Vulgate sixtine

Vulgate sixtine
Titre original
(la) Biblia sacra Vulgatae Editionis ad Concilii Tridentini praescriptum emendata et a Sixto V P. M. recognita et approbata
Format
Langue
Date de parution
Pays
Séquence

La Vulgate sixtine (en latin : Vulgata Sixtina) est une Bible latine imprimée en 1590 par la Typographie vaticane. Il s'agit de la traduction publiée sous l'autorité du pape Sixte V en tant qu'édition officielle de la Vulgate, obligatoire pour l'usage ecclésiastique. Cependant, en raison des erreurs qu'elle contenait, elle a été remplacée deux ans plus tard par la Vulgate sixto-clémentine, sous le pontificat de Clément VIII. La diffusion de la Vulgate sixtine a alors été interdite et les spécimens conservés ont été détruits.

Histoire

Le , le concile de Trente décrète que la Vulgate est authentique et fait autorité[1], et ordonne qu'elle soit imprimée quam emendatissime ("aussi correctement que possible").

La composition

Aucune édition de la Vulgate officiellement approuvée par l'Église catholique n'existe à cette époque. Vingt ans plus tard, des travaux sont entrepris : Pie V a nommé une commission pour produire une édition officielle de la Vulgate. Toutefois, son successeur, Grégoire XIII, ne poursuit pas cette tâche.

Au moment où Sixte V devient pape, en 1585, les travaux ont à peine commencé. L'année suivante, il nomme une commission chargée de produire une édition officielle de la Vulgate. Cependant, peu satisfait des résultats, il décide d'éditer lui-même la Vulgate avec l'aide de quelques personnes de confiance. En 1590, cette édition est publiée, précédée d'une bulle papale indiquant que cette édition répond aux exigences du concile de Trente et doit être considérée comme la norme pour les réimpressions futures.

Au mois d'août, Sixte V meurt. Neuf jours plus tard, le Collège des cardinaux suspend la vente de la Vulgate sixtine, avant d'ordonner la destruction de l'ensemble des exemplaires. En 1592, Clément VIII, faisant valoir les fautes contenues dans la Vulgate sixtine[2], rappelle les exemplaires encore en circulation. En novembre de la même année, une version révisée, connue sous le nom de Vulgate sixto-clémentine, est publiée par Clément VIII.

Suppression de la Vulgate Sixtine par Clément VIII

Tout juste élu au trône papal, l'une des premières initiatives de Clément VIII fut de confisquer tous les exemplaires de la Vulgate sixtine[3],[4],[5], en prétextant des erreurs typographiques, bien qu’elle en fût pratiquement exempte[6],[4].

Selon James Hastings, « les véritables raisons du rappel des exemplaires résident sans doute en partie dans son inimitié envers Sixte-Quint, et en partie de ce que cette version n'était pas exactement fidèle au texte de la Vulgate[4]. » Eberhard Nestle avance que la révocation s'explique en réalité par la pression des Jésuites, que l'ancien pape Sixte-Quint avait offensés en mettant à l'Index un livre de Bellarmin[7]. Frederic G. Kenyon estime, lui, que la Vulgate sixtine était « bourrée d'erreurs », bien que Clément VIII fût aussi décidé à donner des gages aux Jésuites, « que Sixte avait offensés[5]. » Pour Metzger, les erreurs typographiques n'ont été qu'un prétexte : l'attaque contre cette édition avait été mûrie de longue main par les Jésuites, « que Sixtus avait offensés en mettant l'un des livres de Bellarmin à l'Index[8] et trouvèrent ce moyen de se venger[9]. » Sixte se défiait des Jésuites, détestait le nom qu'ils s'étaient donné (« Compagnie de Jésus ») et envisageait d'ailleurs de procéder à une modification radicale de leurs statuts, mais la mort l'en empêcha[10]. « Plus généralement, Sixte-Quint avait des griefs envers la Compagnie de Jésus, surtout en raison de leur doctrine d'obéissance aveugle à leur Supérieur général, laquelle, pour Sixte et d'autres personnages importants de la Curie Romaine, portait atteinte à la prééminence du pape au sein de l'Église[11]. »

Enfin, selon l'historien luthérien Jaroslav Pelikan (1923-2006), la Vulgate sixtine « s'est avérée si fautive qu'on l'a retirée[12]. »

Éditions critiques

La Vulgate sixtine n'est citée dans le Novum Testamentum Graece, ou Nestle-Aland, que lorsqu'elle diffère de la Vulgate sixto-clémentine, où elle est désignée par le sigle vgs[13].

Notes et références

  1. Félix Bungener (Columbia University Libraries), History of the Council of Trent, New York, Harper , (lire en ligne), 91.
  2. André Duval, « Sixte V », Encyclopædia Universalis.
  3. Scrivener 1894, p. 64.
  4. (en) James Hastings, A Dictionary of the Bible, vol. 4 : part 2 (Shimrath - Zuzim), Honolulu (Hawaï), University Press of the Pacific, (réimpr. 2004), 881 p. (ISBN 9781410217295, lire en ligne), « Vulgate ».
  5. (en) Frederic G. Kenyon, Our Bible and the ancient manuscripts : being a history of the text and its translations, Londres, New York [etc.], Eyre and Spottiswoode, (réimpr. 4e, université of Chicago) (lire en ligne), p. 187.
  6. « Vulgate in the International Standard Bible Encyclopedia. », sur International Standard Bible Encyclopedia Online (consulté le ).
  7. (en) Frederick Henry Ambrose Scrivener, A Plain Introduction to the Criticism of the New Testament, vol. 2, Londres, George Bell & Sons, (réimpr. 4e, par Edward Miller), chap. III (« Latin versions »)
  8. « Si les prises de position de Bellarmin avaient conforté sa position à la Curie romaine, elles lui valurent aussi de dangereux démêlés. Nommé en 1587 à la Congrégation de l'Index, puis en 1598 consultor de l’Inquisition, les sous-entendus de sa doctrine de la potestas indirecta mirent en fureur Sixte-Quint, souvent en butte à la Compagnie de Jésus dont la doctrine portait atteinte, pensait-il, à l'autorité de l'évêque de Rome. À l'hiver 1589–90, Sixte décida de mettre à l'Index le tome 1 des Disputationes de Controversiis, profitant de ce que Bellarmin était en mission diplomatique en France ; mais la Congrégation de l'Index comme la Compagnie de Jésus traînèrent des pieds. Le pape Sixte s'éteignit quelques mois plus tard, et avec lui disparaissait le projet d'Index Sixtin. D'après Stefania Tutino, « On Temporal and Spiritual Authority », sur Online Library of Liberty, Indianapolis, Liberty Fund, (consulté le ). »
  9. (en) Bruce M. Metzger, The Early Versions of the New Testament, Oxford, Clarendon Press, , chap. VII (« The Latin Versions »), p. 348–349
  10. « Catholic Encyclopedia: Pope Sixtus V », sur newadvent.org (consulté le ).
  11. Stefania Tutino, « On Temporal and Spiritual Authority », sur Online Library of Liberty, Indianapolis, Liberty Fund, (consulté le ).
  12. Jaroslav Jan Pelikan, The reformation of the Bible, the Bible of the Reformation, New Haven, Yale University Press, (réimpr. Dallas : Bridwell Library; Internet Archive), « 1 : Sacred Philology », p. 14.
  13. (en) Kurt Aland et Barbara Aland (trad. Erroll F. Rhodes), The Text of the New Testament [« Der Text Des Neuen Testaments »], Grand Rapids, William B. Eerdmans Publishing Company, , 2e éd. (ISBN 978-0-8028-4098-1), « Novum Testamentum Graece26 (Nestle-Aland26 ) », p. 250 :

    « The various editions of the Vulgate are indicated by the following abbreviations when information about their text is necessary or informative: vgs for the Sixtine edition (Rome: 1590) and vgcl for the Clementine edition (Rome: 1592). vgs is not indicated independently when its text agrees with vgcl. »

Bibliographie

  • icône décorative Portail de la Bible
  • icône décorative Portail du Vatican
  • icône décorative Portail du catholicisme