'un décor blanc dans un cadre rouge sur fond bleu[10]. Des vestiges de plaques de marbre sont retrouvés, participant au revêtement du sol[11].

Le plan établi par Paul Pironin à l'issue des fouilles de Jean Jehasse, revu et complété par Alain Bouet, permet d'affecter un usage aux principales salles du complexe et de retracer le parcours de l'usager à l'intérieur des thermes[5] ; ce parcours pourrait commencer par la palestre, si la cour se trouvant à l'entrée remplit bien cette fonction[13].
Après s'être dévêtu dans l'apodyterium (vestiaire), auquel des latrines sont attenantes, l'usager passe dans le frigidarium, grande pièce rectangulaire non chauffée de plus de 26 m de long et large de 6,50 m, qui présente deux piscines à l'une de ses extrémités. L'une de ces piscines est semi-circulaire dans une abside ; l'autre, plus petite est de plan carré[8],[14].
Le parcours se poursuit par un passage dans le tepidarium (bain tiède) d'une surface de 23 m2 équipé d'une vasque d'un diamètre de 3,20 m ou dans le destrictarium, une salle de soins de 17 m2 communiquant directement avec les deux précédentes. Tepidarium et destrictarium sont chauffés par le sol grâce à des hypocaustes[5].
L'étape suivante se déroule dans le laconicum (étuve sèche) de 11 m2 dont l'hypocauste en partie détruit permet de voir les canalisations souterraines puis dans le caldarium (salle chaude)[8],[14]. Deux solia, installés dans cette dernière salle, sont des banquettes en maçonnerie sur lesquelles les usagers peuvent s'asseoir[5].
La sortie des thermes se fait en reprenant le chemin inverse, sans obligation toutefois de repasser par le laconicum selon un « circuit semi-circulaire et semi-rétrograde »[15].
Bien que cela ne puisse être attesté, le site était probablement alimenté en eau courante par le Tavignano, disposition facilitée par la faible différence de niveau entre les deux. Un praefurnium, attenant au caldarium, assurait le chauffage de certaines pièces, mais d'autres dispositifs du même type, non retrouvés, existaient sans doute ailleurs sur le complexe[5].
Histoire
Le bâtiment est daté de la fin du IIe siècle[4],[5],[8],[14] et a peut-être été abandonné au IIIe siècle[5], menacé par la montée du niveau des eaux qui transforme les estuaires en marécages et favorise l'installation du paludisme[16].
Le site est signalé pour la première fois en 1863 par Jean-Ange Galletti dans son Histoire illustrée de la Corse (...)[17] ; l'auteur évoque une église chrétienne mais ajoute que, à l'examen des ruines, « ce monument avait été destiné à tout autre usage »[18].
Il est dégagé et étudié à partir de l'été 1958[19] par une équipe dirigée par Jean Jehasse, qui y reconnaît un établissement thermal[1]. Selon Geneviève Moracchini, ces fouilles, menées en partie à la pelle mécanique et au bulldozer pour les couches supérieures, ont détruit la basilique paléochrétienne qui était au-dessus des thermes romains[20]. Selon elle, l'abside principale des thermes a été réemployée comme chœur de l'église et l'ensemble a été transformé en basilique au Ve ou au VIe siècle[21]. Elle reprend ainsi une identification faite dès le XIXe siècle, qui assimile ces ruines à une église paléochrétienne dédiée à sainte Laurine[22],[23].
Jean Jehasse répond en précisant que les engins mécaniques n'ont été utilisés que pour évacuer des déblais, des éboulis de la falaise et des fragments de voûte[24] et il conteste l'existence d'une basilique paléochrétienne sur le site[25]. Selon lui, ce bâtiment n'a jamais été utilisé pour le culte[26] et était, avant la fouille, « abandonné en effet près de quatorze siècles »[4], notamment parce qu'il était régulièrement inondé par la crue du Tavignano et parce que c'est la ville romaine d'Aléria tout entière qui était désertée[27]. Il situe dans le fort de Matra et non dans les thermes romains le canonicat de Santa Laurina (qui n'est pas un personnage historique) créé au XVIe siècle à Aléria par l'évêque d'Aléria Alexandre Sauli[28].
Selon la Carte archéologique de la Gaule, « si l'importante taille de ce bâtiment a pu le faire confondre avec une basilique paléochrétienne, il n'est cependant pas exclu qu'à la suite d'une désaffection, il ait été réutilisé comme tel. Encore bien conservé, il a souffert d'une fouille hâtive et peu contrôlée »[8].
Le site est inscrit au titre des monuments historiques par arrêté du , modifié par arrêté du [14]. Il appartient à la collectivité de Corse depuis 2020[1].
À l'issue d'une campagne de nettoyage puis de relevés par photogrammétrie et scanner tridimensionnel, des travaux de consolidation et de restauration sont engagés depuis 2023 avec pour objectif une intégration au circuit archéologique d'Aléria[17].
Références
- Arnaud Coutelas et Christophe Loiseau, « Thermes de Santa-Laurina (Aléria, Corse) », sur Archéologie & philologie d'Orient et d'Occident - CNRS PSL (consulté le ).
- ↑ Michel et Pasqualaggi 2013, p. 146-147.
- ↑ Bulletin des lois de la République franc̜aise, vol. 19, Imprimerie nationale, , 981 p. (lire en ligne), partie II, p. 79.
- Jehasse 1961, p. 28.
- Bouet 1998, p. 357.
- ↑ Olivier Jehasse et Frédérique Nucci, Les Voies romaines de Corse, Labiana/Idim de l'université de Corse, , 48 p. (lire en ligne [PDF]), p. 5-6 et 24.
- ↑ Jehasse et Boucher 1960, p. 31.
- Michel et Pasqualaggi 2013, p. 186.
- ↑ Cristina Corsi et Frank Vermeulen, « La ville romaine de Mariana (Corse) et son urbanisme », Mélanges de l'École française de Rome - Antiquité, t. 127, no 1, , al. 38 (DOI 10.4000/mefra.2758).
- ↑ En partenariat avec la Direction des affaires culturelles, « Archéologie des thermes antiques de Corse », Corse-Matin, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Jehasse 1961, p. 29.
- ↑ Bouet 1998, p. 356-357.
- ↑ Olivier Jehasse et Frédérique Nucci, Les Voies romaines de Corse, Labiana/Idim de l'université de Corse, , 48 p. (lire en ligne [PDF]), p. 24.
- « Thermes romains dits de Santa Laurina », notice no PA2B000005, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture.
- ↑ Alain Bouet, Les thermes privés et publics en Gaule Narbonnaise, vol. I : Synthèse, Rome, École française de Rome, coll. « Publications de l'École française de Rome » (no 320), , 416 p. (lire en ligne), p. 176-177.
- ↑ Jean Jehasse, La Corse antique, FeniXX, 92 p. (ISBN 978-2-4026-2029-1, lire en ligne), p. 63.
- « Programme scientifique et culturel - Museu di Corti » [PDF], sur isula.corsica (consulté le ), p. 19.
- ↑ Jean-Ange Galletti, Histoire illustrée de la Corse: contenant environ 300 dessins représentant divers sujets de géographie et d'histoire naturelle, les costumes anciens et modernes, les usages, les susperstitions, les vues des paysages..., Pillet, , 573 p. (lire en ligne), p. 177.
- ↑ Jean Jehasse et Jean-Paul Boucher, « La côte orientale Corse et les relations commerciales en Méditerranée », Études corses, no 21 (nouvelle série), 1er trimestre 1959, p. 67 (lire en ligne).
- ↑ Moracchini 1960, p. 56.
- ↑ Moracchini 1960, p. 57-59.
- ↑ Alexandre Grassi, « Aléria, la Sala Reale, le Cirque, Sainte-Laurine, étang de Diana, îlot des Pêcheurs, île Sainte-Marie », Nouvelles annales des voyages, de la géographie de l'histoire et de l'archéologie, vol. 184, no 4, , p. 257-341 (lire en ligne).
- ↑ .
- ↑ Jehasse 1961, p. 40.
- ↑ Jehasse 1961, p. 41-46.
- ↑ Jehasse et Boucher 1961, p. 37.
- ↑ Jehasse 1961, p. 30-32.
- ↑ Jehasse 1961, p. 33-35.
Voir aussi
Bibliographie
: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
- Alain Bouet, « Un complexe thermal de l'Antiquité tardive : le « Prétoire » à Aléria (Haute-Corse) », Gallia, vol. 55, no 1, , p. 343–363 (DOI 10.3406/galia.1998.3006, lire en ligne, consulté le ).

- Jean Jehasse et Jean-Paul Boucher, « Les fouilles d'Aléria », Études corses, vol. 80, no 26, , p. 27-36 (lire en ligne).

- Jean Jehasse et Jean-Paul Boucher, « Compte rendu de la campagne de fouilles à Aléria », Revue d'études corses, vol. 1, no 1, , p. 33-39 (lire en ligne).

- Jean Jehasse, « Un mythe paléo-chrétien : les thermes romains de Santa-Laurina », Revue d'études corses, vol. 1, nos 1 et 2, , p. 40-46 et 28-35 (lire en ligne).

- Jean Jehasse, « Les fouilles d'Aléria (Corse) : l'acropole et ses problèmes (1962) », Gallia, vol. 21, no 1, , p. 77–109 (DOI 10.3406/galia.1963.2382, lire en ligne, consulté le ).
- Jean Jehasse et Laurence Jehasse, Aléria antique, Aléria, Les amis d'Aléria, , 118 p..
- Arnaud Coutelas et Christophe Loiseau, « Thermes de Santa-Laurina (Aléria, Corse) », sur Archéologie & philologie d'Orient et d'Occident - CNRS PSL (consulté le ).

- François Michel et Dominique Pasqualaggi, Carte archéologique de la Gaule, 2A-2B La Corse, Paris, Académie des inscriptions et belles-lettres - Maison des sciences de l'homme, , 315 p. (ISBN 978-2-8775-4315-6, lire en ligne).

- Geneviève Moracchini, « Note brève sur la basilique paléo-chrétienne Santa Laurina d'Aleria (Corse) », Études corses, vol. 80, nos 27-28, , p. 51-63 (lire en ligne).
.
Articles connexes
- Aléria
- Alalia (Aléria)
- Fort de Matra
- Liste des monuments historiques de la Haute-Corse
- Liste des monuments historiques protégés en 2007
Liens externes
- Ressource relative à la géographie :
- Ressource relative à l'architecture :
- « Au commencement : les thermes de Santa Laurina »
[vidéo], sur FranceTV.
- Portail de la Corse
- Portail de l’archéologie
- Portail de la Rome antique
- Portail des monuments historiques français