Wilhelmine Clauss-Szarvady
.jpg)
| Naissance | |
|---|---|
| Décès | |
| Nationalité | |
| Activité | |
| Conjoint |
Frigyes Szarvady (d) (à partir de ) |
| Instrument | |
|---|---|
| Maître |
Wilhelmine Clauss-Szarvady née Clauss à Karolinenthal[1], depuis intégrée à Prague en ancienne Bohême, le [2] et morte à Paris le [3], est une pianiste française d'origine austro-hongroise considérée comme une des grandes interprètes de l'époque romantique[4].
Biographie
Élevée dans une famille de riches commerçants, elle montre dès son plus jeune âge des dispositions remarquables pour la musique. Après deux ans de cours à domicile, elle devient l’élève de l’Institut de Josef Proksch, professeur de piano renommé et non voyant, à Prague, et reçois les encouragements de la célèbre cantatrice Caroline Unger. En elle rencontre le compositeur Robert Schumann et son épouse Clara avec laquelle elle prend des cours. Robert relève dans son carnet de dépenses le grand talent de cette jeune élève.
Alors qu'elle n’a pas encore douze ans, elle perd son père. En 1849, elle fait ses débuts sur scène à Prague et, devant son brillant talent précoce, sa mère, pour parfaire sa formation et élargir sa culture musicale, organise en 1849, alors qu’elle a tout juste 16 ans, une tournée européenne de concerts. Elle est ainsi amenée à jouer à la cour de Dresde où elle remporte un beau succès. Elle rencontre Franz Liszt, célébrité du piano de l'époque, qui l’encourage dans sa carrière et lui dédicace deux morceaux. Grâce à Clara Schumann qui renonce en sa faveur à sa propre performance, elle obtient une invitation pour un concert de débutante dans la salle de concert du Gewandhaus de Leipzig le ; le , elles jouent ensemble l'Andante und variationen Op. 46 de Robert son mari[5].
En 1851, elle se déplace à Paris et joue pour le facteur de piano Sébastien Érard et le compositeur Hector Berlioz, tous deux extrêmement impressionnés par son art. Elle profite de son séjour pour s’attaquer crânement à l’appassionata de Beethoven, alors qu'à l’époque ce répertoire est peu commun pour les interprètes féminines dont on estime qu’il requiert la vigueur et l'exactitude intellectuelle leur faisant défaut. Notamment pour cette jeune pianiste au physique encore adolescent, décrite par la presse comme “délicate“, “jeune fille”, ”petite poupée”. Quoi qu’il en soit, le public se montre largement enthousiaste.
Malheureusement, durant son séjour parisien, sa mère décède. À tout juste 18 ans, elle se retrouve orpheline de ses deux parents. Par bonheur, M. Szarvady, son futur mari et la contralto Caroline Ungher interviennent pour l’aider et pendant quelques mois elle est accueillie dans la propriété de celle-ci, la Tour de Farges près de Montpellier. Franz Liszt contribue également à cette aide. Mais le besoin de jouer est le plus fort et elle revient à Paris pour un concert de retour le 2 février 1852. Au printemps suivant, elle part pour l'Angleterre où elle se produira régulièrement seule chaque année de 1852 à 1886. Elle joue durant l’été pour la Reine Victoria (l’année suivante, on la surnomme “la chérie du public londonien”). Elle joue à nouveau pour la reine la sonate Waldstein de Beethoven en son palais de l’île de Wight où la souveraine lui réclame un bis. Elle rentre à Paris à l’automne[6].

Lors de ce retour, elle entreprend de soutenir le travail de Robert Schumann en jouant son Quintette pour piano Op. 44, créé dix ans auparavant. Mais ce travail de soutien ne se limite pas à la musique nouvelle. Elle tient à promouvoir également la musique baroque et particulièrement Jean-Sébastien Bach à une époque où sa musique est encore très sous-évaluée en France.
En , elle épouse à St Martin-in-the-Fields à Londres l’écrivain et diplomate hongrois Frédéric (Frigyes) Szarvady. Le couple s’installe définitivement à Paris. De ce mariage naitront quatre enfants : deux fils, Bela né en 1856, Geza, né en 1857 et deux filles, Elisabeth (Lisette) née en 1862 et Caroline, née en 1871. Du fait de ses deux premières maternités, elle s’éloigne un temps des scènes de concert mais, quand elle annonce son retour à Paris en 1858, les tickets sont rapidement vendus.
Elle entreprend une tournée des villes germaniques en 1860 mais à un rythme moins soutenu qu’en ses jeunes années. Elle donne encore un concert à Paris en 1862 et en elle interprète avec Clara Schumann la Sonate pour deux pianos de W. A. Mozart et une sélection de pièces pour piano à quatre mains op. 85 de Robert Schumann et son Andante et variations op. 46. Les deux concertistes jouent à nouveau ensemble en à la station thermale de Kreuznach[5]. Puis, en 1867, elle entreprend de jouer à Paris le Premier concerto pour piano de Brahms, encore une œuvre prétendument réservée aux hommes dont Wilhelmine se rend largement maitresse. En dépit de son mariage et de son statut de mère, elle effectue des voyages en Allemagne durant les années 1860.
En 1867, un drame la frappe avec le décès de son fils Bela et son chagrin est aggravé par le déclenchement du conflit franco-prussien en 1870 durant lequel sa famille se replie à Londres. La guerre terminée, en 1871, alors qu’elle approche de la quarantaine, elle commence à réenvisager les contours de sa carrière. Elle décide de moins jouer en public se réservant pour des audiences privées au public choisi et au programme de musique de chambre savamment élaboré dont la réputation devint légendaire dépassant selon certain celle de l’Opéra. Elle donne une poignée de concerts publics dans les années 1870 et joue notamment en à la salle Pleyel avec Camille Saint-Saëns un arrangement à quatre mains de sa Danse Macabre.
Elle perd son mari en 1882 ; elle a alors 49 ans. Du fait de cette disparition et pour subvenir à ses besoins, elle annonce en 1886 qu’elle ouvre une école de piano, sans que l’on en sache plus sur le destin de ce projet. Elle continue à jouer dans un cadre intime au moins jusqu’en 1895[4] et est inhumée au Cimetière de Montmartre, division 22, avenue Cordier, ligne 07, numéro 08.
Considérée comme une spécialiste de Scarlatti, Bach et Beethoven parmi les autres grands maîtres qu'elle affectionne de jouer comme Haendel, Mozart, ou Schubert, elle aime interpréter également des compositeurs contemporains comme Berlioz, Wagner, Liszt ou Schumann. Certains lui dédieront certaines de leurs compositions comme Joseph Joachim Raff (Trio pour piano, violon et violoncelle n° 3, Opus 155 en 1870), Samuel de Lange (Trio pour piano n°1 Opus 21) ou Robert Radecke (L’Amazone, Étude caractéristique pour le Piano opus 4). Sa présentation précoce de compositions de Stephen Heller et de Beethoven la fait qualifier de « charmant petit diable » par Robert Schumann. Elle est également reconnue pour avoir fait découvrir les compositeurs allemands au public parisien.
La pianiste et compositrice Auguste Auspitz-Kolár fut une de ses élèves.
Œuvres
De part son talent sans cesse amélioré et sa pratique de la méditation, elle a contribué à la formation du goût des amateurs de musique de son époque par la réhabilitation des œuvres des grands maîtres. Elle a ainsi fait publier quelques morceaux inconnus ou tombés dans l’oubli.
Au nombre de ceux-ci se trouve l'admirable concerto en fa mineur pour clavecin, deux violons, alto et violoncelle de Carl Philipp Emanuel Bach qu'elle a arrangé pour piano seul d'après un manuscrit inédit (revu et édité par Wilhelmine Szarvady née Clauss. Leipzig, Barth. Senff, sans date et J. Maho, Paris)[7].
Notes et références
- ↑ Cf. acte de décés n° 2341 du 3 septembre 1907, Paris XVIIe ; aujourd'hui Karlin, quartier de Prague 8.
- ↑ Selon Raymond Dittrich, l'erreur répétée d'une naissance le 13 décembre 1834 provient du statut d'enfant prodige ayant marqué ses débuts (cf. : (de)https://www.sophie-drinker-institut.de/clauss-szarvady-wilhelmine
- ↑ Cf. Acte de décès n° 2341 du 3/09/1907, Paris XVIIe
- (en) https://interlude.hk/wilhelmine-clauss-szarvady-the-great-forgotten-pianist-who-everyone-loved
- (en)https://www.schumann-portal.de/wilhelmine-clauss-szarvady-1352.html
- ↑ C'est à cette occasion que Louis-Gustave Ricard réalise un très remarqué tableau exposé au salon de 1853 qui le fera reconnaître définitivement comme un des grands portraitistes de l'époque.
- ↑ Cf. François-Joseph Fétis, Biographie universelle des musiciens, Paris, Firmin Didot éditeurs, 1870, vol 8, page 171 : https://archive.org/details/biographieunive10ftgoog/page/170/mode/2up
Sources
- Portraits :
- Wilhelmine Clauss d'après Henri Lehmann, 1852, gravure sur bois ; 15 × 15 cm
- Wilhelmine Clauss Auguste Lemoine, d'après Henri Lehmann, 1850, estampe, lithographie ; 21 × 23 cm
- Musik und Gender im Internet
- Sophie Drinker Institut
- Schumann Network
- Dictionnaire universel des contemporains, Gustave Vapereau, Volume 2, Hachette et Cie, 4e édition, Paris, 1870
Liens externes
- Ressources relatives à la musique :
- Notice dans un dictionnaire ou une encyclopédie généraliste :
- Portail de la musique classique