Tumeur dormante
Cellules cancéreuses dormantes
Une tumeur dormante est une tumeur maligne qui ne se développe pas ou très lentement, mais qui peut se remettre à proliférer des années plus tard. Il s'agit en fait généralement de cellules tumorales métastatiques mais en petit nombre et dormantes, dont le « réveil » créera de nouvelles tumeurs malignes.
Environ un tiers des femmes dont le cancer du sein semble guéri le voient réapparaître après plusieurs années, voire plusieurs décennies. De nombreux autres cancers (dont ceux de la prostate, du poumon et du côlon[1]) récidivent dans les années qui suivent un traitement initial, certains à un rythme beaucoup plus rapide que la première fois[2]. Une partie au moins de ces récidives est due à la présence de cellules cancéreuses dormantes, qui échappent au traitement initial et migrent vers d'autres parties du corps. Au lieu de se multiplier immédiatement pour former des tumeurs — comme c'est généralement le cas pour les cancers métastatiques, où les cellules se propagent à partir de la tumeur principale —, les cellules dormantes restent inactives. Elles sont cachées du système immunitaire et ne se divisent pas activement. Plus tard elles peuvent se réactiver et donner naissance à des tumeurs[1].
Histoire
L'existence de cellules tumorales dormantes est proposée comme une explication de certaines récidives de cancer dès 1934[3] mais la notion de dormance reste inacceptée pendant des décennies[2]. Au XXIe siècle, différents marqueurs cellulaires permettent aux chercheurs d'identifier des cellules tumorales dormantes dans de nombreuses parties du corps. Ces marqueurs permettent de déterminer non seulement si les cellules se développent et se divisent, mais aussi leur origine et, par conséquent, le type de cancer auquel elles sont associées[4].
Origine et réveil
Les cellules dormantes quittent la tumeur primaire très tôt dans l'évolution d'un cancer, souvent même avant que la maladie ne soit diagnostiquée[5]. Les mécanismes et les raisons de ce détachement restent encore mal compris, mais après seulement quelques minutes de circulation sanguine, ces cellules quittent le système circulatoire et se concentrent dans certaines parties du corps, comme la moelle osseuse et les ganglions lymphatiques. Même dans ces niches, les cellules dormantes sont extrêmement rares, elles ne représentent qu'une infime partie des millions de cellules saines. Leur dormance les protège des traitements conventionnels, tels que la chimiothérapie, qui ciblent les cellules à division rapide. Comme les cellules souches, les cellules cancéreuses dormantes manifestent une surexpression de certains gènes, ce qui peut permettre de les identifier[2].
Quand certaines conditions sont réunies, les cellules dormantes recommencent à se diviser et forment des tumeurs qui reproduisent toute la complexité de la tumeur d'origine. Les cellules cessent d'être dormantes quand leur environnement immunitaire est perturbé, notamment à la suite d'une blessure ou d'une maladie (lésions cellulaires, Covid-19, grippe) ; le vieillissement, la fibrose, le stress chronique ou certains choix de vie peuvent aussi contribuer à cette réactivation[2].
Notes et références
- (en) Tri Giang Phan et Peter I. Croucher, « The dormant cancer cell life cycle », Nature Reviews Cancer, vol. 20, , p. 398-411 (DOI 10.1038/s41568-020-0263-0).
- (en) Amanda Heidt, « Why cancer can come back years later — and how to stop it », Nature, vol. 649, no 8096, , p. 282-284 (DOI 10.1038/d41586-025-04149-3
).
- ↑ (en) Ruppert A. Willis, The Spread of Tumours in the Human Body, J. & A. Churchill, coll. « Monographs of the Baker Institute of Medical Research » (no 2), , p. i-x, 1-540 et 48 planches.
- ↑ (en) Emma Boydell, Maxime Borgeaud et Petros Tsantoulis, « Dormant Tumor Cells: Current Opportunities and Challenges in Clinical Practice », Onco, vol. 5, no 1, , p. 1-21, article no 3 (DOI 10.3390/onco5010003
).
- ↑ (en) David Páez, Melissa J. Labonte, Pierre Bohanes, Wu Zhang, Leonor Benhanim et al., « Cancer Dormancy: A Model of Early Dissemination and Late Cancer Recurrence », Clinical Cancer Research, vol. 18, no 3, , p. 645-653 (DOI 10.1158/1078-0432.CCR-11-2186
).
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