Violetta (artiste de cirque)
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| Naissance | |
|---|---|
| Décès |
(à 66 ans) Hemelingen |
| Nom dans la langue maternelle |
Aloisia Wagner |
| Surnom |
Rose Violetta, Rosa Violeta, Luzzy Wagner, Miss Violetta |
| Nationalités | |
| Activités |
Aloisia Wagner, née le à Hemelingen et morte le dans la même ville, plus connue sous les noms de scène Rose Violetta (ou Rosa Violeta) puis Violetta, est une chanteuse allemande atteinte du syndrome tetra-amélie, exhibée comme « monstre de foire » dans l'entre-deux-guerres.
Biographie
Jeunesse et débuts américains
Fille d'Elise Wagner[1], Aloisia Wagner naît à Hemelingen en 1907[2], porteuse d'une mutation génétique rarissime, le syndrome tetra-amélie, caractérisé par l'absence des quatre membres du corps humain.
Pour gagner sa vie, elle n'a d'autre choix que de se produire comme « monstre humain » dans des freak shows. Elle émigre aux États-Unis à l'âge de 17 ans, en , à bord du SS George Washington (en)[1]. Accompagnée de son demi-frère et impresario Karl Grobecker, elle débarque à New York pour un séjour prévu de 25 semaines, avec un engagement au sein du cirque du parc d'attractions de Dreamland à Coney Island.
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Coiffée et vêtue simplement à ses débuts[3], elle se produit en tant que chanteuse, pour Dreamland, ainsi qu'au Ringling Bros. and Barnum & Bailey Circus et au Mighty Haag Circus (en)[4]. Elle est exposée pendant des heures sur un piédestal recouvert de velours[5], arborant avec le temps des tenues de plus en plus élégantes et sophistiquées, et volontairement ajustées à son buste[3]. Son handicap l'oblige à se déplacer en sautillant d'un endroit à l'autre sur le bas de son torse[6], ou poussée dans une voiture d'enfant[7].
Outre la démonstration de ses talents de chanteuse, elle se met en scène en train de manipuler des objets avec sa bouche — pour se coiffer, se vêtir, écrire, enfiler une aiguille et coudre — ou son nez, pour tourner les pages d'un livre par exemple[6]. Au quotidien, elle est assistée par sa sœur[8].
Pendant son séjour de six semaines aux États-Unis, elle rencontre un grand succès et doit parfois être protégée des attouchements du public, qui essaie de l'embrasser[3]. La presse insiste sur sa beauté, son sourire et son apparente joie de vivre face à sa situation, comme pour effacer tout aspect sordide. Son portrait est diffusé en cartes postales[7],[9].
La France et les surréalistes
Violetta se produit en France en 1929, dans la « galerie des phénomènes » du Luna Park de Paris. Elle fait partie des attractions vedettes et gagne 300 francs par jour, ce qui en fait l'artiste la mieux payée parmi les personnalités présentées[10]. De nombreux journaux et revues français, comme les magazines Vu[10] ou Jazz[11], racontent sa venue et la photographient sur son piédestal ou dans ses activités. Elle accorde par ailleurs une interview au journaliste Jean Masson[8]. Deux ans plus tard, ce dernier raconte dans le magazine Voilà sa rencontre avec l'artiste, qu'il appelle Luzzy Wagner[12]. Il révèle que, contrairement à ce que son costume de scène laisse supposer, elle possède bien quatre membres, hyper atrophiés, qu'elle est contrainte de dissimuler pour rendre son apparence à la fois plus spectaculaire et plus esthétique sur scène.
Dans la biographie qu'il a consacrée à Jean Cocteau, Claude Arnaud évoque une visite, au Luna Park, de Cocteau et Jean Desbordes à Violetta, décrite comme une Allemande têtue[13]. En 1932, dans Essai de critique indirecte, Cocteau écrit[14] : « La femme-tronc de Luna Park. Elle était le monstre à la mode. On se pressait autour de son socle, la tête en l'air, comme Œdipe. Les lectrices de Freud l'interrogeaient sur ses rêves. Le raffinement n'eût-il pas été, par un système de miroirs comme celui grâce auquel sont obtenues les exquises femmes-troncs des parades foraines, de montrer cette femme-tronc avec des jambes ? »
Certains artistes du mouvement surréaliste sont fascinés par Violetta, d'une façon parfois morbide. Ainsi, lorsque le photographe Man Ray la découvre en 1929, exposée sans défense, le torse vêtu de velours rouge sur son piédestal, il est envahi de visions d'agression et de viol[15]. Obsédé par ces pensées, il reste jusqu'à la fermeture du Luna Park et raccompagne Violetta et sa sœur à leur hôtel. Tandis que Violetta s'endort dans sa poussette, il évoque avec sa sœur la possibilité de la faire venir à son studio pour la photographier, éventuellement nue. La sœur rétorque qu'un nu ne pourrait être réalisé dans un but artistique car Violetta présente des doigts et des orteils atrophiés sur ses épaules et ses cuisses. Il est possible que Violetta ait inspiré Man Ray, lorsqu'il a donné à son tableau Nus, de 1919, aujourd'hui perdu, un autre titre, La Préconception de Violetta[16]. En 1929, il expose à Paris une toile intitulée Femme-tronc[17],[Note 1].
De son côté, le poète Robert Desnos s'inspire de Violetta pour son personnage de Solange, fillette née d'un inceste, sans bras ni jambe, dans « La raison sociale », première partie du roman Les Horreurs de l'amour qu’il laisse inachevé en 1931[19]. Enfin, le critique d'art américain Richard Calvocoressi (en) s'interroge sur la possibilité qu'une photographie de Violetta, signée Eugène Atget et parue dans le magazine belge surréaliste Variétés en 1929, ait inspiré le peintre René Magritte pour son tableau Le Viol[20],[21] : réalisée en 1934, l'œuvre représente le buste d'une femme aux longs cheveux blonds dont le visage est un corps féminin nu.
Violetta est de retour au Luna Park de Paris en 1932[22], en même temps que Clémentine Delait, une femme à barbe[23].
Fin de carrière
Les années suivantes, Violetta continue de se produire en Europe (comme à Anvers en 1938[24]) et aux États-Unis. En 1940, un journaliste américain, qui connaît Violetta depuis ses débuts, lui consacre un dernier article tandis qu'elle se produit dans un show à Seattle[3]. Il affirme qu'elle est mariée depuis quelques années et qu'elle porte sa bague de fiançailles et son alliance sur une fine chaîne en or autour du cou. Violetta ne semble plus faire parler d'elle après cette date.
Revenue en Allemagne, elle meurt célibataire en 1973 dans sa ville natale de Hemelingen, où elle est inhumée[25].
Notes et références
Notes
- ↑ Exposé l'année suivante au Studio 28 à l'occasion de la présentation du film L'Âge d'or de Luis Buñuel, le tableau est détruit lors la mise à sac du cinéma par des membres la Ligue des patriotes et la Ligue antijuive qui s'opposent à la projection[18].
Références
- Aloisia Wagner (Dreamland Circus), New York, Passenger Arrival Lists (Ellis Island), , FamilySearch [lire en ligne]
- ↑ (en) « Aloisia "Violetta" Wagner », https://www.ancestry.com, (lire en ligne)
- (en) Wallace Stort, « Amazing Account of a Limbless Beauty Show », London Life, (lire en ligne)
- ↑ (en) American Sideshow, Tarcher, (ISBN 9780739461969, lire en ligne), p. 225-226
- ↑ Serge, « Existe-t-il des fabriques de monstres et de phénomènes ? », sur Gallica, Le Journal, (consulté le ), p. 2
- (en) Marc Hartzman, American Sideshow, Penguin, (lire en ligne)
- O. P., « Miss Violetta, femme-tronc », Candide, , p. 13 (lire en ligne)
- Jean Masson, « Une heure avec la femme-tronc et le plus gros homme du monde », Le Journal, , p. 5 (lire en ligne)
- ↑ « Violetta, Living Half Girl », sur circusworld.catalogaccess.com, (consulté le )
- Pierre Lazareff et Claude Dherelle, « Les secrets, les plaisirs, les curiosités de Luna-Park », sur Gallica, Vu, (consulté le ), p. 828-829
- ↑ Lokblacnight, « Paris by night », sur Gallica, Jazz, (consulté le ), p. 372
- ↑ Jean Masson, « Le 5ème race », sur Gallica, Voilà, (consulté le ), p. 14-15
- ↑ Claude Arnaud, Jean Cocteau, Paris, Gallimard, coll. « Biographies »,
- ↑ Jean Cocteau, Essai de critique indirecte, Paris, Grasset, (ISBN 978-2-246-65429-2)
- ↑ (en) Man Ray, Writings on Art, Los Angeles, California, The Getty Research Institute, (ISBN 978-1-60606-458-0, lire en ligne), p. 383-384
- ↑ « Reproduction de Preconception of Violetta ou Nudes », sur Centre Pompidou (consulté le )
- ↑ Carton d'invitation. Man Ray chez Van Leer, (lire en ligne)
- ↑ Internet Archive, Man Ray : directeur du mauvais movies, Paris, Centre Georges-Pompidou, (ISBN 978-2-85850-943-0, lire en ligne), p. 189
- ↑ Marie Claire Dumas, Robert Desnos : ou L'exploration des limites, Paris, Klincksieck, (ISBN 978-2-252-02183-5, lire en ligne), p. 270
- ↑ (en) Richard Calvocoressi, Magritte, London, Phaidon, (ISBN 978-0-7148-2760-5, lire en ligne), p. 100-101
- ↑ (nl) Variétés (1928-1930) en fotografie uit de Amsab-ISG-collectie, VANDENHOVE. Centrum voor Architectuur en Kunst, Universiteit Gent, (ISBN 9789076714530, lire en ligne), p. 36
- ↑ Pierre Varenne, « A Luna-Park », sur Gallica, Paris-soir, (consulté le ), p. 6
- ↑ Clémentine Delait, Les Mémoires de la femme à barbe, Épinal, (lire en ligne), p. 18
- ↑ (nl) F.S., « Op de Sinksenfoor te Antwerpen », sur www.belgicapress.be, De Volksgazet, (consulté le ), p. 8
- ↑ Nécrologie, Weser-Kurier,
Voir aussi
Articles connexes
- Prince Randian : artiste de cirque atteint du même syndrome.
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