Xavier Garenne

Xavier Garenne
Fonctions
Maire de Luzy
– fin 1878
(2 ans)
Prédécesseur Jean Gallois
Successeur Louis Bertrand

(2 ans et 9 mois)
Prédécesseur Jean Gallois
Successeur Jean Gallois
Conseiller municipal de Luzy
– fin 1878
Élection 1874
Réélection 1878

(1 an)
Élection 1871
Biographie
Nom de naissance Paul Marie Xavier Garenne
Date de naissance
Lieu de naissance Moulins-Engilbert (Nièvre)
Date de décès (à 54 ans)
Lieu de décès Luzy (Nièvre)
Nationalité Française
Parti politique Républicains modérés
Profession Avocat
Archéologue et historien amateur
Résidence Luzy

Image illustrative de l’article Xavier Garenne
Maires de Luzy

Xavier Garenne est un archéologue amateur et homme politique français né le à Moulins-Engilbert (Nièvre) et mort le à Luzy. Il est le premier à avoir dirigé des fouilles à Bibracte, en 1864, ainsi que le premier maire républicain de Luzy (Nièvre), de 1871 à 1874 puis de 1876 à 1878.

Biographie

Paul Marie Xavier Garenne nait le à Moulins-Engilbert, en Sud Morvan, région montagneuse de la Nièvre. Il voit le jour au 13, rue Coulon, bâtisse qui existe encore[1]. Son père est docteur en médecine[2], d'abord inspecteur des eaux des thermes de Saint-Honoré-les-Bains[1] puis médecin de l'hospice de Moulins-Engilbert, où nait son fils[3].

Xavier Garenne suit des études de droit puis devient avocat[4]. Il exerce auprès d'un jurisconsulte avant d'être juge suppléant au tribunal d'Autun (Saône-et-Loire)[3], mais cesse rapidement ses activités. Il se retire pour le reste de sa vie dans son domaine du château de Mazille, situé à Luzy[2].

Archéologue et historien amateur

Xavier Garenne publie à Paris, en 1865, pour premier livre un roman historique, Siège de Paris : Diane et Endymion, qu'il reniera ensuite[2]. Il est membre de deux sociétés savantes dont il suit les recherches en archéologie, la Société éduenne sise à Autun et la Société académique du Nivernais sise à Nevers[5],[6]. Il fréquente les érudits locaux de son temps, comme Lucien Gueneau ou Jacques-Gabriel Bulliot[7].

Informé des recherches de ce dernier sur une possible présence de l'oppidum éduen de Bibracte sur le mont Beuvray (situé entre Luzy et Autun) plutôt qu'à Autun, Xavier Garenne échange avec un officier de l'empereur, Eugène Stoffel, lorsque celui-ci est envoyé en 1864 dans la région pour identifier les lieux de la guerre des Gaules. Stoffel permet à Xavier Garenne de tenir des fouilles sur le site[4],[8]. Dans le même temps, il fouilles plusieurs sites défensifs aux alentours[9]. S'il ne s'agit que de sondages et que Garenne ne touchera plus à la terre du Beuvray, toutes ces recherches lui apportent une petite noriété et lui permettent de publier son livre sur la question, Bibracte, en 1867[10].

Il se retrouve alors être un des meneurs de la « question de Bibracte », querelle érudite qui dure jusqu'en 1869. Son livre fait de lui la cible de publications des détracteurs de la théorie de Bulliot. Il publie de lui-même une douzaine de textes pamphlétaires à l'encontre de ses contradicteurs, jusqu'à que ceux-ci cessent, devant l'évidence des résultats des fouilles suivantes[10]. Sa seule autre publication érudite est une brochure sur l'ancienne église Saint-Pierre de Luzy[2].

Maire de Luzy

Xavier Garenne, devenu notable de sa ville, est du parti des républicains modérés, qui prône un avancement par étape vers la démocratie bourgeoise. À la chute du Second Empire de Napoléon III en 1870, il est nommé dans le premier conseil municipal de Luzy de la Troisième République. Luzy est alors dirigé, depuis un an, par Jean Gallois, monarchiste nommé par le préfet (les maires des petites communes étant nommés jusqu'en 1871). Les premières élections municipales de voient le camp républicain l'emporter nettement à Luzy — Jean Gallois n'est même pas élu. Xavier Garenne est élu maire de Luzy à 15 voix contre 5[3]. Lucien Gueneau devient son adjoint en 1873[11].

Toutefois, le rapport de force de l'État antirépublicain et de sa politique d'ordre moral finit par pousser Xavier Garenne et ses adjoints à la démission. Sous la pression du préfet, il quitte la mairie le et Jean Gallois recouvre la mairie. La transition se fait avec chahut[3]. Il ne cesse pas son activité politique pour autant, et est le candidat républicain aux élections cantonales d', sans succès[12]. Les élections municipales de sont un camouflet pour les conservateurs et le conseil élu est majoritairement républicain. Mais l'Ordre moral a modifié la loi et les maires sont tous nommés par le préfet, alors le conseil ne peut élire Xavier Garenne. Après deux années de cohabitation, il est finalement nommé maire en [3] et Lucien Gueneau redevient son adjoint[11]. Il est maintenu après les élections de 1878, mais démissionne au bout de quelques mois[3].

Après Xavier Garenne, se succèdent une lignée de maires tous républicains modérés puis socialistes. Encore aujourd'hui, la mairie de Luzy est socialiste[13].

Tapisserie, photographiée avec son cadre. Elle illustre une scène médiévale, dans un palais, avec un roi, un garde, et plusieurs personnages échangeant avec le roi.
Une des tapisseries conservées à l'hôtel de ville, héritage de Xavier Garenne.

Des mandats de Xavier Garenne, les historiens locaux rappellent surtout sa politique de sauvegarde du patrimoine. Il fait conserver dans l'hôtel de ville des tapisseries d'Aubusson qui aujourd'hui font partie des trésors de la commune, et mène une restauration de la tour médiévale des Barons, dont il fait construire le toit[3]. D'autres sources sur l'histoire de Luzy rapportent qu'il a cherché à sauver l'ancienne église Saint-Pierre de Luzy — située à l'emplacement de l'actuelle —, avant que la destruction de celle-ci ne soit achevée par un incendie en 1874[14],[15],[note 1].

Fin de vie

Xavier Garenne meurt le à Luzy[16], la cinquantaine passée. Victor Gueneau, notable nivernais, décrit ses dernières années en un trait : « Un peu sombre, très sceptique, il vécut assez à l'écart, peut-être ne voulut-il pas trop montrer ses pensées intimes[2]. »

Recherches à Bibracte et alentours

Photo panoramique du Beuvray. Les flancs de la montagne soit boisés de feuillus et de résineux, et le sommet est long et plat.
Le mont Beuvray, à 821 mètres, est l'un des plus haut massifs du Morvan.

En 1856, l'érudit d'Autun Jacques-Gabriel Bulliot fouille les traces d'une chapelle médiévale en haut du Beuvray. Ce qu'il observe l'amène à construire une hypothèse sur la présence de l'oppidum de Bibracte au sommet du mont Beuvray, et non pas, comme l'opinion l'a toujours considéré, à Autun, là où la cité gallo-romaine de Augustodunum l'a succédé à une trentaine de kilomètres de là. Bibracte et Augustodunum, capitales des Éduens, sont les deux plus importantes traces historiques de la région[4]. La majorité des membres de la Société éduenne et la Commission de topographie des Gaules de l'Empire[17] contestent la théorie de Bulliot[18], mais ce n'est pas le cas de Xavier Garenne, qui est associé à ces travaux[19].

La question de la bataille

Cet évènement archéologique prend place alors que Napoléon III entreprend une politique de recherches historiques sur la Gaule, qui se traduira notamment par son ouvrage Histoire de Jules César. Il confie en 1864 la tâche de se renseigner sur la bataille de Bibracte (qui vit la fin de l'émigration helvète) à son officier d'ordonnance Eugène Stoffel[4]. Suivant les indications géographiques laissées par César, Napoléon III pense que le lieu de la bataille est situé dans les environs de Luzy[5]. Stoffel fait la rencontre, selon les sources, de Xavier Garenne ou de Bulliot. À celui qu'il rencontre, il fait l'exposé de sa frustration de ne pas trouver les lieux décrits par César à Luzy ; à quoi il lui est répondu que la solution du problème est que la base géographique utilisée pour les recherches est erronée, et qu'on ne peut trouver le site si on utilise comme base Bibracte située à Autun[5],[20].

Ce qui est sûr, c'est que Stofell parti, c'est Xavier Garenne qui entame des recherches géographiques sur la question. Partant lui d'une base où Bibracte est situé au Beuvray, il observe que, à Montmort en Saône-et-Loire, les collines, les distances et les surfaces sont les mêmes que celles citées par César[5],[21]. Il relève aussi la présence de ce qu'il reconnait comme des tumuli[22],[23]. Jacques-Gabriel Bulliot reconnait la paternité de cette découverte à Garenne[20]. Garenne relance Stoffel et susciste cette fois son intérêt. L'officier redescend et ils visitent tous les deux le Beuvray. Stoffel lui permet de premières fouilles qui confirment la présence de Bibracte au Beuvray, et résolvent une partie la question de la bataille[5].

Napoléon III ne reconnait pas la localisation de la bataille à Montmort lors de la publication du deuxième volume de son Histoire de Jules César en 1866, mais il l'adopte par la suite. C'est Stoffel qui le premier supervise des fouilles à Montmort, en 1886, avant qu'elles soient confirmés par des fouilles en 1986 et 1987[5]. Le nom de Garenne demeurt oublié dans ces travaux, remplacé par celui de Stoffel qui a repris à son compte la découverte[21].

Les premières fouilles

Stoffel confie à Xavier Garenne deux cents francs. Cette somme, modique, permet d'engager des ouvriers pour mener les toutes premières fouilles sur le site. Le propriétaire des lieux le vicompte Auguste Ernest d'Aboville y participe[8]. Les fouilles ne durent que trois jours, du 7 au [5], mais permettent de multiples sondages[8]. Jacques-Gabriel Bulliot visite ces fouilles le troisième jour[5].

Garenne transmet des premiers résultats dès l'hiver 1864 à l'officier Stoffel[24] et aux séances de la Société éduenne[6]. Bulliot en fait une description publique dans un livret publié à Autun en 1865[27],[note 2]. Les sondages témoignent d'une ville importante — partout, on reconnaît des murailles et des habitations —, mais ne laissent place qu'à des suppositions[8]. Le vicomte d'Aboville continue à son compte deux campagnes de fouilles en 1865 et 1866[19],[28], auxquelles il convie Bulliot. Celles-ci permettent à Bulliot de débloquer de véritables fonds de la part de l'empereur[19], afin de démarrer ses propres fouilles en 1867[8].

Dans le même temps, Xavier Garnne réalise de manière indépendante des recherches sur la plupart des sites défensifs en hauteur du Morvan. Il fouille au moins l'oppidum Castrum Caninum à Château-Chinon[9] et le mont Dardon à Issy-l'Évêque en 1865[29]. Il produit les premiers plans du mont Touleur, à Larochemillay[30], du mont Dône, entre Luzy et Millay[9], en 1865[31], et du mont Dardon ; les deux derniers avaient été découverts par Bulliot[9],[29]. Il est même attribué à tort à Garenne la découverte des vestiges du mont Dône[9].

Résultats des fouilles

Plan de Bibracte, formé des remparts et de trois routes principales. Seuls quelques éléments sont dessinés, et indiqués comme "théâtre", "citadelle", "temple" et "grandes portes".
Plan schématique des fouilles de Garenne. Il présente les résultats des reconnaissances topographiques et les emplacements des sondages, représentés par des petits traits[32]. Au centre, là où est indiqué « théâtre », l'emplacement des domus du Parc aux chevaux.
La Noë, dans Bibracte, 1867.
Photographie des soubassements d'une maison constituée d'un grand nombre de pièces.
La domus dite « PC 1 », l'un des sites les plus connus du grand public.

La campagne de fouilles de Xavier Garenne est complexe à connaître précisément : le matériel de terrain a été perdu et son ouvrage sur la question, Bibracte (1867), traite simultanément des trois campagnes de 1864 à 1866[33]. Les sondages amateurs, effectués à des emplacements imprécis[34], se font sur des surfaces de 1,5 m par 1 m. Ils ont lieu sur de nombreux secteurs, dont ceux de la Terrasse, du Forum, du Champlain, du Parc aux chevaux ou de la fontaine Saint-Pierre[35]. Il identifie de nombreux éléments comme des voies, des portes, des remparts, des sépultures, un aqueduc, des habitats[36]. Le compte d'Aboville prendra appui sur ces premiers travaux, ciblant les secteurs où les résultats de l'équipe de Garenne ont été les plus prometteurs[37].

L'un des faits plus notables de ses recherches est que, déjà, il observe un intérêt particulier envers le lieu-dit du Parc aux chevaux. Celui-ci sera ensuite particulièrement fouillé par Bulliot[33]. C'est Garenne, qui, pour la première fois, fait sortir de terre les domus dites « PC 1 », « PC 2 » et « PC 8 »[38]. Il y hypothèse notamment un théâtre, sur ce que l'on connaitra plus tard comme le mur du jardin de la vaste domus PC 1[33],[36], mais sa théorie est reprise par Napoléon III dans son livre[33],[39]. Garenne croit voir non loin une « muraille » entre une vieille et une nouvelle ville[37] et, sur la Terrasse, il décrit une citadelle là où cela semble aujourd'hui être un lieu public[40].

Xavier Garenne parvient à identifier une porte là où il sera découvert entre les années 1990 et 2020 l'un des principaux accès à l'oppidum depuis le sud-ouest, secteur appelé les Grandes Portes. La notion de portes à cet endroit n'était pas présente dans les travaux précédents de Bulliot[41].

Les fossés creusés par Garenne, comme ceux de d'Aboville, ont, à différents endroits, abimé voir sérieusement détruit le terrain et les traces de bâti. L'exhumation des vestiges puis leur recouvrement a facilité les infiltrations d'eau. Les fossés creusés par les équipes de Garenne sont régulièrement redécouverts par les archéologues depuis les années 1980[42].

La polémique de l'emplacement

La deuxième action notable de Xavier Garenne dans la découverte de Bibracte se trouve en dehors du champ de la recherche, dans les débats autour de l'emplacement de l'oppidum. Bulliot ayant vu sa certitude être renforcée par les travaux de Garenne et d'Aboville, il donne au public une première conférence sur l'emplacement de Bibracte durant l'hiver 1865 à Autun. Cette conférence est couverte par la presse et les déclarations de Bulliot, qui remettent en cause les certitudes de l'ensemble des érudits d'alors, cristallisent des critiques. La « question de Bibracte » prend place pendant les quatre années qui suivent sur une joute littéraire[4].

Xavier Garenne n'entre pas dans l'affaire directement. De premiers échanges ont lieu entre C. Rossigneux, premier contradicteur et officier de l'instruction publique, et Bulliot sur quatre publications en 1865 et 1866[4]. Quelques membres de la Société éduenne sont du camp des détracteurs, mais c'est Rossigneux qui est le plus véhément[43]. Il va jusqu'à réfuter le résultat des premières fouilles[18]. À la fin de l'année 1867, alors que Garenne allait publier le résultat de ses fouilles dans Bibracte, Rossigneux se procure un exemplaire et l'attaque dans la presse de Chalon-sur-Saône avant même sa publication. Garenne lui répond rapidement dans un in-octavo anonyme intitulé Un ancêtre de Trissotin, sans grande finesse. Il le publie sous son propre nom l'année suivante puis le faire suivre par La Lignée de Trissotin[4].

Portrait photo de Bulliot, homme âgé, blanc, à la longue barbe.
Jacques-Gabriel Bulliot, première cible et grand absent de la querelle.

« Archéomane, vrai Don Quichotte allant à l'aventure, avorton de célébrité, ex-juge auditeur, sa pauvre tête malade de vanité et d'autre chose a besoin de ménagements car elle a déménagé une fois. »

— C. Rossigneux, à propos de Xavier Garenne[44].

La polémique n'a aucune qualité scientifique. Dès 1867, la Société éduenne reconnaît la justesse du travail de Bulliot[18]. C'est d'ailleurs pour cela que Bulliot se limite à une seule réponse, qu'il avait fourni avec un ton mesuré[17]. Le conflit est féroce, car c'est en 1866 que Napoléon III reconnait l'emplacement de Bibracte au Beuvray puis en 1867 qu'il octroie ses dotations à Bulliot. Alors que la contestation républicaine de l'Empire s'intensifie, la politique s'imbrique dans la recherche scientifique[18]. Rossigneux reproche que « toute la recherche autour de l'Empereur est aveuglée par les idées de celui‑ci qui n'y connaît rien, mais on ne peut être d'un sentiment opposé à celui du maître qui paie ». Rossigneux est républicain et laïc, Bulliot royaliste et catholique[10].

Garenne rentre pleinement dans le jeu des détracteurs et est le seul des partisans du Beuvray à se livrer aux attaques personnelles[44]. Alors que deux pamphlets sont encore publiés en 1868, Garenne assigne ses détracteurs pendant dix mois de fascicules de Coups de triques où il s'amuse à détourner des poètes. Finalement, Rossigneux meurt en 1869 — ce qui n'empêche pas Garenne de publier ses derniers Coups de trique — et ses comparses se lassent. Bulliot lui continue ses fouilles sans difficulté[10],[45]. Malgré l'effervescence des publications, les textes des deux bords sont difficilement accessibles et la querelle reste relativement inconnue du public[46]. Quelques oppositions subsistent tout au long du XXe siècle, mais sans jamais obtenir une quelconque portée[47].

Photo aérienne montrant une route goudronnée entourée par deux petits remparts reconstitués, formés de pierre, de poutres et d'une barrière à son sommet. La terre est surelevée derrière les remparts.
Les fouilles durent jusqu'en 1907, avant de reprendre en 1984 (ici la porte du Rebout reconstituée).

« Hélas, il est crevé. Les os de sa carcasse,
Sous le plomb du cercueil, sont rongés par les vers.
Quant à l'âme moisie, ainsi qu'une bécasse,
Avec du sel marin, Belzébuth la fricasse
Dans un noir chaudron des Enfers. »

— X. Garenne, dernier fascicule de Coups de trique, 1869[45].

Il n'avait, au préalable, pas été traité avec sensibilité :

« Si je mourais la crotte au cul
Garenne, tu devrais bien rougir,
Toi qui fais si bien le torche-cul
De me laisser ainsi mourir
La crotte au cul. »

— poème de C. Rossigneux[44].

Témoignage de son travail

Un Bibracte trop amateur

Xavier Garenne rend compte de son travail d'historien amateur dans son unique livre sur le sujet, sommairement nommé Bibracte et publié en 1867 à Autun. Malgré une réédition treize ans plus tard[48], il ne connait pas de grand retentissement sur le plan scientifique dû à ses trop nombreuses erreurs et lacunes[49].

Garenne y traite des aspects communs de la ville, des objets retrouvés ainsi que de l'ensemble des secteurs qu'il a fouillé sur le Beuvray. Il consacre également une partie de son ouvrage à des sujets divers : huit habitats antiques aux alentours, dont ceux du mont Dardon, du mont Touleur, de Fours et de Château-Chinon ; l'emplacement de Bibracte et la bataille de Bibracte[36] ; les mottes castrales de Montécot à Sémelay et du Bas-Charnay à Lanty[3] ; les pierres druidiques du Beuvray et alentours[36]. Il publie de nombreux croquis, schémas et levés de fouilles, dont certains dont il est l'auteur[50]. Il dresse des plans, des relevés topographiques et des descriptions de chacun des sites alentours[51].

S'il a juste concernant l'emplacement de la bataille[21], son ouvrage est confus. Garenne imagine depuis ses maigres sondages des éléments architecturaux originaux comme un théâtre ou des maisons ovales et cherche à lier ce qu'il croit voir avec les personnages et les évènements historiques des Éduens. Tout cela l'amène mécaniquement à défendre des interprétations fantaisistes, évoquant tour à tour le vergobret, Dumnorix, Diviciacos[33],[34] ou César[52]. La localisation exacte des tranchées creusées n'est pas indiqué avec précision[52]. Il cite la découverte de milliers de tumuli funéraires le long de chemins de Bibracte, mais les recherches contemporaines sur ces sites ne démontrent ni tumuli ni mobilier archéologique — Bulliot fera une erreur moins grosse mais similaire[53]. Sur les habitats périphériques, il en identifie plusieurs comme des « citadelles gauloises », alors qu'elles sont en fait des ouvrages médiévaux[9], et ses plans sont parfois imparfaits[31] ; il va jusqu'à en tirer la conclusion, sans preuve, que les mottes castrales de la région avaient des origines défensives gauloises[54],[55].

Étude des « pierres druidiques »

Photo d'un rocher sortant de terre, long d'une dizaine de mètres de longueur de quelques mètres de hauteur.
La pierre de la Wivre sur le Beuvray.
Schéma de deux rochers, l'un devant haut, fin et triangulaire, l'autre, large, derrière. Ils sont supportés par plusieurs petits rochers.
Le Clocher du Beuvray.
Bibracte, 1867.

Érudit de son temps, Xavier Garenne n'échappe pas à la « celtomanie » des archéologues morvandiaux que décrira plus tard Joseph Déchelette, le successeur de Bulliot. Il voit dans les nombreuses pierres à légendes en granit qui ponctuent les paysages des mégalithes d'origine éduenne dont la fonction aurait été d'être des « pierres druidiques ». Il qualifie même certaines d'« autel à sacrifices », voyant dans chaque bassin et chaque rigole forgés par l'érosion des cupules d'origine humaine servant au recueil du sang des victimes[56].

Il offre ainsi dans son fameux Bibracte deux chapitres à la description de la pierre de la Wivre du Beuvray — qu'il qualifie également d'estrade de la cité[7] — et des roches du mont Dône de Luzy, allant parfois jusqu'à déformer la taille réelle de ces cavités[56]. Il affirmera par la suite que c'est précisement sur la pierre de la Wivre que Vercingétorix fut nommé chef de guerre lors de la guerre des Gaules[57]. Il cite aussi dans Bibracte deux « menhirs » sur la partie sud-ouest du Beuvray, le Clocher, qu'il qualifie de « pierre druidique », et la pierre Salvée. Il décrit les ruines de la forteresse du mont Touleur, à Larochemillay, comme peut-être le lieu de retraite du « prince des druides » ; aujourd'hui on sait que la construction remonte aux XIe ou XIIe siècle[58]. Il n'est pas seul ; un autre chercheur de l'époque, le docteur Honoré Jacquinot, confirmera ses propos, et Lucien Gueneau en étudie d'autres dans la périphérie du Beuvray[56],[58].

Publications

Fiction

  • Siège de Paris : Diane et Endymion, Paris, Dentu, (SUDOC 232950822).

Ouvrages érudits

  • Bibracte, Autun, Duployer, , 228 p. (BNF 30481319, lire en ligne).
    Seconde édition : Château-Chinon, Luquet, 1880, 300 p.[59]
  • « La question de l'emplacement de Bibracte », La Bourgogne, no 10,‎ , p. 433-442 (lire en ligne)[60].
  • L'Église de Luzy, Autun, Duployer, , 8 p. (BNF 30481321).
    Autre édition sous le nom L'Église Saint-Pierre de Luzy : Château-Chinon, Luquet, 1873[2].

Pamphlets

  • anonyme, Un ancêtre de Trissotin, Paris, Balitout, Questroy et Cie, , 8 p. (BNF 30481323).
    Seconde édition avec le nom de l'auteur, sous le titre : Un ancêtre de Trissotin ou le professeur Equus, tiré d'un manuscrit récemment découvert à la bibliothèque du Vatican, Paris, Balitout, Questroy et Cie, 1868, 7 p. (BNF 30481324)[61].
  • La Lignée de Trissotin : Réplique à Rossimantus, Paris, Balitout, Questroy et Cie, , 14 p. (BNF 30481322), p. 9.
  • Le Chef‑d'œuvre de Rossigneux, Paris, Balitout, Questroy et Cie, , 3 p.[62]
  • Coups de trique, 10 fascicules, Paris, Balitout, Questroy et Cie, 1868-1869 (BNF 30481320)[59].
    Compilés en un volume : Coups de trique, Paris, Balitout, Questroy et Cie, 1869, 46 p.[63]

Notes et références

Notes

  1. « Séance du  », Bulletin de la Société nivernaise des sciences, lettres et arts, Nevers, 2e série, t. 7,‎ , p. 423-439 (lire en ligne).
  2. Jacques-Gabriel Bulliot, Fouilles de l'oppidum de Beuvray : Nouvelles indications de la Bibracte de César, Autun, Dejussieu, , 33 p. (BNF 30175659)
    Rapport lu à la séance du à la Société éduenne.

Références

  1. Le patrimoine des communes de la Nièvre, vol. 2, Éditions Flohic, coll. « Le Patrimoine des communes de France », , 1095 p. (ISBN 2-84234-054-X, lire en ligne).
  2. Gueneau 1899.
  3. Mordier et al. 2013, Sabine Nivot, « Xavier Garenne, premier maire de la IIIe République », p. 113-115.
  4. Guillaumet 1996, p. 46.
  5. Laurent Flutsch, « La localisation de la bataille de Bibracte : historique et bilan des recherches récentes », Revue suisse d'art et d'archéologie, t. 1, no 48,‎ , p. 38-48 (DOI 10.5169/seals-169135, lire en ligne).
  6. Guillaumet 1996, p. 38.
  7. Pierre Saintyves et Antoine Desforges, « Le Folklore préhistorique du département de la Nièvre (Morvan nivernais) », Revue de folklore français, t. 2, no 1,‎ , p. 128 et 140 (lire en ligne).
  8. Jankowski 2021, p. 166-167.
  9. Sébastien Chevrier, « Les enceintes pré-médiévales du Nivernais-Morvan : de la documentation ancienne aux prospections récentes », Revue archéologique de l'Est, t. 58, no 180,‎ , p. 133-174 (lire en ligne).
  10. Guillaumet 1996, p. 46-47.
  11. André Thuillier, « Aux origines du 16 mai 1877 : Mgr de Ladoue et Lucien Gueneau », Revue d'histoire de l'Église de France, t. 61, no 166,‎ , p. 37-59 (lire en ligne).
  12. Marcel Vigreux, Paysans et notables du Morvan au XIXe siècle jusqu'en 1914, Académie du Morvan, , 755 p. (ISBN 978-2-9509-2712-5), p. 442.
  13. Mordier et al. 2013, Jean Arnoux, « Les maires de Luzy », p. 106-109.
  14. Auguste Tambour, Anecdotes sur Luzy au XIXe siècle, , 47 p., p. 37-43, chapitre « Nouvelle église ».
    Réédité en fac-similé au sein de l'anthologie Histoire de Luzy : de la Révolution au début du XXe siècle, Paris, Le livre d'Histoire, coll. « Monographies des villes et villages de France », , 432 p. (ISBN 2-84373-958-6).
  15. Lucien Gueneau, « Saint-Pierre de Luzy », Mémoires de la Société académique du Nivernais, t. 3,‎ , p. 73-92 (lire en ligne).
  16. Acte de décès à Luzy, 1882, no 67. Dossier « Luzy : actes d'état civil, 1880-1886 », Archives départementales de la Nièvre, cote 2 Mi EC 274, vue 477/556 [lire en ligne].
  17. Jankowski 2021, p. 124.
  18. Jankowski 2021, p. 122.
  19. René Pretet, Chroniques de Saône-et-Loire, t. 2 : Saône-et-Loire d'autrefois, des faits et des hommes, Le Coteau, Horvath, 179 p. (ISBN 2-7171-0278-7, lire en ligne).
  20. Jacques-Gabriel Bulliot, Fouilles de Mont Beuvray (ancienne Bibracte) de 1867 à 1895, t. 1, Autun, Dejussieu, , 514 p. (lire en ligne).
  21. Guinot 1993.
  22. Jean-Paul Guillaumet, « La défaite des Helvètes : histoire et archéologie », dans Paul-Marie Duval et Venceslas Kruta (dir.), Les Mouvements celtiques du Ve au Ier siècle avant notre ère : Actes du XXVIIIe colloque organisé à l'occasion du IXe Congrès international des sciences préhistoriques et protohistoriques, Nice, le 19 septembre 1976, Paris, Éditions du Centre national de la recherche scientifique, , 237 p. (ISBN 2-222-02220-7, lire en ligne), p. 195-200.
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Annexes

Articles connexes

Bibliographie

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Notices biographiques

  • [Gueneau 1899] « Garenne (Paul-Marie-Xavier) », dans Victor Gueneau, Dictionnaire biographique des personnes nées en Nivernais ou revendiquées par le Nivernais, qui, par leurs travaux, leurs services, leurs mérites, leurs vertus ou leurs crimes, ont mérité de n'être pas oubliées, Nevers, Société académique du Nivernais, (lire en ligne), p. 82. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • [Bernard 2012] Jacques Bernard, « Xavier Garenne (1828-1882), un passionné d'histoire », Vents du Morvan, no 44,‎ .
  • [Mordier et al. 2013] Jean-Pierre Mordier (dir.), Jean Arnoux, Jean Millot, Jacques Charmant, Andrée Forneret et Sabine Nivot, Regards sur Luzy à travers les siècles : Sur les traces du passé luzycois de la préhistoire à nos jours, Luzy, , 350 p. (ISBN 978-2-7466-5843-1). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article

Sur l'archéologie de Bibracte

  • [Guillaumet 1990] Jean-Paul Guillaumet, « La querelle de l'emplacement de Bibracte. Les arguments et les luttes au XIXe siècle de ceux qui placent Bibracte au mont Beuvray ou à Autun », dans Actes du congrès : Communication du 57e Congrès d'Autun, Dijon, Association bourguignonne des sociétés savantes, , 87 p.
  • [Guinot 1993] « Le système de Xavier Garenne et son interprétation », dans Norbert Guinot, La Bataille de Bibracte : essai historique revu et augmenté, Génelard, Le Caractère en marche, , 111 p. (ISBN 2-910012-01-8).
  • [Guillaumet 1996] Jean-Paul Guillaumet, Bibracte, bibliographie et plans anciens, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l'homme, , 170 p. (ISBN 978-2-7351-0632-5, lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • [Jankowski 2021] Danièle Jankowski, Jacques-Gabriel Bulliot, « l'inventeur » de la Bibracte gauloise, Dijon, Éditions Raisons et Passions, , 315 p. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article

Liens externes

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