Variante d'échange de la partie espagnole
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La variante d'échange de la partie espagnole est une ouverture au jeu d'échecs. Elle se produit après les coups 1. e4 e5 2.Cf3 Cc6 3. Fb5 a6 4. Fxc6, après quoi les noirs reprennent généralement avec le pion d7.
Son code ECO est C68-C69.
Historique
Cette variante a été très utilisée par le Champion du monde Emanuel Lasker (voir partie ci-dessous). Par la suite, elle a été popularisée par le Champion du monde Bobby Fischer qui préférait, lui, jouer 5. 0-0 (voir partie ci-dessous), alors qu'Emanuel Lasker jouait 5. d4. Depuis Lasker, de meilleures défenses noires ont été développées, et 5. d4 est considéré comme légèrement en leur faveur. Jon Jacobs écrivait dans le numéro Chess Life (en) de (p. 21) qu'une recherche dans la base de données (limitée aux parties de plus de 20 coups, les deux joueurs étant classés plus de 2300 Elo) révèle que les résultats des Blancs après 5. d4 exd4 6. Dxd4 Dxd4 7. Cxd4, une variante jouée 20 fois entre 1985 et 2002, étaient catastrophiques : +0 −7 =13.
Analyse
Les Noirs ne craignent pas le coup 5. Cxe5, car le pion peut être récupéré après 5…Dd4 6. Cf3 Dxe4+ 7. De2 Dxe2+ 8. Rxe2, où l'insécurité du roi blanc suffit à donner un léger avantage aux Noirs. Bien que souvent considérée comme douteuse, cette ligne a été jouée au niveau international par Étienne Bacrot.
La variante d'échange tranche parmi toutes les autres variantes de la partie espagnole, car c'est une ouverture où les Blancs visent d'emblée la finale[1]. En effet, suite à 4…dxc6 puis les coups d2-d4 et …e5xd4 — ou encore plus après 4…bxc6 — les Blancs auront une meilleure structure de pions[2], qui est leur compensation pour la paire de fous sacrifiée[3]. Leur majorité de quatre pions contre trois à l'aile roi sera susceptible d'engendrer un pion passé, alors que la majorité de pions à l'aile dame des noirs est handicapée par les pions doublés[4]. Si les Blancs parviennent à échanger toutes les pièces, une possibilité de gain pour eux est qu'ils créent un pion passé à l’aile roi, tandis que les Noirs sont incapables d’en faire autant à l’aile dame à cause de leurs pions doublés[5]. Ce pion passé « ligote » alors le roi noir à l'aile roi, et peut permettre aux Blancs de transférer leur propre roi à l’aile dame au moment opportun, puis d'assurer la promotion d’un pion[6].
Les Blancs s'offrent donc une finale où ils vont obtenir une légère supériorité spatiale, mais les Noirs peuvent exploiter la colonne d semi-ouverte, ce à quoi les Blancs peuvent remédier par d4, créant alors une colonne ouverte, ce qui les avantagerait (car cela faciliterait les échanges de pièces[3]). Les Blancs ont deux pions contre un au centre et ont déjà une pièce développée contre aucune aux Noirs[7] ; ces derniers veilleront donc à ne pas se faire laminer au sortir de l'ouverture. Ils seront aidés par le fait que le fou c8 n'a plus de problème de développement après 4...dxc6[5]. Ils peuvent même mettre leur roi à l'abri par le grand roque[5], alors que les Blancs, qui roquent quasiment sans exception à l'aile roi[3], doivent attendre la finale (éventuelle) pour pouvoir mobiliser leur majorité de pions, dans la mesure où ils ne doivent pas surexposer leur roi aux attaques des Noirs[3].
La lutte est censée être équilibrée[8], car, comme l'a dit Xavier Tartakover, « les dieux, avant la fin de la partie, ont placé le milieu de jeu »[9]. Or les Blancs ont volontairement abandonné la paire de fous, ce qui est à l'avantage des Noirs dans le milieu de partie. Les Noirs doivent chercher une autre forme de contre-jeu que la création d'un pion passé[7], et faire leur possible pour éviter les échanges de pièces[5] (afin de rester dans le milieu de jeu et ainsi éloigner la venue de la finale). Au contraire, les Blancs doivent échanger le maximum de pièces, et notamment l'un des fous noirs[10]. Dans la plupart des variantes, les dames sont échangées tôt dans le jeu[10].
En jouant avec précision, les Noirs obtiennent fréquemment la partie nulle[2]. Ils n'ont que très peu de chances de gagner si les Blancs optent pour la variante d'échange de la partie espagnole entre deux adversaires de force égale (la probabilité pour la nulle vient alors en premier, et celle de la victoire des blancs en deuxième). Les Blancs peuvent quant à eux annuler plus facilement contre un adversaire nettement plus fort qu'eux lorsqu'ils évitent les grandes lignes de la partie espagnole au profit de cette variante d'échange[2].
Suites principales
L'arborescence des coups les plus populaires après 4...dxc6 est[11],[12]:
- 5. Cc3 variante Keres[13] 5...f6
- 6. d4 exd4
- 6. d3 variante Romanovsky
- 5. d4 exd4 6. Dxd4 Dxd4 7. Cxd4 Laurent Fressinet est un des spécialistes de cette ligne. 7... Fd7 variante Alekhine
- 5. 0-0
Le coup 4...bxc6 est généralement jugé moins bon que 4...dxc6, et est nettement moins populaire. Les Noirs obtiennent que la colonne b soit semi-ouverte, mais leur structure de pions est peu commode. Leur fou de la dame aura du mal à être développé, dans la mesure où avancer leur pion d laisse sans défense le pion c6. Si 5. Cxe5, les Noirs regagnent le pion après 5...Dg5 6. d4 Dxg2 7. Df3, ou encore 5...Dg5 6. Cf3 Dxg2 7. Tg1 Dh3 où les Blancs ont perdu la possibilité de roquer à l'aile roi. Fischer a déclaré que les Blancs possèdent une initiative durable après 5. d4 exd4 6. Dxd4 Df6 7. Dd3[14].
Parties d'exemples
- 1. e4 e5 2. Cf3 Cc6 3. Fb5 a6 4. Fxc6 dxc6 5. 0-0 f6 6. d4 Fg4 7. c3 exd4 8. cxd4 Dd7 9. h3![16] Fe6 10. Cc3 0-0-0 11. Ff4 Ce7 12. Tc1 Cg6 13. Fg3 Fd6 14. Ca4![16] Fxg3?[17] Fischer a suggéré 14…Rb8 15. Cc5 De7[17] 15. fxg3 Rb8 16. Cc5 Dd6 17. Da4![16] Ra7?[16],[17] (17…Fc8 18. Tc3 Cf8! selon Fischer[17]) 18. Cxa6![16],[17] Fxh3 19. e5![16],[17] Cxe5?![16] 20. dxe5 fxe5 21. Cc5+ Rb8 22. gxh3 e4 23. Cxe4 De7 24. Tc3 b5 25. Dc2 1-0.
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- 1. e4 e5 2. Cf3 Cc6 3. Fb5 a6 4. Fxc6 dxc6 5. 0-0 f6 6. d4 exd4 7. Cxd4 c5 8. Ce2 Dxd1 9. Txd1 Fd7 10. Fe3 0-0-0 11. Cbc3 Te8![17] 11…Fd6 12. Ff4![17] 12. Td2 Fc6 13. Tad1 b6 14. f3 Ce7 15. Cf4 Cg6 16. Ccd5 Ce5 17. b3 c4 18. Ch5 Tg8 19. Rf2 Fa3 20. h3 Rb7 21. g4 Td8 22. Ff4 Fc5+ 23. Rg2 cxb3 24. cxb3 Tde8 25. Fg3 a5 26. Ff2 Fxf2? 26…Fa3[18] 27. Rxf2 Cd7 28. Rg3 Fxd5 29. Txd5 Cc5 30. h4 h6 31. Cf4 Rc8 32. Cg6 c6 33. T5d2 Rc7 34. h5 Td8 35. Ce7 Txd2 36. Txd2 Tf8 37. Cf5 Tf7 38. Td6 b5 39. Rf2 Cd7 40. f4 Cb6 41. Re3 Cc8 42. Td2 Ce7 43. Cd4 Rb6 44. Ce6 g6 45. hxg6 Cxg6 46. Td6 Ce7 47. a3 h5 48. gxh5 Th7 49. Cd4 Txh5 50. Txf6 Th3+ 51. Cf3 Rc7 52. f5 c5 53. Tf7 Rd8 54. Tf8+ Rd7 55. Rf4 Cc6 56. Tf7+ Rd8 57. Tg7 Th1 58. f6 Tf1 59. Tg8+ Rc7 60. f7 Cd4 61. Tg3 Rd7 62. Re3 Ce6?![18] 62…Re7 63. Cxd4 cxd4+ 64. Rxd4 Rxf7 65. Rc5[18] 63. Tg6 Cf8 64. Ta6 Re7 65. Ce5 Tb1 66. Ta8 Ch7 67. Te8+ Rf6 68. Th8 Rxe5 69. Txh7 Tf1 70. Th5+ Rd6 71. Tf5??[18] Voir le diagramme : 71. Td5+ Re6 72. Txc5 Txf7 73. Txb5 gagne[18] 71…Txf5 72. exf5 Re7 73. Re4 Rxf7 74. Rd5 a4 75. bxa4 bxa4 ½-½.
- Bobby Fischer-Boris Spassky, Sveti Stefan (Monténégro), 1992, neuvième partie[19]
- 1. e4 e5 2. Cf3 Cc6 3. Fb5 a6 4. Fxc6 dxc6 5. 0-0 f6 6. d4 exd4 7. Cxd4 c5 8. Cb3 Dxd1 9. Txd1 Fg4 10. f3 Fe6 11. Cc3 Fd6 12. Fe3 b6 13. a4 0-0-0 14. a5 Rb7 15. e5! « Ce coup brillant ouvre de nouvelles possibilités pour rendre le combat total sur les cases noires. En effet la case e4 étant libérée, le Cc3 peut s'y rendre et créer des attaques supplémentaires sur cette couleur en pressurant c5-d6. »[20] 15...Fe7 16. Txd8 Fxd8 17. Ce4 Rc6??[7] (17...Fxb3) 18. axb6 cxb6 19. Cbxc5![7] Fc8 20. Cxa6 fxe5 21. Cb4+ 1-0.
Notes et références
- ↑ (es) Daniel Elguezabal Varela, Curso de aperturas: sistemas abiertos, Editorial La Casa del Ajedrez, 2002.
- Camille Coudari (en), L'Ouverture aux Échecs pour Tous, Les Éditions de l'Homme, 2000, (ISBN 978-27619-1508-3), p. 117.
- Daniel King & Pietro Ponzetto (it), Mastering the Spanish with the Read and Play Method, Éd. Batsford, 1992, Chapitre 8 (The Fischer centre).
- ↑ Timothy Taylor, Slay the Spanish !, Everyman Chess, 2011.
- Kállai, 1997 (voir Bibliographie).
- ↑ Karsten Müller et Frank Lamprecht (en), Secrets of Pawn Endings, Everyman Chess, 2008, (ISBN 1-904600-88-3).
- Andrew Soltis, 1995 (voir Bibliographie).
- ↑ (en) Sam Collins, Understanding the chess openings, Éd. Gambit, 2005.
- ↑ Webescence - 8 citations de Tartakover
- Larry Kaufman, 2004 (voir Bibliographie).
- ↑ (en) Nick de Firmian, Modern Chess Openings, 14e édition (MCO 14), McKay Chess Library, 1999.
- ↑ (en) John Nunn, Graham Burgess (en), John Emms, Joe Gallagher, Nunn's Chess Openings (NCO), Gambit Publications, 1999.
- ↑ « Code eco des ouvertures (en français) », sur uia-echecs.blogspot.com (consulté le ).
- ↑ Fischer, My 60 Memorable Games, Faber and Faber, 1969, (ISBN 0-571-09987-4), pp. 343–44.
- ↑ Partie commentée sous Chessgames.com.
- Andrew Soltis, 1992 (voir Bibliographie).
- (en) Andrew P. H. Kinsman, The Spanish Exchange, Batsford, , 144 p. (ISBN 978-0713-48471-7).
- (en) Krzysztof Panczyk et Jacek Ilczuk, Ruy Lopez Exchange, Everyman Chess, , 192 p. (ISBN 978-1857-44389-9), p. 163-166.
- ↑ Partie commentée sous Chessgames.com.
- ↑ Marc Quenehen, « L'Espagnole, variante d'échange », Europe Échecs, no 614, , p. 48-49.
Bibliographie
Ouvrages généraux
- Gábor Kállai, Traité moderne des ouvertures T.1, Caissa Chess Books, 1997.
- (en) Larry Kaufman, The Chess Advantage in Black and White, McKay Chess Library, 2004.
- (en) Andrew Soltis, Opening Ideas and Analysis for Advanced Players, Vol. 2, Chess Digest Inc., 1992.
Ouvrages spécifiques
- (en) Andrew Soltis, Winning with the Ruy Lopez Exchange Variation, Chess Digest Inc., 1995.
- (en) Andrew Kinsman, The Spanish Exchange, Éditions Batsford, 1998.
- (en) Stefan Kindermann, The Spanish Exchange Variation, Éditions Olms, 2005.
- (en) Krzysztof Panczyk (pl), Jacek Ilczuk, Ruy Lopez Exchange, Everyman Chess, 2005.
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