Wilaya I historique

La wilaya I historique est l'une des sept wilayas créées par le Front de Libération nationale (FLN) lors de la guerre d'Algérie ; elle est située dans la région des Aurès.

Aperçu

La wilaya I recouvre la partie méridionale de l'ancien département de Constantine. Elle associe des paysages variés : hauts plateaux arides troués de cuvettes salées, massifs montagneux (monts du Hodna, du Belezma, de l'Aurès, des Nemenchas) tombant en murailles abruptes sur les dépressions des chotts, et palmeraies sahariennes au sud. Son unité tient dans la berbérophonie de la masse de ses habitants.

La wilaya revêt une importance stratégique du fait que c'est par elle que passent les armes venant de Tunisie.

Histoire

Caractéristiques

Une caractéristique essentielle de la wilaya I est son incapacité quasi permanente à surmonter les conflits internes reposant sur des bases claniques ou ethnolinguistiques, avec pour conséquences des conflits et purges internes et un affaiblissement, voire une absence de représentation, au sein des instances internes du FLN[1].

1954-1956 : de Ben Boulaïd à Ben Boulaïd

Mostefa Ben Boulaïd

Au début de la guerre, la région est dénommée Zone 1, elle deviendra une wilaya après que le congrès de la Soummam ait décidé la création de six wilayas sur l'ensemble du territoire. Lorsque la guerre d'Algérie éclate le 1er novembre 1954, Mostefa Ben Boulaïd, désigné chef de la Zone 1, aura réuni 349 maquisards qui participeront aux actions armées du [2].

Après l'arrestation de Ben Boulaïd en , le commandement de la zone 1 est sous la responsabilité de Bachir Chihani, dans un contexte de dissensions internes. Il déplace le poste de commandement, initialement installé à El Hara, à Galaâ, dans les monts des Nemencha, vraisemblablement pour avoir le contrôle sur des groupes dissidents de la région et avoir un regard sur le transit des armes venant de Tunisie[3]. En , il crée la surprise en convoquant à El Loustia (localité de la commune de Kimmel) les principaux dirigeants de l’Aurès pour leur annoncer son effacement devant Omar Ben Boulaïd, frère de Mostefa. Cette annonce est suivie de profonds désaccords et un compromis est adopté sur proposition de Messaoud Bellagoune : acter d'une nomination à titre purement honorifique[4].

Chihani réorganise la zone 1 par la création de six régions (mintaqa), Arris, Kimmel, El Ksar, Khenchela Tébessa et Souk Ahras, chaque région étant divisée en secteurs. On connaît à cette date les chefs de secteurs pour la région d'Arris : Ali Benchaïba pour Arris, Mostefa Boucetta pour Biskra, Mostefa Réaïli pour Sétif, Abdelhafid Torèche pour Barika, Mohamed Chérif Benakcha pour Aïn Touta, Ali Baâzi pour M'Chouneche, Tahar Nouichi pour Bouarif, Hadj Lakhdar pour Batna et Amar Maâche pour Chélia[3].

Après avoir mené la bataille d'El Djorf (23-) qui voit de nombreuses pertes dans les rangs de l'Armée de libération nationale (ALN), il sera éliminé par ses adjoints en . Sa mort, qui n'est pas connue de tous les maquisards de la zone 1, laisse entière la question de sa succession, entre Omar Ben Boulaïd, investi à titre honorifique en , Adjel Adjoul et Abbas Laghrour, des seconds de Chihani. Adjoul prend alors, de fait, les commandes, transfère le PC de Galaâ à Kimmel, s'attèle à l'organisation politique et militaire des Aurès et garde en tête le projet d'éliminer Omar Ben Boulaïd et ses partisans[5].

Le retour de Mostefa Ben Boulaïd après son évasion en jusqu'à sa mort en , ramène le calme pendant quelques mois, mais, au final, n'aura pas permis d'effacer les dissensions internes[2],[3].

1956-1960 : de Mahmoud Cherif à Ali Souaï

Adjel Adjoul

La succession à Ben Boulaïd fait éclater les divergences au sein de la wilaya : plusieurs officiers proposent, le , une direction collégiale avec la création d'un "Comité des douze", composé de Hadj Lakhdar, Omar Ben Boulaïd, Meddour Azoui, Ahmed Azoui, Tahar Nouichi, Mostefa Reaili, Ahmed Nouaouara, Ammar Bellagoune, Mohammed Chérif Benakcha, Abdelhafid Torèche, Hocine Ben Abdeslam et Messaoud Benaïssa. Cette option reste vivement contestée par de potentiels prétendants, Abbas Laghrour et Adjel Adjoul, ainsi que par Omar Ben Boulaïd, le frère de Moustapha. La direction de l’Aurès est ainsi à nouveau partagée entre trois prétendants : Omar Ben Boulaïd (versant occidental de l’Aurès), Adjoul (versant méridional de l’Aurès) et Laghrour (Nementchas). Deux groupes rivaux, l'un mené par Adjoul, l'autre par Omar Ben Boulaid, s'affrontent alors violemment, rendant impossible la désignation d'un représentant de la zone 1 au congrès de la Soummam[2],[5].

En , devant cette impasse, le Comité de coordination et d'exécution (CCE), nouvellement créé, demande à Amirouche de remettre de l'ordre dans la zone 1, devenue wilaya I. Dans le contexte de sa rencontre avec Adjel Adjoul, ce dernier est blessé par des tirs et se réfugie au camp militaire français de Zeribet El Oued, une forme de reddition qui sème le trouble parmi ses compagnons[2]. Il indique alors qu'il a eu des rapports difficiles avec les bandes du nord de l'Aurès, placées sous les ordres d'Aissi Messaoud, et celles des Nementcha, sous la direction de Abbas Laghrour[6]. Des tentatives de médiation ont à nouveau lieu en , janvier et , sans succès. Amar Ouamrane, Amirouche et Saïd Mohammedi proposent au CCE une rencontre entre toutes les parties adverses au sein de la wilaya[2].

Mohamed Lamouri

La nomination par le CCE de Mahmoud Chérif comme chef de la wilaya le est contestée par des responsables de la wilaya, dont Mohamed Lamouri, du fait de son ralliement tardif après qu'il ait quitté l'armée française, dans un contexte persistant de luttes intestines au sein de la wilaya, sur fond de particularismes locaux. Il exerce son autorité depuis la Tunisie avant d'être remplacé par Mohammed Lamouri en [2]. La pertinence de cette nomination est contestée par Lakhdar Bentobal et Ali Kafi qui estiment que celui dont il avait été l'adjoint, Hihi El Mekki, était une option bien meilleure[7]. Lamouri sera nommé au Commandement Opérationnel Militaire (COM) en et sera remplacé à la tête de la wilaya par son responsable politique, Ahmed Nouaoura[2].

Accusé d'avoir cherché à renverser le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) nouvellement créé en , Mohamed Lamouri est arrêté en Tunisie le , avec plusieurs de ses officiers, dont Ahmed Nouaoura venu le rejoindre. Lamouri et Nouaoura, le commandant Aouechria et le capitaine Lakhal sont jugés et condamnés à mort. Ils sont fusillés le [2], d'autres sources donnant une date et des modalités d'exécution différentes[8].

Mohamed Tahar Abidi

En , la nomination à la tête de la wilaya de Mohamed Tahar Abidi permet de retrouver une organisation plus stable[2]. Cependant, le , Ali Hambli, chef de bataillon dans la wilaya, entre en dissidence et, harcelé depuis trois jours par la garde nationale tunisienne et l'ALN, se rend avec ses hommes au 3e régiment de hussards à quelques kilomètres de Ouenza[9],[10]. Le , Baraki Amar, commandant la mintaka 2 de la wilaya 1, est exécuté sur ordre de Si El Haouès, sur fond de mouvement de sédition[11]. Abidi quitte les Aurès fin pour rejoindre la Tunisie, l'intérim étant assuré par Mostéfa Merarda, dit Bennoui. Lui succède Ali Souaï le , provoquant une situation conflictuelle caractérisée par des limogeages et des exécutions.

1960-1962 : Tahar Zbiri

Tahar Zbiri

Tahar Zbiri prend la tête de la wilaya en [2].

La mise en œuvre du Plan Challe, malgré la forte résistance des maquisards, entraîne des pertes importantes ; le PC de Tahar Zbiri doit se déplacer constamment. En , le général Paul Ducournau, à la tête du régiment d'infanterie parachutiste de choc (RIPC) estime que « les Aurès sont le berceau de la rébellion, elles en seront le tombeau »[2]. En , la presse évoque plus de 400 « rebelles » hors de combat parmi les maquisards depuis le début de l'opération Ariège[12]. Ali Souai est tué au combat en [13]. Fin 1961, la wilaya ne compte plus que 2 500 maquisards. Après le cessez-le-feu, le , Zbiri accueille dans ses troupes de nombreux harkis démobilisés, non sans provoquer des mécontentements[2].

Chefs

  • 1954 : commandant Mostefa Ben Boulaïd (1917-1956), tué par poste de radio piégé le
  • 1955 : commandant Bachir Chihani dit Si Messaoud (1929-1955), exécuté illégitimement par ses subordonnés en
  • 1957 : colonel Mahmoud Chérif (1912-1987), commandant in abstentia depuis Tunis
  • 1958 : Mohamed Lamouri (1929-1959), nommé colonel en , dégradé pour complot, fusillé par le FLN le
  • 1959 : Mohamed Tahar Abidi (1916-1998) (Si Lakdhar), promu colonel en , rejoint la Tunisie fin
  • 1960 :Mostéfa Merarda
  • 1960 : Ali Souahi (1932-1961), commandant, tué au combat le
  • 1961 : Tahar Zbiri (1929-2024)

Batailles

Voir (selon des sources algériennes)

Bibliographie

  • Tramor Quemeneur (dir.), Ouanassa Siari Tengour et Sylvie Thénault, Dictionnaire de la guerre d'Algérie, Paris, éditions Bouquins, , 1424 p., 20 × 13,4 cm (ISBN 978-2-38292-306-1, présentation en ligne).
  • Ouanassa Siari-Tengour, « Les dirigeants de l’Aurès-Nememcha (1954-1956) », colloque Pour une histoire critique et citoyenne. Le cas de l’histoire franco-algérienne, 20-, Lyon, ENS LSH, 2007.
  • Moncef Djenadi, Aurès–Nememcha, témoignages des compagnons de Mustapha Ben Boulaïd, éditions Chihab, 2025[14].

Références

  1. Yassine Telmlali, La genèse de la Kabylie - Aux origines de l'affirmation berbère en Algérie (1830-1962), éditions Barzach (2015), éditions La Découverte (2016).
  2. Tramor Quemeneur (dir.), Ouanassa Siari Tengour et Sylvie Thénault, Dictionnaire de la guerre d'Algérie, Paris, éditions Bouquins, , 1424 p., 20 × 13,4 cm (ISBN 978-2-38292-306-1, présentation en ligne)
  3. Ouanassa Siari-Tengour, « Les dirigeants de l’Aurès-Nememcha (1954-1956) », colloque Pour une histoire critique et citoyenne. Le cas de l’histoire franco-algérienne, 20-22 juin 2006, Lyon, ENS LSH, 2007.
  4. Ouanassa Siari-Tengour, « Les dirigeants de l’Aurès-Nememcha (1954-1956) », colloque Pour une histoire critique et citoyenne. Le cas de l’histoire franco-algérienne, 20-22 juin 2006, Lyon, ENS LSH, 2007.
  5. Ouanassa Siari Tengour, « Adjel Adjoul (1922-1993) : un combat inachevé », Insaniyat / إنسانيات [En ligne], 25-26 | 2004, mis en ligne le 14 août 2012, consulté le 06 décembre 2025. URL : http://journals.openedition.org/insaniyat/6187 ; DOI : https://doi.org/10.4000/insaniyat.6187..
  6. Le chef rebelle Adjoul Adjoul s'est rendu aux forces de l'ordre Il a laissé ses cent cinquante hommes dans l'Aurès site lemonde.fr, 6 novembre 1956.
  7. Daho Djerbal, Lakhdar Bentobbal - La conquête de la souveraineté, éditions Chihab, 2022.
  8. Saphia Arezki, De l'ALN à l'ANP - La construction de l'armée algérienne (1954-1991), Éditions de la Sorbonne, 2022.
  9. Ali Hambli laisse prévoir au général Dulac de nouveaux ralliements de rebelles dissidents, site lemonde.fr, 24 mars 1959.
  10. Mohammed Harbi, Une vie debout : mémoires, 2001, éditions La Découverte
  11. UN MOUVEMENT SÉDITIEUX SE SERAIT PRODUIT PARMI LES BANDES DE L'AIRÈS ET DU HODNA, site lemonde.fr, 8 avril 1959.
  12. QUATRE CENTS REBELLES hors de combat dans l'Aurès depuis le début de l'opération Ariège, site lemonde.fr, 25 octobre 1960.
  13. Le chef actuel de la wilaya aurait été tué dans les Aurès, site lemonde.fr, 14 février 1961.
  14. Djenadi Moncef : « Je voulais rendre justice à l’Aurès–Nememcha et à Ben Boulaïd », site lematindalgerie.com, 19 décembre 2025.
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