Tribunal de l'application des peines (Belgique)

Le tribunal de l'application des peines (TAP, Strafuitvoeringsrechtbank ou SURB en néerlandais) existe en Belgique depuis le .
Il existe un TAP par ressort de Cour d'appel (Liège, Mons, Anvers, Gand et Bruxelles). Chaque TAP peut cependant être constitué de plusieurs chambres, sachant qu'il y aura toujours au moins deux chambres pour le ressort de la Cour d'appel de Bruxelles (une francophone et une néerlandophone).
Les chambres du TAP se divisent en deux catégories : les chambres d'application des peines (s'occupant des modalités des peines) et les chambres de protections sociales (s'occupant des mesures de sûretés, notamment l'internement en cas de démence).
Chaque chambre est composée d'un président, magistrat professionnel nommé « Juge d'application des peines » (JAP) comme il en existe en France, et de deux assesseurs spécialisés, l'un en matière d'exécution des peines, l'autre en matière de réinsertion sociale.
Les décisions sont prises de manière collégiale, le JAP disposant cependant de compétences spécifiques à partir de 2008.
Création et compétences
La création du TAP est l'une des conséquences de l'affaire Dutroux qui a provoqué la réforme des services de police et de justice.
Avant 2007, le Ministre de la Justice était chargé de prendre l'essentiel des décisions relatives à l'exécution des peines de prison. Seule la libération conditionnelle faisait exception, celle-ci relevant de la compétence des Commissions de libération conditionnelle composées de manière similaire aux futurs TAP. Concrètement, c'est son administration, via le Service des cas individuels (SCI) relevant de la Direction Générale de l'Administration Pénitentiaire (DGEPI), qui était chargé de prendre ces décisions.
Depuis le , les compétences quant à l'octroi des mesures d'aménagement des peines privatives de liberté sont réparties différemment entre les TAP et le Ministre de la Justice.
Le tribunal d'application des peines est compétent pour l'octroi ou non de :
- la surveillance électronique, outil par lequel un détenu est autorisé à exécuter sa peine en dehors de l'établissement pénitentiaire mais reste soumis à un contrôle exercé par des moyens électroniques (actuellement, un bracelet fixé à la cheville du détenu capable de détecter sa présence à son domicile)
- la détention limitée qui permet au détenu de sortir la journée (pour une durée maximale de 12 heures) avec obligation de réintégrer l'établissement pénitentiaire tous les soirs
- la libération conditionnelle qui permet au condamné de subir sa peine en dehors de la prison, moyennant le respect des conditions qui lui sont imposées pendant un délai d'épreuve déterminé
- la libération provisoire en vue de l'éloignement du territoire, ou pour raison médicale
- la commutation d'une peine de prison en peine de travail
Il est également compétent pour gérer la « mise à disposition » (peine complémentaire d'une durée de 5 à 15 ans, applicable à l’égard des personnes ayant commis certains faits graves portant atteinte à l’intégrité des personnes), soit par une privation de liberté, soit par une mise en liberté sous surveillance[1].
Les mécanismes suivants restent du ressort du Ministre de la Justice:
- la permission de sortie pour raison familiale ou sociale, d'une durée de 16 heures maximum, qui pourra être accordée à tout moment de la détention
- le congé pénitentiaire pour aider la réinsertion, d'une durée de trois fois 36 heures par trimestre (le détenu passe donc une nuit en dehors de l'établissement pénitentiaire, partant le matin pour rentrer le lendemain soir)
- l'interruption de l'exécution de la peine qui suspend l'exécution de la peine pendant une durée de trois mois maximum, renouvelable, et peut être accordée pour des motifs graves et exceptionnels à caractère familial
Un ministère public spécialisé veille à la bonne exécution des mesures décidées par le tribunal d'application des peines, et peut introduire des demandes de suspension ou de révocation de ces mesures.
Contestation quant à la place des victimes
La place des victimes y est reconnue puisqu'elles (ou leurs représentants) peuvent partiellement assister à l'audience mais reste encore largement améliorable puisqu'elles ne peuvent participer aux débats ni avoir copie de pièces. Cette disposition légale belge (existant aussi en France) ne donne pas aux victimes le véritable droit de participation active à la procédure qui leur est reconnu ailleurs, à la Cour Pénale Internationale par exemple.
En 2019, Laëtitia Delhez et le papa de Julie Lejeune, victimes dans l'affaire Dutroux, dénoncent dans La Dernière heure, par une lettre de l'avocat Georges-Henri Beauthier, le manque de considération accordé aux victimes au TAP car outre l’impossibilité de prendre connaissance du dossier avant l’audience et d’assister à l’entièreté de celle-ci, les victimes ne disposent d’aucun recours[2].
En 2021, les parents de Mélissa Russo, autre victime de Marc Dutroux, Michelle Martin et Michel Lelièvre, et leur conseil feront remarquer combien cette situation est discriminante pour les victimes, donnant à penser qu'elles sont incapables « de discerner ce qui est du registre de l’émotion pure (douleur, chagrin, colère, haine) et de raisonner par rapport à l’attitude du condamné et au risque qu’il représenterait s’il était libéré », 17 ans après le verdict. Ils rappelleront qu'« un débat contradictoire incluant les victimes peut en outre s’avérer plus propice à une justice restauratrice si toutes les parties participent ensemble activement à la résolution des problèmes découlant de l’infraction. »[3].
Références
- ↑ « Mise à disposition », sur justice.belgium.be, (consulté le ).
- ↑ « Affaire Dutroux: Laetitia Delhez et Jean-Denis Lejeune dénoncent le manque de considération pour les victimes », Le Vif/L'Express, Haren (Bruxelles), Roularta, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Patricia van der Smissen, avocate, Carine Russo et Gino Russo, « Carte blanche: « Mettre victimes et condamnés sur pied d’égalité dans la procédure pénale devant le TAP » », Le Soir, Bruxelles, Groupe Rossel, (lire en ligne, consulté le ).
La matière est régie par les deux lois du publiée au Moniteur belge du :
- loi relative au statut juridique externe des personnes condamnées à une peine privative de liberté et aux droits reconnus à la victime dans le cadre des modalités d'exécution de la peine
- loi instaurant des tribunaux de l'application des peines
Et leurs arrêtés d'exécution.
Liens internes
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