Vapeurs de la nuit

| Artiste | |
|---|---|
| Date | |
| Technique | |
| Dimensions (H × L) |
100 × 196,5 cm |
| Localisation |
Exposé à Paris en 1863, au musée des Beaux Arts de Quimper en 1900 par le fils de l’artiste (France) |
| Commentaire |
Signé en bas à droite, en rouge : Yan' Dargent. Restauré en 1987 |

| Artiste | |
|---|---|
| Date |
ca. 1896 |
| Technique | |
| Dimensions (H × L) |
100 × 200 cm |
| Localisation |
Les Vapeurs de la nuit (aussi nommée Ann Anaonn, ombres des marais, légende de Cornuaille) est un titre qui peut faire référence à deux tableaux homonymes du peintre breton Yan' Dargent : une peinture à l'huile, exposée au Salon de Paris en 1863 et actuellement au musée des Beaux-Arts de Quimper ; ou bien, une peinture réalisée vers 1896, dans les dernières années de la vie de l'artiste, exposée au musée des Beaux-Arts de Lyon.
Contexte de l’œuvre
En France, au XIXe siècle, des historiens romantiques ont collecté et publié des chants populaires, dont des chants bretons appelés gwérziou[1],[2]. Yan' Dargent[3] s'inscrit dans ce contexte[4]. L’œuvre a pour thème l'Anaon (l'âme des morts, en breton), issu de la tradition orale des gwérziou[5].
L’œuvre Les Vapeurs de la nuit illustre cette critique de la justice[Note 1], en opposition au positivisme[6],[7]. La mise en scène montre que, dans la mort, les âmes seront confrontées à la justice divine qui rétablit l’ordre et l’équité[Note 2].
Critiques descriptives
Analyse du tableau et interprétation philosophique
Analyse à partir de la tradition bretonne et du symbolisme
La mort dans la légende celtique et bretonne
Cette œuvre représente les Anaon (les âmes des morts, en breton), très présentes dans la vie et l'imaginaire des Bretons du XIXè siècle[8]. L'Anaon représente le peuple des âmes en peine et en pénitence.
Dans l'année, tous les morts de chaque région se donnent rendez-vous durant trois périodes : à la veille de Noël, à la nuit de la Saint-Jean, et le soir de la Toussaint.
Le soir de la Toussaint, veille de la fête des Morts[9], les défunts viennent tous visiter les vivants[10]. Comme l'écrit l'Institut Iliade[11] :
L’étoile polaire ou la justice divine
En haut, à gauche du tableau, une étoile brille, vers laquelle se ruent les âmes des morts, qui pourrait être l'étoile polaire.
L'étoile polaire joue dans la symbolique universelle un rôle privilégié[12]. Cette symbolique permet de comprendre le tableau de Yan Dargent[Note 3].
Analyse à partir des influences littéraires
La dimension active et passionnelle des âmes
Yan' Dargent, contemporain de Gustave Doré, a notamment illustré les écrits de Dante qui traitent des passions humaines[13],[14]. Ce tableau illustre les âmes qui gardent leur forme anthropomorphique et conservent ces passions humaines[Note 4].
Notes et références
Notes
- ↑ Dans ces chants, la justice terrestre est considérée comme inefficace et la justice divine est présentée comme justice véritable, exercée parfois avec l’aide des défunts eux-mêmes.
- ↑ L'originalité de la tradition bretonne réside dans le dialogue entre défunts et vivants.
- ↑ La ruée des âmes vers l’étoile polaire, le point lumineux, la Lumière vers laquelle ces âmes tendent désespérément en vue d’une rédemption, comme l’illustrent les positions des corps : bras tendus, corps entassés, visages tournés vers le ciel. Toutefois, sa petitesse traduit son éloignement et pourrait matérialiser une impossibilité pour ces âmes damnées d’atteindre la Lumière, la Pureté divine malgré leurs efforts. Le châtiment semble donc inévitable et éternel.
- ↑ Les âmes sont en pénitence sur terre, elles continuent de vivre et d'agir comme des vivants et ont une dimension active. Trois analyses du tableau semblent intéressantes pour illustrer ce propos : En bas à gauche est représenté un couple qui s’embrasse et s’enlace. Cela suppose que le désir charnel ou l’amour restent possibles pour les âmes défuntes. De plus, un homme s’apprête à poignarder l’un d’eux. La passion qu’est la haine continue donc à habiter cette âme pourtant morte. Amour et haine sont encore présents chez ce peuple d’âmes en pénitence. Au premier plan, aux pieds du couple, un corps ensanglanté semble plongé dans l’eau. La mort peut être donnée chez ces âmes défuntes ; le crime peut être commis. Les âmes ne sont pas immortelles, mais possiblement mortelles, comme les hommes, et peuvent subir les conséquences mortelles d’une passion humaine telle que la haine. Enfin, à droite du tableau, quatre êtres démoniaques semblent se jouer des âmes défuntes. Cela suppose donc que ces dernières ressentent de la peur. De plus, l’être démoniaque du milieu, tient dans ses bras une âme de femme (la courbe d’un sein est visible) et semble la séduire. Les âmes défuntes peuvent donc tomber sous le charme, voire souffrir d’une séduction ici démoniaque.
Références
- ↑ Denise Delouche, Jean-Marc Michaud et Château de Suscinio (Sarzeau France), Bretagne: terre des peintres, Cloître, (ISBN 978-2-909299-23-5, lire en ligne)
- ↑ Guillorel Éva, La Complainte et la plainte. Chanson, justice, cultures en Bretagne (xvie-xviiie siècles), Presses Universitaires de Rennes
- ↑ « Yan Dargent (1824-1899) - Auteur - Ressources de la Bibliothèque nationale de France », sur data.bnf.fr (consulté le ).
- ↑ « Les Vapeurs de la Nuit », sur Musée des Beaux-Arts de Quimper (consulté le )
- ↑ « Histoire », sur Musée Yan' DARGENT (consulté le )
- ↑ « Etude pour "Les Vapeurs de la nuit" - Etude de détail de personnages par Yan' Dargent - Etude d'attitude », sur Musée departementel Breton (consulté le )
- ↑ Anatole Le Braz, La Légende de la mort en Basse-Bretagne, 1893
- ↑ Nina Luec, Yan' Dargent (ISBN 978-2913308435)
- ↑ www.bretagne.com
- ↑ Anatole Le BrazLa légende de la mort en Basse-Bretagne, 1893
- ↑ « L’Anaon ou le domaine des morts chez les Bretons / Institut Iliade », sur Institut Iliade, (consulté le ).
- ↑ Selon le Dictionnaire des symboles, de Jean Chevalier et d’Alain Gerbant, ce rôle serait celui de « centre absolu autour duquel, éternellement, pivote le firmament ». Ce pôle céleste symbolise le centre auquel tout se réfère, le Principe d’où tout émane, le Moteur qui meut tout et le chef autour duquel gravitent les astres comme une cour autour de son roi. Selon l'Introduction au monde des symboles de Gérard de Champeaux, Dom Sebastin Sterckx, 1966, l'étoile polaire est définie plus précisément comme « par excellence le trône de Dieu. De là-haut, il voit tout, surveille tout, commande tout, intervient, récompense ou châtie, donnant loi et destin au monde céleste dont le terrestre n’est que la réplique.
- ↑ Dante Alighieri La Divine Comédie 1307-1321
- ↑ « Yann », sur yan.dargent.free.fr (consulté le ).
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