Vin d'os de tigre

Vin d'os de tigre dans une bouteille stylisée.

Le vin d'os de tigre (chinois : 虎骨酒 ; pinyin : Hǔ gǔ jiǔ) est une boisson alcoolisée originaire de Chine, élaborée à partir d'os de tigre. Sa production dure environ huit ans et aboutit à une forte concentration d'alcool. Selon la médecine traditionnelle chinoise, l'utilisation de certaines parties du corps de l'animal permettrait de soigner des maladies[1] en fonction de leurs caractéristiques, lesquelles seraient liées à la maladie du patient.

Histoire

Dans la culture chinoise, l'utilisation du vin comme remède est une tradition qui remonte à la dynastie Han[2]. La première mention de l'utilisation du tigre dans la fabrication de ce vin date d'environ [3]. La demande de produits contenant des parties d'animaux s'est accélérée dans les années 1980, avec l'industrialisation et la croissance démographique concomitante : l'essor de la classe moyenne a rendu ces produits plus accessibles. La raréfaction des parties de tigre a entraîné une forte hausse des prix, les bouteilles se vendant jusqu'à plusieurs centaines de dollars. Dans les années 1990, des biologistes et d'autres chercheurs ont constaté une forte diminution du nombre de tigres utilisés pour la fabrication du vin d'os de tigre (provenant principalement du sud de la Chine). La demande excessive de la médecine traditionnelle pour les parties d'animaux exotiques est considérée comme un facteur majeur de l'extinction fonctionnelle actuelle de l'animal[4].

La production et la commercialisation du vin de tigre se sont poursuivies, bien que la présence de l'animal ait été omise des étiquettes. La production de ce vin tonique a continué malgré l'interdiction du commerce des composants animaux, en raison de l'existence d'élevages de tigres, de lacunes juridiques et d'une réglementation gouvernementale insuffisante. En 1986, le premier élevage de tigres a été créé dans le sud de la Chine. Ce type d'établissement était initialement classé comme zoo, jusqu'à ce que l'on découvre que sa véritable fonction était d'élever des tigres comme du bétail. Ces élevages sont gérés de manière que les tigres se reproduisent rapidement, et les nouveau-nés sont séparés de leur mère peu après la naissance afin que les femelles puissent avoir un autre petit plus rapidement. Des élevages de tigres sont situés en Chine, en Asie du Sud-Est et en Afrique du Sud[5]. En , on estimait que ces établissements abritaient plus de 8 000 tigres, soit le double de leur population sauvage. Une enquête menée en Thaïlande a permis de découvrir un élevage de tigres clandestin générant un revenu d'environ 3 millions de dollars par an. Lors d'un raid en 2016, les autorités thaïlandaises ont saisi 137 tigres dans un temple, ce qui a conduit à la découverte de parties de tigres et de 40 petits tigres morts qui étaient sur le point d'être utilisés pour des vins et à des fins médicinales[6]. La consommation de vin d'os de tigre serait principalement limitée à la partie la plus âgée de la population, car la médecine traditionnelle est remplacée progressivement par une médecine plus moderne chez les jeunes.

Géographie

Des os et des extraits de parties de tigre sont vendus à Möng La, dans l'État Shan, au Myanmar.

Le concept du vin d'os de tigre est originaire de Chine, mais sa consommation s'est répandue en Asie et dans le monde entier. Bien que les tigres utilisés pour la fabrication de ce vin proviennent de divers endroits, les opérations d'import-export de la plupart des pays sont dissimulées. Depuis 1992, la Chine continue d'exporter des os de tigre vers la Corée du Sud, ainsi que vers l'Inde et la Malaisie[7]. Des pays européens, comme la République tchèque, auraient également contribué au commerce de différentes parties de l'animal destinées à l'Asie. Les tigres utilisés pour fabriquer le vin d'os de tigre proviennent essentiellement d'élevages, et ces élevages sont principalement situés en Chine, en Thaïlande, au Laos et au Vietnam[8].

Même s’il est interdit que les tigres utilisés pour la fabrication de toniques proviennent de tigres indigènes, de nombreux parcs safari et animaliers ont longtemps prétendu que le vin d'os de tigre était produit à partir de tigres en captivité, par exemple le parc safari de Badaling à Pékin () et un parc à Shanghai, qui vendaient ce vin. En 2007, le centre d'élevage de tigres du Heilongjiang a été désigné comme un autre lieu de commercialisation du vin. En 2004, une nouvelle usine, la Xiongsen Wine Producing Ltd. Co, a été créée dans le village de Xiongsen Bear and Tiger Mountain, près de Guilin, où le vin était produit et vendu[2].

Ingrédients typiques

Le principal composant du vin d'os de tigre est constitué d'os de tigre, broyés puis macérés pendant plusieurs années dans une liqueur de riz. On obtient environ 15 litres de vin pour 1 kilogramme d'os. Son prix augmente avec la durée de vieillissement. La concentration en principe actif par unité de volume est fixe et permet donc de contrôler la dose thérapeutique. Outre les os de l'animal, on trouve également :

Deux types de vin d'os de tigre sont commercialisés : le véritable vin d'os de tigre, élaboré à partir d'os de tigres et d'autres félins ; et le vin d'os de tigre commun, contenant des os d'autres espèces, comme le chien, le porc, l'ours et le cheval.

Variantes

Les ingrédients originaux sont souvent remplacés par des herbes, comme pour le liniment Dit Da Jow : même dans ce cas, la boisson est toujours appelée « vin d’os de tigre ». Il existe plus de 200 variantes, produites avec de l’angélique, de la réglisse, de la scutellaire et/ou du Ligusticum chuanxiong (川芎 chuānxiōng), qui produisent généralement les mêmes effets et réactions chez ceux qui les consomment. Du sang de chèvre, de la viande de python, du psoralène, des blattes, des bézoards, de la mousse, des cornes de rhinocéros et du Cordyceps sinensis sont parfois ajoutés à la préparation.

Production

La production est restée inchangée au cours des siècles et suit les étapes suivantes. Après avoir retiré la peau et les muscles, les os, voire des squelettes entiers, arrivent à la distillerie où ils sont macérés plusieurs fois dans de l’alcool. Les os sont ensuite retirés et le liquide restant est mis en fioles. Les fioles sont stockées par lots pour une maturation d'au moins trois ans avant leur distribution[9].

Usages médicinaux

Des sources anciennes de la médecine traditionnelle chinoise attribuent à l'os de tigre diverses vertus, dont aucune n'a été prouvée par un essai contrôlé randomisé[10]. Le Beiji qianjin yaofang (652) affirme qu'il soulage les rhumatismes, l'arthrite, les raideurs ou paralysies du bas du dos et des jambes, la faiblesse rénale et la faiblesse générale[11]. Le Compendium de matière médicale (1578) attribue aux os de tigre une liste plus longue de propriétés : chasser les mauvais esprits, les fantômes et les poisons, arrêter les convulsions et traiter l'acné[12].

Les écrits anciens ont donné naissance à la croyance selon laquelle le vin d’os de tigre accroît la virilité chez les hommes et stimule l'intelligence de quiconque la consomme[13].

Controverses

Le commerce des espèces menacées est interdit au niveau international depuis 1987 et prohibé par le gouvernement chinois depuis 1993, date à laquelle la Chine a adhéré à la Convention sur la diversité biologique, ouverte à la signature lors du Sommet de la Terre de 1992[14]. Des enquêtes menées par différentes ONG, telles que l'Agence d'enquête environnementale, ont révélé que plusieurs « fermes » sont étroitement liées à la production et à la distribution de cet alcool sur le marché noir[15].

En 2018, environ 1 800 tigres étaient détenus dans les fermes de tigres du village de Xiongsen Bear and Tiger Mountain, à Guilin, dans le sud-ouest de la Chine, afin de produire jusqu'à 200 000 bouteilles par an[16]. En 2008, le Sunday Telegraph, quotidien britannique, a révélé que des enquêteurs infiltrés s'étaient vu proposer d'acheter du vin élaboré à partir d'os de tigres broyés au centre de sauvetage du parc animalier de Qinhuangdao, dans la province du Hebei (nord de la Chine), ainsi qu'au parc safari de Badaling, à Pékin[17].

À partir de , sur proposition d'Edna Molewa, ancienne ministre sud-africaine de l'Eau et des Affaires environnementales, environ 800 squelettes de lions issus d'élevages en captivité ont été expédiés en Asie afin de remplacer les ingrédients traditionnels à base de tigre utilisés localement[18].

Depuis le , le commerce de cornes de rhinocéros et d'os de tigre est légalisé en Chine à des fins de recherche médicale et de « traitement clinique des maladies graves et complexes »[19]. Selon l'annonce, les parties de tigre doivent provenir de tigres d'élevage morts de causes naturelles et ne peuvent être utilisées que dans des « hôpitaux agréés par des médecins qualifiés reconnus par l'Administration d'État de la médecine traditionnelle chinoise »[20]. Cette décision inattendue n'a pas encore été expliquée au public, mais les experts estiment qu'elle peut être considérée comme une mesure économique, compte tenu de la valeur élevée du commerce de la médecine traditionnelle chinoise sur les marchés asiatiques[21].

Substituts

Les praticiens modernes de la médecine traditionnelle chinoise (MTC) en Chine croient aux bienfaits des os de tigre, mais recherchent également des matériaux de substitution moins contraignants sur le plan juridique. Parmi eux, les os d’Eospalax baileyi (ou Eospalax fontanierii)[22].

Notes et références

(en) Cette page est issue de l'article wikipédia anglophone intitulé "Tiger bone wine"

  1. ↑ (en-US) « Tigers in Traditional Chinese Medicine: A Universal Apothecary – National Geographic Blog » [archive du ], sur blog.nationalgeographic.org (consulté le ).
  2. (en) Kristin Nowell et Xu Ling, Taming the tiger trade, (lire en ligne), p. 29.
  3. ↑ (en) « Tiger-Bone Wine », sur bloodlions.org (consulté le ).
  4. ↑ (en-US) Lauren Rothman, « China Can’t Get Enough of Black Market Tiger Bone Wine », sur VICE, (consulté le ).
  5. ↑ (en) « Tiger farming - EIA » (consulté le ).
  6. ↑ (en-GB) John Vidal, « Tiger temple scandal exposes the shadowy billion-dollar Asian trade », The Guardian,‎ (ISSN 0261-3077, lire en ligne, consulté le ).
  7. ↑ (en) Judy Mills et Peter Jackson, Killed for a Cure: a review of the worldwide trade in Tiger Bone, (lire en ligne).
  8. ↑ (en) WWF position and recommendations on tiger farming (lire en ligne).
  9. ↑ (en-US) « NSFW PHOTOS: Horrors Of The Tiger Bone Wine Trade », HuffPost,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le ).
  10. ↑ (en) « Traditional Chinese Medicine », sur tigersincrisis.com (consulté le ).
  11. ↑ (en) « China allows rhino horn, tiger bone use in medicine », National Geographic,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le ).
  12. ↑ « 國家禁令擋不住虎骨酒熱銷 一年收入幾千萬--時政--人民網 » [archive du ], sur politics.people.com.cn (consulté le ).
  13. ↑ (en) Brendon Hong, « China Is Brewing Wine From Tiger Bones », sur The Daily Beast, (consulté le ).
  14. ↑ (en) « How can tigers and rhinos be medicine? », sur dw.com, (consulté le ).
  15. ↑ (en) « Chinese court issues a five-year jail term for selling tiger bone wine - EIA », (consulté le ).
  16. ↑ (en) « Why 1,800 tigers are in a rundown China park: to be made into wine », sur South China Morning Post, (consulté le ).
  17. ↑ (en) David Harrisson, « Tiger sanctuaries selling bone for Chinese medicine against international law », sur telegraph.co.uk, (consulté le ).
  18. ↑ « Born Free Lion Breeding Report » [archive du ], sur bornfree.org.uk (consulté le ).
  19. ↑ (en-GB) « Rhino horn: Alarm as China eases 25-year ban on rhino and tiger parts », bbc.com,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  20. ↑ « 国务院关于严格管制犀牛和虎及其制品经营利用活动的通知__2018年第31号国务院公报_中国政府网 », sur gov.cn (consulté le ).
  21. ↑ (en) « China Reverses Ban on Rhino and Tiger Parts in Medicine, Worrying Activists (Published 2018) », NYT,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  22. ↑ « 费劲心思替代虎骨,是为了最善良的愿望- · 科普中国网 », sur kepuchina.cn (consulté le ).
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