Touraine-noble-joué
| Touraine-noble-joué | |
Vignoble de touraine-noble-joué à Esvres. | |
| Type d'appellation(s) | AOC / AOP |
|---|---|
| Reconnue depuis | 2001 |
| Pays | |
| Région parente | vignoble de la vallée de la Loire |
| Sous-région(s) | Touraine |
| Localisation | Indre-et-Loire |
| Climat | océanique dégradé |
| Ensoleillement (moyenne annuelle) |
1 884 heures (sur la base de Tours) |
| Sol | argilo-calcaire |
| Superficie plantée | 34 hectares (en 2023)[1] |
| Cépages dominants | meunier N[n 1] |
| Vins produits | rosés |
| Production | 1 886 hectolitres (en 2023)[1] |
| Pieds à l'hectare | minimum 6 500 ceps/ha[2] |
| Rendement moyen à l'hectare | 55 hl/ha (en 2023)[1] |
Un touraine-noble-joué[n 2] est un vin rosé d'appellation d'origine contrôlée produit sur cinq communes au sud de Tours en Indre-et-Loire. Il appartient au vignoble de Touraine, dans la région viticole de la vallée de la Loire.
La surface de vignes représente 30 hectares (moyenne 2022-2024)[1] avec comme cépages autorisés le pinot meunier, le pinot gris et le pinot noir.
Histoire
Étymologie
Le nom de « noble-joué » est issu de celui de l'une des principales zones de production, Joué-lès-Tours, et de l'adjectif « noble » qui désigne, dans les vignobles les plus importants, les cépages de la famille des pinots[3].
Moyen Âge
La culture de la vigne est attestée à Saint-Avertin dès le XIIe siècle[4] et une charte de l'abbaye de Cormery de 1338 indique la présence de vignes sur le territoire paroissial d'Esvres[5]. Le vin de noble-joué est présent sur la table de Louis XI[6] et le roi, qui réside au château de Plessis-lèz-Tours, apprécie particulièrement cette production locale[7] ; la superficie du vignoble est alors estimée à 800 hectares[8].
Période moderne

Au XVIIIe siècle, Joué-lès-Tours et Saint-Avertin consacrent une partie de leur territoire, les secteurs du plateau les plus proches de son rebord exposé au nord[9], à la culture de la vigne, destinée à la production de vins rouges réputés[10]. La consommation locale reste majoritaire, mais une partie de la récolte est vendue sur Paris[11],[12].
La zone de production, dans la banlieue sud de Tours, est fortement réduite dans la seconde moitié du XIXe siècle par l'urbanisation et l'extension de l'agglomération tourangelle. L'arrivée du phylloxéra, qui envahit l'ensemble de la Touraine viticole à partir de 1882, accélère la disparition massive du vignoble de noble-joué[13] malgré la constitution dès 1883, à Saint-Avertin, d'un syndicat « anti-phylloxérique »[14]. C'est ainsi que sur les deux seules communes de Joué-lès-Tours et Saint-Avertin le vignoble, qui couvrait 815 en 1836, ne concerne plus que 10 en 2014[15].
Période contemporaine
Mentionné au début du XXe siècle comme « le vin de Loire le plus célèbre », il reçoit plusieurs récompenses lors de l'exposition universelle de 1900[16] et, en 1933, sa notoriété est à l'origine de fraudes : des vins ordinaires sont vendus pour du noble-joué[3]. Le catalogue de l'exposition « Égypte-France » qui s'est tenue au Caire en 1929 indique que ce vin pouvait aussi être vinifié en vin effervescent[17]. D'ailleurs, au débit du XXe siècle, plusieurs champagnisateurs sont installés à Joué-lès-Tours[18]. Une première demande d'appellation est déposée en 1937 mais elle est oubliée, notamment en raison de la Seconde Guerre mondiale[19].
La réputation du vin semble avoir baissé dans le dernier quart du XXe siècle[20] mais les producteurs, avec l'appui de l'œnologue Jacques Puisais, de l'INAO et la chambre départementale d'agriculture[16], replantent dans les secteurs les plus favorables[21]. L'appellation d'origine contrôlée (AOC) touraine-noble-joué est finalement reconnue par le décret du [22],[23]. Le cahier des charges est ensuite modifié en [24], puis en [2].
En 2015, l'ODG de l'appellation transmet au comité régional de l'INAO (le CRINAO Val de Loire - Centre) une demande de modification du cahier des charges, pour autoriser sous l'appellation la production d'un vin blanc moelleux (fait à partir de pinot gris, avec plus de 55 g de sucre résiduel par litre) avec la dénomination « malvoisie », ainsi qu'une augmentation du rendement maximum (passant de 55 à 60 hl/ha). En 2016, la dénomination malvoisie est retirée du projet. En 2017, une commission d'enquête signale quelques faiblesses du dossier (preuves de notoriété anciennes, rendement, identification parcellaire, conditions d'élevage et de conditionnement)[25].
Vignoble
Aire d'appellation
| Images externes | |
| Carte des communes concernées | |
| Cartes cadastrales de l'appellation | |
| Orthophotos du parcellaire de l'AOC | |

Le vignoble est situé sur les cinq communes de Chambray-lès-Tours, Esvres, Joué-lès-Tours, Larçay et Saint-Avertin dans le département d'Indre-et-Loire[2]. Avec une trentaine d'hectares déclarés en production au début du XXIe siècle[1], essentiellement sur Esvres[26], il s'agit d'une des plus petites appellations du Val de Loire.
Géologie et orographie
La zone géographique, située immédiatement au sud de Tours, occupe une partie de l’interfluve séparant l'Indre et le Cher, deux affluents de la Loire. Le vignoble est en situation de plateau et est fragmenté en îlots dans un environnement périurbain.
Les parcelles délimitées reposent principalement sur des sols bruns calcaires développés sur le Turonien supérieur ou sur des formations de calcaire lacustre. Quelques secteurs présentent des sols issus d’un complexe résiduel d’altération comprenant argiles et meulières, ainsi que des sables grossiers[27].
Climatologie
La zone de production du touraine-noble-joué, comme l'ensemble du département, bénéficie d'un climat tempéré océanique dit dégradé[28], caractérisé par des températures clémentes, même en hiver. Aucun mois n'est véritablement sec, les précipitations mensuelles moyennes étant toujours supérieures à 40[29].
La Champeigne tourangelle et le Val de Loire, où se situe la zone d'appellation, subissent toutefois moins de gelées, avec une moyenne de 55 jours de gel entre octobre et avril, que l'est du département (60 jours), mais davantage que les confins de l'Anjou (50 jours)[30]. Cormery, commune limitrophe d'Esvres, connaît une moyenne annuelle de 160 jours de précipitations, pour une pluviométrie comprise entre 550 et 600 mm ; le taux d'ensoleillement moyen y est de 1 780 heures par an[31].
Encépagement
Au début du XIXe siècle, les cépages utilisés sont l'arnaison (dénomination locale d'un pinot noir[32]), le malvoisie (pinot gris ou beurot[33]) et l'orléans (pinot meunier)[34]. L'encépagement n'a pas varié depuis.
Les vins ayant droit à l'appellation d'origine contrôlée sont issus des cépages suivants :
- cépage principal : pinot meunier N[n 1] (40 % au minimum) ;
- cépages complémentaires : pinot gris G (20 % au minimum) et pinot noir N (10 % au minimum)[2].
Culture
La densité de plantation minimale est de 6 500 ceps/ha, avec un écartement maximal des rangs de 1,60 m et un espacement des plants minimal de 0,95 m sur le rang[2].
Aucune obligation ne porte sur le mode de vendange, manuel ou mécanique[2].
Rendements
Les rendements sont de 55 hectolitres par hectare pour le rendement de base et 67 hectolitres par hectare pour le rendement butoir[2].
Vins
Volumes
Les données de production des années récentes, telles que publiées par le service des Douanes, sont[1] (un hectolitres = 100 litres = 133 bouteilles de 75 cl) :
| Année | touraine-noble-joué | ||
|---|---|---|---|
| superficie (ha) | production (hl) | rendement (hl/ha) | |
| 2017 | 36,05 | 1 359 | 37 |
| 2018 | 32,7 | 2 217 | 67 |
| 2019 | 33,4 | 1 358 | 40 |
| 2020 | 30,04 | 1 680 | 56 |
| 2021 | 36,5 | 739 | 20 |
| 2022 | 32,9 | 1 750 | 53 |
| 2023 | 34,6 | 1 886 | 55 |
| 2024 | 27,1 | 917 | 34 |
Type de vins
Pour obtenir ce vin rosé, la récolte est pressé à son arrivée au chai (une courte macération est autorisée). L'assemblage des trois cépages est obligatoire, le meunier devant rester majoritaire[2].
Le produit obtenu est un vin sec : il ne doit pas contenir plus de 4 grammes de sucre résiduel par litre. Selon le cahier des charges de l'appellation, le titre alcoométrique volumique est de 10,5 % volume au minimal et de 13 % volume au maximal[2].
Gastronomie

Le touraine noble-joué est un vin rosé à la robe pâle (œil de perdrix), auquel ses reflets argentés valent parfois le nom de vin gris ; son nez est fruité. C'est un vin sec à consommer jeune[35] (dans les deux à trois ans).
Le noble-joué se sert frais à l'apéritif, accompagne charcuterie, poissons et viandes blanches mais trouve aussi sa place en accompagnement de la cuisine nord-africaine[36].
Principaux producteurs
Six viticulteurs indépendants produisent en moyenne 1 700 hl/an de touraine-noble-joué[22].
- domaine Astraly, à Esvres ;
- Benoît Blondeau, à Saint-Avertin ;
- Rémi Cosson, à Esvres ;
- Antoine et Vincent Dupuy, à Esvres ;
- manoir de la Mazeraie, à Joué-lès-Tours ;
- Bernard et Michel Rousseau, à Esvres.
Notes et références
Notes
- Le code international d'écriture des cépages mentionne de signaler la couleur du raisin : B = blanc, N = noir, Rg = rouge, Rs = rose, G = gris. Cf. « 2de édition de la liste des descripteurs OIV – couleur de la baie » [PDF] (consulté le ), p. 41.
- ↑ Le nom d'un vin est un nom commun, donc ne prend pas une majuscule, cf. les références sur la façon d'orthographier les appellations d'origine.
- ↑ Sur l'Atlas de Trudaine (1745), le coteau de la rive gauche du Cher (à droite sur la carte) apparaît très largement planté de vignes.
Références
- « Open Data | Portail de la Direction Générale des Douanes et Droits Indirects », sur www.douane.gouv.fr (consulté le )
- « Cahier des charges de l'appellation d'origine contrôlée « Touraine Noble Joué » », homologué par le décret no 2011-651 du publié au JORF no 0135 du .
- Guy Rousseau, « Le Noble Joué », sur Centre généalogique de Touraine, (consulté le ).
- ↑
Jean-Mary Couderc, « Histoire et archéologie de la vigne dans les régions de la Loire moyenne : des origines à la fin du Moyen Âge », bulletin de la Société archéologique de Touraine, t. LIV, , p. 69 (ISSN 1153-2521, lire en ligne
).
- ↑ Pierre Audin, « Esvres au XIVe siècle d'après une charte de la abbaye de Cormery, 1338 », Le Val de l'Indre, no 22, , p. 17-18.
- ↑ Jules Catala, « Noble Joué : vers un millésime d'exception », La Nouvelle République, (lire en ligne).
- ↑ « À la santé de Louis XI », Le Monde, (lire en ligne
).
- ↑ Alexandre Métivier, « Joué-lès-Tours : avec Échappées en Loire, le touraine noble joué a pu se montrer », La Nouvelle République, (lire en ligne).
- ↑ Odart 1861, p. 60.
- ↑ Samuel Leturcq, « La viticulture médiévale et moderne », dans Élizabeth Zadora-Rio (dir.), Atlas Archéologique de Touraine : 53e Supplément à la Revue archéologique du Centre de la France, Tours, FERACF, (ISSN 1760-5709, lire en ligne [PDF]).
- ↑ Claude Croubois (dir.), L’Indre-et-Loire – La Touraine, des origines à nos jours, Saint-Jean-d’Angely, Bordessoules, coll. « L’histoire par les documents », , 470 p. (ISBN 2-9035-0409-1), p. 239.
- ↑ Odart 1861, p. 205.
- ↑ James Derouet, Histoire de la vigne en Touraine : 1830-1930, Chemillé-sur-Indrois, éditions Hugues de Chivré, , 255 p. (ISBN 978-2-9160-4356-2), p. 28.
- ↑ Robert Godeau, « Le phylloxéra »
[PDF], sur Mairie de Civray-en-Touraine (consulté le ).
- ↑ Samuel Leturcq et Adrien Lammoglia, « La viticulture en Touraine (Moyen Âge-XXe siècle). Dynamiques spatiales et commerciales du vignoble », Histoire & Sociétés rurales, vol. 50, no 2, , p. 64 (lire en ligne
).
- « AOC Touraine Noble Joué », sur toursvaldeloiregastronomie.fr (consulté le ).
- ↑ Gabriel Hanotaux (dir.), Égypte-France: Exposition française au Caire, Comité français des expositions, , 183 p., p. 125.
- ↑ « Vignes et vins en Indre-et-Loire (Les samedis des archives, atelier du samedi 18 octobre 2014) » [PDF], sur Archives départementales d'Indre-et-Loire (consulté le ), p. 5.
- ↑ François Garnotel, « La viticulture depuis la crise du phylloxéra à la fin du 19e s », dans Élizabeth Zadora-Rio (dir.), Atlas Archéologique de Touraine : 53e supplément à la Revue archéologique du Centre de la France, Tours, FERACF, (lire en ligne [PDF]).
- ↑ Régis Maury, « Les vignobles de la Touraine », Norois, no 95 ter, , p. 145 (DOI 10.3406/noroi.1977.3644).
- ↑ « AOC Touraine-noble-joué », sur Le guide Hachette des Vins (consulté le ).
- « Touraine-noble-joué », sur Vins du Val de Loire (consulté le ).
- ↑ « Décret du 19 avril 2001 relatif à l'appellation d'origine contrôlée « Touraine Noble Joué » », publié au JORF no 98 du .
- ↑ « Décret n° 2009-1253 du 16 octobre 2009 relatif aux appellations d'origine contrôlées « Touraine », « Coteaux du Vendômois », « Montlouis-sur-Loire », « Orléans-Cléry », « Touraine Noble Joué », « Valençay », « Orléans », « Cour-Cheverny » et « Jasnières » », publié au JORF no 0242 du .
- ↑ « Note n° 928 de la CRINAO Val de Loire - Centre – Demande de modification du cahier des charges de l'AOC « TOURAINE NOBLE JOUE » » [PDF], sur extranet.inao.gouv.fr, (consulté le ).
- ↑ « Noble Joué », sur ville-esvres.fr (consulté le ).
- ↑ Jean-Mary Couderc (dir.), Dictionnaire des communes de Touraine, Chambray-lès-Tours, CLD, , 967 p. (ISBN 2-8544-3136-7), p. 397.
- ↑ « Les climats du monde », sur le site de l'encyclopédie Larousse (consulté le ).
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- ↑ Agence Bailly-Leblanc et Thalweg Paysage, « Commune de Cormery - élaboration d'une aire de mise en valeur de l'architecture et du patrimoine - diagnostic AVAP - Partie 2 » [PDF], sur le site des services de l'État en Indre-et-Loire, (consulté le ), p. 158.
- ↑ Henri Galinié, « 29. Arnaison, Arnoison »
, sur Cépages de Loire, (consulté le ).
- ↑ Jules Guyot, Étude des vignobles de France : pour servir à l'enseignement mutuel de la viticulture et de la vinification françaises, t. II : Régions du Centre-Sud, de l'Est et de l'Ouest, Paris, Impr. impériale, , 739 p. (lire en ligne
), p. 646.
- ↑ André Jullien, Topographie de tous les vignobles connus, suivie d'une classification générale des vins, Paris, Mme Huzard : L. Colas, , 566 p. (BNF 30667644, lire en ligne
), p. 73.
- ↑ « Touraine-Noble-Joué », sur avis-vin.lefigaro.fr (consulté le ).
- ↑ [Collectif], Dictionnaire des vins de France, Hachette, coll. « Hachette Pratique », , 512 p. (ISBN 978-2-01-231058-2, lire en ligne).
Voir aussi
Bibliographie
- Alexandre-Pierre Odart, Manuel du vigneron : exposé de divers procédés de culture de la vigne et de vinification dans les vignobles les plus renommé, Paris, Librairie agricole de la Maison rustique, , 3e éd., 358 p. (lire en ligne
).
Liens externes
- « Décret n° 2011-651 du 8 juin 2011 relatif à l'appellation d'origine contrôlée « Touraine Noble Joué » » [PDF], sur vigneronsdelatouraine.com (consulté le ), avec le cahier des charges en annexe.
- « Les Foulées du Noble Joué », sur foulees-du-noble-joue.fr (association organisant la course)
Articles connexes
- Portail de l'Indre-et-Loire et de la Touraine
- Portail de la vigne et du vin
