Vassili Maklakov

Vassili Maklakov
Illustration.
Vassili Maklakov en 1917.
Fonctions
Dirigeant du Parti constitutionnel démocratique
– ?
Élection comité central
Député à la Douma d'État de l'Empire russe

(10 ans)
Président Fiodor Aleksandrovitch Golovine
Mikhaïl Rodzianko
Groupe politique Parti constitutionnel démocratique
Bloc progressiste
Député à l'Assemblée constituante

(1 mois et 26 jours)
Groupe politique Parti constitutionnel démocratique
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Moscou (Russie)
Date de décès (à 88 ans)
Lieu de décès Baden (Suisse)
Nationalité Russe

Signature de

Vassili Alexeïevitch Maklakov (russe : Василий Алексеевич Маклаков), connu en France sous les noms de Vassili ou Basile Maklakoff, né le à Moscou et mort le à Baden (Suisse), est un avocat et homme politique libéral russe, l’un des principaux dirigeants du Parti constitutionnel démocratique (cadets). Député à la Douma d’État des IIe, IIIe et IVe convocations, il fut l’un des orateurs parlementaires les plus remarqués de son temps et un défenseur du principe d’un État constitutionnel fondé sur l’État de droit[1].

Après la révolution de Février 1917, il fut membre du Comité provisoire de la Douma d'État et fut nommé ambassadeur du Gouvernement provisoire en France[2]. Après la prise du pouvoir par les bolcheviks, il demeura à Paris, où il devint l’une des figures importantes de l’émigration politique russe (Russes blancs)[3].

Biographie

Russie impériale

Formation et influences intellectuelles

Maklakov était le fils d’un professeur d’ophtalmologie de Moscou. Il étudia l’histoire à l’Université de Moscou sous la direction de l’historien Pavel Vinogradov. Ses premiers travaux portaient sur les institutions politiques de l’Athènes antique[4].

En 1889, lors d’un séjour à Paris à l’occasion de l’Exposition universelle, il découvrit de près la vie politique de la Troisième République. Grâce aux étudiants de l’Association générale des étudiants de Paris, il assista à de nombreuses réunions électorales organisées dans le contexte de la crise boulangiste[5].

Ces expériences firent une forte impression sur le jeune étudiant russe, pour qui l’existence d’une vie politique ouverte et d’élections libres constituait un spectacle entièrement nouveau. Le centenaire de la Révolution française contribua également à orienter sa réflexion politique. Il développa alors une admiration particulière pour Mirabeau, qu’il considérait comme l’exemple d’un réformateur cherchant à concilier l’autorité de l’État et les libertés publiques.

Avocat

Admis au barreau de Moscou dans les années 1890, Maklakov acquit rapidement la réputation d’un avocat et d’un orateur judiciaire de premier plan[4].

Influencé un temps par les idées de Léon Tolstoï, il assura notamment la défense de tolstoïens poursuivis par les autorités. Sa carrière d’avocat contribua à forger sa conception d’un État fondé sur la primauté du droit et sur la garantie des libertés civiles.

Député à la Douma

Maklakov fut élu député de Moscou à la Douma d’État et siégea dans les IIe, IIIe et IVe Doumas[4].

Membre dirigeant du Parti constitutionnel démocratique (cadets), il représentait l’aile la plus modérée du parti. Soucieux de préserver l’unité du mouvement libéral, il s’opposa souvent aux positions plus radicales de Pavel Milioukov. Dans ses discours, il défendait l’évolution constitutionnelle de la Russie et mettait en garde contre les alliances tactiques avec les mouvements révolutionnaires.

Au cours des dernières années du régime impérial, il rejoignit le Bloc progressiste, coalition de partis libéraux et modérés constituée au sein de la IVe Douma pendant la Première Guerre mondiale et qui réclamait la formation d’un gouvernement responsable devant le parlement afin de restaurer la confiance dans les institutions[6]. Son frère, Nikolaï Maklakov, fut ministre de l’Intérieur de l’Empire russe du au .

Critique du régime impérial

En , Maklakov publia dans la presse libérale un article devenu célèbre, dans lequel il comparait la Russie à une voiture lancée sur un étroit chemin de montagne, sans freins, conduite par un « chauffeur fou »[7].

L’affaire Raspoutine

Le , Maklakov prononça à la Douma un discours très critique à l’égard du gouvernement de Boris Stürmer. Peu après cette intervention, le prince Félix Ioussoupov consulta Maklakov au sujet d’un projet visant à éliminer Raspoutine. Maklakov lui donna un avis d’ordre juridique mais refusa de participer à l’entreprise[8].

Dans ses mémoires et dans un article publié en 1928 dans Современные записки, Maklakov expliqua que la conversation avec Ioussoupov avait été largement exagérée dans les récits ultérieurs des conspirateurs et réaffirma qu’il n’avait jamais pris part au complot[9].

Révolution de 1917

Après la Révolution de Février, Maklakov participa aux travaux du Comité provisoire de la Douma d'État. Il espérait obtenir le portefeuille de la Justice dans le gouvernement provisoire, mais le poste fut attribué à Alexandre Kerenski. Maklakov participa néanmoins aux travaux de la commission législative et fut impliqué dans la préparation des élections à l’Assemblée constituante russe.

Dans ses réflexions constitutionnelles, il proposa notamment la création d’une « troisième chambre » parlementaire composée de personnalités expérimentées, destinée à limiter les excès éventuels de la démocratie majoritaire et à protéger l’équilibre institutionnel.

En France

Hôtel d'Estrées (Paris)
Immeuble rue Péguy, Paris 6e

En octobre 1917, Maklakov a été nommé pour remplacer Alexandre Izvolsky comme ambassadeur en France. Quand il est arrivé à Paris, Maklakov a appris la prise de contrôle du pouvoir par les bolcheviks. Il n'a pas eu le temps de présenter ses lettres de créance. Il a continué à occuper la splendide demeure de l'ambassade de Russie, l'Hôtel d'Estrées, pendant sept ans, jusqu'à ce que la France reconnaisse le gouvernement bolchevique. Il a saisi les archives de l'Okhrana--la police politique tsariste disposait d'un bureau à Paris, en plein accord avec les autorités françaises-- elles étaient stockées à l'ambassade et organisé leur transfert à l'Université de Stanford. Au cours de cette période, il a été considéré par les autorités françaises, comme « un ambassadeur non encore accrédité » [10]. Il y avait beaucoup d'ambiguïté dans cette position. Par exemple, il a reçu une lettre du premier ministre Clemenceau adressée à « Son Excellence Monsieur Maklakoff, Ambassade de Russie ", avec les lettres "ur" légèrement effacées à la fin de "Ambassade". Il se comparait à « un magazine que l'on met sur un siège pour montrer qu'il est occupé "[10]. Il fait partie de la conférence des ambassadeurs de Russie, c’est-à-dire de l’ex-gouvernement provisoire de Saint-Pétersbourg.

En 1919, Maklakov fait partie avec le prince Lvoff du Comité national russe, qui, sert d'intermédiaire entre les divers gouvernements et généraux russes, qui luttent contre les Bolchevistes, et la Conférence de la Paix. En septembre 1920, Maklakov est allé en Crimée pour rencontrer Pyotr Wrangel et d'autres leaders Russes blancs. Ce fut sa dernière visite en Russie. Il a pris la direction de l'Office Central des Réfugiés Russes (OCRR) , pour certifier les mariages et les naissances des émigrés russes dans toute la France et été habilité à fournir les certificats Nansen de réfugié que le Haut commissariat aux réfugiés russes auprès de la SDN avait créé en 1922 et d'autres travaux effectués normalement par les consulats. Malgré sa surdité, Maklakov est resté à la tête de l'Office Central des Réfugiés Russes, finalement englobé dans l'OFPRA, jusqu'à sa mort à l'âge de 88 ans. Sa réputation et son talent pour la médiation ont permis à Maklakov de manœuvrer entre les nombreuses factions belligérantes qui composaient la communauté émigrée russe et de représenter leurs intérêts auprès du gouvernement français. Il a également écrit plusieurs livres sur l'histoire de la pensée sociale et le mouvement libéral russe.

Depuis 1922, président, puis président d'honneur de l'association de Moscou à Paris. Il a été membre du Comité des avocats russes à l'étranger, membre du Conseil russe de l'Institut technique supérieur, membre de la Société des Amis de l'Université populaire russe. Depuis 1937, Président du Comité de l'Institut franco-russe.

En avril 1941, Maklakov a été arrêté par la Gestapo et a passé plusieurs mois en prison sans procès. Tout au long de la Seconde Guerre mondiale, il est resté en contact avec la Résistance française. En février 1945, Maklakov et plusieurs membres survivants du gouvernement provisoire ont visité l'ambassade soviétique à exprimer leur fierté et leur gratitude pour l'effort du peuple russe dans la guerre. Le mouvement crée un émoi parmi les émigrants, surtout après qu'il est apparu que Maklakov et d'autres avaient bu un toast « à la patrie, à l'Armée rouge, à Staline »[11].

« Après 1945 recommença à réunir les frères rescapés (huit ou dix) dans son appartement. À la fin des années quarante lut ses Mémoires dans une loge réunissant les frères des deux obédiences. Il était en faveur du retour immédiat dans leur patrie des Russes fait prisonniers par les Allemands. » [12].

Dans l’émigration parisienne, Maklakov entretint également une correspondance suivie avec l’écrivain russe Mark Aldanov, l’un des représentants les plus connus de la littérature de l’émigration. Leur échange épistolaire, couvrant près de trois décennies, a été publié en 2015 dans l’édition de leur correspondance [13]

Maklakov ne se maria jamais et resta toute sa vie célibataire. Dans l’émigration parisienne, Maklakov vécut longtemps avec sa sœur Maria dans une pension située 5, rue Péguy, près du boulevard du Montparnasse, où il continua à travailler et à correspondre avec les milieux politiques de l’émigration russe. Vassili Maklakov est enterré au cimetière russe de Sainte-Geneviève-des-Bois[14].

Appréciation et héritage

Les contemporains considéraient Maklakov comme l’un des meilleurs avocats de la Russie prérévolutionnaire. Orateur remarquable aussi bien au barreau qu’à la tribune de la Douma, il se distingua par son attachement constant à l’État de droit et aux formes juridiques dans la vie politique[1].

Son influence sur la politique impériale fut souvent indirecte, car il n’occupa jamais de fonctions ministérielles avant la révolution de 1917. Ses interventions parlementaires et ses propositions législatives contribuèrent néanmoins à nourrir les débats sur les réformes constitutionnelles et le rôle de la Douma[4].

Dans l’émigration, à Paris, son rôle devint plus large. Il participa activement aux discussions politiques de la diaspora russe, entretint des relations avec les autorités françaises et s’engagea dans l’organisation de l’aide aux réfugiés russes. Plusieurs historiens ont ainsi souligné que son influence dans les milieux de l’émigration fut plus directe que dans la Russie impériale[3]. Maklakov demeura avant tout une figure de la vie intellectuelle et politique russe en exil, continuant à participer aux débats de la diaspora plutôt qu’à la vie publique française.

Notes et références

Notes


Références

  1. Anthony Kröner, Vasilii Maklakov. A Russian Liberal between Autocracy and Revolution 1869-1957, 2021.
  2. Michel Heller, Histoire de la Russie et de son empire, Perrin, 2015.
  3. James E. Hassell, Russian Refugees in France and the United States between the World Wars, 1991.
  4. Anthony Kröner, Vasilii Maklakov, 2021.
  5. V. A. Maklakov, Из воспоминаний, Paris, 1936.
  6. Orlando Figes, A People's Tragedy: The Russian Revolution 1891-1924, 1996.
  7. Orlando Figes, A People's Tragedy, p. 276.
  8. Douglas Smith, Rasputin: Faith, Power and the Twilight of the Romanovs, 2016.
  9. V. A. Maklakov, « Некоторые дополнения к воспоминаниям Пуришкевича и кн. Юсупова об убийстве Распутина », Современные записки, n° 34, 1928.
  10. (en) Hassell, James E. Russian Refugees in France and the United States Between the World Wars. DIANE, 1991. Page 25.
  11. (en) Boyd, Brian. Vladimir Nabokov: The American Years. Princeton University Press, 1991. Page 84.
  12. Nina Berberova, Les Francs-maçons russes du XXe siècle, Actes Sud, Arles, 1990, p. 133.
  13. Oleg Budnitsky (éd.), Права человека и империи : В. А. Маклаков – М. А. Алданов. Переписка, 1929–1957, Moscou, 2015.
  14. 241 notices sur les 5220 tombes que compte le cimetière, en 2 volumes / 2 langues : Amis de Ste Geneviève des Bois et ses environs, La Nécropole russe de Sainte-Geneviève-des-Bois, t. 1, Evry, Vulcano Communication, (ISBN 978-2-9524786-1-8) et traduit en russe par Anastasia de Seauve : Общество друзей истории Сент-Женевьев-де-Буа и его окрестностей, пер. с франц. Анастасия де Сов, Русский некрополь Сент-Женевьев-де-Буа, t. 2, Evry, Vulcano Communication,‎ .

Bibliographie

  • Michel Heller, Histoire de la Russie et de son empire, Paris, Perrin, (1re éd. 1995), « La réaction », p. 1211-& suiv.
  • Anthony Kröner, Vasilii Maklakov: A Russian Liberal between Autocracy and Revolution, 2021.
  • Douglas Smith, Rasputin: Faith, Power and the Twilight of the Romanovs, 2016.
  • Orlando Figes, A People's Tragedy, 1996.
  • V. A. Maklakov, Из воспоминаний, Paris, 1936.

Liens externes

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