Toera

Toera
Biographie
Décès

Toera ou Itoera[1] (décédé le ) est un roi du royaume de Menabe du peuple Sakalava dans l'ouest de Madagascar. Après une contestation de succession de la part de son demi-frère Ingraza, il tente d'adopter une approche modérée face à la colonisation française de Madagascar. Toera est poussé à la rébellion contre les Français après que leur abolition de l'esclavage a menacé la participation de son peuple à la traite négrière. Il lève une armée pour combattre la France, mais est vaincu et tué par une expédition dirigée par Augustin Gérard. Le crâne de Toera est transporté à Paris et conservé au Muséum national d'histoire naturelle jusqu'en , date à laquelle il est restitué au gouvernement malgache.

Début du règne

Le missionnaire chrétien britannique George Herbert Smith, en 1896, note que Toera est le fils du précédent roi du Menabe et d'une princesse. Son règne est parfois menacé par son demi-frère Ingereza ; selon Smith, Ingereza est le fils d'une femme non royale, mais est né dans l'enceinte royale, tandis que Toera, bien que de sang royal, est né hors de l'enceinte et est le cadet[2]. Lors du conflit qui s'ensuit[3], Toera manque à un moment se soumettre à son frère, l'interruption par Ingereza des routes commerciales fluviales du royaume ayant entraîné la famine. De 1890 à 1895, c'est Ingereza qui occupe le pouvoir[2], mais en 1896, la majorité des sujets du Menabe soutiennent Toera[4].

Conflit avec la France

Guerriers sakalaves[5].

Les guerres franco-hova de 1883-1895 aboutissent à l'établissement d'un protectorat français sur l'île. La résistance malgache persistante conduit au remplacement du gouvernement civil du protectorat par un gouverneur militaire, Joseph Gallieni. Ce dernier destitue la reine Ranavalona III début 1897 et ordonne des expéditions contre les rebelles[6]. Toera tente d'adopter une approche modérée envers les Français, bien que certains de ses subordonnés favorisent la rébellion. Il cherche à entamer des discussions avec les autorités françaises, mais à la suite de l'abolition de l'esclavage par les Français, qui menace la participation de ses sujets à la traite négrière, il s'associe à Rainibetsimisaraka, un chef de la rébellion de Menalamba. Après la victoire française sur les rebelles de Menalamba en , Toera devient probablement le plus puissant des chefs rebelles[7].

Gallieni ordonne à un subordonné, Augustin Gérard, de mener une expédition contre le peuple Sakalava, qu'il décrit comme « guerrier, voleur et très jaloux de son indépendance »[6]. Des récits français font état d'une tromperie de la part de Toera, affirmant qu'il poursuivait les négociations de paix tout en rassemblant une importante force de troupes, parfois armées de fusils, sous les ordres de son général Mahatanty. Il continuerait à lancer des attaques contre la colonne française tout en discutant de la paix. Les récits du Menabe, au contraire, font de Gérard le trompeur, car il continuait à envisager la possibilité d'une paix tout en avançant vers Ambiky, la capitale du Menabe [6],[7].

Les troupes de Mahatanty sont défaites par Gérard à Anosimena le . Gérard attaque Ambiky le  ; après un bref bombardement d'artillerie, six détachements français prennent la ville et tuent Toera, son ministre en chef et un chef important, Vongovongo. Trois autres chefs sont capturés, ainsi que 500 Sakalava. Les pertes françaises s’élèvent à deux tirailleurs sénégalais tués[6]. Après l'attaque, le Menabe se révolte et Gallieni réprimande Gérard pour ses actions, ce qui déclenche une campagne de sept ans visant à établir un gouvernement pro-français au Menabe[7].

Postérité

Après la mort de Toera, sa tête est prélevée et transportée à Paris où elle est placée dans la collection du Muséum national d'histoire naturelle. Klara Boyer-Rossol l'y localise grâce aux carnets du naturaliste Guillaume Grandidier[8]. Sous la pression des descendants de Toera et du gouvernement malgache, la demande ayant été officiellement déposée en 2003[8], la France accepte de restituer le crâne, en vertu d'une loi votée en 2023, la loi relative à la restitution de restes humains appartenant aux collections publiques[9],[10]. Les tests ADN ne permettent pas de prouver avec certitude que le crâne appartenait à Toera, mais l'identification est acceptée par Madagascar après qu'un médium sakalava traditionnel a examiné le crâne et déclaré qu'il appartenait au roi[11],[12].

Le crâne est remis aux autorités malgaches avec deux autres crânes sakalava le [13],[14],[15]. Ils sont restitués à Madagascar le et reçus au mausolée d'Avaratr'Ambohitsaina[16] à Antananarivo le lendemain, lors d'une cérémonie officielle en présence du président Andry Rajoelina[17],[18]. L'arrière-petit-fils de Toera, le roi sakalava Georges Harea Kamamy, exprime son soulagement après ce rapatriement, tout en regrettant que les crânes aient été confiés au gouvernement malgache plutôt qu'à la famille royale. Le crâne est attaché au reste du squelette de Toera à Ambiky lors d'une cérémonie funéraire plus tard dans la semaine[19].

Alors que Toera était presque inconnu à Madagascar en dehors de sa région d'origine, la restitution de son crâne permet de contribuer au récit national en donnant « l’image d’une communauté malgache unie contre la colonisation »[12].

Références

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Toera » (voir la liste des auteurs).
  1. (en) Alice Bellagamba, Sandra E. Greene et Martin A. Klein, African Voices on Slavery and the Slave Trade: Volume 1, The Sources, Cambridge University Press, (ISBN 978-0-521-19470-9, lire en ligne), p. 476
  2. Françoise Raison-Jourde, Les Souverains de Madagascar: l'histoire royale et ses résurgences contemporaines, KARTHALA Editions, (ISBN 978-2-86537-059-7, lire en ligne), p. 396.
  3. Marie-Pierre Ballarin et Françoise Raison-Jourde, Les reliques royales à Madagascar: source de légitimation et enjeu de pouvoir, XVIIIe-XXe siècles, KARTHALA Editions, (ISBN 978-2-84586-065-0, lire en ligne), p. 236-237.
  4. (en) George Herbert Smith, Among the Menabe; Or Thirteen Months on the West Coast of Madagascar, Society for Promoting Christian Knowledge, , 4–6 p. (lire en ligne)
  5. Joseph-Simon Gallieni, La pacification de Madagascar (opérations d'octobre 1896 à mars 1899) (Paris, 1900), p. 243.
  6. (en) Michael P. M. Finch, A Progressive Occupation?: The Gallieni-Lyautey Method and Colonial Pacification in Tonkin and Madagascar, 1885–1900, OUP Oxford, , 192-194 p. (ISBN 978-0-19-967457-2, lire en ligne)
  7. (en) Stephen Ellis, The Rising of the Red Shawls, Cambridge University Press, (ISBN 978-1-107-63489-3, lire en ligne), p. 138
  8. Damien Glez, « Le crâne présumé du roi malgache Toera bientôt restitué par la France », sur JeuneAfrique.com, (consulté le )
  9. « LOI n° 2023-1251 du 26 décembre 2023 relative à la restitution de restes humains appartenant aux collections publiques »
  10. Pauline Rouquette, « La France rend à Madagascar les crânes sakalavas, première application de la loi de 2023 », sur France 24, (consulté le )
  11. « Madagascar's King Toera: France returns skull of monarch killed during colonial era », BBC News,‎ (lire en ligne, consulté le )
  12. Anaelle Jonah, « À Madagascar, les crânes sakalavas de retour après 128 ans d’absence », sur France 24, (consulté le )
  13. « France returns three colonial-era human skulls to Madagascar », Reuters,‎ (lire en ligne, consulté le )
  14. Nicole Rafalimananjara, « PATRIMOINE - La France remet le Kabeso du roi Toera au gouvernement », sur L'Express de Madagascar, (consulté le )
  15. Jeanne Péru-Gelly, « Après 128 ans, la France restitue les crânes de trois guerriers à Madagascar », sur Outre-mer la 1ère, (consulté le )
  16. « ÉVÉNEMENT – Hommage au Roi Toera, aux soldats et au peuple sakalava au Mausolée », sur 2424.mg - L'actualité à Madagascar en temps réel, (consulté le )
  17. (en) « Madagascar welcomes home skulls of Indigenous warriors taken by French colonial troops 128 years ago », AP News,‎ (lire en ligne, consulté le )
  18. R. Mandimbisoa, « Retour des reliques du roi Toera et de ses chefs militaires », sur Madagascar-Tribune.com, (consulté le )
  19. (en) « Madagascar receives skull of king beheaded by France », France 24,‎ (lire en ligne, consulté le )
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