Warkah et Gulshāh

Gulshah (à droite), déguisée en homme, regarde son amant Warkah (au centre) et son rival Rabi (à gauche) se battre à cheval. Warkah et Gulshah, miniature du milieu du XIIIe siècle, Anatolie seldjoukide
Combat de Warqah avec l'armée de Bahreïn et d'Adan. Varka et Golshah, miniature du milieu du XIIIe siècle, Anatolie seldjoukide

Warkah et Gulshāh, ou Varqeh et Gulshah, Varqa o Golšāh ( ورقه و گلشاه, Varqa wa Gulshāh) est une épopée de 2250 vers écrite en langue persane du XIe siècle par le poète Ayyuqi (en). Le poème fait dans l'introduction, l'éloge funèbre de Mahmud de Ghazni (998–1030), souverain ghaznévide[1].

Varka et Golshah ont inspiré l'histoire romantique médiévale française Floris et Blancheflour[2],[3].

L'épopée relate comment une femme, Gulshah, se travestit en homme pour tuer son ravisseur er défendre son amant.

Résumé de l'intrigue

L'épopée est l'histoire des amours entre un jeune homme nommé Warqah et une jeune fille, Gulshāh. Leurs pères Homām et Helāl, sont des frères arabes, tous deux chefs de la tribu des Banū Šabīh. Le jour de la cérémonie de leur mariage, Gulshāh est enlevée par Rabī b. Adnān. Plusieurs batailles s'ensuivent, et le père de Warqah et ses deux fils sont tués. Alors que Warqah est fait prisonnier par Rabi, Gulshāh se travestit en homme guerrier et d'un coup de lance tue Rabi. Elle s'enfuit ensuite avec son amant. D'autres escarmouches s'ensuivent avec les fils de Rabi jusqu'à ce que Gulshāh et Warquah rentrent chez eux[4]. Leur mariage est cependant annulé par le père de Gulshāh qui estime que Warquah est devenu trop pauvre. Afin de s'enrichir, Warquah se rend à la cour de son oncle maternel, Monḏer, roi du Yémen. Pendant ce temps, le roi de Syrie obtient la main de Gulshāh de sa mère. Lorsque Warquah revient en homme riche, on lui dit que Gulshāh est morte, mais il découvre grâce aux confidences d'une jeune femme que c'est un mensonge. Il se rend en Syrie pour affronter le roi, mais il est traité avec une telle gentillesse qu'il se sent obligé d'abandonner Gulshāh. Il meurt de chagrin peu de temps après. Gulshāh se rend devant sa tombe et y meurt également de chagrin. Leurs tombeaux jumeaux deviennent un lieu de pèlerinage pour les juifs et les musulmans. Un an plus tard, Mahomet visite les tombeaux et ressuscite Warquah et Gulshāh, enfin réunis[1].

Édition unique du XIIIe siècle avec miniatures

Rabi, armé d'une cuirasse lamellaire Jawshan et d'un haubert de mailles sous sa tunique, d'une longue épée à un seul tranchant et d'un grand bouclier rond. Soutenu par des fantassins avec des boucliers en forme de cerf-volant.

L'épopée est basée sur une ancienne légende arabe nommée Orwa wa ‘Afra. Un seul manuscrit connu le relatant est une édition du XIIIe siècle, considérée en général comme une œuvre seldjoukide du début du XIIIe siècle. Il s'agit du plus ancien manuscrit illustré connu en langue persane, et il a sans doute été écrit à Konya[5].

Les miniatures du manuscrit représentent des peuples d'Asie centrale, trapus avec de grandes têtes rondes[6]. L'auteur des miniatures du manuscrit est le peintre Abd ul-Mumin al-Khoyi, né dans la ville de Khoy dans la région d'Azerbaïdjan[7]. Le manuscrit a été achevé à Konya, sous le sultanat seldjoukide de Roum[8],[9]. Il se trouve au musée de Topkapi[10].

Armures

Les peintures du manuscrit fournissent des représentations rares de l'armée contemporaine de la période seldjoukide et ont peut-être influencé d'autres représentations ultérieures de soldats seldjoukides turcs[10],[11]. Tous les costumes et accessoires représentés sont contemporains de l'artiste au XIIIe siècle[7]. Les miniatures constituent le premier exemple connu de manuscrit illustré en langue persane, datant de l'époque pré-mongole, et sont utiles pour étudier les armes utilisées à l'époque[7],[12]. En particulier, des masques faciaux en métal et des casques en cotte de mailles de style turc, ainsi que des armures avec de petites plaques de métal reliées par des sangles, de grands boucliers ronds (les plus grands d'entre eux appelés « boucliers-cerfs-volants ») et de longs boucliers en forme de larme, ainsi que des chevaux blindés sont représentés[7]. Les types d'armes et d'armures représentés dans les miniatures étaient courants au Moyen-Orient et dans le Caucase à l'époque seldjoukide[7].

Références

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Varka and Golshah » (voir la liste des auteurs).
  1. Dj. Khaleghi-Motlagh. "ʿAYYŪQĪ". In Encyclopædia Iranica. December 15, 1987. Retrieved February 26, 2012.
  2. Khaleghi-Motlagh, « ʿAYYŪQĪ », iranicaonline.org, Encyclopaedia Iranica
  3. Huguette Legros, « De l'orient mythique au mythe carolingien », dans La Rose et le Lys : Étude littéraire du conte de Floire et Blancheflor, Presses universitaires de Provence, coll. « Senefiance », (ISBN 978-2-8218-3605-1, lire en ligne), p. 9–35
  4. Ahmed Ateş, « Un vieux poème romanesque Persan: Rècit de Warqah et Gulshah », Ars Orientalis, vol. 4,‎ , p. 143–152 (ISSN 0571-1371, lire en ligne Accès limité, consulté le )
  5. Hillenbrand 2021, p. 208 "The earliest illustrated Persian manuscript, signed by an artist from Khuy in north-west Iran, was produced between 1225 and 1250, almost certainly in Konya. (Cf. A. S. Melikian-Chirvani, ‘Le roman de Varqe et Golsâh’, Arts Asiatiques XXII (Paris, 1970))"
  6. Waley et Titley, « An Illustrated Persian Text of Kalīla and Dimna Dated 707/1307-8 », The British Library Journal, vol. 1, no 1,‎ , p. 42–61 (ISSN 0305-5167, JSTOR 42553970, lire en ligne) :

    « "A unique Seljùq manuscript in the Topkapi Sarayi Museum Library (Hazine 841) (fig. 7). This manuscript, the romance Varqa va Gulshah, probably dates from the early thirteenth century . The figures in the miniatures with the typical features of Central Asian people are squat and thickset with large round heads. They are to be seen again in a more sophisticated form in the so-called Turkman style miniatures produced in Shiraz c. 1460-1502 under the patronage of another dynasty of Turkman invaders." »

  7. Sabuhi, « The miniatures of the manuscript "Varka and Gulshah" as a source for the study of weapons of XII–XIII centuries in Azerbaijan », Austrian Journal of Humanities and Social Sciences, nos 7–8,‎ july–august 2015, p. 14–16 (lire en ligne)
  8. (en) Sheila S. Blair, Islamic Calligraphy, Edinburgh University Press, (ISBN 978-1-4744-6447-5, lire en ligne), p. 366
  9. (en) Gülru Necipoğlu et Karen A. Leal, Muqarnas, BRILL, (ISBN 978-90-04-17589-1, lire en ligne)
  10. Richard Ettinghausen, Arab painting, New York : Rizzoli, , 91–92 p. (ISBN 978-0-8478-0081-0, lire en ligne)
  11. Richard Ettinghausen, Arab painting, New York : Rizzoli, (ISBN 978-0-8478-0081-0, lire en ligne), p. 91, 92, 162 commentary :

    « The two scenes in the top and bottom registers (...) may be strongly influenced by contemporary Seljuk Persian (...) like those in the recently discovered Varqeh and Gulshah (p.92) (...) In the painting the facial cast of these Turks is obviously reflected, and so are the special fashions and accoutrements they favored. (p.162, commentary on image from p.91) »

  12. Michael Gorelik, Oriental Armour of the Near and Middle East from the Eighth to the Fifteenth Centuries as Shown in Works of Art (in Islamic Arms and Armour), London, Robert Elgood, (ISBN 978-0859674706, lire en ligne), Fig.38
  13. (en) Gülru Necipoğlu et Karen A. Leal, Muqarnas, BRILL, (ISBN 978-90-04-17589-1, lire en ligne), p. 235

Bibliographie

  • Carole Hillenbrand, The Medieval Turks: Collected Essays, Edinburgh University Press, (ISBN 978-1474485944)
  • Huguette Legros, « De l'orient mythique au mythe carolingien », dans La Rose et le Lys : Étude littéraire du conte de Floire et Blancheflor, Presses universitaires de Provence, coll. « Senefiance », (ISBN 978-2-8218-3605-1, lire en ligne), p. 9–35.
  • Assadullah Souren Melikian-Chirvani, « Le roman de Varqe et Golšâh : essai sur les rapports de l'esthétique littéraire et de l'esthétique plastique dans l'Iran pré-mongol, suivi de la traduction du poème », sur search.worldcat.org (OCLC 251820420, consulté le ).

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