Tuerie de Liège de 2011

Tuerie de Liège de 2011
Image illustrative de l’article Tuerie de Liège de 2011
Plate-forme d'où a opéré le tueur, et où il a été retrouvé mort.

Localisation Place Saint-Lambert, Liège
Drapeau de la Belgique Belgique
Cible Civils
Coordonnées 50° 38′ 42″ nord, 5° 34′ 23″ est
Date
Vers 12 h 33 - 12 h 40
Type Tuerie de masse, Fusillade de masse, Meurtre-suicide
Armes Fusil d'assaut FN FAL
Grenades
Revolver Smith & Wesson (suicide)
Morts 7 morts (6 sur la place Saint-Lambert, y compris l'auteur des faits ; et une victime avant la fusillade)
Blessés 147
Auteurs Nordine Amrani

La tuerie de Liège de 2011 s'est déroulée le sur la place Saint-Lambert, au centre de la ville belge de Liège, aux abords du marché de Noël. Vers 12h33[1], Nordine Amrani, un homme de 33 ans, lance plusieurs grenades sur la foule puis ouvre le feu avec un fusil d'assaut FN FAL. Il se suicide ensuite sur place avec un revolver Smith & Wesson 41 Magnum à 12h40[1].

Le bilan fait état de six victimes mortelles parmi les personnes présentes sur la place et tuées juste avant. Amrani lui-même met fin à ses jours. La tuerie fera 147 blessés[2].

L'attaque provoque des scènes de panique dans le centre-ville, rapidement suivies d'une vive émotion nationale. Les autorités royales et gouvernementales se rendent sur place et de nombreux messages de soutien émanent de personnalités belges et internationales.

Déroulement

Meurtre d’Antonietta Racano

Nordine Amrani quitte son domicile, résidence Belvédère, proche du centre de Liège, dans la matinée, muni d'un sac à dos contenant les armes et les munitions qu'il utilisera plus tard.

Il se rend d’abord dans son hangar situé rue Bonne Nouvelle, quartier Saint-Léonard. Vers 11h45[3], Amrani contacte Antonietta Racano, une femme de ménage de 45 ans, qui travaille ce matin-là chez un voisin. Il lui propose un travail de nettoyage dans son hangar[4].

Antonietta Racano accepte et le suit dans le bâtiment. Une fois à l’intérieur, Amrani l’exécute d’une seule balle dans la tête, à bout portant[5]. Il abandonne le corps sur place et quitte les lieux en voiture. Le corps ne sera découvert que le soir du , lors d'une perquisition[3].

La tuerie

Vue d'un des lieux de la tuerie, vu depuis la plateforme où se trouvait le tueur, et où il a été retrouvé mort après la tuerie.

Nordine Amrani arrive sur la place Saint-Lambert en voiture et gare son véhicule dans le parking souterrain de la place, juste à côté de la boulangerie « Le Point Chaud ». La place centrale de la ville concentre de nombreux commerces, administrations et arrêts de bus, fort fréquentés à cette heure, particulièrement par de jeunes étudiants en période d'examens. Le tueur, qui réside non loin de là, prend position sur une plate-forme surplombant la place et plus particulièrement une série d'abribus.

Vers 12h33, Amrani, positionné sur la terrasse, sort 3 grenades de son sac et les lance en direction des abribus et de la foule en contrebas ; les explosions se produisent presque simultanément. Immédiatement après les explosions, il sort son fusil d'assaut FN FAL et vide son chargeur en direction de la foule dans l'objectif de cibler le plus de personnes possible[1].

Vers 12h40, Amrani est blessé en tentant de lancer une quatrième grenade. Acculé, il saisit son revolver Smith & Wesson .41 Magnum et se suicide d'une balle dans la tête sur place[6].

Pendant plusieurs heures, la rumeur publique fait état d'un nombre indéterminé de tireurs ce qui crée une confusion qui gagne de larges parties de la ville[7]. Des scènes de panique et de mouvements de foules se multiplient ; les forces de l'ordre et les forces spéciales – déployées en nombre, tant en civil qu'en uniforme – enjoignent alors aux passants de s'abriter dans les commerces et de ne pas en sortir. De la même manière, les écoles du centre-ville et le Palais de Justice ferment leurs portes afin que personne ne sorte, alors que les transports en commun sont détournés du centre-ville dont un large périmètre est interdit d'accès par la police. Les réseaux de téléphonie mobile sont saturés tandis que les réseaux sociaux se répandent en nouvelles contradictoires[8]. La situation ne rentre dans l'ordre qu'en fin d'après-midi mais les abords de la place Saint-Lambert demeurent inaccessibles jusqu'en soirée pour les besoins de l'enquête.

Arrêts de bus cible du tueur.

Victimes

Le bilan ne cesse de s'alourdir au fil des heures pour atteindre le nombre de 6 morts[8], parmi lesquels de nombreux étudiants, de retour d'examens. Ces victimes sont atteintes de diverses manières allant de coupures occasionnées par les débris d'abribus, aux troubles respiratoires causés par l'explosion, aux lésions causées par les éclats de grenades ou aux blessures par balles. Un poste médical avancé est installé dans la cour du Palais de Justice tandis qu'un ballet d'ambulances répartit les blessés dans plusieurs hôpitaux de la région, mobilisés dans le cadre du plan MASH[9]. Parmi les victimes décédées, Gabriel Leblond, un garçonnet de 17 mois[10], un élève de 15 ans, Mehdi Nathan Belhadj, et un autre de 17 ans, Pierre Gérouville[11]. Cinq personnes sont gravement atteintes — plusieurs pronostics vitaux étant engagés — dont une dame âgée de 75 ans[12], Claudette Deremier (veuve Putzeys, ancienne professeur et directrice de l'ECCSA), qui décède le lendemain[13], et un jeune homme de 20 ans opéré à la tête[12], Laurent Kremer, qui décède le [14].

Ce n'est qu'en soirée, au cours de l'enquête, que les forces de l'ordre découvrent dans le hangar appartenant à Nordine Amrani le corps sans vie d'Antonietta Racano, une dame de 45 ans exécutée d'une balle dans la tête environ trois quarts d'heure avant la tuerie[15].

Six mois plus tard, le , la mère de Nathan Belhadj, Linda Pottier, met fin à ses jours[16].

Le tueur

Nordine Amrani, né le à Ixelles (Bruxelles), était un Belge francophone d’origine marocaine âgé de 33 ans au moment des faits. Orphelin très jeune, il a grandi dans des conditions difficiles et a rapidement été livré à lui-même, ce qui l’a conduit dès son adolescence à multiplier les démêlés avec la justice[17]. Connu des services de police comme un délinquant récidiviste, il a eu affaire aux tribunaux à plus d’une vingtaine de reprises, pour des faits de stupéfiants, de détention d’armes, de recel et des faits de mœurs[18].

De profession soudeur, Amrani exerçait dans un atelier de ferronnerie qu’il louait rue Bonne Nouvelle, dans le quartier Saint-Léonard à Liège, où il résidait également. Passionné d’armes à feu depuis longtemps, il était considéré comme un véritable expert : capable de démonter, réparer, assembler et même fabriquer des silencieux pour toutes sortes d’armes[19]. Cette expertise s’est révélée au grand jour en lors d’une perquisition : dans son hangar et son domicile, les enquêteurs ont découvert près de 2 800 plants de cannabis, une dizaine d’armes complètes (dont un lance-roquettes Law, un AK-47, un fusil de sniper, un FN FAL…) ainsi que 9 500 pièces détachées. En , le tribunal correctionnel de Liège l’a condamné à 58 mois de prison ferme, à une amende de 11 000 euros et à des confiscations pour un montant total de 76 500 euros, pour culture de stupéfiants et possession d’armes de guerre dans le cadre d’une association de malfaiteurs. En appel, il a été acquitté des charges liées à la détention d’armes (il disposait de permis à l’époque) et sa peine a été ajustée sur les faits de stupéfiants. Il a bénéficié d’une libération conditionnelle en , après avoir purgé environ les deux tiers de sa peine, malgré un avis défavorable du parquet et de la direction de la prison[20].

Amrani vivait en couple avec Marie-Hélène. La veille de la tuerie, le , il lui avait effectué un virement bancaire accompagné du message « Je t’aime mon amour. Bonne chance ! »[21]. Le matin du , il était convoqué par la police pour une affaire de mœurs. Selon son ancien avocat, Abdelhadi Amrani, il se sentait harcelé par les autorités et craignait un retour en prison ; il l’avait contacté à deux reprises la veille et le matin même[22].

Rien dans son profil ne l’avait jamais relié à un quelconque réseau terroriste ou à une idéologie extrémiste. Les procureurs ont indiqué qu’aucun signe d’instabilité mentale n’avait été relevé dans ses procédures antérieures. Il entretenait cependant des liens avec le grand banditisme, notamment avec Giuseppe « Pepe » Rosato, rencontré en prison vers 2007 et avec qui il avait maintenu des contacts réguliers[23]. Ces éléments composent le portrait d’un homme isolé, récidiviste et expert en armement, dont le geste du reste sans message explicite ni revendication claire.

Réactions et commentaires officiels

Les réactions officielles sont nombreuses et diverses personnalités politiques belges se déplacent à Liège le jour même du drame. Outre le roi Albert II et son épouse Paola, une délégation du nouveau gouvernement belge se déplace dans la cité Ardente en fin d'après-midi, conduite par le Premier ministre belge Elio Di Rupo, accompagné des ministres Joëlle Milquet et Annemie Turtelboom. Le Ministre-Président de la Région wallonne et de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Rudy Demotte, est également présent au côté du gouverneur de la Province de Liège, Michel Foret et du bourgmestre de la Ville de Liège, Willy Demeyer[24].

De l'étranger, l'État belge reçoit les condoléances à l'attention des familles des victimes de l'attentat de la part du Premier ministre britannique David Cameron et du président de l'Eurogroupe, et également premier ministre du Grand-Duché du Luxembourg, Jean-Claude Juncker[25]. Du côté des institutions européennes, le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy se dit « complètement bouleversé par les meurtres atroces », le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, « choqué et profondément attristé » tandis que le président du parlement européen, Jerzy Buzek dit être quant à lui « profondément consterné »[24].

Le Grand-Duc Henri de Luxembourg et son épouse transmettent pour leur part au couple royal belge leur « grande émotion » et associent le peuple luxembourgeois aux « sentiments de profonde sympathie et de compassion très émue »[24].

En France, le chanteur Damien Saez a écrit une chanson intitulée Ami de Liège en mémoire des victimes de la tuerie. Elle fait partie de son triple album Messina sorti le et se situe sur la septième plage du troisième disque.

« Plus jamais ça ! », 3 jours plus tard.

Notes et références

  1. « Il y a 5 ans, Nordine Amrani faisait 6 morts et 130 blessés dans la tuerie de Liège - RTBF Actus », sur RTBF (consulté le )
  2. (en) The Brussels Times, « Nearly 13 years later, relatives of shooting victim move to Appeal Court », sur www.brusselstimes.com (consulté le )
  3. Jean-Michel Crespin, « Pourquoi Amrani a-t-il tué Antonietta ? », sur DHnet, (consulté le )
  4. « Tuerie à Liège: Antonietta, exécutée dans un hangar sordide », sur RTL Info, (consulté le )
  5. BELGA, « Liège: autopsie du corps de la femme d'ouvrage », sur La Libre.be, (consulté le )
  6. « Cela s’est passé un 13 décembre 2011 : «Un tireur fou tue et sème la panique à Liège» », sur Le Soir, (consulté le )
  7. « Tuerie à Liège: les nombreuses rumeurs qui ont provoqué la confusion », sur lameuse.be, La Meuse, (consulté le ).
  8. « Le bilan passe à 6 morts et pourrait encore s'alourdir », sur La Libre Belgique, La Libre, (consulté le ).
  9. « Tuerie à Liège: le bilan des victimes passe à 5 », sur rtl.be, RTL Info, (consulté le ).
  10. « Fusillade de Liège: le bébé de 17 mois est décédé, la dame de 75 ans toujours en vie », sur lameuse.be, La Meuse, (consulté le ).
  11. « Le bilan aurait pu être plus lourd: Amrani avait encore des grenades et des chargeurs sur lui », sur lameuse.be, La Meuse, (consulté le ).
  12. Joël Matriche, Philipe Boudeux, G.D et Belga, « Liège : 5 morts et 5 personnes dans un état critique »(Archive.orgWikiwixGoogle • Que faire ?), sur lesoir.be, Le Soir, (consulté le ).
  13. Pierre Bouillon et Martine Vandemeulebroucke, « Liège : la dame de 75 ans est décédée »(Archive.orgWikiwixGoogle • Que faire ?), sur lesoir.be, Le Soir, (consulté le ).
  14. P. Scheffers, « Tuerie de Liège: décès de Laurent Kremer, 6e victime de Nordine Amrani », sur rtbf.be, RTBF, (consulté le ).
  15. « Pourquoi Amrani a-t-il tué Antonietta ? »(Archive.orgWikiwixGoogle • Que faire ?), sur dhnet.be, La DH, (consulté le ).
  16. « Amrani a tué une nouvelle fois », sur La Libre Belgique, La Libre, (consulté le ).
  17. (en-GB) « Profile: Liege mass killer Nordine Amrani », BBC News,‎ (lire en ligne, consulté le )
  18. Gilbert Dupont, « Amrani, un Liégeois d'adoption mais avant tout Bruxellois », sur DHnet, (consulté le )
  19. « L'auteur des attaques à Liège, un expert en armes, connu de la Justice - RTBF Actus », sur RTBF (consulté le )
  20. Belga, « TC Liège: 58 mois pour 9.500 pièces d'armes et culture de cannabis », sur lavenir.net, (consulté le )
  21. « Nordine Amrani, itinéraire flou d'un tueur fou », sur parismatch.com, (consulté le )
  22. « Tuerie à Liège: Amrani était "inquiet" de retourner en prison », sur RTL Info, (consulté le )
  23. « Tuerie à Liège: Nordine Amrani en lien avec le grand banditisme - RTBF Actus », sur RTBF (consulté le )
  24. « Visite royale et réactions politiques », sur La Libre Belgique, La Libre, (consulté le ).
  25. « Di Rupo a reçu les condoléances de Cameron et Junker », sur La Libre Belgique, La Libre, (consulté le ).

Voir aussi

Documentaire télévisé

  • « En plein cœur » le et puis « Liège, une tuerie annoncée » le dans Devoir d'enquête sur la Une (RTBF).

"Mécanique du crime" de la série "Investigation" diffusé sur Auvio depuis le 13/12/2023

Articles connexes

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