En théorie des nombres , la valuation p -adique ou l'ordre p -adique d'un entier non nul n est l'exposant de la puissance la plus élevée du nombre premier p qui divise n : cet exposant est noté
ν
p
(
n
)
{\displaystyle \nu _{p}(n)}
. De manière équivalente,
ν
p
(
n
)
{\displaystyle \nu _{p}(n)}
est l'exposant auquel
p
{\displaystyle p}
apparaît dans la décomposition en facteurs premiers de
n
{\displaystyle n}
. On prolonge cette notation aux rationnels non nuls en posant
ν
p
(
m
n
)
=
ν
p
(
m
)
−
ν
p
(
n
)
{\displaystyle \nu _{p}\left({\frac {m}{n}}\right)=\nu _{p}(m)-\nu _{p}(n)}
.
La valuation p -adique est une valuation , analogue de la valeur absolue habituelle. Alors que l'extension des nombres rationnels par rapport à la valeur absolue aboutit aux nombres réels
R
{\displaystyle \mathbb {R} }
, leur extension par rapport à la valuation
p
{\displaystyle p}
-adique aboutit au corps des nombres p -adique s
Q
p
{\displaystyle \mathbb {Q} _{p}}
[ 1] .
Distribution des entiers naturels par leur valuation 2-adique, étiquetés avec les puissances correspondantes de deux . Zéro a une valuation infinie[ 2] .
Définition et propriétés
Soit p un nombre premier .
Entiers
La valuation p -adique (des entiers) est définie comme étant l'application
ν
p
:
Z
⟶
N
∪
{
∞
}
n
⟼
{
max
(
{
k
∈
N
∣
p
k
∣
n
}
)
,
si
n
≠
0
∞
si
n
=
0
{\displaystyle \nu _{p}:{\begin{matrix}\mathbb {Z} \longrightarrow \mathbb {N} \cup \{\infty \}\\\quad \quad \quad \quad \quad \quad \quad \quad \quad \quad \quad n\longmapsto {\begin{cases}\max(\{k\in \mathbb {N} \mid \,p^{k}\mid n\}),&{\text{si }}n\neq 0\\\infty &{\text{si }}n=0\end{cases}}\end{matrix}}}
N
{\displaystyle \mathbb {N} }
désignant l'ensemble des entiers naturels et
m
∣
n
{\displaystyle m\mid n}
signifiant m divise n [ 3] .
Par exemple, pour
−
12
{\displaystyle -12}
, dont la valeur absolue est égale à
|
−
12
|
=
12
=
2
2
⋅
3
1
⋅
5
0
{\displaystyle |{-12}|=12=2^{2}\cdot 3^{1}\cdot 5^{0}}
, on a
ν
2
(
−
12
)
=
2
{\displaystyle \nu _{2}(-12)=2}
,
ν
3
(
−
12
)
=
1
{\displaystyle \nu _{3}(-12)=1}
, et
ν
5
(
−
12
)
=
0
{\displaystyle \nu _{5}(-12)=0}
.
La notation
p
k
∥
n
{\displaystyle p^{k}\parallel n}
est parfois utilisée pour signifier que
k
=
ν
p
(
n
)
{\displaystyle k=\nu _{p}(n)}
[ 4] .
Si
n
{\displaystyle n}
est un entier positif, alors
ν
p
(
n
)
⩽
log
p
n
{\displaystyle \nu _{p}(n)\leqslant \log _{p}n}
car par définition :
n
⩾
p
ν
p
(
n
)
{\displaystyle n\geqslant p^{\nu _{p}(n)}}
.
Nombres rationnels
La valuation p -adique peut être étendue aux nombres rationnels [ 5] , [ 6] par :
ν
p
:
Q
⟶
Z
∪
{
∞
}
r
s
⟼
ν
p
(
r
)
−
ν
p
(
s
)
{\displaystyle \nu _{p}:{\begin{matrix}\mathbb {Q} \longrightarrow \mathbb {Z} \cup \{\infty \}\\{\frac {r}{s}}\longmapsto \nu _{p}(r)-\nu _{p}(s)\end{matrix}}}
.
Par exemple,
ν
2
(
9
8
)
=
−
3
{\displaystyle \nu _{2}{\bigl (}{\tfrac {9}{8}}{\bigr )}=-3}
et
ν
3
(
9
8
)
=
2
{\displaystyle \nu _{3}{\bigl (}{\tfrac {9}{8}}{\bigr )}=2}
, car
9
8
=
2
−
3
⋅
3
2
{\displaystyle {\tfrac {9}{8}}=2^{-3}\cdot 3^{2}}
.
On a en particulier:
ν
p
(
r
⋅
s
)
=
ν
p
(
r
)
+
ν
p
(
s
)
{\displaystyle \nu _{p}(r\cdot s)=\nu _{p}(r)+\nu _{p}(s)}
ν
p
(
r
+
s
)
≥
min
{
ν
p
(
r
)
,
ν
p
(
s
)
}
{\displaystyle \nu _{p}(r+s)\geq \min {\bigl \{}\nu _{p}(r),\nu _{p}(s){\bigr \}}}
De plus, si
ν
p
(
r
)
≠
ν
p
(
s
)
{\displaystyle \nu _{p}(r)\neq \nu _{p}(s)}
, alors
ν
p
(
r
+
s
)
=
min
{
ν
p
(
r
)
,
ν
p
(
s
)
}
{\displaystyle \nu _{p}(r+s)=\min {\bigl \{}\nu _{p}(r),\nu _{p}(s){\bigr \}}}
Valeur absolue p -adique
La valeur absolue p -adique sur
Q
{\displaystyle \mathbb {Q} }
est la fonction définie par
|
x
|
p
=
{
0
si
x
=
0
p
−
v
p
(
x
)
si
x
≠
0.
{\displaystyle |x|_{p}={\begin{cases}0&{\text{si }}x=0\\p^{-v_{p}(x)}&{\text{si }}x\neq 0.\end{cases}}}
Par exemple,
|
−
12
|
2
=
2
−
2
=
1
4
{\displaystyle |{-12}|_{2}=2^{-2}={\tfrac {1}{4}}}
et
|
9
8
|
2
=
2
−
(
−
3
)
=
8.
{\displaystyle {\bigl |}{\tfrac {9}{8}}{\bigr |}_{2}=2^{-(-3)}=8.}
La valeur absolue p -adique est :
non-négative
|
r
|
p
≥
0
{\displaystyle |r|_{p}\geq 0}
définie positive
|
r
|
p
=
0
⟺
r
=
0
{\displaystyle |r|_{p}=0\iff r=0}
multiplicative
|
r
s
|
p
=
|
r
|
p
|
s
|
p
{\displaystyle |rs|_{p}=|r|_{p}|s|_{p}}
ultramétrique
|
r
+
s
|
p
⩽
max
(
|
r
|
p
,
|
s
|
p
)
{\displaystyle |r+s|_{p}\leqslant \max \left(|r|_{p},|s|_{p}\right)}
Comme elle est multiplicative (
|
r
s
|
p
=
|
r
|
p
|
s
|
p
{\displaystyle |rs|_{p}=|r|_{p}|s|_{p}}
) on a
|
1
|
p
=
1
=
|
−
1
|
p
{\displaystyle |1|_{p}=1=|-1|_{p}}
et donc on a aussi
|
−
r
|
p
=
|
r
|
p
.
{\displaystyle |{-r}|_{p}=|r|_{p}.}
L'inégalité triangulaire
|
r
+
s
|
p
⩽
|
r
|
p
+
|
s
|
p
{\displaystyle |r+s|_{p}\leqslant |r|_{p}+|s|_{p}}
(sous-additivité ) découle de l'inégalité ultramétrique
|
r
+
s
|
p
≤
max
(
|
r
|
p
,
|
s
|
p
)
{\displaystyle |r+s|_{p}\leq \max \left(|r|_{p},|s|_{p}\right)}
.
Le choix de la base p dans l'exponentiation
p
−
ν
p
(
r
)
{\displaystyle p^{-\nu _{p}(r)}}
n'affecte pas la plupart des propriétés, et permet d'avoir la formule du produit :
∏
0
,
p
|
r
|
p
=
1
{\displaystyle \prod _{0,p}|r|_{p}=1}
où le produit prend en compte tous les nombres premiers p et la valeur absolue habituelle, notée
|
r
|
0
{\displaystyle |r|_{0}}
. Cela découle simplement de la décomposition en facteurs premiers .
Q
{\displaystyle \mathbb {Q} }
peut être muni d'une structure d'espace métrique par la distance (ultramétrique et invariante par translation )
d
:
Q
×
Q
→
R
≥
0
(
r
,
s
)
⟼
d
(
r
,
s
)
=
|
r
−
s
|
p
{\displaystyle d\colon {\begin{matrix}&\mathbb {Q} \times \mathbb {Q} \to \mathbb {R} _{\geq 0}\\&(r,s)\longmapsto d(r,s)=|r-s|_{p}\end{matrix}}}
La complétion de
Q
{\displaystyle \mathbb {Q} }
pour cette distance conduit au corps
Q
p
{\displaystyle \mathbb {Q} _{p}}
des nombres p -adiques .
Références
↑
↑ Plongement (topologique, mais non isométrique) des entiers 2-adiques dans le plan complexe. Pour des explications détaillées, voir Chistyakov, D. V. (1996), (en) Fractal geometry for images of continuous embeddings of p-adic numbers and solenoids into Euclidean spaces , in Theoretical and Mathematical Physics, volume 109, issue 3, DOI:10.1007/BF02073866, pages 1495–1507.
↑ K. Ireland et M. Rosen , A Classical Introduction to Modern Number Theory , New York, Springer-Verlag, 2000 , p. 3 [ISBN souhaité]
↑ Ivan Niven , Herbert S. Zuckerman et Hugh L. Montgomery , An Introduction to the Theory of Numbers , 5th, 1991 (ISBN 0-471-62546-9 ) , p. 4
↑ avec une relation d'ordre usuelle
↑ A. Khrennikov et M. Nilsson , p -adic Deterministic and Random Dynamics , Kluwer Academic Publishers, 2004 , p. 9
Liens internes
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