Tiré à part

Un tiré à part est une impression séparée d'une œuvre qui est apparue à l'origine dans le cadre d'une publication plus vaste, généralement composée de plusieurs auteurs, comme une revue universitaire, un magazine ou un livre édité[1].

Le tiré à part est destiné à être diffusé par les auteurs ou par les éditeurs à de potentiels lecteurs par le biais de relations interpersonnelles.

Il constitue une forme de sociabilité savante importante au XIXe siècle et au XXe siècle.

Histoire

Le tiré à part est une pratique savante née au XIXe siècle qui consiste, pour l'auteur ou l’autrice d’un article, à envoyer sa publication à ses collègues avec un mot d’accompagnement, témoignage de gratitude et de reconnaissance. L'envoi de tiré à part constitue ainsi une méthode de correspondance entre chercheurs. Il joue également un rôle important dans la circulation de l'information scientifique[2].

Les tirés à part pouvaient constituer une part importante de la bibliothèque d'un chercheur. Ainsi, la bibliothèque de l'historien Marc Bloch, telle qu'elle a été reconstituée, compte plusieurs centaines de tirés à part reliés en 36 volumes[3].

Le genre devient plus rare à mesure qu’il est remplacé, d’abord par des photocopies de publications et ensuite, avec l'arrivée d'Internet, par des fichiers PDF. Ces derniers sont distribués de manière similaire, mais moins personnalisés, car il n'y a généralement pas de dédicace ou de note sur les PDF[4].

En 2016, les Éditions de la Sorbonne lancent une collection dirigée par l'historien Philippe Artières intitulée « Tirés à part ». Cette collection détourne l’usage et la fonction de cette pratique académique en faisant re-circuler des textes parfois méconnus issus de toutes les disciplines des sciences humaines et sociales (histoire, anthropologie, philosophie, sociologie, géographie, archéologie, droit, linguistique, littérature, science politique, histoire des arts)[5].

Diffusion

Les tirés à part sont utilisés par les auteurs pour promouvoir leur travail et assurer une diffusion plus large et une durée de vie plus longue que celle qui aurait pu être obtenue par la seule publication originale. Ils peuvent être considérés par les collectionneurs comme apparentées à la première édition séparée d'une œuvre et, comme ils sont souvent offertes gratuitement, il peuvent porter une inscription de l'auteur.

Production

Les tirés à part sont généralement produits par l’éditeur de l’article original. Après la publication d’un article dans une revue scientifique ou une autre publication scientifique, l’auteur ou les auteurs correspondants peuvent se voir offrir la possibilité de commander un nombre spécifique de tirés à part. Le nombre de tirés à part varie en fonction de l'accord entre l'auteur et l'éditeur, avec des options allant de quelques dizaines à plusieurs centaines d'exemplaires[1].

Les tirés à part modernes sont souvent produits à l’aide de techniques d’impression de haute qualité pour reproduire l’apparence de la publication originale. Ils sont généralement imprimés à plus petite échelle, avec des copies individuelles constituées de quelques pages ou d'une version condensée de l'article original. Les tirés à part peuvent être personnalisés avec le nom de l'auteur, son affiliation et d'autres détails pertinents[6].

Le tiré à part comme source historique

Les tirés à part sont susceptibles de nous éclairer a posteriori sur le réseau d'amitié, le réseau professionnel, le réseau social international du chercheur. La possession d’un tiré à part par une personne peut ainsi être interprétée comme le signe d’une probable relation d’interconnaissance entre cette personne et l’auteur du texte tiré à part[7].

Références

  1. ABC for book collectors, New Castle, Del, Oak Knoll Press, (ISBN 978-0-7123-4822-5)
  2. Françoise Waquet, L'ordre matériel du savoir : Comment les savants travaillent, XVIe-XXIe siècle, CNRS Éditions, coll. « Biblis », , 440 p. (ISBN 978-2-271-14107-1), p. 46-47
  3. « Reconstruire la bibliothèque de Marc Bloch », sur bibliotheque-marc-bloch.lamop.fr (consulté le )
  4. Fyfe, « Did authors get offprints? », A History of Scientific Journals,
  5. Tirés à part, Publications de la Sorbonne, (lire en ligne)
  6. « The academic, economic and societal impacts of Open Access: an evidence-based review », F1000Research, vol. 5,‎ , p. 632 (PMID 27158456, PMCID 4837983, DOI 10.12688/f1000research.8460.3)
  7. Sébastien Plutniak, « L’autonomisation éditoriale de la publication des données. Des tirés-à-part aux data journals en archéologie (1950-2000) », dans Norbert Verdier (dir.), Hélène Védrine (dir.), Alexia Kalantzis (dir.), Les périodiques comme médiateurs culturels. Autour de la diffusion des savoirs. Séminaire PéLiAS (Périodiques, Littérature, Arts, Sciences) 2019-2022, MSH Paris-Saclay Éditions, (ISBN 978-2-490369-09-6, DOI 10.52983/qbtj3499, lire en ligne), p. 155‑173

Voir aussi

Bibliographie

  • Valérie Tesnière, Au bureau de la revue : une histoire de la publication scientifique (XIXe-XXe siècle), Éditions EHESS, coll. « En temps & lieux », (ISBN 978-2-7132-2880-3)

Articles connexes

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