Toutes à l'école

Toutes à l’école est une organisation non gouvernementale (ONG) française, association à but non lucratif loi de 1901, fondée en 2005 par l’ancienne journaliste Tina Kieffer. L’association a pour mission de scolariser des jeunes filles issues de milieux défavorisés, de la maternelle jusqu’à leur premier emploi, au sein de son campus Happy Chandara[1] au Cambodge, situé dans la commune de Prek Thmey, à quinze kilomètres de Phnom Penh.

En 2025, l’ONG emploie environ 350 salariés, majoritairement cambodgiens, et scolarise ou accompagne 1 700 jeunes filles de la maternelle à leur insertion professionnelle. L’association est contrôlée depuis 2011 par l’organisme indépendant Don en Confiance. Chaque année, 100 nouvelles élèves intègrent l’école. Le campus Happy Chandara présente, selon l’association, un taux de réussite de 100 % au brevet et au baccalauréat depuis sa première promotion de bachelières en 2018[2]. Les diplômées intègrent des universités cambodgiennes (ITC, Paragon, RUPP) et, pour certaines, des écoles d’ingénieurs à l’étranger[3] (INSA Lyon, IMT Mines Alès) ou des formations spécialisées (Ferrandi, Marangoni).

Historique

Contexte au Cambodge

Dans ce pays qui a perdu 90 % de ses intellectuels lors du génocide perpétré par les Khmers rouges[4], la moitié de la population cambodgienne a aujourd’hui moins de 30 ans. Le Cambodge reste confronté à une forte pauvreté structurelle : environ 17 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, et plus d’un tiers des enfants souffrent de malnutrition[5]. Lors de la création de l’école en 2006, de nombreuses familles sont contraintes de faire travailler leurs enfants ; les filles sont souvent les premières retirées de l’école. Les écoles publiques cambodgiennes, en sureffectif, ne fonctionnent qu’à temps partiel, et les disparités de genre sont particulièrement marquées dans les zones rurales. Dans ce contexte, Toutes à l’école propose un modèle éducatif gratuit visant à améliorer l’accès des filles à l’éducation[6].

Création de l’association

La fondatrice, Tina Kieffer[7], ancienne directrice de la rédaction du magazine Marie Claire, découvre le Cambodge en lors d’un voyage en famille. Elle y rencontre une jeune orpheline, Chandara, qu’elle adopte et qui devient son cinquième enfant. Face à la situation des jeunes Cambodgiennes issues de la pauvreté, souvent déscolarisées et parfois exposées à l’exploitation, elle fonde en 2005 l’association Toutes à l’école, l’éducation des filles étant selon elle un facteur de développement[8].

Pour financer la construction de l’école, Tina Kieffer lance en 2006 l’opération La Rose Marie Claire[9], une campagne de collecte de fonds destinée à la scolarisation des filles, et s’entoure de mécènes tels que L’Oréal, Caroll, Sephora, Monoprix. En 2019, elle publie Une déflagration d’amour[10] aux éditions Robert Laffont, récit retraçant la genèse de l’association[11].

Ouverture de l’école Happy Chandara

L’école Happy Chandara ouvre ses portes le dans la banlieue de Phnom Penh, nommée en hommage à la fille adoptive de la fondatrice[12]. La première promotion accueille des fillettes issues de milieux très défavorisés[13], dans une région rurale où les habitants vivent principalement de l’agriculture, de la pêche et de la cueillette du jasmin. En 2009, Tina Kieffer quitte le monde des médias pour se consacrer à l’association[14]. De 2011 à 2013, elle s’installe avec sa famille au Cambodge pour accompagner le développement de l’école[15].

Développement du campus

Après l’ouverture de l’école primaire, un collège, un lycée et un centre médico-social avec cabinet dentaire sont progressivement créés. En , les élèves de la première promotion obtiennent leur baccalauréat cambodgien[2] avec un taux de réussite de 100 %, alors que la moyenne nationale cambodgienne se situe alors autour de 67 %. Ce taux est maintenu chaque année depuis 2018[16]. En 2018 et 2021, deux foyers d’étudiantes post-bac sont ouverts à Phnom Penh. En 2025, une filière professionnalisante est développée en partenariat avec des écoles techniques et des ONG locales.

Le campus Happy Chandara

Infrastructures

Le campus Happy Chandara est situé dans la commune de Prek Thmey, à quinze kilomètres de Phnom Penh. Il regroupe :

• une maternelle bilingue khmer-anglais ;

• une école primaire ;

• un collège ;

• un lycée ;

• deux internats pour les élèves les plus fragiles ;

• un centre médico-social avec cabinet dentaire ;

• une ferme agroécologique ;

• deux gymnases ;

• une médiathèque ;

• une ludothèque ;

• deux foyers d’étudiantes post-baccalauréat.

Le campus accueille 1 300 élèves de la maternelle à la terminale. Chaque année, 100 nouvelles élèves, issues des familles dont le revenu est inférieur à 150 dollars par mois, sont sélectionnées après enquête sociale réalisée par les travailleurs sociaux du campus. Les bachelières sont ensuite hébergées dans deux foyers post-bac à Phnom Penh jusqu’à leur premier emploi, avec un accompagnement comprenant logement, suivi psychologique et soutien administratif.

Le sport est intégré au cursus de la maternelle à la terminale, notamment le football. Des tournois internes et inter-établissements sont organisés. Le campus a noué un partenariat avec la Fondation Decathlon pour ses programmes sportifs[17].

Programme éducatif

L’enseignement, entièrement gratuit, comprend le programme officiel du ministère de l’Éducation cambodgien, complété par des enseignements supplémentaires :

• bilinguisme khmer-anglais dès la maternelle ;

• apprentissage du français et du chinois dès le collège ;

• cours d’informatique, de coding et de sciences dans le cadre du programme Des Filles et des Sciences avec la Fondation L’Oréal;

• cours d’Ouverture Sur le Monde (OSM) couvrant l’éducation civique, l’écologie et le développement durable ;

• ateliers d’agroécologie et de recyclage.

Les cours d’Ouverture Sur le Monde[18], dispensés à raison de deux à trois heures par semaine du primaire au secondaire, sont conçus selon le cadre de l’éducation à la citoyenneté mondiale de l’UNESCO. Ils abordent les droits humains, l’égalité des genres, la santé publique, le développement durable, la justice sociale et l’entrepreneuriat.

En terminale, les lycéennes réalisent des projets d’innovation technologique (système de domotique, fours solaires, détecteurs d’humidité) et participent à des compétitions internationales telles que Technovation Girls. Des forums avec des entreprises partenaires et des stages sont organisés pour préparer l’orientation professionnelle des lycéennes.

Centre médico-social

Le campus dispose d’un centre médico-social comprenant un médecin, trois infirmières, une sage-femme, deux psychologues, un dentiste et une assistante dentaire. En 2024-2025, le centre a réalisé 1 873 consultations médicales. Des campagnes de dépistage (cancer du sein, cancer du col de l’utérus) et de prévention sont menées en partenariat avec d’autres ONG. Un espace de soutien psychologique est proposé aux élèves nécessitant un accompagnement.

Engagement environnemental

Selon Tina Kieffer, présidente-fondatrice de l’association : « Éduquer les filles, c’est aussi sauver la planète[19] ».

Le centre de permaculture[20] a été créé en 2016 pour devenir en 2024 une ferme agroécologique de 13 000 m2, qui comprend également une ferme à champignons. Elle est entretenue par 8 agriculteurs et 3 agronomes issus de la communauté villageoise et a produit 25 tonnes de fruits, légumes et champignons sans pesticides en 2025 pour les trois cantines du campus, qui servent 2 000 repas par jour. La ferme a été reconnue par l’UNESCO en 2025 dans le cadre de la Décennie internationale des sciences au service du développement durable (IDSSD).

En 2023, un programme de végétalisation de l’ensemble des bâtiments et espaces extérieurs est lancé. En , le ministère de l’Environnement cambodgien a décerné au campus une éco-certification officielle. Cette végétalisation a contribué au maintien des cours pendant la canicule du printemps 2024, en réduisant la température dans les salles de classe de 4 à 5 °C, alors que les écoles publiques cambodgiennes ont dû fermer leurs portes. Une délégation des pays du Mékong (Vietnam, Thaïlande, Laos) ainsi que des représentants du ministère de l’Environnement cambodgien ont par la suite visité le campus.

En 2023, le campus s’est doté d’une Green Team composée d’agronomes, d’anciennes élèves et de stagiaires issus d’écoles d’ingénieurs cambodgiennes et françaises. Des éco-délégués sont élus dans chaque classe. Les élèves participent à des initiatives de recyclage et de gestion des déchets, notamment en collaboration avec l’organisation COMPED en .

Aide à la communauté

Plusieurs programmes du campus soutiennent les parents d’élèves et la communauté du village de Prek Thmey :

• distribution de paniers alimentaires à plus de 1 000 familles en échange de collecte de déchets plastique ;

• reconstruction de maisons vétustes de parents d’élèves ;

• cours du samedi ouverts aux garçons de la communauté (mathématiques, littérature khmère, sciences) ;

• bibliobus itinérant dans le village ;

• projections de films éducatifs dans les pagodes locales ;

• interventions dans les écoles publiques sur l’hygiène et l’environnement.

Financement

Le financement de l’association repose sur deux sources principales : 40 % des ressources proviennent de particuliers[21], principalement via le parrainage individuel[22], et 60 % du mécénat d’entreprise[23]. L’association mobilise environ six millions d’euros par an.

Le parrainage individuel peut couvrir la scolarité d’une élève de la maternelle jusqu’à son premier emploi. Deux formules sont proposées : un don mensuel de 39 € pour le parrainage d’une élève identifiée, ou un don mensuel de 20 € pour le soutien général de l’école. Tous les fonds sont mutualisés afin d’assurer une prise en charge égale pour l’ensemble des élèves.

Les comptes de l’association, contrôlés par des commissaires aux comptes, sont publiés chaque année. L’association est contrôlée depuis 2011 par l’organisme indépendant Don en Confiance.

Principaux mécènes

Entreprises : L’Oréal, Sephora, Clarins, Caroll, Tribee.

Fondations : Fondation AD Education, Fondation Stop Hunger, Fondation Albatros, Fondation RAJA-Danièle Marcovici, Fondation Engie, Fondation Bel.

Couverture médiatique

L’association a fait l’objet de reportages et d’articles dans plusieurs médias nationaux français.

  • Le Figaro Magazine lui consacre un reportage en [1].
  • TF1 couvre l’action de l’ONG en [24].
  • La Croix publie un article sur la fondatrice en 2019[8].
  • Marie Claire a consacré plusieurs articles à l'association[13].
  • L’Express[10] et Ouest-France ont également traité de l’activité de l’ONG.

Publications

  • Une déflagration d’amour, de Tina Kieffer, éditions Robert Laffont, 2019[25].
  • Les enfants du Cambodge / Children of Cambodia, de Grégory Herpe, éditions DashBook, 2025[26].

Notes et références

  1. Sarah Caron, « «Nous leur apprenons à débattre, réfléchir, critiquer, s'indigner et construire»: au Cambodge, l'école de l'espoir », sur Le Figaro, (consulté le )
  2. « Première promotion de bachelières pour Toutes à l’école », sur lepetitjournal.com (consulté le )
  3. ↑ « Cambodge : avec l'association "Toutes à l'école", les petites filles deviennent ingénieures | TF1 Info », sur www.tf1info.fr, (consulté le )
  4. ↑ « Cambodge : le régime génocidaire des Khmers rouges entre 1975 et 1979 | INA », sur ina.fr (consulté le )
  5. ↑ (en) « An analysis of the situation of children and adolescents in Cambodia 2023 | UNICEF Cambodia », sur www.unicef.org, (consulté le )
  6. ↑ « Happy Chandara, l’école de l’espoir au Cambodge qui émancipe les filles », sur Marie Claire, (consulté le )
  7. ↑ Morgane Miel, « Tina Kieffer : liberté, féminité, solidarité », sur Madame Figaro, (consulté le )
  8. La-Croix.com, « Tina Kieffer, pour Chandara et les autres », sur La Croix, (consulté le )
  9. ↑ « Les petites filles cambodgiennes à l'école grâce à La Rose Marie Claire! », sur Marie Claire, (consulté le )
  10. « Tina Kieffer : "la puissance maternelle peut faire déplacer des montagnes" », sur L'Express, (consulté le )
  11. ↑ « Notre revue CONFETTIS Volume 19 est arrivé ! », sur Les Confettis, (consulté le )
  12. ↑ Audrey Vandeputte, « Toutes à l’école : Le Projet d’une vie », sur Maximag.fr, (consulté le )
  13. « Toutes à l'école : devenir une femme libre », sur Marie Claire, (consulté le )
  14. ↑ Morgane Miel, « Tina Kieffer, de la presse féminine à l'éducation des jeunes filles au Cambodge », sur Madame Figaro, (consulté le )
  15. ↑ « Cambodge : l'école de tous les possibles », sur Marie Claire, (consulté le )
  16. ↑ « Toutes à l'école : le bac pour changer de vie | TF1 Info », sur www.tf1info.fr, (consulté le )
  17. ↑ Christophe Gargiulo, « Decathlon & Solidarité : Le bonheur est dans le sport avec Happy Chandara », sur Cambodgemag, (consulté le )
  18. ↑ « Tina Kieffer, fondatrice de l’association « Toutes à l’École » », sur Holidermie (consulté le )
  19. ↑ « Toutes à l'école : le pouvoir de l'éducation | TF1 Info », sur www.tf1info.fr, (consulté le )
  20. ↑ « Au Cambodge l’association Toutes à l'école passe au vert », sur lepetitjournal.com (consulté le )
  21. ↑ Jane Roussel, « Toutes à l'école récolte des dons pour scolariser les enfants », sur www.journaldesfemmes.fr, (consulté le )
  22. ↑ « Scolarisation au Cambodge : comment parrainer une petite fille défavorisée ? », sur RTL.fr, (consulté le )
  23. ↑ dianelefebure, « L'ARRONDI chez Sephora : des centaines de petites filles scolarisées grâce à vous ! », sur microDON, (consulté le )
  24. ↑ [vidéo] « Cambodge : toutes à l’école, le pouvoir de l'éducation|TF1 INFO », TF1 INFO,‎ , 4:7 min (consulté le )
  25. ↑ « UNE DÉFLAGRATION D’AMOUR, TOUTES À L’ÉCOLE DE TINA KIEFFER », sur Unidivers, (consulté le )
  26. ↑ « Les enfants du Cambodge - Gregory Herpe - DashBook », sur dashbook.fr (consulté le )
  • icône décorative Portail de l’éducation
  • icône décorative Portail des associations
  • icône décorative Portail de la France