Wilgie Mia

Wilgie Mia
Panorama de la région de Wiglie Mia
Ressources
Exploitant
Traditionnellement les Wajarris (en) Yamatji (en)
Ouverture
Exploitation par les Aborigènes depuis 27 000 à 50 000 ans (toujours en activité, usage cérémoniel et artisanal)
Profondeur
40 m
Patrimonialité
Région inscrite au patrimoine national australien
Pays
État
Région
Commune
Coordonnées
26° 58′ 00″ S, 117° 39′ 00″ E
Géolocalisation sur la carte : Australie
(Voir situation sur carte : Australie)
Géolocalisation sur la carte : Australie-Occidentale
(Voir situation sur carte : Australie-Occidentale)

Wiglie Mia, aussi appelée Thuwarri Thaa (« le trou d'ocre rouge »), est la plus grande mine d'ocre australienne connue, située dans la chaîne de Weld en Australie-Occidentale. Exploitée par le peuple aborigène Wajarri (en) depuis des millénaires, elle constitue un site sacré lié au récit ancestral du Marlu (kangourou roux). L'ocre rouge extraite, réputée pour sa pureté et son éclat métallique, alimentait autrefois un vaste réseau d’échanges couvrant une grande partie du continent.

Exclusivement réservée aux hommes initiés, elle est aujourd'hui reconnue pour son importance archéologique, culturelle et spirituelle et est protégée depuis 1973 au titre du Aboriginal Heritage Act (en). Elle a été placée en 2017-2018 sous possession exclusive du peuple Wajarri et reste aujourd'hui un lieu culturel vivant où l'ocre est toujours extraite et utilisée pour les cérémonies traditionnelles.

Nom et étymologie

Le nom Wiglie Mia vient de la langue wajarri (en) et associe :

  • Wilgie (aussi transcrit en wilgy, wiji, wigi, wijili) : dans plusieurs langues aborigènes de la région, des sons similaires désignent la couleur rouge ou la terre colorée. L'interprétation globale serait donc « ocre » ou « terre rouge »
  • Mia (aussi transcrit en maa, mya) : ce terme est utilisé dans plusieurs langues aborigènes d'Australie-Occidentale pour indiquer un lieu spécifique ou un site où l'on récolte quelque chose (carrière, point d'eau, bosquet, plage). L'interprétation globale serait donc « lieu », « site » ou « carrière ».

La traduction la plus directe de Wilgie Mia est donc « lieu de l'ocre rouge ».

Description et géologie

Le site de Wilgie Mia se trouve à une soixantaine de kilomètres au nord-ouest de Cue[1], dans une région désertique et reculée de l'Australie-Occidentale. Le paysage environnant est caractérisé par un climat aride avec des variations de température importantes et des précipitations annuelles moyennes faibles (environ 200 mm). La végétation se limite principalement au mulga (acacia aneura), un grand arbuste adapté aux conditions désertiques. La mine est située dans la chaîne de montagnes de Weld, constituée de jaspes et de schistes, des roches très riches en fer. L'ocre rouge résulte d'une imprégnation du schiste par l'oxyde de fer. Le sol environnant, principalement composé de terres rouges et caillouteuses riches en hématite, confère à l'ocre de Wilgie Mia son aspect sombre et son éclat métallique caractéristique[2].

L'entrée de la mine est située derrière un monticule de terre ocreuse accumulé au fil des siècles[3]. Wilgie Mia elle-même est une cavité naturelle qui a été élargie par les Aborigènes au fil des excavations[2]. Elle comprend une chambre principale à plus de 40 mètres sous terre aux parois rouges et pourpres et de nombreux passages étroits creusés en suivant les filons d'ocre. D'autres sources d'ocre importantes existent en Australie, comme Pukardu, Karrku et Toolumbunner, mais Wilgie Mia se distingue par son échelle immense[4], étant la plus grande et la plus profonde des mines d'ocre souterraines du continent[5].

Une autre mine d'ocre plus petite nommée Little Wilgie Mia est située à seulement 3 km de Wilgie Mia et présente des caractéristiques distinctes. Constituée d'une série d'abris sous roche, elle est considérée par les traditions orales wajarri (en) comme la plus ancienne des deux mines et son accès était ouvert à tous, hommes, femmes et enfants[4]. La région comprend également le « lieu de repos du Marlu », qui fait partie intégrante du complexe culturel et sacré pour le peuple Wajarri[5]. L'ensemble de la zone fait 45 hectares[1].

Importance culturelle et spirituelle

Wilgie Mia est profondément enracinée dans la spiritualité aborigène wajarri et est lié à un récit originel dans lequel l'être ancestral, le Marlu (kangourou roux), aurait donné naissance à la mine[6]. Selon la tradition, un kangourou roux géant, blessé près de la côte[5] par un esprit maléfique, le Mondong[3], a traversé le pays en saignant. Il en a perdu une grande quantité à Little Wilgie Mia avant de mourir à Wilgie Mia et son sang aurait formé le vaste gisement d'ocre rouge. Les différentes couleurs d'ocre correspondent ainsi à des parties distinctes du corps du Marlu[5] : le rouge représente le « sang du Marlu »[6], le jaune représente son foie et le vert sa vésicule biliaire[5], ce qui lui conférait une valeur sacrée particulière. Le lieu serait gardé par l'esprit Mondong qui a tué le Marlu et son rôle serait de réguler le comportement des personnes sur le site[6].

Selon la coutume, Wilgie Mia est un site exclusivement réservé aux hommes, avec un accès contrôlé par des rituels ancestraux. Seuls trois guérisseurs de la tribu avaient traditionnellement le droit d'entrer dans la mine (à la mort de l'un d'eux, un successeur était initié aux mystères du lieu) et des cairns de pierre marquaient les limites de la zone sacrée, interdite aux non-initiés[3].

Le site illustre également l'importance de l'ocre dans les sociétés traditionnelles mondiales, son utilisation étant considérée comme un trait caractéristique du comportement humain moderne, avec des preuves d'utilisation remontant à au moins 42 000 ans, comme en témoigne la sépulture de l'« Homme de Mungo »[5].

Histoire

Époque ancienne

Les Aborigènes utilisaient l'ocre rouge pour plusieurs raisons, dont l'art rupestre comme avec ces peintures de poissons, ou cette main dessinée par projection de l'ocre par la bouche

Il est estimé que l'exploitation de Wilgie Mia ait pu avoir commencé il y a 27 000[5] à 50 000 ans[3], ce qui en ferait potentiellement le plus ancien site minier continuellement exploité de l'histoire de l'humanité[5], une durée qui témoigne de l'importance exceptionnelle de ce site pour les cultures aborigènes successives. Les mineurs Wajarri (en), exclusivement des hommes initiés, ont développé des techniques d'extraction sophistiquées pour leur époque avec l'utilisation de lourds maillets de pierre et de coins en bois durcis au feu pour extraire la roche ocreuse, l'emploi d'échafaudages en perches avec des plateformes en bois (innovation permettant d'exploiter simultanément des filons à différents niveaux), l'application de la méthode de soutènement par piliers (consistant à laisser des piliers de roche pour soutenir le toit des galeries souterraines) et des techniques de concassage et de pulvérisation de l'ocre avec des pierres arrondies pour la mélanger à de l'eau et former des boules[5]. On estime entre 11 500[3] et 19 600 mètres cubes la quantité d'ocre et de roche (soit environ 40 000 tonnes selon certaines sources[6], 50 000 tonnes selon d'autres) ayant été extraite du site[3].

L'ocre de Wilgie Mia était au cœur du plus vaste réseau commercial précolonial d'ocre jamais documenté en Australie[6]. Le minerai, particulièrement convoité pour sa pureté remarquable[3], sa couleur rouge (voir rosée) aux reflets argentés et sa capacité à briller dans le noir, était échangé sur de vastes distances. Il fournissait la majorité de l'ocre rouge utilisée dans l'ouest de l'Australie-Occidentale[6] et aurait même voyagé jusqu'à Ravensthorpe[5] au Queensland et sur la plaine de Nullarbor en Australie-Méridionale, soit à une distance de plus de 1 600 kilomètres[6]. Les femmes aborigènes étaient responsables du transport de l'ocre sur ces longues distances, une tâche lourde et éprouvante, en plus de devoir porter leurs enfants et leurs biens[3].

Époque moderne

Dans les années 1940, la mine est exploitée commercialement par des non-Aborigènes qui utilisent des méthodes controversées telles que l'utilisation illégale d'explosifs et le non-respect des règles de protection du patrimoine. En 1973, en vertu de l'Aboriginal Heritage Act (en), Wilgie Mia devient un site protégé. Cependant, au moment de cette déclaration, plus de 10 000 tonnes d'ocre avaient déjà été retirées[5].

Plus tard, en 1986, la société Weld Range Metals acquiert des concessions autour du site. En 2011, sa demande d'autorisation d'exploitation minière est rejetée par le tribunal national des titres autochtones (en) (NNTT)[5] (c'est seulement la deuxième fois qu'une telle décision est prise), donnant une plus grande importance aux traditions et aux souhaits des Wajarris qu'aux bénéfices économiques potentiels du projet minier. L'exploitation ne devait être autorisée que si elle avait été approuvée par les propriétaires traditionnels, ce qui n'était pas le cas, car la compagnie n'avait pas réussi à trouver un accord avec eux[1]. En 2017-2018, le même tribunal accorde la possession exclusive de Wilgie Mia et des environs de la chaîne de montagnes de Weld au peuple Wajarri, leur donnant le droit d'occuper, d'utiliser et de jouir de ces terres à l'exclusion de tout autre. Selon Colin Hamlett, gardien des traditions wajarri : « Le peuple autochtone n'est pas opposé à l'exploitation minière, mais il veut préserver certaines zones. [...] Nous essayons simplement de conserver une partie de notre culture et de la préserver pour que les générations futures la comprennent »[5].

L'ocre de Wilgie Mia demeure encore aujourd'hui une partie essentielle de la vie cérémonielle aborigène. Elle est toujours échangée et utilisée dans les cérémonies traditionnelles, y compris les « cérémonies de loi », qui sont des cérémonies fondamentales liées à la loi et à la culture autochtones[6].

Voir aussi

Notes et références

  1. Yamatji Marlpa - Aboriginal Corporation, « Wilgie Mia », (consulté le )
  2. Alexander Baynes (Western Australian Museum), « The Mysterious Wilgie Mia », (consulté le )
  3. The Argus, « The Mysterious Wilgie Mia », (consulté le )
  4. Journal of Archaeological Science, « An LA-ICP-MS trace element classification of ochres in the Weld Range environ, Mid West region, Western Australia », (consulté le )
  5. State Library of Western Australia (en), « Ochre » (consulté le )
  6. Commonwealth of Australia Gazette, « Inclusion of a place in the national heritage list », (consulté le )
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