Urbain-René de Hercé
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| Biographie | ||||||||
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| Naissance | Mayenne (France) |
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| Décès | (à 69 ans) à Vannes |
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| Évêque de l'Église catholique | ||||||||
| Ordination épiscopale | par le card. Alexandre-Angélique de Talleyrand-Périgord | |||||||
| Dernier titre ou fonction | Évêque de Dol | |||||||
| Évêque de Dol | ||||||||
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Urbain-René de Hercé, né le à Mayenne, exécuté à Vannes le , est un ecclésiastique français, évêque de Dol, réfractaire au serment constitutionnel. Il est exécuté après le débarquement des émigrés à Quiberon auquel il a pris part.
Biographie
Origines et famille
Une noblesse ancienne et chrétienne
Urbain-René de Hercé naît le à Mayenne, dans une famille d'ancienne noblesse de la Mayenne[1], originaire de la Cour de Hercé, près de Gorron[1]. Les armoiries de la famille, d’azur à trois herses d’or, posées deux et une, évoquent une origine liée à l’agriculture, symbole de l’attachement de cette aristocratie à la terre et à la protection des campagnes[1].
La maison de Hercé, attestée depuis le XIIe siècle, fournit des militaires, des ecclésiastiques et des administrateurs[1]. Plusieurs de ses membres s’illustrent dans l’Église, notamment Jacques de Hercé, chanoine d’Angers au XVIe siècle, et René de Hercé, curé de Saint-Fraimbault-de-Prières[1].
Un mariage et une fratrie exceptionnels
Le , Jean VIII de Hercé (1698–1767), seigneur du Plessis, épouse Françoise (ou Renée) Tanquerel (1704–1780)[Note 1], fille de René Tanquerel, conseiller du Roi et procureur général de la barre ducale de Mayenne. Françoise, âgée de seulement quinze ans, donnera naissance à dix-neuf enfants, dont plusieurs marqueront l’histoire religieuse, militaire ou maritime[1] dont Jean-François-Simon de Hercé[Note 2].
Urbain-René est le cinquième enfant du couple[1]. Son parrain est son oncle maternel, René Tanquerel de Grand-Breil, avocat en parlement et juge civil et criminel, et sa marraine, sa tante maternelle, Catherine Le Pannetier[1]. Il doit son prénom « Urbain » à sa grand-mère maternelle, Marie-Urbaine Le Pannetier[1].
- Jean-Baptiste de Hercé (1699 - † ), seigneur du Plessis, marié en 1719 avec Françoise Tanquerel (fille de René Tanquerel, procureur général du duché de Mayenne). Ils eurent 18 enfants, dont :
- Jean René de Hercé (1720-1792), sieur de la Haie, seigneur du Plessis et du Coudray, marié le à François Urbaine Marie Billard de Lorière (fille de Armand Charles Billard de Lorière, juge criminel du duché de Mayenne), dont :
- Jean-Armand de Hercé (1759-1841), officier, député de la Mayenne, chevalier de l'Ordre de Saint-Louis.
- Urbain-René de Hercé (1726-1795), évêque de Dol de 1767 à 1790, exécuté à Vannes le 10 themidor an III (1795).
- François de Hercé, grand vicaire de l'Évêché de Dol, exécuté à Vannes le 10 themidor an III (1795).
- Jean-Baptiste de Hercé (1740-1784), vicaire général de Luçon
- Jean-François-Simon de Hercé (1743-1796) garde-marine à Brest en 1767, militaire et homme politique français, dont :
- Jean-François de Hercé (1776-1849), maire de Laval de (1814-1829), évêque de Nantes (1838]-1848).
- Lucie de Hercé, qui épouse en 1825 Guillaume-François d'Ozouville
- Louis de Hercé (1778), maire de Fougerolles-du-Plessis, puis de Mayenne (1815-1830), député de la Mayenne.
- Jean-François de Hercé (1776-1849), maire de Laval de (1814-1829), évêque de Nantes (1838]-1848).
- Julien-César de Hercé (1744-1811), vicaire général du diocèse de Nantes.
- Jean René de Hercé (1720-1792), sieur de la Haie, seigneur du Plessis et du Coudray, marié le à François Urbaine Marie Billard de Lorière (fille de Armand Charles Billard de Lorière, juge criminel du duché de Mayenne), dont :
Françoise Tanquerel, mère d’Urbain-René, est décrite comme une femme de grand mérite, de courage et de piété[1]. Malgré le nombre élevé de ses enfants, elle veille personnellement à leur éducation, à leurs prières et à leur instruction religieuse. Son influence est déterminante dans la vocation de plusieurs de ses enfants, dont Urbain-René[1]. Jean VIII de Hercé, bien que moins austère que son épouse, est un homme d’intelligence supérieure, lettré et spirituel[1]. Il veille à l’instruction de ses enfants et apporte une note de gaieté et d’esprit dans le foyer. Une anecdote célèbre illustre son humour et son sens de la famille : lors d’un dîner improvisé avec le duc d’Aiguillon, il explique que les quinze couverts sont pour ses douze enfants présents[1].
Éducation et formation
Mayenne et Paris : les années de formation
Urbain-René de Hercé effectue ses premières études au collège de Mayenne[2], alors dirigé par l’abbé Chabrun, ecclésiastique de grande valeur[1]. Ce collège, réputé pour la qualité de son enseignement, forme plusieurs figures marquantes du clergé et de la société mayennaise[1].
Dès l’âge de quatorze ans, il manifeste une vocation religieuse précoce[1]. Le , il reçoit la tonsure des mains de Charles Louis de Froulay, évêque du Mans[1]. Il part ensuite pour Paris, où il poursuit ses études, d’abord au collège Sainte-Barbe[2], puis à la Sorbonne. En 1744, il est pourvu de la chapellenie des Madré[2], desservie dans l'église Notre-Dame-des-Miracles de Mayenne, ce qui lui permet de financer ses études[1].
Doctorats et ordination
Le , il reçoit le sous-diaconat des mains de Charles Louis de Froulay, dans la chapelle du Palais épiscopal du Mans. Il retourne à Paris pour y obtenir ses grades : bachelier en droit le , licencié le de la même année, puis docteur en droit canonique et civil. Il est ordonné prêtre à la fin de 1751, à l’âge de 25 ans[1]. À 25 ans (en ), il rentre à Mayenne, prêtre[2], licencié en droit et docteur en théologie.
Carrière ecclésiastique avant l’épiscopat
Bénéfices et charges
De retour à Mayenne, Urbain-René de Hercé est titulaire de plusieurs bénéfices[1] :
- Prieuré de Saint-Nicolas-du-Grez (près de Sillé-le-Guillaume) : deux messes par semaine, revenus issus des dîmes et d’une ferme.
- Chapelle de Saint-Étienne du Cimetière-Dieu-de-Blèves : quatre messes par semaine, 500 livres de revenus.
- Prieuré de Saint-Barthélemy-de-l’Habit (près de ChaillandChailland)[2] : il fait reconstruire la chapelle à ses frais.
- Prieuré commendataire de Saint-Saturnin (diocèse d’Angers[2]), pourvue par Charles François de Froulay[2].
Ces bénéfices, bien que modestes, lui assurent une certaine indépendance financière et lui permettent de soutenir sa famille, notamment ses frères et sœurs[1]. En 1752, il permute son prieuré de Saint-Nicolas pour la cure de Montenay[2].
Vicaire général de Nantes
Charles Louis de Froulay refusa de l'incorporer au diocèse du Mans[2], mais le , Pierre Mauclerc de La Musanchère, évêque de Nantes, le nomme grand vicaire. Ce choix s’explique par la parenté entre les Hercé et les Mauclerc de la Muzanchère, mais aussi par ses qualités : intelligence, piété, zèle apostolique et talent de médiateur[1].
En pratique, Pierre Mauclerc de la Muzanchère se décharge sur lui de la plus grande charge de son administration[2]. Il lui obtient le l'abbaye Notre-Dame de Noyers, en Touraine[2]. Ce bénéfice lui apporte un certain bien-être[1]. Il en use pour soutenir ses frères et sœurs, notamment Julien-César, qu’il aide à poursuivre ses études de théologie[1].
Pendant 13 ans, il administre le diocèse de Nantes, marqué par les tensions entre l’évêque et le clergé janséniste. Il ramène le calme par sa douceur, sa science théologique et sa fermeté doctrinale. Son action est remarquée par le duc d’Aiguillon Emmanuel-Armand de Vignerot du Plessis, commandant en chef de Bretagne, qui le recommande à Louis XV pour un siège épiscopal[1].
Rôle politique et reconnaissance
États de Bretagne (1764–1765)
Urbain-René de Hercé représente l’évêque de Nantes aux États de Bretagne en 1766[2], où il se distingue par son mérite et sa diplomatie. Le duc d'Aiguillon Emmanuel-Armand de Vignerot du Plessis, remarque ses qualités, le chargee de négocier avec les opposants[2], et le recommande au roi pour un siège épiscopal[1].
Nomination à l’évêché de Dol
Alors qu'il est âgé de 41 ans, le , à la mort de Jean-François-Louis Dondel, évêque de Dol[2], Urbain-René de Hercé est désigné par Louis XV pour lui succéder[1]. L'évêché de Dol-de-Bretagne (traditionnellement appelé Bro-Zol en breton), aujourd'hui fusionné, avec celui de Saint-Malo, dans celui de Rennes, était l'un des neuf évêchés de Bretagne.
Le pape Clément XIII ratifie cette nomination par une bulle datée du . Il est consacré évêque le à Paris, dans l’Église Saint-Sulpice de Paris par le coadjuteur de Reims, Alexandre Angélique de Talleyrand-Périgord ( - ). Il est consacré en même temps que Louis-André de Grimaldi, évêque du Mans, et Jean de Dieu-Raymond de Boisgelin de Cucé, alors évêque de Lavaur[3].
Il choisit comme grand vicaire son frère François de Hercé, qui était curé de Martigné depuis le , et fait son entrée à Dol le , après être passé par Mayenne[2] où il assiste au décès de son père le . Son entrée solennelle à Dol est marquée par une grande simplicité et un refus des honneurs traditionnels, préférant une cérémonie religieuse et une rencontre directe avec son clergé et son peuple[1].
Arrivée à Dol et premières actions
Prise de possession et installation
Dès son installation, il se consacre à la connaissance approfondie de l’histoire de son diocèse et de ses saints patrons, notamment Saint Samson, fondateur de l’évêché de Dol. Il fait publier en 1769 le Lectionnaire de Dol ou Offices des saints du diocèse de Dol, un ouvrage destiné à imprégner son clergé de la spiritualité et de l’histoire bretonnes[1].
Réforme du clergé et du séminaire
Le Synode de 1771
Le premier grand acte de son épiscopat est la convocation d’un synode diocésain, tenu du 17 au au grand séminaire de Dol[1]. Ce synode rassemble les chanoines, les abbés, les prieurs et les recteurs du diocèse. L’ouverture est marquée par une messe solennelle du Saint-Esprit, suivie de la lecture et de la discussion des nouveaux statuts diocésains, qu’il a lui-même révisés pour les adapter aux besoins de l’époque[1].
Les statuts de 1771, plus clairs et plus adaptés que ceux de 1741, visent à renforcer la discipline ecclésiastique, la formation des prêtres et la vie spirituelle du clergé. Urbain-René de Hercé insiste sur la nécessité de la retraite annuelle pour les ecclésiastiques, qu’il rend obligatoire tous les deux ans, et sur l’importance de la formation théologique et morale[1].
Réforme du séminaire
Le séminaire de Dol, fondé en 1697, est en mauvais état à son arrivée. Il fait reconstruire les bâtiments et construire une nouvelle église, consacrée en 1781[1]. Il augmente la durée de la formation des séminaristes, passant de trois à sept mois par an, et impose des examens rigoureux avant l’ordination[1].
Il veille personnellement à la qualité de l’enseignement, choisissant les théologiens les plus sûrs et les professeurs les plus compétents. Il soutient financièrement les séminaristes pauvres et organise des retraites spirituelles pour les ordinands. Chaque année, il ordonne des centaines de prêtres, non seulement pour son diocèse, mais aussi pour les diocèses voisins, ce qui fait de Dol un centre de formation cléricale pour toute la Bretagne et une partie de l’Ouest de la France[1].
Visites pastorales et missions paroissiales
Visites des paroisses
Urbain-René de Hercé effectue régulièrement des visites pastorales dans les paroisses de son diocèse, souvent à pied ou à cheval, accompagné de son frère François et de son secrétaire[1]. Lors de ces visites, il confirme les fidèles, examine les registres paroissiaux, s’enquiert de la conduite des prêtres et de la vie spirituelle des communautés[1].
Il est particulièrement attentif aux pauvres, distribuant des aumônes et soutenant les curés les moins fortunés. Il s’attache à résoudre les conflits et à rétablir la paix dans les paroisses divisées, n’hésitant pas à reprendre avec fermeté les calomniateurs ou les perturbateurs[1].
Missions paroissiales
Il organise chaque année des missions paroissiales, qui durent trois à quatre semaines[1]. Ces missions, dirigées par des Eudistes et d’autres prêtres du diocèse, sont marquées par une grande solennité et une participation massive des fidèles. Le programme comprend des prédications, des dialogues sur les vérités de la foi, des confessions, des processions et des exercices spirituels[1].
Urbain-René de Hercé préside lui-même ces missions, prêchant, confessant et partageant la table avec les missionnaires. Il veille à ce que les exercices soient accessibles et édifiants, et finance souvent ces missions sur ses deniers personnels. En 1777, il constitue une somme de 3 000 livres pour les missions de Pleudihen, et en 1783, 2 400 livres pour celles de Lanmeur[1].
Défense de la foi et lutte contre les idées nouvelles
Prédication et enseignement
Urbain-René de Hercé est un prédicateur réputé, capable de s’élever à la hauteur des grands sujets et de toucher son auditoire par la simplicité et la force de ses paroles. Il dénonce avec vigueur les idées philosophiques de son temps, notamment celles de Voltaire et des encyclopédistes, qu’il considère comme une menace pour la foi et la morale[1].
Dans ses mandements et ses sermons, il appelle à la résistance contre l’impiété et le libertinage, et encourage ses fidèles à rester fidèles aux enseignements de l’Église. Il obtient du pape Pie VI une indulgence plénière pour les participants aux missions et les missionnaires[1].
Publication du Lectionnaire de Dol
Pour renforcer l’identité spirituelle de son diocèse, il publie en 1769–1770 le Lectionnaire de Dol, qui contient les offices des saints bretons, notamment ceux de Saint Samson, Saint Magloire et Saint Gilduin[1]. Cet ouvrage, rédigé avec l’aide de l’abbé Gilles Déric, son vicaire général, est conçu pour être utilisé conjointement avec le bréviaire romain. Il témoigne de son attachement à la tradition bretonne et de son souci de donner à son clergé des outils liturgiques adaptés[1].
Participation aux assemblées du clergé et aux États de Bretagne
Assemblées provinciales et générales du clergé
Urbain-René de Hercé participe activement aux assemblées provinciales de Tours et aux assemblées générales du clergé de France. Il y défend les intérêts spirituels et temporels de l’Église, s’opposant notamment au don gratuit de dix millions demandé par le roi en 1772, qu’il juge excessif et préjudiciable aux ressources du clergé[1].
En 1780, il est élu député de la province de Tours[2] à l'Assemblée générale du clergé, avec son frère François. Malgré des problèmes de santé, il y joue un rôle actif du au , notamment dans l’examen des comptes et la défense des droits du bas clergé[1].
États de Bretagne
En tant qu’évêque et comte de Dol, il siège aux États de Bretagne, où il défend les privilèges de son diocèse et s’engage pour le bien commun de la province. Il y manifeste la même rigueur, la même piété et le même sens du devoir que dans son ministère épiscopal[1]. Aux États de Bretagne, auxquels il assistait régulièrement, il montra une compétence remarquable dans les questions d'administration et d'économie politique[2], et délégué par ceux de son ordre en pour aller traiter devant le roi les questions qui intéressaient la Bretagne, il le fit avec une indépendance de caractère certaine. Pour la qualité de sa présidence des États de Bretagne de , le roi Louis XVI le récompensa par le don de l'Abbaye des Vaux en Ornois, au diocèse de Toul[2]. Louis XVI lui accorde en 1785 la commende de l'Abbaye des Vaux en Ornois, d’un revenu net d’environ 10 000 livres, qu’il utilise pour soutenir ses œuvres et son frère, l’abbé François de Hercé[1].
Vie intime et héritage
Un évêque proche de son peuple
Urbain-René de Hercé est décrit comme un homme de devoir, de règle et de grande piété. Il organise sa journée avec une précision minutieuse, consacrant chaque moment à ses obligations épiscopales, à la prière ou à l’étude[1]. Il est proche de son clergé et de ses fidèles, qu’il traite avec une grande bienveillance et une fermeté paternelle.
Il s’intéresse personnellement à l’éducation des jeunes, soutenant le collège de Dol et encourageant la fondation d’écoles paroissiales. Parmi ses élèves, on compte François-René de Chateaubriand, qui évoque avec nostalgie ses années au collège de Dol dans ses Mémoires d'outre-tombe[1].
Un héritage durable
Son épiscopat est marqué par une réforme profonde du clergé, une attention constante à la formation des prêtres et à la vie spirituelle des fidèles, et une résistance courageuse aux idées nouvelles qui menacent la foi. Il est respecté et vénéré bien au-delà de son diocèse, et son exemple influence durablement la vie religieuse en Bretagne[1].
Résidences et cadre de vie
Palais épiscopal de Dol
Situé à proximité de la cathédrale, le Palais épiscopal est construit vers 1750 pour remplacer l’ancien château-fort des évêques et comtes de Dol[1]. Bien que modeste, il permet à Urbain-René de Hercé de loger « avec décence, mais simplicité ». À son arrivée, il trouve les bâtiments en mauvais état et les travaux inachevés, avec une dette de 75 000 livres. Il négocie avec l’héritier de son prédécesseur pour réduire cette dette à 55 000 livres et supervise personnellement les réparations, tenant même un compte détaillé des matériaux et des journées de travail[1].
Château des Ormes
À deux lieues de Dol, dans la paroisse de Saint-Léonard (actuelle commune d’Epiniac), le manoir des Ormes offre un cadre plus sain et agréable, entouré d’étangs, de bois et d’un vaste parc[1]. Urbain-René de Hercé y fait construire un pavillon simple pour recevoir sa famille et ses amis, ainsi qu’une chapelle dédiée à la Sainte Vierge, bénie le . Il y passe les mois d’été, de Pâques à la Toussaint, tandis que le Palais épiscopal est sa résidence hivernale[1].
Vie quotidienne et habitudes
Une journée réglée
Urbain-René de Hercé mène une vie extrêmement organisée. Il se lève à 5h30 en hiver et à 4h en été, selon l’horaire du séminaire. Il s’habille seul, sans assistance, et commence sa journée par la messe, qu’il célèbre avec une grande piété[1]. Il ne dit jamais la messe le jeudi, pour une raison inconnue, mais il est rare qu’il y manque les autres jours[1]. Il jeûne jusqu’à midi et ne prend qu’une légère collation le soir. Sa sobriété est légendaire, tout comme sa mémoire exceptionnelle : il connaît par cœur l’Écriture Sainte, le Concile de Trente, la Formation du clerc de Tronson, l' Histoire ecclésiastique de Fleury, la Théologie de Tournely, et toutes les odes d’Horace[1].
Repas et réception
Tous les jours, sauf le mardi et le vendredi (consacrés à sa correspondance), il reçoit à dîner des prêtres, des séminaristes et des laïques. Il y a trois tables : la sienne, celle de son majordome pour les séminaristes et les laïques de condition ordinaire, et une troisième pour les domestiques. Les repas sont servis avec dignité, mais sans excès[1].
Pendant le repas, il est d’une grande gaieté et oriente la conversation vers des sujets scientifiques ou ecclésiastiques. Il ne tolère aucune familiarité excessive, mais accueille avec bienveillance tous ses invités. Après le repas, il se retire pour réciter ses vêpres, puis rejoint ses hôtes pour un moment de détente, souvent autour d’un billard[1].
Entourage et serviteurs
Il n’emploie que le strict nécessaire en serviteurs : un cocher, un cuisinier, un garde-chasse, un jardinier, un portier, une femme de service, deux valets de chambre et deux autres employés. Il leur verse des gages généreux, mais n’accorde jamais de gratifications supplémentaires. Il exige d’eux une conduite irréprochable et les congédie sans hésiter en cas de manquement[1].
Il est particulièrement attaché à son intendant, Jean Liger, qu’il considère comme un membre de sa famille. Liger, déjà au service de son père, gère les biens des Ormes et sert parfois de secrétaire. Urbain-René de Hercé baptise lui-même les enfants de Liger dans la chapelle du manoir[1].
Vie familiale et relations
Frère et sœur : François et Charlotte
Son frère, l’abbé François de Hercé, est son vicaire général et son plus proche collaborateur. Les deux frères ne font qu’un, et François est souvent la cible des critiques pour protéger Urbain[1]. Leur sœur, Françoise-Charlotte, élevée à l’école royale de Saint-Cyr, vit avec eux au Palais épiscopal. Bien que sa présence ait d’abord surpris les Dolois, elle devient rapidement « la bonne Charlotte », aimée pour sa piété et sa bienfaisance[1].
Réunions familiales
Tous les deux ans, lorsque les États de Bretagne ne siègent pas, la famille de Hercé se réunit aux Ormes pour y passer une partie de l’hiver. Ces réunions sont des moments de joie et de convivialité, où Urbain-René de Hercé se montre enjoué et plein d’esprit. Il rit « du tempérament », selon un ami de la famille[1].
Relations avec sa mère et sa famille élargie
Il entretient des liens étroits avec sa mère, Françoise Tanquerel, et ses nombreux frères et sœurs. À la mort de sa mère en 1775, il est profondément affecté et trouve réconfort dans la prière et les œuvres de charité. Il baptise lui-même le fils de son frère Jean-François de Hercé, futur évêque de Nantes, et accueille souvent ses neveux et nièces aux Ormes[1].
Charité et engagement social
Soutien aux pauvres
Urbain-René de Hercé crée le « bouillon des pauvres », confié aux religieuses de la Sagesse. Chaque jour, il goûte lui-même la soupe avant de la servir aux nécessiteux. Il rebâtit leur maison et leur donne 20 000 livres pour augmenter les rentes destinées aux pauvres. Il achète du lin, du chanvre et du coton, qu’il fait distribuer aux pauvres pour qu’ils les transforment en toile, qu’il rachète ensuite à un prix bien supérieur à sa valeur[1]. Il organise chaque année, le lundi gras, une grande fête pour les pauvres, les « noces de l’évêque », où il partage un repas et des danses avec eux. Pendant la famine de 1781, il nourrit environ 300 familles pendant trois mois[1].
Soins aux malades
Il fait reconstruire l’hôpital de Dol, tenu par les Sœurs de Saint-Thomas de Villeneuve, et y consacre 30 000 livres. Il préside régulièrement le bureau d’administration de l’hôpital et veille à ce que les malades y soient bien soignés. Il préfère cependant que les malades soient soignés chez eux, entourés de leur famille, plutôt que dans un hôpital impersonnel[1].
Éducation et écoles
Il soutient financièrement le collège de Dol et encourage la fondation d’écoles paroissiales[1]. Il constitue des rentes pour des écoles gratuites et veille à ce que les maîtres et maîtresses d’école soient compétents et vertueux. Il s’intéresse personnellement à l’éducation des jeunes, notamment à celle de ses neveux[1].
Relations avec le clergé et les laïques
Ouverture et exigence
Il reçoit régulièrement son clergé et des laïques à sa table, mais refuse toute familiarité excessive[1]. Il est exigeant envers ses prêtres, mais les traite avec respect et affection, les considérant comme des frères dans le sacerdoce. Il est particulièrement sévère envers l’ivresse, le mensonge et la mauvaise foi[1].
Amitié avec François Bareau de Girac
Il entretient une amitié profonde et respectueuse avec François Bareau de Girac, évêque de Rennes. Leur correspondance témoigne d’une grande confiance et d’un soutien mutuel, tant sur le plan personnel que pastoral. Urbain-René de Hercé n’hésite pas à solliciter son ami pour des conseils ou des faveurs, et inversement[1].
Relations avec les laïques
Il est cordial avec les laïques, mais évite toute familiarité. Il invite souvent des laïques à sa table et les reçoit avec bienveillance. Il est particulièrement attentif aux conflits et aux besoins de la ville de Dol, intervenant auprès des autorités pour le bien commun[1].
Les États de Bretagne : origine et fonctionnement
Une institution ancienne
Les États de Bretagne, assemblée des trois ordres (Clergé, Noblesse, Tiers État), trouvent leur origine dans les réunions convoquées par les ducs de Bretagne pour discuter des intérêts du pays[1]. Après l'Union du duché de Bretagne à la couronne de France, les États se réunissent tous les deux ans, alternativement dans les principales villes de la province (Rennes, Nantes, Vannes, Saint-Brieuc, etc.)[1].
Chaque session commence par une messe solennelle du Saint-Esprit, suivie de l’ouverture officielle par les commissaires du Roi. Les travaux sont organisés en commissions, et les votes se font par ordre, le Clergé commençant toujours. La session se termine par l’élection des députés en Cour, chargés de défendre les intérêts de la province auprès du Roi[1].
Rôle d'Urbain-René de Hercé
Dès son arrivée à Dol en 1767, Urbain-René de Hercé participe activement aux États. En tant qu’évêque de Dol, il revendique la première place parmi les prélats, en vertu des anciens privilèges de son siège, bien que cette prétention soit généralement rejetée par les autres évêques[1]. Il se distingue rapidement par son intelligence des affaires administratives, sa fermeté et son dévouement aux intérêts de la Bretagne[1].
Première députation à la Cour (1773–1774)
Contexte et élection
En 1772, les États de Bretagne, réunis à Morlaix, élisent Urbain-René de Hercé à la tête de la députation en Cour, avec le comte Jacques Bertrand Colomban Desgrées du Loû (Noblesse) et Léon de Tréverret (Tiers État)[1]. Leur mission est délicate : obtenir la libération des magistrats bretons exilés (Louis-René Caradeuc de La Chalotais) et défendre les droits de la province face aux empiétements du pouvoir royal[1].
Harangue au Roi
Le , Urbain-René de Hercé prononce devant Louis XV une harangue remarquable, mêlant respect et fermeté. Il y dénonce les levées d’impôts sans le consentement des États, la misère des campagnes, et demande la réintégration des commissaires suspendus. Le Roi, touché, répond en sa faveur, et les commissaires sont finalement rétablis dans leurs fonctions[1].
Réception à la Cour
Les députés bretons sont reçus avec honneur : ils assistent aux grandes eaux de Versailles et de Marly, et sont invités à plusieurs tables princières. Urbain-René de Hercé, malgré sa fatigue, reste fidèle à sa mission jusqu’à la fin, malgré les critiques de certains nobles bretons[1].
Présidence des États de Bretagne (1784–1785)
Élection et fonctions
En 1784, Urbain-René de Hercé préside les États de Bretagne en l’absence de l’évêque de Rennes, François Bareau de Girac. Il y montre une grande dignité, une courtoisie et une délicatesse qui lui valent l’estime de tous. Les États lui accordent une gratification exceptionnelle de 45 000 livres, qu’il utilise en grande partie pour des œuvres de charité[1].
Baptême du filleul des États
Un moment marquant de cette session est le baptême solennel du fils du comte de Trémergat, président de la Noblesse, que les États parrainent collectivement. Urbain-René de Hercé, en tant que président, tient l’enfant sur les fonts baptismaux, aux côtés des autres présidents des ordres. La cérémonie, d’une grande solennité, est suivie d’une généreuse distribution de dragées et de dons aux parents et à la marraine[1].
Reconnaissance royale
Deuxième députation à la Cour (1782)
Contexte et mission
En 1782, Urbain-René de Hercé est de nouveau élu député en Cour, avec le chevalier Maurice Gervais Geslin de Trémargat et M. de La Motte-Fablet. Leur mission est de défendre la liberté des États de nommer leurs députés et de protester contre les levées d’impôts sans consentement. Malgré un accueil favorable de Louis XVI, leur action est compromise par la division du Tiers État, qui se sépare des deux autres ordres[1].
Rapport et retour en Bretagne
De retour à Rennes, Urbain-René de Hercé rend compte de sa mission. Malgré les obstacles, il est remercié pour son zèle et sa gestion. Les États, en signe de protestation contre le gouvernement, décident de ne pas nommer de députés en Cour et d’utiliser les fonds prévus pour des œuvres éducatives et caritatives[1].
Dernière députation et fin des États (1786–1787)
Élection controversée
En 1786, Urbain-René de Hercé est une nouvelle fois pressenti pour être « député en cour », mais il déclare que sa santé ne lui permet pas d’assumer cette charge. Malgré ses protestations, il est élu par les évêques, qui préfèrent voir l’un des leurs représenter la Bretagne[1]. Les abbés, qui n’ont pas eu de député depuis longtemps, protestent, mais Urbain-René de Hercé est finalement choisi[1].
Un rôle providentiel
À un moment où la France est en crise, notamment sur le plan religieux, la présence d’un évêque de la trempe de Urbain-René de Hercé à la Cour est jugée essentielle. Il incarne l’intelligence et le courage nécessaires pour dénoncer les erreurs du pouvoir et défendre les valeurs traditionnelles[1].
Relations avec la Cour et les ministres
Respect et fermeté
Urbain-René de Hercé est respecté par Louis XV et Louis XVI pour sa droiture et son sens du devoir. Il n’hésite pas à plaider avec fermeté la cause de la Bretagne, tout en restant loyal envers la Couronne[1]. Ses interventions sont toujours préparées avec soin, et il sait allier le respect dû au Roi avec une franchise qui force l’admiration[1].
Amitié avec le duc de Penthièvre
Il entretient des relations cordiales avec Louis-Jean-Marie de Bourbon, duc de Penthièvre, gouverneur de la Bretagne, qui apprécie son intégrité et son dévouement. Le duc le soutient dans ses démarches et le choisit souvent pour des missions délicates[1].
Conflit avec le duc de Fitz-James
En revanche, ses relations avec Charles de Fitz-James, duc de Fitz-James, commandant en Bretagne, sont tendues. Ce dernier, impopulaire pour sa politique, suspend plusieurs commissaires des États, ce qui provoque des protestations vigoureuses de Urbain-René de Hercé[1].
Contexte : la Bretagne et la monarchie en crise
Les États de Bretagne et la résistance provinciale
Les États de Bretagne, assemblée des trois ordres (Clergé, Noblesse, Tiers État), sont un bastion de la résistance aux empiétements du pouvoir royal. Depuis des décennies, ils défendent les privilèges, franchises et libertés de la province, garantis par les ducs de Bretagne puis par les rois de France[1]. En 1787, la Bretagne est en ébullition : le Parlement breton, soutenu par les États, s’oppose aux réformes judiciaires de Loménie de Brienne, principal ministre de Louis XVI, qui menacent les droits provinciaux[4]
L’édit de tolérance et la division religieuse
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En , Louis XVI signe un Édit de tolérance, accordant aux ""non-catholiques"" l’état civil et la liberté de culte privé. Loménie de Brienne réussit à faire enregistrer l'Édit de tolérance accordant aux non-catholiques un état-civil[5]
Cet édit, soutenu par Chrétien Guillaume de Lamoignon de Malesherbes, provoque une vive opposition dans l’épiscopat français, qui y voit une menace pour l’unité religieuse et politique du royaume. Urbain-René de Hercé, évêque de Dol, est l’un des plus virulents opposants à cette mesure, qu’il considère comme une trahison des engagements des rois de France envers l’Église catholique[1].
L'année 1787
En il ordonne à son grand vicaire Michel-Joseph Thoumin des Vauxponts[Note 3] d'ouvrir une enquête au sujet d'une délibération des habitants de Lanvallay autorisant les trésoriers en charge à agir pour contraindre les décimateurs de leur paroisse, à rétablir le chœur, et le cancel de leur église et fournir des ornements et des livres[7]
En , l'assemblée de Rennes le députa encore à la cour. Parlement de Bretagne
Le discours de janvier 1788 : un acte de résistance
La présentation du cahier des remontrances bretonnes
Le , Urbain-René de Hercé, en tant que président de la députation bretonne, est chargé de présenter à Louis XVI le cahier des doléances des États de Bretagne[1]. Alors que son rôle se limite habituellement à exposer les revendications fiscales et administratives de la province, il saisit cette occasion pour dénoncer l’édit de tolérance et défendre la foi catholique[1].
Un discours prophétique et courageux
Devant le Roi et ses ministres, dont Étienne-Charles de Loménie de Brienne, Urbain-René de Hercé prononce un discours audacieux, mêlant respect et fermeté. Il rappelle à Louis XVI son devoir de protéger la religion catholique, pierre angulaire de la monarchie, et met en garde contre les dangers de l’indifférentisme religieux et des divisions sociales. Il évoque notamment la mémoire de Louise de France (fille de Louis XV devenue carmélite sous le nom de Thérèse de Saint-Augustin), récemment décédée, qui avait exprimé son désarroi face à cet édit[1]. Il protesta énergiquement contre l'édit royal en faveur des protestants et des juifs[2]. Sans repentir de sa courageuse démarche, il n'alla devant le ministre-archevêque de Toulouse, Étienne-Charles de Loménie de Brienne, que pour affirmer plus hardiment ses convictions : « J'ai étudié neuf ans en Sorbonne, » lui dit-il, « et jamais on ne m'a enseigné qu'un évêque, ministre de son roi, pouvait être le protecteur des hérétiques. »[2]
« « Sire, c’est ici que se bornent les représentations que nous avions à faire à Votre Majesté, en faveur de la Province dont les intérêts nous ont été confiés. Mais il en est de plus chers encore et de plus sacrés, sur lesquels il n’est pas permis à un évêque de garder le silence, lorsque les voûtes du sanctuaire s’ébranlent, et que la Religion est menacée du plus grand des malheurs. » »
Il demande instamment au Roi de consulter le clergé français avant d’appliquer l’édit, soulignant que les évêques, en tant que successeurs des apôtres, ont le devoir de défendre la foi. Son intervention, bien que respectueuse, est perçue comme une remise en cause directe de l’autorité royale et de la politique de Loménie de Brienne[1].
Réactions et exil immédiat
Le discours de Urbain-René de Hercé provoque un scandale à la Cour. Louis XVI, froissé, et Loménie de Brienne, humilié, réagissent immédiatement[1]. Sa fermeté apostolique lui vaudra une « glorieuse disgrâce »[2]. Le soir même, à 22 heures, Urbain-René de Hercé reçoit un ordre royal lui enjoignant de quitter Versailles pour son diocèse, sans en sortir jusqu’à nouvel ordre. C’est un exil politique, une mesure exceptionnelle pour un évêque, qui choque la Bretagne et le clergé français[1].
« « Le Roi m’ordonne, Monsieur, de vous marquer que son intention est que vous retourniez sur-le-champ dans votre diocèse ; et que vous n’en sortiez pas jusqu’à nouvel ordre de sa part. » (Lettre de Breteuil, secrétaire d’État, 3 janvier 1788) »
L’exil à Dol : entre soutien populaire et calomnies
Un accueil triomphal en Bretagne
Malgré sa disgrâce, Urbain-René de Hercé est accueilli en héros à Dol. Les cloches des églises sonnent à toute volée, les autorités civiles et religieuses viennent le féliciter pour son courage[1]. Pendant un mois, il reçoit des centaines de lettres de soutien de toute la France, saluant son intrépidité face au pouvoir royal[1].
« « Les habitants de Dol, qui adoraient leur évêque, le reçurent avec des démonstrations d’allégresse, d’amour et de vénération. » »
Une réponse digne et sereine
Urbain-René de Hercé écrit aux Commissaires des États de Bretagne pour leur expliquer les circonstances de son exil et leur envoyer une copie de son discours, afin qu’ils puissent juger par eux-mêmes de ses propos. Il assume pleinement son acte, affirmant avoir agi par devoir de conscience[1] :
« « Je ne m’étois pas dissimulé à moy-même les difficultés que j’avois à surmonter ; mais dans une circonstance aussi pressante et aussi affligeante pour la Religion, je n’ay pas cru qu’aucune considération humaine dût enchaîner le zèle d’un évêque et lui fermer la bouche. » (Lettre du ) »
Calomnies et défense de sa réputation
Des courtisans hostiles déforment ses propos pour justifier sa punition. Urbain-René de Hercé propose alors de publier son discours pour rétablir la vérité, mais Loménie de Brienne s’y oppose, craignant une mobilisation de l’opinion en sa faveur[1]. L’évêque accepte de se taire, préférant se consacrer à son diocèse.
« « La prudence exige que vous le supportiez en silence. Il ne seroit pas sans inconvénient que vous donnassiez par la voie de l’impression une plus grande publicité à un discours que le Roi n’a pas approuvé. » (Réponse de Loménie de Brienne, ) »
La mobilisation pour son rappel
L’intervention des États de Bretagne
Les Commissaires des États de Bretagne protestent vigoureusement contre l’exil de leur député. Ils écrivent à Louis XVI, au duc de Penthièvre (gouverneur de Bretagne), et à Loménie de Brienne pour demander sa réintégration[2], arguant que sa présence est indispensable aux affaires de la province[1].
« « Nous espérons, Sire, avec confiance, que, touché des motifs qui fondent notre réclamation, vous voudrez bien l’accueillir favorablement. » (Lettre des Commissaires, ) »
Le soutien du clergé français
En , l’Assemblée générale du Clergé, réunie à Paris, adopte des remontrances solennelles contre l’édit de tolérance et demande le rappel de Urbain-René de Hercé[1]. Cette intervention collective du clergé français, soutenue par l’archevêque de Narbonne, pousse Louis XVI à révoquer l’ordre d’exil le [2]. Il en profita pour prendre la parole avec le zèle d'un patriote breton contre les édits qui violaient les immunités du parlement de Rennes, et contre l'emprisonnement de quatorze députés de la noblesse.
« « Le Roi a bien voulu révoquer les ordres que Sa Majesté vous avait donnés de rester dans votre diocèse. » (Lettre de Breteuil, ) »
Un retour triomphal
Urbain-René de Hercé rentre à Paris en , où il est accueilli avec enthousiasme. Les États de Bretagne et la ville de Dol manifestent leur joie. Il reprend immédiatement ses fonctions de député, alors que la Bretagne est en pleine effervescence politique[1].
La lutte pour la Bretagne : de l’exil à la Révolution
La crise bretonne de 1788
À son retour, Urbain-René de Hercé se retrouve plongé dans une crise politique majeure : la Bretagne résiste aux édits de Loménie de Brienne, le Parlement est exilé, et des gentilshommes bretons sont emprisonnés à la Bastille[1]. Avec ses co-députés, il multiplie les démarches pour obtenir leur libération et le rétablissement des droits provinciaux[1].
La chute de Loménie de Brienne
En , Loménie de Brienne démissionne, discrédité par la banqueroute de l’État et l’opposition générale. Urbain-René de Hercé et ses alliés obtiennent alors la libération des douze gentilshommes bretons () et le retour du Parlement à Rennes[1].
Les États généraux et la fin d’un monde
En 1789, Urbain-René de Hercé participe aux derniers États de Bretagne, marqués par la division entre les ordres[1]. Le Tiers État, soutenu par la bourgeoisie montante, réclame l’égalité fiscale et politique, tandis que la Noblesse et le Clergé résistent. L’évêque de Dol, fidèle à ses principes, refuse de participer aux élections pour les États généraux, jugeant le nouveau mode de représentation contraire aux constitutions bretonnes[1].
« « Nous désavouons formellement tous ceux qui, n’ayant pas été nommés par les États de Bretagne, prétendraient représenter aux États-Généraux la Province ou quelqu’un des ordres qui la composent. » (Protestation du Clergé breton, 1789) »
L’approche de la Révolution
Urbain-René de Hercé pressent le désastre pour la royauté à venir. Dans un mémoire adressé à Louis XVI, il écrit :
« « Si la fermentation des esprits, portée à son comble, si l’altération même des mœurs nationales ont été regardées dans tous les siècles comme le présage de toutes ces révolutions qui changent la face des empires et souvent les détruisent, que ne doit-on pas craindre aujourd’hui ? » »
Ses craintes se réaliseront bientôt : la Révolution française éclate en 1789, balayant les privilèges provinciaux et l’ancienne monarchie[1]. L'évêque de Dol ne fut pas élu en pour représenter le clergé à l'Assemblée nationale[2]. Dès le début de la Révolution, il en pressentit les dangers.
1789 : les États généraux et l’ébranlement de l’ordre ancien
Pendant que Paris s’embrase, Urbain-René de Hercé se consacre à son diocèse. Il ordonne des prêtres, maintient la vie spirituelle et administrative de Dol, et prépare ses clercs aux défis à venir[1]. Dès , des rumeurs circulent sur la suppression prochaine de l’évêché de Dol. La municipalité, alarmée, envoie une délégation à Paris pour plaider en faveur du maintien de l’évêché et du chapitre, arguant que sans eux, Dol perdrait son rayonnement et ses institutions éducatives[1].
« « La population s’émut ; les édiles dolois se réunirent. Ceux-ci adoptèrent de députer vers l’Assemblée nationale deux d’entre eux [...] pour réclamer notre évêché et notre chapitre. » »
1790 : la Constitution civile du clergé et la spoliation de l’Église
La nationalisation des biens du clergé
Pour renflouer les finances de l’État, l’Assemblée nationale décide, le , de mettre les biens du clergé à la disposition de la nation, en échange d’une promesse de salaire pour les prêtres[1]. Urbain-René de Hercé, fidèle à son devoir de charité, verse sans protester 4 000 livres au trésor public au titre de la « contribution patriotique », malgré la réduction drastique de ses revenus[1].
« « Mgr de Hercé, pour qui les biens terrestres ne valaient qu’autant qu’ils pouvaient servir à soulager les malheureux, se soumit sans protester à ces décrets. » »
Le , devant les corps constitués dans sa cathédrale pour prêter serment à la Constitution, il proclama hautement, aux applaudissements chaleureux des fidèles, qu'on ne devait pas interpréter sa présence dans le sens d'une approbation des décrets de l'Assemblée nationale en ce qui concernait la religion. À ses prêtres, réunis du au pour la retraite ecclésiastique, il donna les avis que lui inspirait la prévision d'une persécution prochaine. Au mois de , son évêché était supprimé[Note 4].
La Constitution civile du clergé (12 juillet 1790)
Le , l’Assemblée adopte la Constitution civile du clergé, qui :
- Supprime les vœux monastiques et ferme de nombreux couvents.
- Réorganise les diocèses selon les nouveaux départements, supprimant 30 évêchés, dont Dol et Saint-Malo.
- Confie l’élection des évêques et curés aux électeurs laïcs, sans confirmation pontificale.
- Transforme les prêtres en fonctionnaires de l’État, assermentés et salariés.
Cette réforme, condamnée par le pape Pie VI, divise profondément le clergé français. Urbain-René de Hercé, opposé à cette ingérence de l’État dans les affaires spirituelles, refuse de s’y soumettre[1].
La résistance de Urbain-René de Hercé
Dès l’adoption du décret, Urbain-René de Hercé organise la résistance :
- Il maintient les ordinations dans son séminaire, malgré son interdiction officielle.
- Il proteste contre la suppression de son évêché par une déclaration solennelle, affirmant que seul le pape peut décider de la validité d’un siège épiscopal.
- Il refuse de quitter son diocèse, continuant à résider au séminaire de Dol, entouré de prêtres fidèles.
« « Nous nous voyons réunis ici pour la dernière fois. Satan, l’ennemi éternel de l’épouse immaculée qui nous est confiée, s’est encore déchaîné pour la poursuivre. [...] Ne pleurons pas la perte de nos biens ; pleurons sur les malheurs de notre infortunée patrie. » (Discours aux prêtres, 1790) »
La suppression de l’évêché de Dol et la résistance clandestine
L’inventaire de la cathédrale (19 novembre 1790)
Le , les administrateurs du district de Dol envahissent la cathédrale pour dresser l’inventaire des biens et sceller les armoires. Les chanoines[Note 5] , menés par l’abbé Déric, protestent solennellement contre cette violation des droits de l’Église. Leur déclaration, lue en présence des autorités civiles, affirme que seul le pape peut supprimer un chapitre cathédral[1].
« « Considérant que ce n’est qu’à l’Église enseignante qu’appartient le droit de prononcer sur la nécessité de l’érection ou de la suppression des évêchés [...] nous vous déclarons, Messieurs, que, si nous allons sur-le-champ cesser nos fonctions, ce n’est que pour céder à la force impérieuse de la loi. » »
Urbain-René de Hercé se retirait au château des Ormes, puis au séminaire. Le , il adhérait de tout cœur à la déclaration des évêques-députés contre la Constitution civile du clergé.
L’abandon du Palais épiscopal et des Ormes
En , Urbain-René de Hercé quitte définitivement le château des Ormes, vendu aux enchères[1]. Il se retire au grand séminaire de Dol, où il continue à former des prêtres et à diriger son diocèse clandestinement. Les autorités locales, bien que hostiles, n’osent pas l’expulser en raison de son prestige et de l’attachement populaire[1].
« « Mgr de Hercé, pour se conformer à la loi, prévint son ami, l’abbé Mancel, qu’il n’avait plus dans ce manoir ni gens à sa solde, ni effets mobiliers. » »
Les dernières ordinations (décembre 1790)
Le , malgré l’interdiction officielle, Urbain-René de Hercé ordonne 150 clercs dans la chapelle du séminaire, dont une majorité vient des diocèses voisins (Rennes, Coutances). Ces ordinations, datées du « Palais épiscopal de Dol », sont un défi symbolique à l’autorité révolutionnaire[1].
« « Cette ordination avait encore lieu dans la chapelle du séminaire, et Mgr de Hercé n’hésitait à en dater les lettres du ‘Palais épiscopal de Dol’, ainsi qu’il appelait le séminaire. » »
1791 : le serment civique et la rupture avec la Révolution
La protestation contre la suppression de l’évêché (25 janvier 1791)
Dès l’annonce de la suppression de son siège, Mgr de Hercé, évêque de Dol depuis 1781, refuse de se soumettre[1]. Le , il publie une lettre pastorale adressée à son clergé et à ses fidèles, dans laquelle il dénonce avec vigueur les décrets de l’Assemblée nationale. Il y affirme que l’Église ne tient son autorité que de Jésus-Christ et non des pouvoirs temporels, et que la suppression des sièges épiscopaux est une usurpation inacceptable. Il proteste officiellement contre la suppression de son évêché, affirmant que seul le pape peut décider de la validité d’un siège épiscopal. Il refuse de reconnaître la légitimité de la Constitution civile et encourage ses prêtres à résister[1].
« « Nous déclarons protester formellement contre le décret portant suppression du Chapitre de notre cathédrale et de notre siège, comme aussi contre tous décrets qui pourraient porter atteinte à la juridiction spirituelle de l’Église. » »
« « L’évêque supprimé par les décrets doit répondre [...] qu’il ne peut pas être privé de sa juridiction épiscopale et déchargé des obligations de son ministère par la seule puissance temporelle. » (Extrait de son règlement interne) »
Cette lettre, distribuée dans tout le diocèse, produit un effet immédiat : la grande majorité du clergé de Dol refuse de prêter serment à la Constitution civile, malgré les pressions des autorités révolutionnaires[1].
L’impact sur le clergé et les fidèles
La lettre de Mgr de Hercé est lue en chaire dans de nombreuses paroisses, provoquant une vague de refus parmi les prêtres[1]. À Dol, sur 97 prêtres en fonction, seuls 17 acceptent de prêter serment. Les fidèles, attachés à leur évêque et à la tradition catholique, soutiennent massivement leur clergé. Des scènes de protestation éclatent dans plusieurs villages, où les paysans et les femmes, parfois en groupe, viennent défendre leurs prêtres et réclamer le maintien de la religion traditionnelle[1].
La réaction des autorités révolutionnaires
Les administrateurs du district de Dol, alarmés par cette résistance, dénoncent Mgr de Hercé comme un perturbateur de l’ordre public. Le procureur-syndic du district, Gautier, rédige un rapport accusateur, qualifiant la lettre pastorale de séditieuse et demandant des mesures contre l’évêque[1]. Le , le département d’Ille-et-Vilaine ordonne la poursuite de Mgr de Hercé et interdit la diffusion de sa lettre[1]. Malgré ces pressions, Mgr de Hercé continue d’exercer son ministère, accordant des dispenses, célébrant des ordinations, et maintenant la cohésion de son diocèse. Les autorités locales, divisées entre partisans de la Révolution et catholiques attachés à leur évêque, peinent à faire appliquer les décrets[1].
Le serment civique à Dol (21 mars 1791)
En , la nomination de Claude Le Coz comme évêque constitutionnel de l’Ille-et-Vilaine aggrave la situation. Le Coz, élu malgré l’opposition de Mgr de Hercé et de Mgr de Girac (évêque de Rennes), est considéré comme un intrus par les catholiques fidèles à Rome[1]. Mgr de Hercé, toujours présent à Dol, devient une gêne pour les nouvelles autorités.
Le , la municipalité de Dol organise une cérémonie solennelle pour prêter serment à la Constitution civile. Urbain-René de Hercé est invité à y assister[1]. Devant une foule nombreuse, il prononce une allocution courageuse, affirmant son attachement au roi et à la nation, mais refusant toute adhésion aux décrets antireligieux :
« « Nous croyons devoir vous déclarer à la face des saints autels que nous n’entendons pas qu’on puisse interpréter notre présence comme une approbation ou une adhésion aux décrets de l’Assemblée nationale, en ce qui concerne la Religion. [...] Il n’est aucun d’entre nous qui ne soit prêt à répandre son sang plutôt que de les trahir. » »
Son discours, accueilli par des applaudissements, provoque l’ire des révolutionnaires locaux. Le maire et les officiers municipaux, embarrassés, omettent de mentionner cette protestation dans leur procès-verbal officiel[1].
L’affaire de l’évêché de Laval : un dilemme moral
L’élection de l’abbé Michel Thoumin des Vauxponts (décembre 1790)
En , l’abbé Michel Thoumin des Vauxponts[Note 6], vicaire général de Dol et protégé de Urbain-René de Hercé, est élu évêque de Laval par les électeurs de la Mayenne. D’abord réticent, il accepte finalement sur les instances de Urbain-René de Hercé, qui croit à une possible approbation pontificale des nouveaux évêchés[1] dans l'attente du résultat des démarches tentées à Rome par le cardinal François-Joachim de Pierre de Bernis au sujet des nouveaux évêchés.
« « C’est avec le plus grand empressement que j’ay l’honneur de vous en informer et que je vous en voyé un courrier exprez pour vous porter cette lettre. » (Lettre de Mgr de Hercé, 15 décembre 1790) »
La Constitution civile du clergé érige Laval en évêché. Le clergé refuse de concourir à l'élection de l'évêque qui est effectuée dans l'église de la Trinité de Laval, le . Un grand nombre de laïques imitent cet exemple; certaines prennent part néanmoins aux opérations électorales[Note 7] L'élu est Michel Thoumin des Vauxponts, qui refusa, avec l'approbation de Pie VI sur ce choix. Urbain-René de Hercé, évêque de Dol, espérant que le Saint-Siège pourrait régulariser et approuver l'érection du siège de Laval avait supplié son grand vicaire de donner son acquiescement. Presque en même temps que les députés des électeurs rentraient à Laval avec un refus écrit, un envoyé de Hercé y arriva avec une lettre de ce dernier annonçant l'acceptation.
Le revirement et la démission (février 1791)
Avant de se prononcer définitivement, Michel Thoumin des Vauxponts prit l'avis du Saint-Siège. La réponse de Pie VI ne lui parvint que le ;elle approuvait entièrement sa première détermination. Au reste, en voyant presser l'exécution de la loi sur le serment, Michel Thoumin des Vauxponts y était revenu de lui-même et avait prévenu la lettre pontificale par la démission qu'il avait adressée le au directoire du département[11]. Le , 159 voix élisent Noël-Gabriel-Luce Villar, évêque de la Mayenne.
Urbain-René de Hercé, qui avait cru possible une conciliation, se range alors ouvertement contre la Révolution[1].
« « Nous avons jugé [...] que vous ne deviez nullement vous départir de votre premier refus ; car nous sommes d’avis qu’on doive préférer, à toute considération de ce genre, l’avantage qui semble devoir résulter de votre constant refus. » (Lettre de Pie VI) »
Cinq prêtres seulement du district de Dol se séparèrent de leur évêque en prêtant le serment constitutionnel[2].
L’exil et la fin de l’évêché de Dol
Le , sous la pression de ses amis et de certains administrateurs locaux[1] qui craignent pour sa sécurité, Mgr de Hercé quitte Dol pour se réfugier à Mayenne, dans sa famille. Son départ marque la fin effective de l’évêché de Dol, supprimé par décret et remplacé par la nouvelle organisation ecclésiastique révolutionnaire[1].
L’arrivée à Mayenne et la vie en famille
Un accueil familial et discret
Le , Mgr de Hercé arrive à Mayenne avec son frère, l’abbé François de Hercé, et l’abbé Michel Thoumin des Vauxponts. Ils sont accueillis chez Jean-François de Hercé, dit le « chevalier de Hercé », ancien officier de marine et député de la noblesse aux États généraux, et sa famille[1]. La maison, située place Égalité (actuelle place de Hercé), est récente et confortable, louée depuis en prévision de leur exil. La famille de Hercé, bien que de condition modeste, offre un refuge chaleureux. Mgr de Hercé est entouré de sa belle-sœur, Jeanne du Boys de la Bas-Maignée[Note 8], de sa sœur Charlotte, et de ses neveux, dont le futur évêque de Nantes, Jean-François de Hercé. Plusieurs domestiques, restés fidèles depuis Dol, les accompagnent[1].
Une vie marquée par la précarité et la surveillance
Malgré l’affection de sa famille, Mgr de Hercé vit dans une grande précarité financière. Ses biens ont été confisqués, et sa pension de 14 000 livres, accordée par la Constitution, est souvent retenue ou versée avec retard[1]. Il doit réclamer à plusieurs reprises le paiement de ses arriérés, et sa famille, aux revenus limités, peine à subvenir à leurs besoins. La situation politique à Mayenne est tendue[1]. La ville, très engagée dans la Révolution française, est le théâtre de violences contre les prêtres non assermentés et les nobles. Les administrateurs locaux, sous pression, finissent par ordonner le casernement de tous les ecclésiastiques réfractaires à Laval, mesure qui vise aussi à protéger les prêtres des émeutes populaires[1].
Le casernement à Laval : une épreuve collective
L’arrêté de casernement et l’arrivée à Laval
Le , le département de la Mayenne ordonne à tous les prêtres non assermentés de se rendre à Laval, sous peine d’être arrêtés par la force. Mgr de Hercé, malgré les supplications de sa famille qui craint pour sa vie, décide de se soumettre à l’ordre, refusant de se cacher et souhaitant donner l’exemple à ses prêtres[1]. Le , il se présente avec son frère, l’abbé Michel Thoumin des Vauxpontset l’abbé Zerilli, parmi plus de 400 ecclésiastiques, pour l’appel quotidien dans l’Église des Cordeliers de Laval[2]. Les prêtres sont logés dans des conditions précaires, les locaux étant délabrés et dépourvus de meubles. La population lavalloise, divisée entre soutien et hostilité, apporte une aide matérielle et morale aux casernés[1].
La vie quotidienne sous surveillance
Chaque jour, les prêtres doivent répondre à l’appel nominal, sous les quolibets et parfois les violences des révolutionnaires[1]. Mgr de Hercé, reconnaissable à sa croix pectorale, est particulièrement visé. Malgré les humiliations, il maintient une attitude digne, encouragé par ses compagnons et la population catholique[1]. Les conditions de vie sont rudes : les prêtres sont entassés, les repas sont fouillés et souvent souillés, les nuits sont troublées par des chansons obscènes et des menaces[1]. Mgr de Hercé tombe malade, mais les autorités refusent d’abord l’accès à un médecin de confiance. Grâce à l’intervention de ses fidèles, il obtient finalement des soins, mais sa santé reste fragile.
La déportation : l’exil forcé
La loi de déportation et le départ pour Jersey
Le , l’Assemblée législative rend définitive la loi de déportation des prêtres réfractaires. Dès le , les déportations commencent depuis Laval. Mgr de Hercé, bien que son âge et son état de santé pourraient l’exempter, choisit de partir pour éviter de nouvelles persécutions[1]. Le , une centaine de catholiques signent une pétition demandant la déportation en bloc de 132 ecclésiastiques, dont Mgr de Hercé et son frère. Le , ils obtiennent un passeport pour Jersey. Le voyage est douloureux : Mgr de Hercé traverse une partie de son ancien diocèse, passant près de son château des Ormes et de Dol, où il avait exercé son ministère pendant 24 ans[1].
L’arrivée à Jersey : un accueil fraternel
Un débarquement sous la tempête
Le , Mgr de Hercé, accompagné de son frère l’abbé François de Hercé, de l’abbé Zerilli, et de ses deux fidèles domestiques, s’embarque à Saint-Malo pour Jersey[2]. La traversée est périlleuse, mais à leur arrivée, près de 150 prêtres du diocèse de Dol, également exilés, les accueillent avec une émotion intense[1]. Malgré la tempête, un chapelain de la cathédrale de Dol entre dans la mer pour porter Mgr de Hercé sur ses épaules jusqu’à la terre ferme. Les prêtres, en larmes, se précipitent pour recevoir sa bénédiction et le conduisent en triomphe à sa nouvelle demeure[1].
Une communauté catholique en exil
À Jersey, Mgr de Hercé retrouve deux autres évêques français : Augustin-René-Louis Le Mintier, évêque de Tréguier, et Joseph-Dominique de Cheylus, évêque de Bayeux. Rapidement, il devient une figure centrale parmi les exilés, organisant la vie spirituelle et matérielle des prêtres et des laïcs[1]. La population jersiaise, bien que divisée entre monarchistes et libéraux, se montre globalement accueillante, malgré quelques tensions liées à la cherté des vivres.
La vie quotidienne et les œuvres de charité
Les exilés s’organisent pour subvenir à leurs besoins. Certains prêtres travaillent pour des maisons de commerce, d’autres fabriquent des objets artisanaux[1]. Mgr de Hercé et son frère animent des retraites spirituelles, des conférences, et soutiennent la création de bibliothèques et d’oratoires. L’évêque de Dol se distingue par son zèle, son humilité et son dévouement, devenant un modèle pour les prêtres et les fidèles[1].
Les tensions politiques et la menace de l’enrôlement forcé
La crainte d’une invasion française
En 1794, la menace d’un débarquement français sur Jersey se précise. Le gouvernement révolutionnaire prépare une expédition de 20 000 hommes pour éliminer les émigrés et les prêtres réfractaires[1]. Les autorités jersiaises, craignant une invasion, envisagent d’enrôler de force les prêtres catholiques dans la défense de l’île.
La résistance des évêques
Le , Mgr de Hercé, avec ses collègues de Bayeux et de Tréguier, adresse un mémoire au gouverneur de Jersey pour refuser l’enrôlement, invoquant les canons de l’Église et leur devoir de non-violence. Ils proposent plutôt de servir comme infirmiers ou porteurs de vivres[1]. Leur résistance, soutenue par le marquis du Dresnay, évite l’enrôlement forcé des prêtres.
Le départ pour Bath : une nouvelle étape de l’exil
La maladie et le besoin de soins
En , le chevalier de Hercé, frère de l’évêque, tombe gravement malade. Les médecins de Jersey recommandent les eaux de Bath, en Angleterre. Mgr de Hercé, son frère et son neveu Jean-François quittent donc Jersey pour Bath, où ils s’installent dans une communauté d’émigrés bretons[1].
La vie à Bath : entre prière et enseignement
À Bath, Mgr de Hercé et son frère se consacrent à la prière, à l’étude et à l’enseignement[1]. Jean-François de Hercé, grâce à sa maîtrise des langues, donne des cours qui apportent un modeste revenu à la famille. L’évêque de Dol prononce des discours touchants, notamment en l’honneur d'Élisabeth de France, sœur de Louis XVI, guillotinée en [1].
Les nouvelles de France et l’inquiétude pour les proches
Les exilés de Bath reçoivent des nouvelles alarmantes de France : leurs proches, restés en Bretagne, subissent persécutions et emprisonnements. La sœur de Mgr de Hercé, Charlotte, et sa belle-sœur sont incarcérées à Mayenne, puis transférées à Chartres[1]. Leur mobilier est vendu aux enchères, et leur maison confisquée. Ces épreuves renforcent la détermination de Mgr de Hercé à soutenir ses fidèles et à préparer un éventuel retour en France[1].
La préparation d’un retour en Bretagne
Le projet d’expédition avec le comte de Puisaye
En 1794, le comte Joseph de Puisaye, chargé d’organiser une expédition d’émigrés pour soutenir l'Armée catholique et royale, sollicite Mgr de Hercé pour qu’il le rejoigne à Londres[2]. Le Pape Pie VI, reconnaissant l’autorité morale de l’évêque de Dol, lui accorde les pouvoirs de Vicaire Apostolique et de Grand-Aumônier de l’armée catholique et royale[1]. Mgr de Hercé accepte, espérant ainsi rétablir l’ordre religieux en Bretagne et démasquer l’imposteur évêque d'Agra, qui se fait passer pour un évêque auprès de l'Armée catholique et royale.
Le départ pour Londres et l’espoir d’un débarquement
Le , Mgr de Hercé et son frère quittent Bath pour Londres, laissant le chevalier de Hercé et Jean-François de Hercé à Bath pour raisons de santé. Leur objectif est de participer à l'expédition de Quiberon, prévue pour l’été 1795, afin de soutenir les royalistes et de rétablir le culte catholique en Bretagne[1].
L’arrivée à Londres et la mission apostolique
Un accueil discret et une mission urgente
Le , Mgr de Hercé arrive à Londres avec son frère, l’abbé François de Hercé, et ses deux domestiques. Il s’installe 46 Sloane Street, Knightsbridge[1]. Dès son arrivée, le comte de Puisaye, organisateur de l’expédition de Quiberon, lui demande de rédiger une lettre pastorale destinée aux prêtres et fidèles de l’Ouest, pour les préparer au débarquement et les encourager dans leur résistance[1].
La lettre pastorale du
La Lettre pastorale aux fidèles de Bretagne, datée du , écrite de la main de Mgr de Hercé, est un texte fondateur pour les catholiques de l'Ouest de la France[1]. Elle rappelle le sacrifice des prêtres et des fidèles pour la défense de la religion, dénonce les persécutions révolutionnaires, et appelle à l’unité et à la prière en vue du retour de la monarchie et du rétablissement du culte. La lettre est traduite en breton et diffusée à 2 000 exemplaires en France[2].
« « Ce que la voix publique nous apprend, mes très chers Frères, de vos glorieux et pénibles travaux, ainsi que votre zèle, retrace à nos yeux l’image consolante des siècles de l’Église naissante... » »
La préparation spirituelle et politique
La prorogation des pouvoirs de Vicaire Apostolique
Les pouvoirs accordés par le Pape Pie VI à Mgr de Hercé en arrivent à expiration. Le prélat écrit au cardinal Jean-Sifrein Maury et sollicite le comte de Puisaye pour obtenir une prorogation. Le , le cardinal Jean-Sifrein Maury lui annonce que le Pape a renouvelé ses pouvoirs jusqu’à révocation, lui permettant ainsi d’agir en tant que Vicaire Apostolique et Grand-Aumôniere[1].
Le rôle d’intermédiaire et de conseiller
Mgr de Hercé devient un intermédiaire clé entre Puisaye et les émigrés, ainsi qu’avec les princes française[1]. Il transmet les demandes, organise les rencontres, et conseille les chefs royalistes. Sa réputation de sainteté et de sagesse en fait une figure respectée et écoutée, même si certains émigrés, méfiants envers Puisaye, critiquent son choix de collaborer avec luie[1].
La sélection des aumôniers et la préparation du débarquement
Le choix des prêtres accompagnateurs
Mgr de Hercé sélectionne une quarantaine de prêtres pour l’accompagner, parmi lesquels :
- François de Hercé, son frère et vicaire général
- Charles-Hippolyte Roland du Noday, chanoine de Rennes
- Léonard Péricaud, vicaire général de Séez
- L’abbé d’Esgrigny, vicaire général d’Arras
- Jean-Marie-Dominique de Poulpiquet de Brescanvel, futur évêque de Cornouaille
- Julien Gué, secrétaire de Mgr de Hercé
Il refuse cependant d’emmener l’abbé Jean Lefebvre de Cheverus, futur cardinal, jugeant trop précieux son potentiel pour l’Église de France[1].
Les préparatifs logistiques et les tensions
Les émigrés sont organisés en régiments, avec des uniformes inspirés de l’ancienne armée française. Mgr de Hercé insiste pour que les aumôniers soient traités avec dignité, mais le gouvernement anglais refuse de leur accorder un traitement[1]. Malgré cela, les prêtres, enthousiastes, se préparent à retourner en France pour reprendre leur ministère.
Les dernières étapes avant le départ
L’entrevue avec le ministre Windham
Le , Mgr de Hercé et ses aumôniers quittent Londres pour Southampton. Avant le départ, il rencontre le ministre de la guerre britannique, William Windham, pour discuter des conditions de l’expédition. Malgré ses demandes, les aumôniers ne recevront aucun soutien financier de l’Angleterre[1].
Le signal du départ
Le , la flotte quitte Southampton, escortée par dix vaisseaux de guerre britanniques. Mgr de Hercé, malgré ses 69 ans et ses infirmités, embarque avec ses prêtres, prêt à affronter les dangers pour le rétablissement de la religion et de la monarchie en Bretagne[1].
L’arrivée à Quiberon et les premiers espoirs

1) Régiment du Dresnay ou de Léon.
2) Loyal Emigrant.
3) Régiment d'Hervilly.
(uniforme à revers rouges pour le régiment d'Hervilly et à revers bleus pour le Royal-Louis.)
4) Royal Artillerie.
5) Régiment d'Hector ou Marine-Royale.
Un débarquement sous les acclamations
Le , après une traversée mouvementée, les émigrés débarquent à Carnac, près de Quiberon. Mgr de Hercé, accompagné de son clergé, est accueilli par des cris de « Vive le Roi ! Vive Dieu ! »[1]. Les Chouans, menés par Georges Cadoudal et Pierre-Mathurin Mercier la Vendée, et les paysans bretons, accourent pour saluer leur évêque et les soldats royalistes. L’émotion est intense : les fidèles, privés de culte depuis des années, voient en Mgr de Hercé un signe d’espoir[1].
La messe solennelle pour Louis XVII
Le lendemain, , une messe solennelle est célébrée sur la plage du Genèse en mémoire de Louis XVII, récemment décédé au Temple. Mgr de Hercé bénit les drapeaux fleurdelisés et proclame Louis XVIII roi de France. Malgré l’absence du comte Louis Charles d'Hervilly et de ses régiments, la cérémonie est un moment de communion et de ferveur, marqué par des acclamations et des larmes[1]. D'Hervilly refusa de se mêler aux Chouans et les émigrés allèrent entendre une messe à part dans l'église de Carnac[12]. Cet acte provoqua une coupure entre les émigrés et les Chouans.
L’enfermement dans la presqu’île et la trahison

La prise de Quiberon et les divisions internes
Les royalistes s’emparent de la presqu’île de Quiberon le , mais les divisions entre Puisaye et d’Hervilly, ainsi que l’incorporation de prisonniers républicains, affaiblissent leur position. Le général Lazare Hoche, informé par des transfuges, prépare une contre-attaque[1]. Malgré les avertissements, Joseph de Puisaye sous-estime la menace.
L’échec de l’attaque de Sainte-Barbe
Le , les royalistes attaquent le camp républicain de Sainte-Barbe, mais l’absence de coordination et la trahison de certains officiers entraînent une retraite désastreuse[1]. Les Chouans, promis en renfort, ne se présentent pas. Les pertes sont lourdes, et le moral des troupes s’effondre.
La chute du fort Penthièvre et la panique
Dans la nuit du 20 au , les républicains, guidés par des transfuges, prennent le Fort de Penthièvre par surprise. Les royalistes, encerclés, tentent de se rembarquer, mais la tempête et le manque de chaloupes transforment la retraite en chaos. Mgr de Hercé, malgré les supplications de ses proches, refuse de fuir et reste auprès des blessés et de ses prêtres[1].

L’arrestation et la captivité à Auray
Le refus de l’évasion et la marche vers Auray
Le , Mgr de Hercé et son clergé sont faits prisonniers. Malgré les opportunités de fuite, l’évêque choisit de rester avec ses compagnons, soignant les blessés et administrant les sacrements. Le , les prisonniers sont conduits à pied vers Auray, sous une pluie battante, dans des conditions épouvantables[1]. Mgr de Hercé, âgé de 70 ans et infirme, marche en tête de la colonne, soutenu par sa foi et son dévouement. « Ne gênons point le rembarquement, allons où le devoir nous appelle »[2]
L’emprisonnement et les ultimes préparatifs

À Auray, les prisonniers sont entassés dans des églises. Mgr de Hercé, épuisé, est accueilli par la population locale, qui lui apporte des vivres et des soins[1]. Malgré les rumeurs de capitulation et les promesses de clémence, les républicains préparent secrètement leur exécution. Le général Charles Eugène Gabriel de Virot de Sombreuil, désespéré par la trahison, tente de se suicider, mais Mgr de Hercé le console et le prépare à affronter la mort avec courage[13].
Le procès et la condamnation
Une parodie de justice
Le , une commission militaire, composée de soldats sans formation juridique, juge sommairement Mgr de Hercé et ses compagnons. Accusés d’être des prêtres déportés rentrés illégalement en France, ils sont condamnés à mort sur la base d’une loi d'[14], bien que celle-ci ne s’applique pas à leur cas[1]. La sentence est prononcée sans délai.
Les adieux et la marche vers le supplice
Le matin du , les condamnés apprennent leur sort. Mgr de Hercé, serein, bénit ses compagnons et les prépare à la mort. Il remet sa Croix pectorale à une fidèle pour qu’elle soit conservée, et se confesse avec ses prêtres[15]. La colonne des condamnés, encadrée par des soldats, se dirige vers la promenade de La Garenne, lieu choisi pour l’exécution.
La dernière prière et l’exécution
À 10h30, les seize condamnés[16] – Mgr de Hercé, son frère l’abbé François de Hercé, onze autres prêtres, et trois officiers – sont alignés contre un mur au bas de la promenade de la Garenne. Mgr de Hercé, à genoux entre son frère et Sombreuil, récite des prières pour les mourants. Les républicains ouvrent le feu. L’évêque et ses compagnons s’effondrent, mais Sombreuil, debout, refuse de plier le genou. Une seconde décharge l’achève.

La profanation des corps et l’inhumation
Les corps, dépouillés par les soldats, sont abandonnés sur place. Les chiens errants viennent lécher le sang des exécutés[18]. Le soir même, les cadavres sont jetés dans une fosse commune derrière l’Église Saint-Patern de Vannes, sans égards ni respect[19].
Réactions et postérité
L’indignation et l’hommage des fidèles

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La nouvelle du martyre de Mgr de Hercé provoque une onde de choc. En Bretagne, les prêtres réfractaires et les fidèles pleurent leur évêque[20]. En Angleterre, les émigrés et les catholiques organisent des messes en sa mémoire. L’abbé de Chateaugiron prononce un panégyrique à Londres, comparant Mgr de Hercé aux martyrs des premiers siècles. À Jersey, l’abbé Antoine Motreuil[21] prononça en 1796 un éloge historique en son honneur[22].
La restauration et la translation des reliques
Le , les ossements des martyrs sont exhumés et transférés solennellement dans la cathédrale de Vannes[2]. Pierre-Ferdinand de Bausset-Roquefort, évêque de Vannes, célèbre une messe en leur honneur, rendant hommage à leur héroïsme[23]. La vie d'Urbain-René de Hercé a été écrite d'abord en espagnol, en 1797, par Julien Delacroix, directeur du collège de Dol, et à la fin du XIXe siècle sous le titre : Urbain de Hercé, dernier évêque et comte de Dol, par Ch. Robert, de l'Oratoire de Rennes (Paris, 1900). L'abbé Trévaux a écrit la biographie d'Urbain-René de Hercé dans le Mémorial de la Mayenne (t. IV, p. 261). Charles-Alexandre Geoffroy de Grandmaison lui a consacré un article dans L'Univers du [2] sous forme de feuilleton.
Publications
- Statuts et ordonnances du diocèse de Dol, avec mandement, Dol, 1771, in-12, 94 p.
- Lectionarium Dolense, Dol, 1769, 1770, 2 vol. in-4.
- Jubilé universel de l'année sainte, avec mandement, Dol, 1776, in-12, 50 p.
Notes et références
Notes
- ↑ Mariés le 24 janvier 1719. Le marié avait 19 ans et la mariée, 15 ans.
- ↑ L'abbé Jacques Pierre Fleury, repris par l'abbé Angot, relate cette anecdote : Le duc d'Aiguillon passant un jour près du manoir du Plessis de Colombiers où résidait la famille, et arrêté par un accident de voiture, alla demander l'hospitalité à Jean de Hercé. Surpris du nombre des convives, il fit un aimable reproche à son hôte d'avoir violé son incognito et réuni un si grand nombre d'invités. - « Mais ce sont mes enfants », répond le père. Le duc, ravi de se trouver dans cette patriarcale famille, aurait, ajoute le narrateur, proposé des places dans l'armée aux garçons, des admissions au couvent pour les filles. Cette seconde partie de l'anecdote est moins véridique et pleine d'anachronismes. À l'époque où le fait se passa, les deux fils devaient servir dans la marine ; les deux filles qui furent religieuses à Ernée, avaient pris le voile depuis longtemps.
- ↑ Michel-Joseph Thoumin des Vauxponts, chanoine, archidiacre et vicaire général, également chapelain de Saint-Blaise et Sainte-Catherine, en la collégiale de Saint-Merry, à Paris : refusa l'évêché de la Mayenne, auquel il avait été élu le . Il fut interné à Laval, puis à l'ancien couvent de Patience, avec son collègue Songé. Ils obtinrent du directoire du département de la Mayenne, le , l'autorisation d'aller à Granville s'embarquer pour Jersey, sous la surveillance de Louis Corbineau, commandant du bataillon de la garde nationale de Laval. Il est mort à Dorchester, en Angleterre, le [6].
- ↑ Le chapitre de Dol ne manqua pas de fermeté devant la Révolution ; comme toutes les autres corporations ecclésiastiques, il fut supprimé par le décret de l'Assemblée constituante du .
- ↑ Les chanoines, ayant à leur tête le trésorier, M. du Fou, présidant en l'absence des autres dignitaires (nota : C'étaient MM. Le Normant, grand-chantre, Thoumin de Vauxponts, archidiacre, et François de Hercé, scholastique, retirés à Mayenne auprès d'Urbain-René de Hercé, évêque de Dol, interné dans cette ville), présentèrent aux membres du directoire la protestation suivante : « Messieurs, d'après les ordres que vous nous intimez, il ne s'agit de rien moins pour nous que de cesser à jamais dans notre cathédrale les fonctions sacrées de la prière publique et l'exercice du culte divin ; de ne plus y acquitter les fondations dont la piété des fidèles nous avait chargées ; d'abdiquer la juridiction spirituelle qui nous était dévolue pendant la vacance du siège épiscopal. Mais considérant que ce n'est qu'à l'Église enseignante qu'appartient le droit de prononcer sur la nécessité de l'érection ou de la suppression des évêchés et de tout autre bénéfice ecclésiastique ; que dans tous les temps elle a exercé cette faculté ; que les Chapitres de cathédrales sont inhérents aux sièges épiscopaux, qu'ils sont le conseil et le sénat de l'évêque ; que, pendant la vacance du siège, la juridiction spirituelle sur le diocèse leur est déléguée par l'Église ; que leur suppression, si elle est nécessaire, doit être décrétée par l'autorité ecclésiastique qui les a formés pour le service de la religion ; Considérant d'ailleurs qu'en vertu de leur institution canonique, l'Église leur a imposé l'obligation étroite de célébrer chaque jour l'office canonial avec publicité, avec la pompe qui convient à la dignité de la religion, avec cette majesté qui dirige les Églises inférieures dans leurs cérémonies ; qu'ayant accepté sous l'autorité de l'Église un grand nombre de fondations, il n'y a que l'Église qui puisse les décharger de ce double service ; par des motifs aussi puissants et autres que nous pourrions y joindre, nous vous déclarons, Messieurs, que si nous allons sur-le-champ cesser nos fonctions, ce n'est que pour céder à la force supérieure de la loi que vous nous signifiez ; nous attendons de l'autorité civile qu'elle permette à l'Église de s'assembler pour décider irrévocablement de notre état et de celui des autres cathédrales du royaume, afin que, comme l'Église est dans l'État quant à l'ordre civil, on ne perde pas aussi de vue que l'État est dans l'Église quant au spirituel ; que si l'Église doit à la puissance du siècle, un royaume chrétien doit également à la puissance spirituelle de l'Église. » Cette protestation fut signée par les chanoines Du Fou, Déric, Pitel, Des Touches, Portier, Du Bourne et Du Feu ; MM. Soulgé et Gallery déclarèrent « ne désapprouver ni adhérer à la présente délibération. » La nuit étant survenue, — car le directoire ne s'était présenté à la cathédrale qu'à trois heures de relevée, — les administrateurs renvoyèrent au lendemain la suite de leurs opérations. Lorsque tout fut terminé, les portes de l'antique église de Saint-Samson furent fermées et tout office y fut interdit. Ainsi finit le chapitre de Dol, après une existence de plus de mille ans[8],[9].
- ↑ Michel Thoumin des Vauxponts, chanoine, archidiacre et vicaire général dès 1773, chapelain de Saint-Blaise et Sainte-Catherine en la collégiale de Saint-Merry, à Paris, possédait encore la dignité de l'archidiaconat lorsque la Révolution le chassa de Dol. Il émigra en en Angleterre ; décédé à Dorchester, près d'Oxford, le [10].
- ↑ Au mois de , à la nomination des autorités civiles on avait réuni 397 votants; il n'y en avait que 272 à l'élection de l'évêque.
- ↑ Sur Montenay.
Références
- Robert 1900.
- « Urbain-René de Hercé », dans Alphonse-Victor Angot et Ferdinand Gaugain, Dictionnaire historique, topographique et biographique de la Mayenne, Laval, A. Goupil, 1900-1910 [détail des éditions] (BNF 34106789, présentation en ligne)
- ↑ Abbé Trévaux, Biographie d'Urbain-René de Hercé, Mémorial de la Mayenne (t. IV, p. 261)
- ↑ Charles-Alexandre Geoffroy de Grandmaison, Le dernier évêque de Dol, L'Univers du .
- ↑ Michel Péronnet, « Loménie de Brienne, archevêque de Toulouse, principal ministre du roi et l'Édit des Non Catholiques de novembre 1787 », Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme français, Actes des journées d'étude sur l'édit de 1787 (Paris, 9 et ), vol. 134, avril-, [lire en ligne], p. 261-280.
- ↑ abbé Théodore Perrin, Les Martyrs du Maine, épisodes précieux de l'histoire de l'église pendant la révolution française, t. II, Chailland, le Mans, Leguicheux-Gallienne, Éditions Laval, , 2 volumes in 12, 324pp et 358p, p. 285.
- ↑ Archives départementales d'Indre-et-Loire: archives ecclésiastiques antérieures à 1790, no H.280
- ↑ M. Robidou, Histoire et Panorama d'un beau Pays, p. 332.
- ↑ M. Gautier-Bidan, Cathédrale de Dol, p. 131.
- ↑ M. Tresvaux, l'Église de Bretagne, p. 301.
- ↑ Isidore Boullier, Mémoires ecclésiastiques.
- ↑ Dupuy 2004, p. 175.
- ↑ Robert 1900, p. 442.
- ↑ Article 3 de la loi du 21-23 avril 1793.
- ↑ Robert 1900, p. 443.
- ↑ D'après la plaque portée sur le mur séparant le parc de la Garenne de celui de la préfecture.
- ↑ [vidéo] Chouans du Morbihan, « Monseigneur Urbain René de Hercé », sur YouTube, (consulté le )
- ↑ Armand René du Châtellier, Histoire de la Révolution dans les départements de l'ancienne Bretagne, 1865, t. V, p. 159.
- ↑ Robert 1900, p. 446.
- ↑ Robert 1900, p. 451.
- ↑ Qui devint plus tard curé de Notre-Dame de Mayenne.
- ↑ Dans ce discours, il défendit Mgr de Hercé contre les accusations infondées portant sur sa loyauté envers l’Église, notamment liées à son rôle dans la nomination de l’abbé des Vaupons à l’évêché de Laval, un diocèse créé sans validation canonique. Antoine Motreuil conclut en déclarant : « Si Mgr de Hercé a commis quelque faute, elle a été promptement réparée. »
- ↑ Discours prononce par Mgr de Bausset-Roquefort, évêque de Vannes, le 7 novembre 1814, avant la cérémonie funèbre faite dans l’Église-Cathédrale de cette Ville, pour l’inhumation des Victimes de Quiberon qui ont péri à Vannes. A Vannes, chez Galles aîné, imprimeur du Roi. In-12 de 12 pages.
Voir aussi
Bibliographie
- « Urbain-René de Hercé », dans Alphonse-Victor Angot et Ferdinand Gaugain, Dictionnaire historique, topographique et biographique de la Mayenne, Laval, A. Goupil, 1900-1910 [détail des éditions] (BNF 34106789, présentation en ligne)
- Charles Robert (prêtre de l'Oratoire de Rennes)), Urbain de Hercé, dernier évêque et comte de Dol, grand-aumônier de l'armée catholique et royale, fusillé à Vannes en 1795 : d'après des documents inédits..., Paris, V. Retaux, , 1 vol. (XIII-498 p.) : portrait et carte ; in-8 (lire en ligne).

Articles connexes
Liens externes
- Ressource relative à la religion :
- « Le chapitre de Dol », sur infobretagne.com (consulté le )
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