Wan Kuok-koi

| Naissance | |
|---|---|
| Nom dans la langue maternelle |
尹國駒 |
| Surnom |
崩牙駒 |
| Nationalité |
Chinoise |
| Activité | |
| Période d'activité | 1978-1998 2012-actif |
Wan Kuok-koi (chinois : 尹國駒 ; né en 1955), plus connu sous le nom de « Koi à la dent cassée » ou plus simplement « dent cassée » (崩牙駒), est un homme d'affaires et ancien chef de la branche de Macao de la triade 14K. Il a été libéré en après avoir passé environ 14 ans en prison[1]. Depuis, il aurait été impliqué dans des jeux de hasard illicites et des réseaux de fraude en ligne au Myanmar. Son nom est aussi évoqué dans la production de stupéfiants et le contrôle d'organisations criminelles transnationales opérant dans le Triangle d'or et ses environs[2],[3]. En , les États-Unis ont imposé des sanctions à Wan en vertu de la loi Magnitsky[4],[5].
Première carrière
Wan a grandi dans les quartiers pauvres de Macao avant de rejoindre 14K. Son ascension a été accélérée par l'arrivée d'un autre gangster nommé Ng Wai pour qui il a commencé à travailler.
En 1997, Wan quitta brièvement Macao pour échapper à deux mandats d'arrêt : l'un en vertu d'une nouvelle loi anti-triades promulguée à Macao, et l'autre pour trafic de drogue en provenance de Chine. Cependant, en août, un juge portugais a innocenté Wan de toutes les charges.
Intégration dans l'industrie cinématographique, 1997-1998
À l'automne 1997, Wan a contacté le producteur de cinéma hongkongais Henry Fong Ping pour réaliser un film inspiré de sa vie. Le résultat fut le film Casino (également connu sous le titre Ho Kong Fung Wan), sorti en 1998, avec Simon Yam dans le rôle de Giant, un chef de triade menant la grande vie dans le milieu criminel de Macao. Wan a accepté de participer à de nombreuses réunions de recherche afin de rendre le film aussi fidèle que possible à la réalité, et a également mis à profit son influence à Macao pour faciliter le tournage.
L'un de ses coups d'éclat les plus audacieux fut de fermer le pont Macao-Taipa pendant plusieurs heures pour le tournage d'une scène cruciale du film. Les producteurs avaient demandé l'autorisation au gouvernement de Macao de filmer sur le pont et de le fermer à la circulation, mais leur demande fut refusée. Wan souhaitait absolument que la scène soit tournée ; il ferma donc la circulation des deux côtés du pont sans préavis et la scène fut filmée ainsi. La circulation en provenance et à destination de Macao fut interrompue pendant environ deux heures. Aucune intervention de la police locale ni aucune autre mesure ne fut prise par le gouvernement de Macao pour rouvrir le pont à la circulation normale, alors qu'il s'agissait de l'une des deux liaisons entre Macao et Taipa-Coloane.
Arrestation
En , une semaine avant la première de son film Casino, Wan fut arrêté et inculpé de jeux illégaux, d'usure, d'association de malfaiteurs et de tentative d'assassinat du chef de la police, Antonio Marques Baptista, à l'aide d'une voiture piégée. En , lors d'un procès historique, il fut reconnu coupable et emprisonné, ainsi que huit complices, dont son frère Wan Kuok-hung. Wan fut condamné à 15 ans de prison. Tous les biens des neuf accusés furent confisqués. Sa peine fut par la suite réduite à 13 ans et 10 mois[6],[7].
Plusieurs rapports ont affirmé qu'il était un associé de Tse Chi Lop, l'un des barons de la drogue présumés les plus recherchés au monde, arrêté à Amsterdam en 2021 puis extradé vers l'Australie.
Seconde carrière
Wan a été libéré de prison le et a rapidement repris ses activités dans le secteur des casinos[8],[9].
En , il a participé à une Initial coin offering (ICO) de la cryptomonnaie Dragon Coin, lancée par le groupe hôtelier et de casinos Macao Dragon Group, destiné aux joueurs de Chine continentale à Macao, en complément du système informel des « jetons »[1]. L'ICO aurait permis de lever 320 millions de dollars américains[10],[11]. Les objectifs déclarés de Dragon Coin comprenaient l'utilisation de la technologie blockchain pour la construction d'une ville culturelle chinoise au Cambodge et l'organisation de tournois d'échecs et de poker à Hainan[12].
Il a fondé et présidé l'Association mondiale d'histoire et de culture Hongmen[13], affiliée aux Hongmen, une organisation culturelle chinoise fraternelle comptant des dizaines de milliers de membres à travers le monde, qui s'est développée au Cambodge suite à une forte augmentation des investissements chinois, tant dans les infrastructures des Nouvelles Routes de la Soie que dans le secteur des jeux de hasard. Avec l'aval du gouvernement cambodgien, en , il inaugura le siège de l'organisation au Cambodge, déclarant : « Nous allons créer des écoles Hongmen afin de permettre aux étrangers et aux Chinois d'outre-mer d'étudier la littérature chinoise et de sensibiliser les étrangers à des valeurs telles que la loyauté, la piété filiale, la bienveillance et la justice. »[11],[14]
L'inauguration du nouveau siège de Hongmen fut l'occasion du lancement d'une nouvelle cryptomonnaie, le HB (« cryptomonnaie Hongmen »). Wan annonça son intention d'émettre un milliard de HB, chaque unité valant un dollar américain. Lors de cet événement, il déclara vouloir investir dans le commerce électronique et lancer des montres, du thé, des hôtels et des casinos sous l'égide de Hongmen[15].
Le , Wan inaugura Saixigang (賽西港), un nouveau complexe immobilier situé à Myawaddy, ville frontalière birmane, en sa qualité de président du groupe Dongmei[16]. Ce lieu est devenu une base pour les organisations criminelles ayant quitté Sihanoukville après la répression menée par le Cambodge en 2019[17]. Wan a signé l'accord avec la Force de garde-frontières de l'État Kayin, composée d'anciens rebelles de l'Armée bouddhiste démocratique karen[16]. Le nouveau site a servi de centre de cybercriminalité, exploitant des travailleurs chinois victimes de trafic d'êtres humains et emprisonnés pour mener des escroqueries promettant un enrichissement rapide[18]. Pendant la pandémie de COVID-19, le centre a été transformé en usine à fraudes[19].
En , Wan a été nommé président d'Inix Technology Bhd, une société technologique malaisienne cotée en bourse[20]. En 2021, la police malaisienne a établi un lien entre Wan et Nicky Liow[21], un homme d'affaires malaisien accusé de multiples chefs de blanchiment d'argent[22].
Le , Wan et sa société, le groupe Dongmei, ont été placés sur liste noire par le département du Trésor américain pour des raisons de lutte contre la corruption[5],[23]. Le département du Trésor a indiqué avoir imposé des sanctions à l'Association mondiale d'histoire et de culture Hongmen, soupçonnée d'être une façade pour la triade 14K.
Encore en 2024, Wan était actif au Laos et a été photographié en visite dans la zone économique spéciale du Triangle d'or, un haut lieu du crime organisé transnational. Wan est également présent dans l'État insulaire des Palaos, dans le Pacifique[1].
Liens avec la Chine
Dans un documentaire réalisé par Arte, Dent Cassée est présenté comme un possible agent d'influence du parti communiste chinois, utilisant des moyens mafieux pour soutenir les projets politiques de Pékin[24].
Notes
(en) Cette page est issu de l'article anglophone intitulé "Wan Kuok-koi"
- (en) « Notorious gangster 'Broken Tooth' freed from prison in Macau », sur South China Morning Post, (consulté le )
- ↑ « Transnational Organized Crime in Southeast Asia: Evolution, Growth and Challenges » [archive du ], sur www.unodc.org (consulté le )
- ↑ « The Karen Border Guard Force/Karen National Army criminal business network exposed | Justice For Myanmar », sur www.justiceformyanmar.org (consulté le )
- ↑ (en-US) Ian Talley, « U.S. Sanctions Gangster Known as ‘Broken Tooth’ for Corruption in China’s Belt and Road », sur The Wall Street Journal, (consulté le )
- (en) « Treasury Sanctions Corrupt Actors in Africa and Asia », sur U.S. Department of the Treasury, (consulté le )
- ↑ « BBC News | ASIA-PACIFIC | 'Broken Tooth' sent to jail », sur news.bbc.co.uk (consulté le )
- ↑ (en-US) « MACAU DAILY TIMES - ‘Broken Tooth’ Koi to be released December 1st: PJ setting up taskforce to ‘welcome’ Wan » [archive du ], sur www.macaudailytimes.com.mo (consulté le )
- ↑ The Standard, « Crime lord returns - The Standard » [archive du ], sur thestandard.com.hk (consulté le )
- ↑ (en-US) « Pacific Gambit: Inside the Chinese Communist Party and Triad Push into Palau » [archive du ], sur OCCRP (consulté le )
- ↑ (en) « Ex-triad boss to use blockchain and old Chinese links in Cambodia venture », South China Morning Post, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
- (en) « Ex-Macau gangland boss enters into casino cryptocurrency deal », South China Morning Post, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
- ↑ Tim Simpson, Betting on Macau: casino capitalism and China's consumer revolution, University of Minnesota Press, coll. « Globalization and community », (ISBN 978-1-5179-0031-1 et 978-1-5179-0030-4)
- ↑ (en) « Broken Tooth Koi's Pro-Beijing Association Launches Cambodia Office, Cryptocurrency | GamblingCompliance » [archive du ], sur gamblingcompliance.com (consulté le )
- ↑ (en-GB) « Macau | ‘Broken tooth’ sets up Hongmen HQ in Cambodia | Macau Business », Macau Business, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
- ↑ (en-US) « Wan Kuok Koi announces investment in Cambodia | MACAU DAILY TIMES 澳門每日時報 » [archive du ], sur macaudailytimes.com.mo (consulté le )
- (en) « Myanmar’s Casino Cities: The Role of China and Transnational Criminal Networks » [archive du ], sur United States Institute of Peace (consulté le )
- ↑ (en-US) Nan Lwin, « US Sanctions Chinese Gangster Behind ‘Industrial Zone’ in Myanmar’s Karen State », sur The Irrawaddy, (consulté le )
- ↑ (en-US) Isabelle Qian et Pablo Robles, « 7 Months Inside an Online Scam Labor Camp », The New York Times, (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (de) [vidéo] « Story: Im Inneren der Cybermafia – Love.Like.Lost - hier anschauen » (consulté le )
- ↑ « Broken Tooth Koi, Inix’s new chairman, in the spotlight », sur The Edge Malaysia (consulté le )
- ↑ (en) KENNETH TEE, « IGP: Fugitive businessman Nicky Liow had ties with ex-Macau triad leader ‘Broken Tooth’ Wan Kuok-koi », sur Malay Mail, (consulté le )
- ↑ (en-US) Admin, « Nicky pleads not guilty to 26 counts of unlawful activities », MalaysiaGazette, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
- ↑ (en-US) « US sanctions ‘Broken Tooth’ Wan Kuok-koi | Macao News », Macao News, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
- ↑ « Documentaire événement : dans l'enfer des triades ! », sur France Inter, (consulté le )
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