Zone de police (Namibie)

Zone de police (Namibie)
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Localisation
Localisation

La Zone de police (en anglais: Namibian Police Zone; en allemand: Polizei-Zone) était un territoire règlementé couvrant les deux tiers sud du Sud-Ouest africain (actuelle Namibie), et correspondait à la zone où les administrations coloniales allemande, puis sud-africaine, purent instaurer un contrôle colonial efficace dès le début du XXe siècle[1],[2]. Le nom de cette zone et ses limites initiales furent adoptés en 1919 par les Sud-Africains à partir d'une carte allemande du territoire datant de 1911, sur laquelle elle était désignée sous le nom de « Polizei-Zone »[3].

Cette zone, la plus fertile du territoire, promettait à la population blanche du Sud-Ouest africain une protection contre les populations africaines beaucoup plus importantes présentes sur la « frontière coloniale », principalement les Ovambos au nord[4]. Les frontières de cette zone de police correspondent en partie au tracé de la ligne rouge.

Histoire

Un espace de colonisation sous l'administration allemande (1884-1915)

L'établissement de la zone de police remonte à la colonisation allemande l'Allemagne prit officiellement possession du territoire lors de la conférence de Berlin, en 1884. D’abord protectorat, le Sud-Ouest Africain allemand devint une colonie de peuplement en 1892[5],[6],[7].

En décembre 1905, sous la pression des coûts croissants des guerres coloniales, le Reichstag à Berlin adopta une résolution stipulant que la protection policière dans les colonies

« devait être limitée à la zone la plus restreinte possible, en se concentrant sur les régions où nos intérêts économiques tendent à converger[1] ».

Les limites de la zone de police sur une carte coloniale de 1907.

Une première délimitation est faite en 1907: après la guerre de 1904-1907, l'administration coloniale allemande de l'époque décida de concentrer son attention et ses ressources sur les parties de la colonie présentant un intérêt économique en raison de leurs ressources minérales, de leur importance pour les transports et de leur potentiel agricole. Une carte dressée à Berlin est alors envoyée à Windhoek en 1907. Une ligne bleue sur la carte marquait la limite du territoire jugé important, et où la colonisation européenne devait se concentrer. Pourtant,à cette époque, la ligne bleue ne constituait pas une frontière fermée. Elle était plutôt présentée comme une zone d'implantation recommandée pour les colons, car elle garantissait la présence et la protection policière[8].

Cette première délimitation a posé les bases du développement d'un secteur agricole moderne dans cette zone, notamment à la mise en place d'un service vétérinaire sophistiqué. Le centre de la Namibie s'est ainsi développé comme une colonie de peuplement, favorisée par la réduction de la taille de la population africaine par rapport à celle des colons allemands, ainsi que par l'expropriation massive et collective des terres et du bétail des Africains à l'intérieur de la zone pendant la guerre[8].

La situation était différente au-delà des limites de la Zone de Police, dans les parties du territoire moins propices à l'agriculture et dans la partie nord de la colonie où vivait la majorité de la population africaine. La région de l'Ovamboland, en particulier, occupait une position ambiguë dans la logique économique et territoriale du régime colonial. Pour que l'économie de colonisation soit viable, il fallait maintenir un flux continu de capitaux et de main-d'œuvre[8].

Malgré l'expropriation des terres africaines au cœur de la colonie, la pénurie de main-d'œuvre à l'intérieur de la Zone de Police demeurait un problème. La région était perçue comme un réservoir potentiel de main-d'œuvre, mais restait hors du contrôle de l'État colonial allemand. La conquête et la soumission militaires ne semblaient pas envisageables à ce stade. L'administration opta donc pour une politique d'isolement économique de la région, espérant ainsi assurer un afflux régulier de main-d'œuvre[8].

La politique allemande s'attaqua à la marginalisation économique des entités politiques Ovambo du nord en contrôlant strictement la circulation des personnes, des animaux et des marchandises entre le centre et le nord. Une chaîne de postes de police situés le long de la frontière nord de la zone de police a été mise en place en conséquence[8], symbolisée notamment par le fort de Namutoni, près du pan d'Etosha.

La base spatiale de l'Apartheid pendant le mandat sud-africain

La capitulation des forces militaires allemandes face aux forces sud-africaines le 9 juillet 1915 mit fin de fait à la domination coloniale allemande sur le Sud-Ouest africain[4]. Le passage du territoire sous mandat sud-africain, ne modifie pas de manière significative la situation juridique de la population africaine. Toutefois, la politique sud-africaine en dehors de la zone de police marqua une rupture nette avec la réticence militaire allemande.

Peu après que l'expédition militaire de 1917 contre les Ovambo ait mis fin à la résistance africaine, culminant avec la mort du roi Kwanyama, Mandume ya Ndemufayo, l'armée sud-africaine plaça l'ensemble du territoire nord sous contrôle sud-africain. La conquête du nord de la Namibie faisait écho à une revendication territoriale que les apologistes coloniaux allemands avaient formulée à plusieurs reprises, mais sans succès. La prise de contrôle du territoire namibien jusqu'à ses frontières nord avec la colonie portugaise d'Angola modifia l'organisation générale de la colonie, avec de nouvelles exigences dictées par les objectifs nationaux de l'Afrique du Sud entrant également en jeu[8],[9].

Autrement dit, ce qui était autrefois une frontière encerclant la zone de peuplement du territoire colonial est devenu une ligne séparant le centre de la Namibie du nord, et ce qui était autrefois une frontière perméable est devenu une frontière fermée pour les colons européens. En 1919, malgré la conquête militaire réussie, l'administration sud-africaine impose de nouveau la fermeture des zones septentrionales aux Européens[8].

Carte des bantoustans en Namibie.

Le gouvernement sud-africain mit fin à son régime militaire sur le Sud-Ouest africain le 1er janvier 1921 et devint alors la puissance mandataire chargée de superviser le développement du territoire. Cette zone devint une frontière policière importante entre les colonisateurs allemands blancs et la population autochtone de Namibie, jetant les bases de l'apartheid racial dans les années 1940[10].

En tant que puissance coloniale entre 1921 et 1966, le gouvernement sud-africain a instauré une série de politiques ségrégationnistes et d'apartheid visant à restreindre la mobilité de la population namibienne et à limiter ses opportunités politiques, sociales et économiques sur le territoire[4]. Dans les années 1960, la frontière nord de la zone de police servait de frontière militaire hautement protégée pour empêcher l'infiltration de commandos armés de la SWAPO venant du nord[8].

L'appellation « zone de police » est moins utilisée après que la Commission Odendaal, en Afrique du Sud, a défini les aspects géographiques, économiques et politiques de l'apartheid dans le sud-ouest africain. La directive de la commission, en 1964, a conduit à la création de dix réserves (bantoustans) dans les années 1970 pour les populations africaines ou les groupes d'origine mixte.

Délimitation

S'étendant sur la partie centre-nord de ce qui allait devenir le territoire sous mandat du Sud-Ouest africain, la frontière de la zone de police (souvent appelée la Ligne rouge car elle était imprimée en rouge sur les cartes) dessinait un demi-cercle arqué vers le nord, reliant l'océan Atlantique au Botswana. Cette frontière séparait les groupes africains autochtones du nord, notamment les Ovambos, numériquement importants, ainsi que d'autres peuples bantous, des zones de peuplement blanches au sud. Cependant, tous les groupes autochtones du Sud-Ouest africain ne vivaient pas au nord de la zone de police. Les Héréros, numériquement moins nombreux, ainsi que des groupes Khoekhoe et d'autres groupes d'origine mixte, vivaient principalement à l'intérieur de cette zone[3].

La frontière de la zone de police est longtemps restée inviolable. Il était interdit aux Blancs d'entrer dans le nord, et les populations autochtones du nord n'étaient généralement pas autorisées à pénétrer dans la zone de police, sauf lorsqu'elles étaient engagées comme « unité de travail » pour une durée déterminée. Les nombreux changements successifs de délimitation de cette frontière entre les années 1920 et 1960 reflétaient généralement le contrôle croissant du pouvoir colonial sur les meilleures terres agricoles[3].

Héritages

La frontière entre la zone de police et les autres territoires du nord a abouti à un système foncier dual, toujours en vigueur aujourd'hui dans le pays malgré l'indépendance. Mis à part les terres appartenant à l’État (comme les parcs nationaux), la Namibie est divisée en terres commerciales, détenues en grande partie par la population blanche, et en terres communautaires, sur lesquelles vit et subsiste une majorité de la population noire. Les deux zones sont administrées selon des régimes fonciers différents : la pleine propriété pour la première et le régime coutumier pour la seconde. Les principales différences entre les deux régimes fonciers en Namibie (pleine propriété et régime coutumier) concernent le droit d’usage, le droit de transférer ou de vendre, et le droit de tirer un revenu de la terre[11]. De plus, il existe une autre différence au niveau du type d'agriculture pratiqué, concrètement symbolisée par une barrière vétérinaire : le bétail produit au nord de la ligne rouge ne peut être vendu à l'étranger, tandis que les agriculteurs du Sud peuvent vendre leur viande partout[12].

Notes et références

  1. (en) Giorgio Miescher, « The Police Zone Boundary and “Restricted Areas,” 1905–1915 », dans Namibia’s Red Line: The History of a Veterinary and Settlement Border, Palgrave Macmillan US, , 43–68 p. (ISBN 978-1-137-11831-8, DOI 10.1057/9781137118318_3, lire en ligne)
  2. ↑ (en) Jakob Zollmann, « Communicating Colonial Order: The Police of German South-West-Africa (c. 1894-1915) », Crime, Histoire & Sociétés / Crime, History & Societies, vol. 15, no 1,‎ , p. 33-57 (lire en ligne)
  3. (en) « Police Zone - historical area, Namibia », sur britannica.com, (consulté le )
  4. Michael Hogan, « “Remov[e] Us From the Bondage of South Africa:” Transnational Resistance Strategies and Subnational Concessions in Namibia's Police Zone, 1919-1962 », Graduate Theses, Dissertations, and Problem Reports,‎ (DOI 10.33915/etd.8264, lire en ligne, consulté le )
  5. ↑ Marie-Annick Lamy-Giner, « La Namibie postindépendance », M@ppemonde, nos 97-1,‎ , p. 19 p. (lire en ligne, consulté le )
  6. ↑ Ingolf Diener, « Namibie : mission accomplie », dans Marie-Claude Smouts (Éditeur), L’ONU et la guerre, la diplomatie en kaki, Bruxelles, Complexe, (ISBN 2-87027-533-1), p. 35-49
  7. ↑ Wolfgang Werner, « A Brief History of Land Disposession in Namibia », Journal of Southern African Studies, vol. 19, no 1,‎ , p. 135–146 (ISSN 0305-7070, lire en ligne, consulté le )
  8. (en) Giorgio Miescher, « Facing Barbarians: A Narrative of Spatial Segregation in Colonial Namibia », Journal of Southern African Studies, vol. 38, no 4,‎ , p. 769–786 (ISSN 0305-7070 et 1465-3893, DOI 10.1080/03057070.2012.730842, lire en ligne, consulté le )
  9. ↑ Patricia Margaret Hayes, « A History of the Ovambo of Namibia, c 1880-1935 », www.repository.cam.ac.uk,‎ , p. 178–233 (DOI 10.17863/CAM.44938, lire en ligne, consulté le )
  10. ↑ Marie Lechler, Lachlan McNamee, « Indirect Colonial Rule Undermines Support for Democracy: Evidence From a Natural Experiment in Namibia », Comparative Political Studies, vol. 51, no 14,‎ , p. 7-14 (DOI 10.1177/001041401875876, lire en ligne Accès payant)
  11. ↑ (en) Luregn Lenggenhager, Lena Bloemertz et Romie Nghitevelekwa, « Turning Land into Money Land, Inequality, and Reforms in Namibia », Review of Agrarian Studies,‎ (DOI 10.25003/RAS.11.1.0002, lire en ligne, consulté le )
  12. ↑ (en-US) The Namibian, « The infamous redline … why does Namibia have a veterinary cordon fence? », sur The Namibian, (consulté le )
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