Urinofertilisant

Effet de l'épandage d'un urinofertilisant (le lisain) sur une parcelle de moutarde au printemps 2025 - Projet Enville du programme OCAPI

Un urinofertilisant est une matière fertilisante obtenue après traitement de l'urine humaine et permettant de valoriser les nutriments minéraux qu’elle contient (azote, phosphore, potassium et autres micronutriments)[1]. L’utilisation d’urinofertilisants permet de retourner aux sols agricoles les nutriments exportés par les récoltes ou l'alimentation du bétail.

Il existe une grande variété d'urinofertilisants. Le choix est à adapter en fonction des configurations territoriales et des modes de production agricole.

Malgré son origine organique ou biosourcé, un urinofertilisant a un comportement principalement minéral (l'azote et le phosphore sont par exemple majoritairement sous des formes directement assimilables par les plantes). Il peut se trouver sous forme solide ou liquide en fonction des traitements appliqués à l'urine humaine.

Modes de production

Il existe cinq familles de procédés pour produire des matières fertilisantes à partir des urines. Parmi ceux-ci, deux catégories peuvent être distinguées : les traitements conservatifs (qui visent à conserver un maximum d'éléments dans le produit fini en améliorant ses qualités) et les traitements extractifs. L’extraction de composés d'intérêts, comme certains nutriments, de l’urine vise à collecter des minéraux sous forme concentrée voire pure (struvite, autres sels d’ammonium solides, nutriments en solution) tout en générant de nouveaux déchets. Elle repose sur l’utilisation d’additifs comme le magnésium ou la désorption (stripping, passage d'un courant d'air pour faire changer les molécules de phase, extraction membranaire)[2].

Seuls les traitements conservatifs produisent à proprement parler des urinofertilisants qui gardent les caractéristiques de l'urine. Parmi ceux-ci, il est possible de mentionner :

  • L’hygiénisation par stockage qui permet d'éliminer les micro-organismes pathogènes éventuellement présents dans les urines humaines. L'Organisation Mondiale de la Santé a produit des recommandations pour conduire ce mode de traitement[3]. Ce procédé permet de produire du lisain.
  • La stabilisation de l’urine qui vise à conserver l’azote présent dans l'urine, qui, lorsqu’il est sous forme ammoniacale, est sujet à une forte volatilisation. La première technique consiste à limiter l’hydrolyse de l’urée au moment de la collecte de l’urine, soit par acidification (ajout d'un acide), soit par alcalinisation (ajout d'une base). La seconde technique consiste à procéder à une nitrification (à l’aide de bactéries nitrifiantes mobilisées dans un réacteur biologique ou lors d’une percolation sur un filtre de charbon végétal ensemencé).
  • La concentration de l’urine qui permet de réduire la proportion d'eau par différentes techniques plus ou moins complexes et énergivores : l'évaporation, la distillation, la congélation-décongélation[4], les osmoses, la lyophilisation et la distillation membranaire.

Enfin, différents traitements visent à diminuer la présence d’indésirables dans les urines, tels que les micropolluants d’origine médicamenteuse (filtration sur charbon actif). Le traitement par stockage a un effet restreint sur les micropolluants. Les rendements de tels procédés sont encore aujourd'hui incertains au regard de la grande variété des molécules contaminants l'environnement et les corps humains.

Utilisation au champ

Pour une utilisation agricole, les urinofertilisants s’utilisent sans dilution. Seuls les urinofertilisants qui ne présentent pas de risque de volatilisation de l'azote (urine nitrifiée, urine acidifiée, etc.) peuvent être épandus avec des rampes à buses (pulvérisateurs). Les urinofertilisants tels que le lisain (urine hygiènisée par stockage), qui comportent des risques de volatilisation, doivent être épandus de préférence avec du matériel adapté limitant ce risque. Par exemple, un travail du sol après épandage est nécessaire et il est possible de recourir à de l'outillage spécifique du type enfouisseurs, rampes à pendillards[5]. Les urinofertilisants liquides peuvent aussi être utilisés via un système de fertirrigation en goutte-à-goutte.

Utilisation au jardin

L’utilisation de l’urine comme engrais est possible au jardin (plantes ornementales, jardin potager, petits fruits, arbres fruitiers). Les dosages sont à moduler en fonction des besoins de chaque plante. L’hygiénisation par stockage pour produire du lisain est nécessaire pour une utilisation au-delà du cercle familial. A cet effet, différents guides pratiques fournissent des recommandations d’usage[6],[7].

Études

Des études de comparaison des performances agronomiques des urinofertilisants ont été réalisées. Certaines concernent également leurs impacts environnementaux[8],[9].

Le programme de recherche-action OCAPI[10] a produit une revue de fiches techniques sur les urinofertilisants[11]. Cet outil permet leur comparaison.

Voir aussi

Références

  1. Tove A. Larsen et Willi Gujer, « Separate management of anthropogenic nutrient solutions (human urine) », Water Science and Technology, vol. 34, nos 3-4,‎ , p. 87–94 (ISSN 0273-1223 et 1996-9732, DOI 10.2166/wst.1996.0420, lire en ligne, consulté le )
  2. (en) M. Maurer, W. Pronk et T.A. Larsen, « Treatment processes for source-separated urine », Water Research, vol. 40, no 17,‎ , p. 3151–3166 (DOI 10.1016/j.watres.2006.07.012, lire en ligne, consulté le )
  3. (en) « Guidelines for the safe use of wastewater, excreta and greywater Volume 4 Excreta and greywater use in agriculture », sur www.who.int (consulté le )
  4. « FreezePee – OCAPI » (consulté le )
  5. « GTT Séparation à la source | Arceau », sur arceau-idf.fr (consulté le )
  6. Renaud de Looze, L'urine, de l'or liquide au jardin: guide pratique pour produire ses fruits et légumes en utilisant les urines et composts locaux, Terran, coll. « Jardiner nature », (ISBN 978-2-35981-100-1)
  7. « Rich Earth Institute : Community Guide », sur richearthinstitute.org (consulté le )
  8. (en) Tristan M. P. Martin, Fabien Esculier, Florent Levavasseur et Sabine Houot, « Human urine-based fertilizers: A review », Critical Reviews in Environmental Science and Technology, vol. 52, no 6,‎ , p. 890–936 (ISSN 1064-3389 et 1547-6537, DOI 10.1080/10643389.2020.1838214, lire en ligne, consulté le )
  9. Tristan M. P. Martin, Joël Aubin, Enola Gilles et Julie Auberger, « Comparative study of environmental impacts related to wheat production with human-urine based fertilizers versus mineral fertilizers », Journal of Cleaner Production, vol. 382,‎ , p. 135123 (ISSN 0959-6526, DOI 10.1016/j.jclepro.2022.135123, lire en ligne, consulté le )
  10. « OCAPI – Programme de recherche-action sur les systèmes alimentation/excrétion et la gestion des urines et matières fécales humaines » (consulté le )
  11. Fiches pratiques "utiliser l'urine humaine en agriculture"
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