Villa de Saint-Laurent-d'Agny
| Villa de Saint-Laurent-d'Agny | ||
| Localisation | ||
|---|---|---|
| Pays | ||
| Rhône | Département | |
| Coordonnées | 45° 38′ 07″ nord, 4° 41′ 11″ est | |
| Histoire | ||
| Époque | Ier siècle av. J.-C. - Xe siècle | |
| Géolocalisation sur la carte : France
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La villa de Saint-Laurent-d’Agny est une villa d’époque romaine et médiévale (Ier siècle av. J.-C. - Xe siècle) située au lieu-dit Goiffieux ou Goiffy sur la commune de Saint-Laurent-d'Agny dans le Rhône, fouillée entre 2008 et 2011 sous l’égide de l’Université Lumière Lyon 2.
Ses installations viticoles et vinicoles comptent parmi les plus anciennes de Gaule romaine ; son architecture (péristyle, bassins monumentaux, bains privés) et son ornementation (bassins, mosaïque, peintures murales) sont situées sur le territoire de la colonie de Lugdunum ; elle est précédée d’une ferme gauloise et donnera naissance, au haut Moyen Âge, à un lieu de culte paléochrétien associé à une petite nécropole.
Historique des recherches
Identification du site et découvertes anciennes
Le site de Goiffieux ou de Goiffy à Saint-Laurent-d'Agny est connu depuis des décennies par les érudits locaux ; les villageois y ont fait de nombreuses découvertes et ramassé du mobilier. En 1868, A. Vachez, identifie la « Villa Gofiacus » au chef-lieu de l'Ager Gofiacensis, un grand agri du Lyonnais qui comprend les dix communes actuelles du canton de Mornant. La villa est mentionnée dans une charte de l'an 955 du Cartulaire de Savigny et attestée sous diverses variantes comme Vofiacus, Goiffy ou Goiffieux. Vachez émet une hypothèse : le système de subdivision des pagi et agri serait aussi ancien que l'existence des pagi eux-mêmes et remonterait à l’existence de grands domaines (latifundia) occupés à la fin de l’Antiquité. À l’appui, il fait état des « découvertes de débris de tuiles et de poteries romaines faites récemment à Goiffieux près de Saint-Laurent. »
Le site est référencé lors de découvertes fortuites effectuées dans le courant du XXe siècle (céramiques, marbres, tuiles, monnaies[1], etc.), dans la Carte archéologique du service régional d'archéologie et la Carte Archéologique de la Gaule, volume 69/1, paru en 2006.
Des ramassages de surface réguliers, réalisés dans les années 1970-2007 par une habitante du village de Saint-Laurent-d’Agny, Marie-Christine Peronnet, attirent l’attention des universitaires à partir de 2008.
Sondages et prospections (2008)
Une première campagne de sondages et de prospections par méthode de résistivité électrique ARP ((c) Geocarta) est menée en 2008, sous la direction de Matthieu Poux, professeur d’archéologie à l’université Lumière Lyon 2. Elle met en évidence le plan d’une exploitation de plus de deux hectares de superficie ; il s’étend de part et d’autre de la route actuelle. Quelques sondages limités mettent au jour les vestiges de constructions et des mobiliers archéologiques ; ils sont datés du Ier siècle avant notre ère au IVe siècle, et confirment l’existence d’une villa installée à l’époque de la fondation de Lugdunum, à l’emplacement d’une ferme gauloise antérieure à la conquête romaine[2].
Campagnes de fouilles 2009-2011
Des fouilles de plus grande ampleur sont mises en œuvre l’année suivante, dans le cadre d’un chantier-école de l’université Lumière Lyon 2 ; elles révèlent la présence d’au moins quatre états d’occupation successifs[3].
Ferme gauloise
L’occupation gauloise ségusiave, longtemps pressentie, est confirmée par ces fouilles sur ce site de Goiffieux[4].
Le plus ancien état correspond à un grand établissement indigène et daté des Ier et IIe siècles avant notre ère. Délimité par un fossé d’enclos suivi sur plus de trente mètres et associé à des vestiges de bâtiments sur poteaux porteurs, il se caractérise à la fois par son étendue et par une certaine richesse. En témoignent la mise en œuvre, pour la couverture des bâtiments, de tuiles en terre cuite, ainsi que l’abondance des amphores vinaires et des céramiques à vernis noir importées d’Italie.
Villa coloniale
Cette ferme gauloise est recouverte par une première villa coloniale en terre et bois, construite peu après le milieu du Ier siècle avant notre ère, à la fin des années 40 ou dans les années 30 av. J.-C. Elle s’organise autour d’une grande cour pourvue d’un puits d’eau potable ; sur au moins un côté, elle est par des constructions légères abritant des foyers artisanaux et formant un embryon de pars rustica. Le bâtiment principal est entièrement construit en terre et en bois. Ses murs en brique d’adobe, fondés sur des sablières basses, reposent sur de profonds solins de pierre liés à l’argile ; ils sont associés à des sols en terre battue, à des foyers culinaires, à une couverture en tuiles et à deux portiques de façade dotés d’un plancher.
Vignoble romain
Au nord-est de la villa, un vignoble romain date des origines de la villa et de la colonie de Lugdunum (40-20 av. notre ère) ; en 2008, il se signale par les empreintes laissées dans le sol par les racines et les tuteurs en bois. Des pollens témoignent d’une technique inédite d’élevage de la vigne sur des pergolas « à la mode italienne », importée par les colons romains. En 2009, la fouille de l’angle nord-est de la villa, permet la découverte d’un pressoir en bois. Matérialisé par des empreintes de poutres et une cuve maçonnée, il compte parmi les premiers témoignages d’une production vinicole dans la région lyonnaise et dans les Trois Gaules (Lyonnaise, Belgique et Aquitaine)[5].
La vigne, importée en Gaule par les romains vers l’an 120 av. J.-C., rend courant l’usage du vin ; il se consomme pur, ou, pour des raisons de conservation et de goût, poissé comme du vin de Vienne, ou encore résiné, mélangé à des aromates. Les Gallo-romains connaissent même le vin cuit. Pour une certaine période au premier siècle de notre ère, les Romains interdiront la culture de la vigne à la suite d’une disette de grain dans tout l’empire. Peu de temps après, elle sera autorisée de nouveau et augmentée[6].
Les villages viticoles favorisés par les sols et l’exposition à l’est et au midi, comme Millery, Montagny, Saint-Laurent-d’Agny, Brignais ou Saint-Genis-Laval, offrent un rendement très élevé à l’hectare. En 1388, des documents indiqueront que 30 à 40 % des terres cultivables en vigne ont un rendement de 41 hectolitres à l’hectare[7].
Le tonneau de bois a été inventé par les Gaulois. Il remplace l’amphore des Romains ; il est plus léger et moins fragile. Une amphore de 25 litres pesait 25 kilos. Le tonneau est fabriqué en bois de châtaignier et cerclé de bois, le plus souvent en feuillard de châtaignier ; des siècles plus tard, le cerclage en bois sera remplacé par des cercles en fer, rendant l’ensemble plus étanche et moins fragile[8].
Palais rural
Cette première villa rustique est remplacée par un palais rural organisé autour d’une cour à colonnades (péristyle), conçu à la mode italienne. Construit à la fin du règne d’Auguste et occupé au Ier siècle, son état de conservation est exceptionnel, avec ses bassins d’agrément, ses canalisations, ses thermes et ses décors (bains privés, mosaïques et peintures murales). En 2010, des bains privés (balneum) sont mis au jour dans l’aile nord de la villa : ils comprennent des bassins d’eau froide, chaude et tiède, chauffés par le sol (hypocauste), décorés de mosaïques et de peintures du début du Ier siècle de notre ère[9]. Ils sont associés à deux bassins de nage (natatio), situés dans une sorte d’avant-cour plantée d’arbres ; le plus grand, découvert en 2011, mesure plus de 13 m de long. La façade sud de la villa est longée par un grand bassin d’agrément mesurant plus de 58 mètres (200 pieds romains), associé à un portique qui permettait de déambuler face au paysage, à l’abri des intempéries.
Mosaïque de Bacchus
La fouille 2009 a révélé un carreau de mosaïque pratiquement intact, de 1,20 m de côté, représentant Bacchus, dieu du vin, entouré de silènes et de bacchantes figurées sous la forme de masques de théâtre. Originale par ses motifs et sa technique, elle constitue l’un des premiers témoignages de l’utilisation de la couleur par les mosaïstes en Gaule romaine au début du Ier siècle de notre ère. Cette pièce de mosaïque était en attente de restauration au musée gallo-romain de Saint-Romain-en-Gal ; elle a été remise par la direction du Musée à la propriétaire du terrain où la pièce avait été découverte par l'équipe d'archéologues du professeur Matthieu Poux, alors que la pièce de Mosaïque est la propriété de la commune de Saint-Laurent-d'Agny, selon la loi[10].
Installation vinicole
La villa brûle entièrement dans les années 60-70 de notre ère ; elle est reconstruite dans les décennies suivantes et reconvertie en domaine de production. Son angle nord-est abrite une installation vinicole de grande ampleur ; elle compte parmi les plus vastes et les mieux conservées de Gaule. Un petit édifice de bains, construit au nord de la villa, succède à celui de l’état précédent.
Aux IVe et Ve siècles de notre ère, seule une partie de la villa, principalement son angle nord-est, est occupée, ce que révèlent quelques constructions sur solins en pierre sèche et poteaux plantés. Elles sont adossées aux constructions de la villa encore conservées dans son angle nord-est et associées à quelques fours domestiques.
Nécropole mérovingienne
L’édifice balnéaire est reconverti, à la fin de l’Antiquité ou au début du Moyen Âge, en lieu de culte privé (oratoire, oratorium). Une abside est ajoutée sur sa façade nord et une nécropole d’époque mérovingienne est installée dans le bâtiment et alentours. Les restes humains et le mobilier (agrafes de linceul) sont datés par radiocarbone des VIIe et VIIIe siècles[11].
Le site accueille une dernière occupation à l’époque médiévale : quelques poteaux et un silo sont datés des IXe et XIe siècles ; à cette époque, la Villa Gofiacus (Ager Gofiacensis) est mentionnée dans le cartulaire de Savigny[12].
Bibliographie
- Odile Faure-Brac, Académie des inscriptions et belles-lettres, Carte archéologique de la Gaule 69/1 : Le Rhône, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l'homme, , 1re éd., 611 p. (ISBN 978-2-87754-096-4), p. 111-120.
- Matthieu Poux, B. Clément, A. Collet, L. Guillaud, F. Prioux et A. Tripier, « Villa coloniale en territoire lyonnais : Saint-Laurent-d’Agny (Rhône) », L’Archéologue, no 106, , p. 16-21 (lire en ligne, consulté le )
- Matthieu Poux, Marjorie Leperlier, Charlotte Carrato, Benjamin Clément, Amaury Gilles, François Prioux et Aurélie Tripier, « Loisirs aquatiques en campagne lyonnaise : Les thermes romains de Saint-Laurent-d’Agny (Rhône) », L’Archéologue, no 113, , p. 54-57 (lire en ligne, consulté le )
- Matthieu Poux (dir.), Thibaut Debize, Benjamin Clément, Amaury Collet, Amaury Gilles, Lucas Guillaud, Catherine Latour-Argant, François Prioux, Aurélie Tripier et Charlotte Carrato, « Le « vin du Triumvir » à Lyon : Témoignages archéologiques et littéraires d’une production de vin sur le territoire colonial de Lugdunum », dans Matthieu Poux, Jean-Pierre Brun et Marie-Laure Hervé-Monteil, La vigne et le vin dans les Trois Gaules, vol. 68, t. 1, Paris, CNRS Editions, , 289 p. (ISBN 978-2-271-07266-5, OCLC 767579181, BNF 42751342, lire en ligne), p. 13-91
- Antoine Vachez, L'Ager Gofiacensis ou le Canton de Mornant (Rhône) au Xe et XIe siècles, Paris, Mémoires de la Société Littéraire de Lyon, (OCLC 422193104, BNF 36431223), p. 211-254
Documentaires
- Le vin des terres lyonnaises, 20 siècles de vignes au bord du Rhône, docufiction inspiré de la fouille de la villa romaine de Saint-Laurent-d'Agny, un film de David Geoffroy, 52 min, AMC2 Productions & Court-jus Production, 2013
- Marie-Christine Peronnet, récolteuse d'Histoire, documentaire sur une personnalité locale qui participa à la découverte du site, un film de David Geoffroy, 25 min, 2014
Notes et références
- ↑ Stéphane Martin, Du statère au sesterce : Monnaie et romanisation dans la Gaule du Nord et de l'Est (IIIe s. a.C./Ier s. p.C.), Ausonius Éditions, , 778 p. (ISBN 978-2-3561-3595-7), p. 773.
- ↑ Marie-Jeanne Roulière-Lambert, Alain Daubigney, Pierre-Yves Milcent, Marc Talon, Joël Vital, De l’âge du Bronze à l’âge du Fer en France et en Europe occidentale (Xe-VIIe siècle av. J.-C.) : La moyenne vallée du Rhône aux âges du Fer, ARTEHIS Éditions, , 576 p. (ISBN 978-2-9155-4466-4), p. 302.
- ↑ Brigitte de Rouville, « Le chantier des fouilles »
, (consulté le ).
- ↑ comité de rédaction, section Rhône,, « Route de l’héritage gallo-romain dans le Rhône Circuit 2 (69) », (consulté le )
- ↑ David Geoffroy, « « Le vin des terres lyonnaises » meilleur film d’archéologie », sur association Le lien des saint laurent, (consulté le ).
- ↑ Maurice Blanc, L'histoire de Brignais des origines à la bataille des Tard-Venus, Saint-Genis-Laval (69), Les Amis du vieux Brignais, , 188 p. (ISBN 978-2-9503-1191-7), p. 106
- ↑ Marie-Thérèse Lorcin, Les campagnes de la région lyonnaise au XIVe et XVe siècles, Lyon, Imprimerie Bosc Frères, , 548 p., p. 160
- ↑ Régine Pernoud, Lumière du Moyen-Age, Paris, Bernard Grasset, 1947 (réédition 2014), 264 p. (ISBN 978-2-2467-9832-3), p. 225
- ↑ Emmanuelle Dumas, Touatia Amraoui, De l’objet à la société romaine : Études archéologiques et épigraphiques offertes à Jean-Claude Béal, Archaeopress Publishing Limited, , 322 p. (ISBN 978-1-8032-7603-8), p. 233.
- ↑ « La mosaïque de Goiffieux devient propriété de la commune », quotidien, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Nathalie Achard-Corompt, Michel Kasprzyk, Bérengère Fort, L’Antiquité tardive dans l’Est de la Gaule, II : Sépultures, nécropoles et pratiques funéraires en Gaule de l’Est - Actualité de la recherche, ARTEHIS Éditions, , 662 p. (ISBN 978-2-9155-4477-0), p. 512-592.
- ↑ (en) Cartulaire de l'Abbaye de Savigny. Suivi du Petit cartulaire de l'Abbaye d'Ainay. Partie 1 / publ. par Aug. Bernard (lire en ligne).
Liens externes
- Ressource relative à la géographie :
- [PDF] Mosaïque de Bacchus sur le site de l’Étude de la Mosaïque Antique en France (AFEMA)
- Projet de restitution en 3D de la villa par la société Court-Jus Production
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