Un barbare en Asie
| Un barbare en Asie | |
| Auteur | Henri Michaux |
|---|---|
| Pays | |
| Genre | Carnet de voyage |
| Éditeur | Éditions Gallimard |
| Lieu de parution | Paris |
| Date de parution | 1933 |
| Nombre de pages | 235 |
Un barbare en Asie est un carnet de voyage écrit par Henri Michaux à l'occasion de son voyage en Asie en 1931, paru en 1933.
Résumé
Michaux y décrit ses impressions concernant les différents pays qu’il traverse, les habitants de ces différents pays, et leurs cultures propres. D'un œil bienveillant, mais sans concession, il décrit sur un ton humoristique les différences culturelles existant entre ces populations et celles d’Europe occidentale, et ce que les Européens pourraient, selon lui, apprendre de ces populations.
Parmi les pays évoqués se succèdent l’Inde, l’Indonésie, la Chine et le Japon. Dans sa préface de 1967, Henri Michaux estime que son livre est un échec puisque ces peuples asiatiques ont été occidentalisés avec les différentes révolutions qui ont changé les mœurs et qui ne permettent plus de rencontrer des peuples merveilleux. De plus, il parle de l'erreur d'avoir évoqué ces peuples hors de leurs réalités, donc de les avoir idéalisés et essentialisés.
Le voyage comme double mise à distance
L'idée d'une communion impossible entre l'Occident et les mondes non-occidentaux est prégnante dans la littérature de la première moitié du XXe siècle. Dans Un barbare en Asie, Henri Michaux ne cherche pas tant à comprendre l’Orient qu’à en éprouver la distance. Son regard repose sur une série d’oppositions tranchées entre Europe et Asie, construites à coups de formules générales et de symétries simplificatrices. Il évoque ainsi l’« Hindou » ou l'« Indien » pour évoquer des traits de caractère ou des comportements. Les civilisations non occidentales sont perçues comme porteuses de traditions millénaires et uniformes. Une certaine nostalgie se dégage du voyageur qui se décrit comme barbare, inapte à franchir réellement la barrière entre deux univers culturels. Dans la perspective d'Edward Saïd, ce regard, sous couvert de valoriser l’altérité et ses traditions, reconduit en réalité une forme d’impérialisme en figeant l’autre dans une immuabilité qui le maintient à distance et en position subordonnée[1].
En se présentant comme barbare, Henri Michaux affirme aussi bien sa distance par rapport à sa culture d'origine que celles qu'il rencontre. Le voyage apparaît comme un processus d’appauvrissement et non d'enrichissement de soi. Ne revendiquant aucune forme de scientificité, le poète témoigne d'un enthousiasme naïf devant les scènes du quotidien, recueillant des impressions à la manière d'un moraliste. La citation de Bouddha qui clôt l'ouvrage invite à ne pas s'occuper des « façons de penser des autres » et de s'en tenir à sa propre intériorité. Henri Michaux s’approprie et détourne les catégories de Paul Valéry pour contester l’idée d’une supériorité ou d’une singularité européenne, en montrant que certains traits dits « européens » existent aussi en Asie. Son écriture, souvent polémique et ironique, ne se contente pas d’opposer Orient et Occident : elle déplace les repères, critique toute prétention civilisationnelle et révèle une méfiance croissante envers les hiérarchies culturelles. Le voyage devient ainsi le lieu d’un conflit intérieur entre un héritage intellectuel européen et une sensibilité plus instinctive, débouchant sur une forme de pessimisme et une éthique lucide, dégagée des illusions de supériorité[2].
Éditions
- Édition originale, 550 exemplaires numérotés et reliés d'après une maquette de Mario Prassinos, Éditions Gallimard, 1945.
- Troisième édition, revue et corrigée, Éditions Gallimard, collection L'Imaginaire no 164, 1986, (ISBN 978-2070706228)
Références
- ↑ Nicolas di Méo, « Entre fusion et choc des cultures : mondes non occidentaux dans la littérature française de la première moitié du XXe siècle », dans Jean-François Durand et Jean-Marie Seillan (dir.), Les nouveaux mondes coloniaux [ (Actes du colloque de l’Université de Nice, 10-12 mai 2010), Paris ; Pondicherry, Kailash, coll. « Les Cahiers du SIELEC », (lire en ligne).
- ↑ Alexandre, Didier, « Henri Michaux, le barbare », Revue d’Histoire Littéraire de La France, vol. 95, no 2, , p. 199-217 (ISSN 0035-2411, lire en ligne, consulté le ).
Voir aussi
Articles connexes
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